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Full text of "Ibrahim, ou, L'illustre Bassa"

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IB  RAHIM 

ou 
L' ILLUSTRE 

A  S  S  A. 

BLLE  EDITION» 
>  conigée ,  &  omet  dç 
Mte>  en  taÔle-doace. 


K-fÂKlSi 

J^Tt't ,  Libraire  au  bas  île  la  Ia8 
l_rnfVv^^7i'i  <^c  la  rue  4c  la  Po: 
Brauiene ,  à  l'Ange  Gardien. 

MOCCXXIII. 


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L'I  L  LUST  R  E 

B    A   S   S    A 

SECONDEE    PARTIE. 


«■ 


LIVRE    PREMIER. 

Q  R  s  qu'Ibrahim  arriva  au  châ- 
teau des  (èpt  Tours,  où  Axia- 
mire  &  Fclixanc  étoient  prifon- 
niercs,  il  commanda  qu'on  lui 
en  ouvrît  la  porte ,  comme  on  avpit  fait 
autrefois,  quand  il  avoît  été  vifîter  des  prî- 
founicrs  d'Etat.  Mais  comme  le  Gouver- 
neur de  ce  lieu- là  n'avoir  point  fçu  que  le 
grand  Vifir  fut  revenu,  il  n'y  avoit point 
d  ordre  dele  laiflèr  entrer.  Ses  gens  ne  Tcti 
curent  pas  plus-tôt  avet ti,  qu'il  alla  liîi  fai- 
re ouvrir  la  porte,  &  lui  demander  pardon, 
(i  on  l'avoir  fait  attendre.  » 

Ibrahim  ayant  reçu  (èsexcu(es,  l'ehvoya 
avertir  la  princeflè  Axiamire  de  fort  arrivée^ 
II.  Par  M.  A 


ftfc7  "**' 


V 


1  "  L'illustre  Bassa. 
Ce  fçavoîr  d'd le,  s'il  jloùrrôit  obtenir  la 
permiffion  de  la  voir.  Cet  homme  ne  man- 
.qua  pas^  d'obéïr  au  commandement  qu'il 
reçut  5  mais  cette  nouvelle  furprit  fi  fort 
Axiamire  ,  &  la  penfèe  d'être  prête  de  voir, 
un  homme  ,  que  le  prince  Giangir  avoit 
tant  aimé,  la  troubla  d'une  telle  forte ,  que 
comme  (à  fantéétoit  foible  &  languiflfànte, 
l'émotion  qu'elle  en  eut,  la  fit  prefquc 
tomber  en  foibleflè.  Nf  Ce  trouvant  donc 
pas  en  état  de  recevoir  Ibrahim  ,  elle  en- 
voya (a  chère  Felixane  lui  en  faire  excufe  : 
&  le  fupplier  de  lui  pardonner ,  fi  elle  croît 
contrainte  de  retarder  une  chofe>  qu'elle 
defiroit  fi  paflSonnémenr.  Felixane  s'aquitra 
dé  cette  cbmmiffion  avec  beaucqpp  d'adréf- 
(è ,  &  reçut  Ibrahim  à  l'appartement  d  Ha- 
lima.  Mais  après  que  l'illuftre  BafTa  eut  ait 
à  Felixane ,  que  ne  venant  qiie  pour  lui  of- 
frir Cts  (èrvices ,  il  eût  été  bien  fâché  de 
Tinconfhipder  :  il  prit  garde  à  l'inquiétude 
qui  paroifibit  au  vifage  de  Felixane.  Car 
comme,  il  avoit  commandé  à  l'efclave  d'U-. 
lama  de  le  fuivre,  elle  n'ent  pas  fi-tôt  falué 
Ibrahim  ,  que  jettapt  les  yeux  fur  cet  efclà- 
ve ,  elle  changea  de  couleur  ,  &  fans  prefr 
que  écouter  !•  compliment  que  le  Bjffà  lu; 
faifoit,«clleconfideioic  cet  homme  qu'elle 
ïeconnQiflbît ,  (ans  o{er  pourtant  croire  en- 
Itiétement ,  que  ce  fût  celui  qu^cIle  .penibir. 


Ibrahim  Ix  voyant  en  cette  inceitîtiidc 
l'en  voulut  tirer  5  &  lui  acbeflànt  la  parole, 
en  la  conduifànt  vers  les  fenêtres^  Je  voî 
bien,  aimable  Felixàne  y  lui  dit- il,  que  cet 
e(clave  ne  vous  eft  pas  inconnu:  mais  pour 
vous  ôter  du  doute  où  je  vous  vois ,  je 
veux  vous  apprendre  ,  <juc  cet  efciave  n  a 
point  changé  de  maître^  &  que  Ton  maî- 
tre encore  n'a  point  changé  de  maitrelTè. 
Et  pour  vous  confirmer,  pour{uivit*iU  que 
le  vaillanr  Ulama ,  eft  toujours  amant  de 
la  belle  Felixane,  voyez  ce  qu'il  nj'a  fait 
rhonneur  de  m'en  écrire,  afin  que  je  puille 
après  plus  aifèment  vous  perfuader  que  je 
viens  ici  avec  deflèin  de  voiis  rendre  tous 
lesfervices  que  vous  defirçrez  Je  moi.  En. 
difànt  cela,  il  lut  prefenta  là  lettre  d'Ulama. 
Je  (çai.  bien, i Seigneur, 5  lui  dit-elle  en 
la  prenant ,  que  c'ctt  Vous  faite  un  outrai 
ge ,  que  de  vouloir  que  mes  yeux  me  con- 
firment ,  ce  que  vos  paroles  m'ont  afluré: 
mais ,  Seigneur ,  je  (bis  tellement  aecoutu* 
mée  à  Voir*,  chaque  jour  augmenter  mes 
malheurs  ,^  &  la  fortune  me  pour&it  de- 
puis long*tenîs  avec  catu  d'opitiiâtreré, 
que  vous  me  devez  pardonner  te  dbute  où 
|e  Cuis  de  mon  bonheur.  £n< disant  cela, 
elle  ouvrit  la  lettre  qu'elle  avoitprife,qu'd- 
le  reconnut  auflîtôc ,  pour  être  écrite  deJa 
•Biain  d'Uiama  :  &  comme  elle  eut  achevé 

A  X 


^f  L^i  L ttr  s  T HE  Bas  sW: 

de  la  lire ,  avec  beaucoup  dcJCsLnsfAÔion  » 

Ibrahim  fit  approcher  Tefclave  qu!il  avoit 

amené ,  qui  Ce  jectant  aux  pieds  de  Felixa* 

ne  3  lui  voulue  bsdCct  la  robbe  \  mais  elle 

lui  tendit  la  main ,  &  lui  cQmmaoda  dé  Ce 

relever. 

Halima  voyait  toutes  ces  choCes ,  vou'^ 
lut  (brtir  de  la  chambre,  mais  Felixane s'en 
apperceyant  la  rappella.   Il  eft  bien  jufte , 
lui  dit- elle ,  comme  vous  avez  été  la  feule 
confblatiçn  que  j'ai  trouvée  en  mes  infor- 
tunes ,  que  je  ne  vous  cache  pas  le  fecours 
que  le  cîel  m'envoye  après  tant  de  mal- 
heurs. Halima  obéiflànt  aux  volontés  de 
Felixane  Ce  rapprocha ,  &  vit  que  Tefcla- 
ve  d'Ulama,  après  s'être  relevé  lui  donna 
une  lettre ,  &  lui  dit  :  Vous  verrez ,  Ma- 
dame ,  par  ce  que  mon  maître  vous  écrit , 
que  j'ai  ordre  de  vous  raconter  tout  ce  que 
vous  voudrez  (çavoir  de  fa  vie»  de  vous 
rendre  compte  de  jèr  aâions,  &  de  vous 
afiurer  que  cet  illuftre  Ba(Ta  ,  dit  -  il  en 
montrant  Ibrahim  ,  eft  le  fèiU  proteâreur 
que  vous  puiffiez  avoir.  Cette  proteâion 
lui  eft  fi  aflùrée,  reprit  le  grand  Vifir, 
qu  elle  n'en  fçauroit  douter  (ans  me  faire 
une  injure.  Cependant  Fjelixane  décache« 
toit  la  lettre  d'Ulama ,  Se  l'ayant  ouverte 
elle  y  lut  ces  mots. 
f  I4  fortune  ne  s'érant  pas  contentée  de 


LrVRB    FRBlitrER*;    '  f 

me  faire  (buffrir  cous  vos  malhears  er^  me  et 
les  apprenant ,  a  encore  voulu  pour  ma  «c 
luprême  diigrace ,  que  )e  ne  pu(Iè  vous  c« 
aller  (êcourir  ,  ou  partager  du  moins  les  «c 
maux  qui  vous  accablent  :  car  quoi  que  « 
j'aye  les  armes  de  l'Empire  entre  les  mains  « 
&que  je  ne  puiflè  quitter  lirmée,  fans  is 
irriter  celui  cle  qui  je  dois  obtenir  votre  c» 
Uberté,  je  Cens  bien  pourtant  qu'il  m'au-  « 
rôit  été  impoflible ,  de  n'aller  pas  poner  m 
ina  tête  à  Ces  pieds ,  pour  tâcher  de  lui  « 
Uifpirer  de  la  compaflîon  pour  nos  mal-  « 
heurs  y  mais  les  bleHhres  que  je  reçus  au  w 
dernier  combat  où  je  me  trouvai  m'en  « 
ôrant  entièrement  le  pouvoir ,  tout  ce  oi 
|ue  je  puis  faire  ,  eft  de  fouhaiter  que  lc^«« 
àng  que  j'ai  répandu  au  (êrvice  de  SôU-  te 
man,  puiflè  du  moins  épargner  vos  lar- ce 
çnes.  Je  Telpere ,  fi  l'illuftrc  &  généreux  •• 
Ibrahim  entreprend  de  vovis  protéger ,  «» 
comme  je  l'en  ai  fiipplié ,  &  comme  je  ^ 
noCe  en  douter.  Confiez- vous  doi\c  en  c* 
lui  'y  apprenez-lui  toutes  nos  félicités  c< 
paffees ,.  pour  lui  faire  avoir  plus  de  çom-  c« 
pafiion  de  nos  infortunes,  pre(èntes.*  Et  m 
pour  tout  dire  >  fùivez  fes  ordres  exa-<t 
âement ,  puifqua  fa  généroiité  eft  la  (eule  u 
dioCe^qui  me  peut  encore  faire  defîrerM 
la  vie»  Cet*  efclave  que  je  vous  envoyé ,  c* 
vous  pourra  dire  qu'elle  a  été  celle  quçiA 

A  |- 


K  L'JLLU'STR'I    ÈASSAé 

»  j'ai  .menée  depuis  le  funcfte  jour  <juî 
*'  me  fepara  de  l'incomparable  Felixane  ; 
»&vou$  aflùrer  encore  que  je  Tadorerai 
*»  éterneiiemenr.U  L  A  M  Àr 

Fclîxanc  n'eut  pas  plus-tôt  achevé  de 
lire  certe  lettre ,  qu'elle  pria  lô  Baflà  de  la 
voir.  Tatîdis  qu'Ibrahim  lui  obéiflbit,  Fe- 
lixane s'infôrmoit  de  l'efclave  d'Ulama ,  fi 
fes  bléflures  n'étoient  point  dangereufes  ? 
Et  comme  il  lui  eut  répondu  qu'elles  Ta- 
voientété,  mais  qu'il  n'y  avoir  plus  rien  à 
craindre  ;  &:  ques'il  n'en  eût  pas  eu  une  i 
«ne  jambe,  il  eût  pu  quitter  le  ht ,  elle  lui 
fit  encore  de  nouvelles  queftions,  jufques 
à  ce  que  le  grand  Vifir  ayant  achevé  de 
Ii|e  la  lettre  d'Ulama,  lui  dit  avec- beau- 
coup de  civilité  :  Ceft  à  vous ,  Madame ,  à 
me  donner  les  moyens  de  vous  fèrvir ,  &  à 
m'apprendre  tous  vos  malheurs,  afin  que 
ne  les  ignorant  pas,  je  puiflè  pUis  ailément 
y  trouver  les  remèdes  nécêflàires.  Je  con- 
nois  pourtant  bien,  belle  Felixane,  que  c'eft 
contraindre  votre  incUnation ,  &'  que  vous 
aimferiez  bien  mieux  entretenir  Tefclavcl. 
d'Ulama,  que  de  renbuvelter  toutes  vos 
douleurs  en  vous  en  (buvenant  :  mais  pour 
vous  confoler,  je  vous  prcJmetsque  je  laiC» 
ferai  cet  efclavè  auprès  de  voys  jufques  à 
ce  que  nouîf  ayons  quelque  agréable  nou- 
fctleà  ftîandct  à  Ulama.  Felixane  le  remer- 


Livre    primibr.  7. 

cia  de  cette  grâce ,  &  l'affùra  qu'elle  n'a- 
voir point  déplus  forte  envie  que  celle  de 
lui  obéir  i  quoi  que  ce  fut  irriter  tous  (es 
jïiaux ,  que  de  s'en  fouvenir ,  &  que  peut- 
être  ce  (croit  àuflî  Tafifliger  lui-même.  Car 
enfin  /Seigneur ,  lui  dit-elle  ,  mes  avantu- 
res  font  telletnerit  mêlées,  avec  celles  de 
la  princeflfe  de  Per(ê,  &de  deux  princes  que 
vous  avez  chèrement  aimés ,  que  je  fiiis  con- 
trainte de  vous  les  raconter ,  puis  qu'il  eft 
cerrain ,  que  les  miennes  ne  font  qu'une 
partie  des  leurs.  Ibrahim  fut  bien  aife  de 
la  voir  en  cette  réfolution  :  car, il  e(peroit 
que  par  elle ,  il  (çauroit  ce  que  Soliman  ne 
lui  avoit  pas  voulu  dire  ^  de  Cotte  que  la 
fâifant  aflèoir,  &  Halittia  auprès  d'elle ,  il 
la  fomma .encore  de  (a  promcflc,  quelle 
accomplit  de  cette  façon. 

Hijfoire  de  la  Princeffe  AxUmire^  d^Ulama , 

(3  de.  Felixane. 

CE  que  vous  defirez  fçaroir  de  moi , 
généreux  Ibrahim ,  m'a  tant  coûté  de 
/^oopirs  &  de  larmes,  que  (î  je  ne  faifbis 
Un  effort  pour  détourner  ma  penfée  des 
dernières  avantures  de  cette  hiftoire,  il  me. 
feroit  impofïîble  de  vous. en  raconter  le 
commencement,  où  vous  ne  trouverez  pour 
moi  que  des  eiperances  d*ane  extrême  ft« 
lidté. 

A  4 


s         VîhtvsTKU  Bassa. 

Scach  Tachma^ ,  que  nous  appelions  So« 
phi»  autrement  Roi  des Perfes ,  rçfta  veuf 
pre(que  auflî-tôt  après  que  (à  femme ,  qui 
à  ce  que  j'ai  oui  dire  étoit  une  excellente 
princeilè ,  lui  eut  donné  deux  âls.  lûnael» 
&  Mahamed ,  dont  le  dernier  eft  aveugle  : 
&  deux  filles,  dont  Tune  eft  la  princedè 
Axiaraire ,  ou  pour  mieux  dire ,  la  merveil-  * 
le  de  (on  (iecle  :  &  la  plus  jeune  appellée 
Perça ,  eft  d'une  médiocre  beauté  ,  d'une 
humeur  malicieu(è ,  &  d'un  efprit  incapa- 
ble de  toute  amitié.  Pour  Ifinacl ,  on  peut 
dire  que  s'il  n'a.  pas  de  grandes  vertus ,  il 
n'a  pas  auffi  da  girands  défauts  ;  &  qu'il  eft 
au  rang  de  ces  perfonnes ,  qui  pourroxent 
prefque  pailèr  leur  vie  fans  qu'on  fçut  qu'el- 
les eulTent  vécu ,  fi  leur  qualité  ne  faifbic  " 
i'çavoir  qu'elles  font  au  nombre  des  vivaus.  • 
Pour  Mahamed  on  n'en  peut  pas  dire  h 
'  même  chofe  :  &  il  fenible  au  contraire,  que 
la  nature  ne  l'ait  privé  de  la  clarté  du  jour, 
que  pour  en  donner  davantage  a  fon  efprit  : 
car  (bit  que  cette  privation  de  la  vue  foit 
cau(e  qu'il  Ce  recueille ,  &  ^u'il  agifle  avec 
plus  d'adivité ,  ou  que  la  mémoire  qu'il  a 
11  merveilleufê,  qu'on  pourroit  pen{êr  qu'il 
n'a  jamais  rien  oublié ,  lui  fourniflè  dequoi 
le  rendre  agréable  :  (a  convcr(àtion  eft  fi 
charmante,  qu'on  ne  s'y  peut  jamais  en- 
nuyer. Mais  ce  qu'il  y  a  de  pins  beau  en 


Livre   p  r  emier.  9 

lui,  c'eft  qu'il  cft  extrêmement  vertueux^ 
&  que  Ces  paifions ,  quoi  -  que  violences  , 
n  ont  jamais  pu  (urmonter  fa  raifon.  Voilà> 
5dgneHr ,  quelle  étoit  la  famille  royale  » 
lors  que  je  fiis  menée  à  la  cour»  qui  en  ce 
teras-Ià  droit  en  la  ville  de  Tauris- 

Mon  père  avoir  toujours  été  allez  con-* 
fiderable  en  cette  monarchie ,  &  le  Sophi  » 
pour  lui  témoigner  i'eftime  qu'il  faifoit  de 
lui)  Tavoit  fait  gouverneur  de  Strabat  6c 
de  Mazanderon ,  deux  très  belles  villes,  qui 
font  fiiuées  au  bord  de  la  mer  Caspienne  : 
mais  comme  mon  père  avoit  époufc  lafœur 
du  gouverneur  de  Tauris ,  ce  fut  par  (on 
moyen  que  je  fus  mife  auprès  d'Axiamire, 
avec  quantité  de  filles  de  condition  égale 
à  la  mienne ,  que  Ton  avoit  partagées  en- 
tre les  deux  prince(&s,  &  que  Ton  pouvoir 
^  dire  être  plutôt  OTprès  d'elles  pour  les 
divertir,  que  pour  leur  rendre  aqcun  (èr- 
vice.  Axiamire  pouvoit  avoir  quatorze  ans 
&  moi  quinze ,  lors  que  j'eus  l'honneur 
d  être  à  elle  :  Se  comme  elle  étoit  plus  jeu- 
ne que  les  princes  Ces  frères. ,  Maliamed  ^  à 
ce  que  je  pen(ë ,  ii'étoit  pas  loin  de  fà  fèi- 
ziéme  année  :  mais  pour  vous  faire  connoî^ 
tre  d'abord  toutes  les  per(bnnes  dont  j'ai 
à  vous  parler  dans  cette  hiftoire ,  je  vous 
dirai  qu'il  y  avoit  en  même  tems  à  la  cour» 
yn  nommé  Deliment  ^  dont  la  naiflaocc 


10  L'iLLIîSTRË    BâSSA. 

li'étoir  pas  fort  illuftre  ;  mais  qui  par  (on 
grand  cœur  ,  &  par  (on  extiême  richefic  , 
s'éroit  tellement  intrigué  à  la  cour ,  &  s'é- 
roit  fi  fort  approché  du  Sophi ,  qu'il  n'y 
avoit  perfbnne  qui  ne  craignît  d'être  mal 
avec  lui.*  Je  dis  craignît ,  parce  qu'il  eft  cer- 
tain que  perfofuie  ne  defîroit  fon  amitié  ^ 
que  par  la  crainte  que  fa  haine  ne  hii  fût 
miifible  :  &  certes  il  ne  faut  pas  s'étonner 
fi  on  ne  pouvoit  avoir  d'autre  (êntiment 
pour  lui  :  car  il  étoit  infolent ,  ambitireux , 
entreprenant  •,  il  ne  croyoit  prefque  rien 
digne  de  lui  ;  s'ofFençoit  aifément  >  ne  par* 
donnoit  jamais  5  &  ce  qui  rendoit  toutes 
fes  mauvaifes  inclinations  plus  dangereu- 
Ces  y  c'eft  qu'il  avoit  beaucoup  d'efprir. 

Mais  fi  Deliment  étôit  de  cette  humeur, 
Ulama  lui  étôit  oppoff  en  toutes  chofes  : 
car  (a  naiflanec  eft  illuftre  ,  comme  étant  le 
premier  de  la  Garamanie  ;  (on  courajje  eft 
fans  brutalité  ;  &  comme  vous  ne  Tavez 
vu  que  depuis  qu'il  eft  malheureux ,  je 
vous  dirai  ce  qu'il  étoit  peiidant  (àfeliciré. 
Lors  que  j'arrivai  à  la  cour,  on  ùc  pailôit 
que  de  la  valeur  d'Ulama:  car  ce  fut  peu 
de  teitis  après  la  guerre  des  Azcmites ,  où 
ayant  fait  remporter  la  victoire  au  Sophi  ^ 
pour  le  récompenfer  de  cette  grande  adîon, 
il  le  fit  Satrape  de  la  Garamanie  à  vingt- 
âmx  ans  ^  3c  lui  donna  fa  (œur  en  mariage» 


LlVUB     PREMIER.  11 

Ulama  répou(à  par  obéiflânce  platôt  que 
par  inclination  :  cette  princeflè ,  a  ce  que 
m  a  dit  cent  fois  l'incomparable  Axiamire, 
n  avoit  rien  de-  recommandable  que  fâ  nait 
fancc.  Auflî ,  comme  Ci  le  ciel  eût  trouvé  ce 
mariage  injufte,  un  mois  ^près  qu'il  fiic 
accompli ,  elle  mourut  d'une  fièvre  violen- 
te: &  comme  ceft  la  coutume  des  Rois  de 
Perfe,  que  toute  Ja  famille    ipyale  loge 
'dans  un  même  Palais ,  Ulama  comme  beau- 
frcre  du  Sophi ,  y  logeoit  auflî  :  de  forte 
qu'encore  que  les  femmes  vivent  fort  ctroi-" 
tement  gardées  par  toute  la  Perfe,  nous  ne 
laiflîons  pas  d'avoit^  beaucoup  de  liberté  y 
&  de  mener  une  vie  aflez  heureufe  ,  &  at 
fez  divertiflante,  ayant  dans  le  même  pa- 
lais, lât  deux  princes  &  Ulama  ,  que  nous 
voyions  tant  qu'il  leur  plaifoit  :  car  le  Sophi 
àvôit  ordonné,  que  l'appartement  des  prin- 
cefles  leur  feroit   ouvert  quand  ils  vou- 
droient:  &  que  même  tous  les  jeunes  en- 
fans  des  Satrapes  pourroient  nous  voir  & . 
nous  parler ,  lôrs  qu'ils  accompagneroient 
les  princes.  Leschofes  étant  ainfi,  lors  que 
la  femme  d'Ulama  mourut,  les  princefics, 
par  le  commandement  du  Sophi,  Quelques 
jours  après  les  funérailles ,  allèrent  taire  une 
vifîte  à  Ulama,  que  je  n'avois  pre(que  point 
va  y  parce  qu'il  n'y  avoit  qu'un  mois  que 
jVtois  à  là.  cour ,  &  que  depuis  cela ,  la» 


ir  L*I£Z.USTRE    Bassa. 

princeflèTa  femme  avoit  toujours  été  fort 
malade.  Je  vous  ai  déjà ' dit ,  Seigneur, 
qu'Ulama  ne  Tavoit  point  aimée  ;  &c  \a 
vous  en  fais  reflbuvenir  >  afin  que  vous 
ne  trouviez  pas  étrange ,  fi  en  cette  oo- 
caâon  lamour  prit  naidànce  durant  ua 
dueil  qui  n'avoit  point  fait  vcrfer  de  lar- 
mes* 

Axîamire  &  Perça  firent  cette  vifite  avec 
céréoionie  :  les  jeunes  princes  les  condui- 
£bient ,  ou  pour  mieux  dire ,  Ifmaël  aidoit 
â  marclier  a  Axiamire  >  6c  Perça  conduifoit 
Mahamed ,  qui  comme  je  vous  ai  dit,  écoit 
aveugle  de  naiflànce,  quoi-  qu'il  eue  les  plus 
beaux  yeux  du  monde  :  mais  il  fe  laiflbic 
guider  avec  tant  d'adrefïc,  &  marchoit  d'un^ 
pas  fi  alîîiré ,  qu'on  y  eût  été  trompéi  Toa- 
les  les  filles  dlionneur  fui  voient  après  ,  6c 
fix  dames  de  condition  ,  a(fcz  avancées  ea* 
âge  ,  qu'on  avoit  mifes  chez  les  princcflcs>. 
pour  avoir  foin  de  leur  conduite  &  de  la 
nôtre.  Et  certes,  il  faut  avouer  ,  que  les  fê- 
tes de  réjoUiflance  ne  font  prelque  rien  voir 
déplus  beau,  que  le  deuil  l'eft  en  cette  cour. 
Nous  étions  donc  toutes  vêtues  à  peu  près 
de  la  même  forte  :  &  pour  excufèr  d'autant 
plus  Ulama,  de  ce  qu'il  Ce  laifia  toucher  au 
peu  de  charmes  que  vous  voyez  en  mon  vi- 
fage ,  je  veux  vous  dépeindre  l'habit  d' A- 
xiamire ,  pour  vous  apprendre  quel  étoit  le 


Livre  premier.'  ij 

tnien  ;  car  elle  avoir  déjà  tant  d'amitié  pour 
moi,  qu'elle  voulut  qu*il  n'y  eut  point  de 
différence  de  fon  habillement  à  celui  que 
favois ,  que  celle  qu'elle  y  apportoit  par 
l'abondance  dès  diamans  qu'elle  y  faifoit 
ajouter  quand  il  lui  pLûfbit  ^  joint  audî 
que  ce  jour  funefte  ayant  fait  naître  l'amour 
eu  quatre  cceurs  fi  diâférens ,  il  n'eft  pas  hors 
de  propos  que  je  vous  en  raconte  toutes 
les  particularités.  Axiamire  avoit  donc  une 
Juppé  de  tàtle  d^argent  £brt  brillante ,  & 
par  deflùs  une  robe  de  gaze  noire  extrême- 
ment claire  &  façonnée  par  compartiment. 
Le  corps  en  étoit  pliffé  de  façon  qu'il  for- 
moit  parfaitement  bien  la  taille ,  &  le  bas 
qui  étoit  coupé  en  pointe,  laiflbit  voir  la 
toile  d'argent  à  travers.  Les  manches  étoienc 
afièz  grandes  ;  mais  pour  donner  la  liberté 
du  bras,  elles  étoient  ratachées  fur  l'épaule 
par  des  agraphes  de  diamants  >  Se  laifloient 
voir  prefque  à  découvert  les  manches  de 
toile  d'argent  qui  étoient  deflbus.  La  CjCin- 
ture  en  étoit  de  groflès  perles  enciiafl^es 
entre  des  diamants  ;  &  derrière  le  dos  il  y 
avoit  encore  deux  manches  traînantes  ju& 
qu'a  terre,  bordées  de  larges  bandes  de 
broderie  d'argent ,  aufli-bien  que  le  bas  de 
la  robe.  Elle  avoit  la  gorge  à  demi  cachée 
par  un  crêpe  noir  fort  délié ,  mû  fè  nouoit 
lOf  répauie  avec  un  cordon  d'argent}  Se 


14  L'iLlUST  RE    BaSSA. 

comme  notre  coëfFure  cû  fort  haute,  il  lui 
pactoit  du  derrière  de  la  tcté  un  grand  voiîc 
trainant  jufques  à  terre,  de  gaze  d'argent , 
façonnée  de  noir,  &  plifleeavec  ncgligen- . 
ce ,  ce  qui  certainement  donnoit  beaucoup 
de  grâce  à  la  beauté  d'Axiamirc,  &  Cnp- 
pléoit  auifi  au  peu  que  j'en  avois.  Nous 
allâmes  donc  de  cette  forte  à  l'appartement 
d'Ulama,  qui  fuivant  la  ccurume  de  Pcr- 
(è ,  qui  veut  que  l'on  fbit  fîx  fèmaines  privé 
de  la  lumière  du  (bleil ,  d^s  les  maifbns 
dont  les  maitreflès  pu  Içs  tnaîtres  font  morts, 
n'ctoit  éclaire  que  par  des  lampes  :  car  corn- 
me  Ulama  étoit  de  condition  à  obferver  , 
toutes  les  cérémonies ,  &  que  c'étoit  de  la 
fœur  du  Sophi  dont  il  étoit  en  deuil ,  nous 
•  le  trouvâmes  dans  une  chambre  tendue  dç 
brocatelle  noire  rayée  d'or,  &  éclairé  de 
cent  lampes  de  criftal.  Deliment  (e  trouva 
avec  Ulanîa,  qui  étoit  aiiiîî  tout  habillé  de 
noir,  excepté  ce  que  nous  appelions  Ca(cl- 
bas  ou  Turban  rouge  ,  qu'il  n'eft  jamais 
permis  f  e  quitter  5  mais;  feulement  de  le 
çQuvrir  d^'uh  cLcpe  qoir» 

Il  faut  que  f'avoue  que  je  n'ai  jamais  vu 
perfonne  de  fi  bonne  mine  en  Perfo ,  qu'Ula- 
ma  en  cette  occafion.Il  vint  recevoir  les  prin- 
ces &  les  princefles  avec  tant  d'adrefiè  &  d'a- 
grément ,  que  tontes  mes  compagnes  en 
<îtojiçn,t  ravifs:  mais. Iprfqu'U les cjit fait a^ 


LiVRt     PREMIER*  rj 

feoir,&  qpe  nous  nous fïimes  rangées  à  Tau- 
trecoré  de  la  chambre ,  où  nous  reftâmes  de« 
bout ,  je  m'aperçus  bien- tôt  que  fi  je  Tàvois 
rrouvé  de  bonne  mine  ,  il  ne  me  jugcoit  paç 
defagréable  ;  pui(que  toutes  les  fois  que  la 
bienféance  le  lui  pou  voit  permettrai,  il  atra- 
choit  fi  fort  les  yeux  fut  mon  vifàgc ,  que  je 
fus  contrainte  de  détourner  les  miens.  Cçla 
me  fit  prendre  garde  que  Deliment  prenoit 
plus  de  foin  d'entretenir  Axiamire  qii*à  lor- 
dinaire  ,  car  cet  homme  n'avoit  ;u(qu  alors 
regardé  aucune  femme  que  pour  la  mépri- 
fer.  Et  comme  fi  cette  chambre  eut  eu  quel- 
que fatalité  pour  enchanter  lefprit  de  ceux 
qui  s'y  trouvoient,  le  Sophi  vint  lui-même 
vifiter  Ulama  pendant  que  nous  y  étions; 
&  pour  mon  malheur,  il  me  regarda  fi  fa« 
vorablement,  que  je  paflài  dans  fon  e(pric 
pour  la  plus  bellç  chofo  qu'il  eut  vue  :  mais 
comme  le  temps  n'étoit  pas  propre  à  la  ga- 
lanterie ,  toutes  ces  pafiions  iiaif^ntes  ne  Ce 
firent  connoître  que  par  les  regards ,  excepté 
en  Deliment ,  qui  lorfijue  la  prineeflè  for- 
tit,&.queTachmas  (ç  fut  retiré»  s'avança 
pour  aider  Axiamire  i  marcher  ,  tandis 
qu'Kmaël  parloir  encore  à  Ulama.  Elle  qui 
penfoit  que  le  prince  fon  frère  voulût  refter , 
le  reçut  avec  fa  civilitéordinaire,quoiqu'elle 
eût  une  extrême  averfion  pour  lui. 
Ifmaël  ayant  fini  fon  compliment  >  donpa 


16  L'ilLUSTRE     BaSSA. 

la  main  à  Perça,  qui  (àns.fonger  que  k 
prince  aveugle  n'avoir  pas  amené  fon  guide 
ordinaire  en  ce  lieu  là ,  fe  laiflà  mener  par 
lui:  &  comme  Mahamed  s'en  apperçut,  & 
qu'il  droit  fort  adroit,  il  fit  durer  fon  dif- 
côurs  autant  qif^il  pur,  dans  Teipérance  que 
quelqu'un  s  avi(èroit  de  lui  donner  la  main 
pour  le  conduire.  J'avoue  qu*ayant  remar- 
qué la  peine  où  il  éioit ,  &  ayant  pitié  de 
voir  un  prince  fi  beau ,  fi  bien  fait ,  fî  fpiri- 
tuel ,  &  fi  aimable,  dans  l'inquiétude  où  je 
le  voyois ,  je  m'avançai  vers  lui  (ànç  en  de- 
mander permiflSon  aux  gouvernantes.  Sei- 
gneur, lui  dis- je  ,  les  princefles  font  déjà 
affèz  loin ,  ne  vous  plaît-il  pas  de  les  fiiivre  ? 
Lui  qui  me  connoiflbit  déjà  à  la  voix  ;  J'en 
ferai  bien ai{ê,di(creteFelixane,  me  dit-il, 
fi  vous  avez  la  bonté  .de  conduire  un  aveu- 
gle ,  qui  malgré  fon  aveuglement  n€  laifïè 
pas  de  connoitre  votre  mérite.  Je  remarquai 
au  vidage  d'Ulama ,  qu'il  auroit  bien  eu  en- 
vie de  me  dire  une  galanterie  la  deflîis;  com- 
me en  effet  il  m'a  aflfiiré  depuis ,  que  la  feule 
bienféancfe  l'en  empêcha  :  mais  enfin  y  je  con- 
duifis  Mahamed  ju(qu'à  l'appartement  des 
princeffes ,  dont  il  me  fut  fi  obligé,  que  de- 
puis ce  temps-là  il  commença  d'avoir  une 
inclination  pour  moi,  que  l'on  pou  voit  bien 
nommer  aveugle  -,  puilquc  quand  j'auroîs 
eu  quelqu'agtément  en  l'air  du  vKage ,  il  ne 

pouvoit 


LlVRB    PKBMIBU.  t7 

pooyoic  en  être  touché  >  n'étant  pas  en  état 
de  k  voir  :  &  pour  l'esprit,  j'étois  dans  un 
ûgs  où  d'ordinaire  il  n'eft  pas  capable  do 
(sure  de  grandes  conquêtes.  Il  eft  vrai  que 
la  c6mplai(ànce  que  j'avois  pour  lui ,  poa« 
T(Ht  en  quelque  façon  me  rendre  agréable 
an  flen  :  car  comme  toutes  mes  compagnes 
n'étoient  pas  de  nK>n  humeur  j  quand  Ma« 
hamed  écoit  chez  la  princeilè  Axiamire^ 
elles  évitoient  (k  conver^tion,  ou  du  moins 
ne  s'y  attachoient  pas;  Se  cela»  dans  la  pen* 
fét ,  qu'étant  incapable  de  voir  leur  beauté, 
elles  le  croyoient  aulfi  incapable  d'amour  y 
ic  par  cette  rai(bn ,  elles  ne  vQuloient  pas 
perdre  un  temps  auprès  de  lui ,  qu'ellef 
aoyoient  mieux  employer  dans  l'entretien 
de  tous  ces* jeunes  gens  de  qualité  qui  ac- 
eompagnoient  les  princes  chez  Axiamire» 
Pour  moi  qui  ne  tpe  (ouciois  pas  encore  ni 
d  airucr ,  ni  d'être  aimée ,  je  m'arreftoif  feu- 
lement aux  cho/ès  qui  m'étoient  agréables  : 
k  comme  la  converfation  du  prince  Maha-* 
med  me  l'étoit  infiniment,  &  que  la  géné^ 
coûté  m'y  portoit  toutes  les  fois  que  je  le 
pouvois,  je  m'arrètois  à  parler  à  lui;  mais- 
ce  qui  ni'eng^geoiccficore  davantage  â  cette, 
çomplàiGincç,;étojt  qucj  ja  princfÛe  Axia-^: 
mire  i'aimoit  chèrement  ;  car  comme  Ifinaël 
&  Pcrcsi  étoient  indignes  de  (on  amitié»  le, 
^^ieç':  f^  les  défauts  de  Con  efprit  ^  &C 


l'autre  pât&malice ,  elleavoit  mis. toute  (cm 
âfFeâion  en  Mahamed^defbrre  que  bien  fou^ 
vent  la  princeflè  ne  pouvant rentretenir,  me 
<k>mmandoic  derefter  auprès  de  lui»  ce  que 
je  faifois  avec  bien  de  la  joie ,  n'ayant  rien 
de  plus  cher  que  le  defir  de  plaire  à  une 
pndce0èyqi^i  pa^  toutes  (es  adtions ,  (em« 
bk)it  tm  gtéféïet  à  toutes  mes  compagnes. 
D'autre  patt  lè  Soplii  qui  vouloir  s'éclaircir 
il  je  (èrols  auffî  agréable  à  fcs  yeux  dans 
Fappartement  de  la  princeflè  ,  qu'il  me  Ta- 
voit  trouvé  chez  Ulama ,  ou  fi  Téclat  de  t^c 
àê  lu&kietes ,  &  cette  çhamb|:e  rendue  de 
ûdk  y  tfavoît  p&int  fèrvi  à  le  rromper ,  s'ac- 
fournira  à  venir  quelquefois  chez  les  prin- 
ée|Iès,  (ans  me  donner  néanmoins  4le  plus 
grande  marque  de  (on  affection  >  que  celle 
dé  mé  Regarder  plus  que  les  autres ,  &  de 
ïhe  louet  davantage ,  quand  l'^ôccâfion  s'eri 
ptriCcmc^:  car  éonlttié  j'étois  fort  jeune, 
il  n'ôfoit,  à  ce  que  fal  {§u  depuis,  me  par-» 
ler  ouvertement  dé  fa  pafflôn,  craignant 
que  je  ne  fufle  pas  encore  aflèz  difcrete. 

Mais  tandis  qull  attêndoit  que  la  railba^ 
ftie  vint,  le  rems  que  ta  ceTéttioliié  du  deufl,i 
votilôit  c^VkmsL  rèftâV  etiféitrié  i  ètàrii  m^ 
riéf ertieï*  ^xpité  i  itylht  rendre  fes  tfii^oir^ 
aux  Prince/fts,  &ltf$  rémercier  cferHoni%irr 
qu'elles  lui  avoiènt  fait  5  &  comme  jfè  W 
ureio^riois^refque  jamais  d*Axianiiite>ii'idQ[ 


Livre  pkbmib^iu  19 

yit  dans  (à  chambre,  &  par  cette  (êconde 
vue, (c  confirma  dans  lopinion  avantagea- 
fe  qu'il  avoit  conçue  de  moi.  Il  r(5(ôlut  de 
m*aimer ,  Ôc  craignant  d  être  obligé  de  dé« 
loger  du  palais,  parce  que  laprinceflè  (â 
femme  étant  morte  fans  enfans ,  il  n*étoic 

i>te(que  plus  de  la  famille  royale ,  il  forma^ 
e  deflèin  d  apporter  tous  Ces  Coins  à  me 
découvrir  Con  affeâion ,  de  peur  d*être  pri- 
vé de  la  commodité  de  le  pouvoir  faire  fî 
facilement,  s'il  étoit  contraint  d'en  partir. 
Pour  moi ,  je  vous  avouerai  en  rougiflànc  9 
qu'en  cette  vifite  qu'il  fit  à  la  przncede ,  je 
lèntis  naître  en  mon  cœur  un  defir  de  lui 
être  agréable  ;  ôc  (ans  faire  nulle  réflexion 
fur  ce  fêntiment,  je  me  (bu viens  bien,  que 
quoique  la  cour  eût  été  fort  groflè  ce  jour 
là,  je  n'avois  pas  pris  garde  à  mon  .habille- 
ment ;  mais  Ulama  ne  fut  pas  (i-tot  eniNré  t 
que  je  m'oWèrvai  avec  ^birt  j  &  (ans  en 
avoir  la'  raifbn ,  j'euâe  été  bién-aifë  d'ênre 
pltts  parée  que  je  ne  Tétois. .  Mais  enfin  1 
Seigneur ,  deubc  ou  trois  jours  a|>r^s^  la  for- 
tuite fut  fi  favorable  au  de&in  d*Utama,  <|u^ 
m'ayant  trouvée  feule  dans  la  cbambr^^.  de 
la  pciiK^Hè,  qui  s'étcHt  enfèmiée  dans  Cotk 
eafciaeCf'il  me  parla  de  fon  alfeâion  avec 
tàtit  d'ardeur^  que  je  né  fçavois  comment 
M  tépoi>ckéirComme  ces  paroles  font  tou- 

sn»  ménKxôfe ,  dcquellet 
B  1 


V 


16  Lït  t  USTS:E  BASSA. 

ont  été  le  commencement  ôc  la  caufê  de  tous 
mes  plai(irs ,  &  de  tous  mes  malheurs  y.  j& 
fie  puis  m'empêcher  de  vous  les  redire. 

Âuffi-tôt  qu'il  entra  dans  la  chambre»  je 
ffi'avançaivers  lui- ,  pour  lui  témoigner  que 
|?écois  bien  fâchée  de  ce  qu'il  ne  pouVoic 
encore  voir  la  PrincefTe  ;  mais  que  m'ayant 
défendu  de  Tinrerrompre ,  je  n  ofois  1  aver- 
tir qu'it  la  demandoic.    N^  vous  affligez 
point,  belle  Feiixane,  me  dit- il ,  d'une  chofe 
qui  m'eft  infiniment  agréable  ;  &  fi  vous 
voulez  me  rendre  parfaitement  heureux,  no 
froublcz  point  mon  bonheur ,  en  doutant 
de  cette  vérité  :  Quoi,  lui  dis- je  toute  fur- 
prifê ,  vous  venez  voir  la  princeflè ,  &  vous 
êtes  néanmoins  bien  -  ai(è  de  ne  la  point 
-l«ricontrer  y  j'avoue  que  cek^  me  femble  fi- 
étrange,  que  je  n'en  puis  comprendre  la 
f  ai^«  Elle  n'eft  pas  bien  difficile  à  trouver^ 
tnc  répondit-il,  cSr  enfin  je  viens  voir  la 
fnnàçSe  Axiamire  par  devoir.  Se  la  belle 
Feiixane  par  inclination  meme.Dorénavant> 

{)ourfuivit-iI ,  recevez,  belléFelîxane ,  tous 
;es  devoirs  que  je  rendrai  à' la  Princeflc  >^ 
comme  vous  appartenans  ,  Se  croyez  quet 
)*âi  été  ravi  de  vous  trouver  feule,  pouii 
vous  pouvoir  feire  cette  déclaration.  Ce 
discours  me  fùrprit- tellement,  que  j'euflc 
été  bien  embaraflcfe  d'y  répondre ,: fi  Axia^ 
Mire  en  ca  oiêmetemp^ i ne  m!cût>aj^pellée ^ 


Livre  prbmieiu  &i. 

de  Cotte  qu'étant  preflée  d'obéir  i  la  prin- 
ceSèy  tout  ce  que  je  pus  faire  »  fut  oe-lui 
dut  y  que  le  connoiflànt  &  moi  auffi,  je. 
fçaurois  toujours  bien  croire  ce  oui  feroic 
a  propos  que  je  cruflè ,  ôc  pour  m  gloire  % 
Se  pour  la  mienne  *,  mais ,  Seigneur,  iHuâira. 

Sue  je  vous  diCc  qu'en  ûx  mois ,  Ulama  me 
onna  tant  de  marques  de  Ton  amour  Se 
de  fa  di(crécion ,  qu'il  eût  fallu  que  f  euilc 
été  ingrate  &  infênfible ,  pour  ne  lui  ren- 
<ke  pas  quelque  témoignage  de  nja  bien- 
veiUance  ;  &  comme  je  n'étois  ni  l'une  ni 
l'autre ,  Ulama  reçut  de  moi  toutes  les  preu- 
ves d'amitié  que  la  vertu  me  pouvoir  per* 
mettre  ;  ^  je  puis  dire  qu'en  ce  tems  feu- 
lement ,  j'ai  vécu  avec  plaifîr.  Et  certes  il 
&ut  avouer  que  la  vie  que  je  menois  éroic 
aflez  heureuiè  v  je  me  voyois  favorifëe  de  la 
plus  aimable  per(bnne  qui  fut  jamais^  ca- 
reflee  du  Soplu ,  eftimée  de  Mahamed ,  Se 
pa/Connément  aimée  d'Ulama,  qui  fans 
contredit ,  étoit  au  -  deflûs  de  tout  ce  que 
Tonvoyolt  à  la  cour  dans  ce  bienheureux 
tems,  . 

Le  prin^ce  Mahamed  réfolut  de  medécW 
ter  ouvertement  (a  paiïion  i  de  Cotte  qu*uix 
jour  qu'il  faifoit  fort  beau,  &  que  fuivant 
k  coutume  d'Axiamire ,  nous  dcfcendîmes 
au  jardin ,  elle  envoya  prier  Mahamed  de 
if  venLi&|ii:omener>  écpour.  pouvoir  pailc& 


/•' 


ti  UltLUSTKB   BasSA. 

avec  plus  de  liberté  lorsqu'il  fut  venu  ,  le 
gentilhomme  qui  le  conduifbit ,  eut  com- 
mandement de  Ce  retirer.  Axiamire  m'ayant 
ordonné  de  donner  la  main  â  Mahamed  , 
ri  Ce  laifTa  guider  par  moi>  &  la  princedè 
s'appuya  fur  lui. 

Comme  nous  eûmes  marché  aflfèz  long* 
tems  ,  éloignées  de  dix  ou  douze  pas  de 
toutes  mes  compagnes ,  qui  par  tcCpcâ  n'o- 
foient  fuivre  de  plus  près,  ayant  bien  re- 
marqué^quc  la  princefle  ne  le  vouloir  point; 
Mahamed  prenant  la  parole  «  lui  demanda 
fi c'étoit  pour  ne  lui  rien  dire ,  qu'elle  la- 
voit  fait  appcller  5  puifque  depuis  ont  nous 
marchions,  elle  n'avoit  point  parlé  :  car, 
pourfiiivit-il*,  ma  chère  fcuri  comme  je  ne 
vois  que  par  les  yeux  de  Tefprit,  fi  vous 
avez  eu  defièin  de  me  divertir,  il  faut  que 
ce  fbit  par  votre  difcours  5  puifque  la  pro- 
menade ne  peut  avoir  d  autre  charme  pour 
moi ,  que  celui  de  vous  aider  à  marcher , 
fous  la  conduite  de  la  difcrete  Fclixane. 
]^on  filencc ,  reprit  la  princefle ,  vous  en- 
nuie peut-être  moins  que  ne  fera  mon  di(^ 
cours ,  puifque  je^  vous  connois  trop  géné- 
reux ,  &  Felixane  trop  (âge  &  trop  aftcâiort- 
née  à  mon  (ervice ,  pour  ne  me  plaindre  pa^ 
Àins  mes  malheurs.  Il  eft  certain  que  je  fus 
hïéti  fuiroifê  d'entendre  parler  la  princefle 
de  cette  Cotte  y  car  quoiqu'il  y  em  dc/a  quel-^ 


Livre   pRCKiER/  ij 

ques  jours  quelle  parût  plus  trifte  qu*à  lor^ 
dinaire ,  n*en  voyant  nulle  caufe  apparente, 
fâvois  vcnCé  que  c'étoit  une  de  ces  mélan- 
colies ians  Gi}€$,  qui  prennent  quelquefois 
à  tout  le  monde ,  Se  qui  viennent  du  tem- 
péramment  y  mais  lorfque  reprenant  la  pa« 
rôle ,  elle  nous  apprit  que  depuis  la  viîite 
qa  elle  avoit  ^ite  à  Ulama ,  après  la  perte 
de  la  princeilè  (à  femme ,  Ôc  que  Delinienc 
lui  avoit  pn^fenté  la  main  pour  la  ramener 
à  (on  appartement,  comme  je  m'en  (buve* 
nois  £brt  bien ,  il  avoit  eu  l'audace  de  lui 
parler  d'amour  à  diverfèsfbis,  quoiqu'elle 
ie  lui  eût  défendu  fort  aigrement  dès  la  pre^ 
miete  :  mon  étonnement  cefla,  (cachant 
adèz  Textrême  averfion  qu'elle  avoit  pour 
Deiimént  5  &  combien  Con  grand  cœur  de« 
voit  être  irrité,  qu'un  homme  de  naiflànce 
6  inégalé  à  la  fienne ,  eût  eu  la  hardiefle  de 
perdre  le  refpeâ  qu'il  lui  devoir.  .Pour  Ma-^ 
hamed ,  qui  ne  içavoit  que  trop ,  par  le  rap* 
port  de  quelques-uns  dès  fiens  9  que  DeU- 
ment  le  mépriièit^  il  tn  fut  iî  irrité,  quil 
MTpUt  s'empèchet  de  dite  sfièz  haut:  C^oy^ 
tm at^lxcM  ifîfolent  a  perdu  le  fe^)eâ 
^fl  V13VS  diârrOux,  reprit  la  pdntcffèrf 
&  de  ïèflo^te  ^  qQ'aujoard'hm-iorfqne  le 
8&^  eft  vëtHX  Pamencr  dan$  ma  ciiambre  ^ 
ibf  le  précepte  de  me^  farter  d'une  affaire  ^ 


^4  L'iLLVSTRB   BaSSA« 

que  je  fceufle ,  il  y  eft  refté  le  dernier  y  &  a 
eu  Tinfolence  de  me  faire  entendre  par  Ces^ 
discours  ob(curj  >  qne  te  plus  grand  bon- 
heur qui  roe*  put  arriver  ,  icwit  d'être  (a 
femme  :  parce  ,  m'a-t-il  dit,  que  vous  la 
poucriez  être  un  jour  du  Sophi«  Car  enfin 
ITmaëi  ne  fçait  pas  l'art  de  régner  ;  Maha« 
med  bien  loin  de  conduire  i|n  empire,  ne 
fçait  pas  fe  conduire  lui-même ,  &  Perça  ne- 
trouvera  peut-  être  pas  un  mari  capable  de 
disputer  la  couronne  de  Perfè  contre  Deli- 
ment,  qui  ne  vous  dit  pas  toutes  ces^cho* 
Ces  fans  rai(bn ,  &  (ans  un  fondement  legt^ 
time.  Jugez  après  cela ,  nous  dit  Axiamire  »' 
ce  que  je  lui  euflè  répondu ,  s'il  m'en  eût 
donné  le  loiiir  *,  mais  il  s'en  eft  allé  Ci  prom« 
tement ,  &  j'écois  ii  interdite  ^  que  je  n'ai 
pir  ouvrir  la  bouche.  Quor-que  cet  in*^ 
felent  m'ait  donné  beaucoup  de  dépit,  ce 
n'eft  pourtant  pas  ce  qui  m'inquiète  le  plus  f 
&  fî  je  n'avois  que  Con  orgueil ,  (on  amour  ^ 
&  Ion  ambition  à  combatre ,  je  fùrmonte» 
cois  ai(ëment  de  (i  foibles  ennemis  :  mais 
ce  qui  m'étonne  &  m'afflige  tout  enCctty^ 
ble ,  c'efl  qu'une  heure  après  que  Deliment 
m'a  eu  quittée,  Hinaicl  &  maiiœur  me  (ont 
venus  trou  ver  dans  mon  cabinet ,  où  je  m'é^* 
tois  retirée ,  &  m'ont  tant  parlé  de  l'afle-^ 
âion  que  Deliment  a  pour  moi  ,  de  foo 
^ahd  cffiur ,  defonjerprit  >  ôçdts  excf^lm*) 


r 

lo 


Livre  pREMiBR.*  15 

tes  qualités  qu'ils  voyenc  ea  lui ,  que  j'en 
fuis  toute  confufe  ^  &  fi  je  n'eufle  eu  le 
deflein  de  prendre  votre  con(èil  en  cette 
a^e,  il  eft  certain  que  je  leur  aurois  ap-^ 
pris  l'obligation  qu'ils  ont  à  celui  qu'ils 
protègent  ;  &  puis  il  m'eft  venu  quelque 
oainte  ,  que  ma  fœur  n'ait  beaucoup  do 

art  à  la  faute  de  Déliaient ,  pour  des  rai- 
0t\s  que  je  ne  puis  comprendre  :  car  je  (çai 
que  depuis  quelque  temps ,  il  à  plus  (buvent 
accompagné  Ifmaël  à  (on  appartement  , 
qa'au  mien. 

Ah ,  ma  chère  (œur ,  s'écria  le  prince ,  que 
n'ai- je  les  yeux  de  mon  ftere,  ou  que  n'a- 
t-il  le  cœur  de  Mahamed  !  vous  feriez  bien^* 
tôt  vangée  de  cet  infolent ,  ôc  la  perte  de  ùl 
vie  remettroit  en  peu  de  jours  la  vôtre  en 
Ùl  première  tranquilité.  Je  fçai  bien ,  reprit 
la  princellè  >  que  vous  êtes  auffi  généreux 
qulmacl  eft  foible ,  &  que  ma  feur  eft  ma- 
licieufe  :  mais  enfin ,  ne  pouvant  faire  au« 
tre  chofe ,  il  faut  que  vous  me  conciliiez,  6c 
que  vous  Se  Felixane  confidériez  bien  que 
leSoptû  aime  pafiionnément  Delîment,  que 
ce  n'eft  pas  (ans  fu jet  qu'il  l'a  amené  dans 
ma  chambre  :  qu'encore  qu'il  (bit  méchant , 
il  a  de  i'efprit  ;  que  par  confëquent  il  faut 

u'il  (cache  que  (on  in(blence  eft  appuyée 
e  quelqu^uniqu'enfuite  Ifinaël  Se  Perça  (ont 
de  ion  parti  j  qu'ils  haïdcnt  Uiama ,  parce 
JI.  Partie.  C 


ï 


iâ  L'iLItTSTRE   BasSA. 

qu'il  eft  du  nôtre  ;  que  le  Sophi  nottc  père 
n'eft  point  (ènfible  à  l'amour  de  Ces  enf^ns  y 
&  que  les  pafSons  qui  le  dominent ,  rem- 
portent par  defïûs  toutes  chofès.     ,.  ' 

Comfne  nous  en  étions  là>  nous  vîmes 
paroître  de  loin  Ifinaél,  Perça ,  &  toutes  fcs 
filles;  de  Cotte  que  pour  ne  témoigner  pas 
qu'il  y  eût  du  myftere  en  ce  que  nous  di- 
nons ,  elle  alla  au-devant  d'eux ,  Ôc  nous  pria 
en  nous  quittant,  que  nous  nous  éloignai 
fions  des  autres ,  pour  (bnger  â  ce  qu  elle 
nous  avoir  dit  j  &  que  le  foir  je  lui  dirois 
ta  réfolution  que  nous  aurions  prife.  Je  con- 
duits donc  le  prince  Mahamed  dans  une 
autre  ailée ,  où  nous  étions  pourtant  tou- 
jours en  vue  des  princeflès:  &  U,  après 
avoir  bien  confidéré  la  cho(è ,  nous  réiolu- 
mes  qu*avânt  de  la  faire  éclater,  il  falloir 
tâcher  de  découvrir  fi  le  Sophi  autorifoic 
"amour  de  Deliment ,  fi  Ifinaël  &  Perça 
Avoient  "quelque  intelligence  avec  loi,  oa 
quelque  intérêt  en  cet  amour  ;  que  pour  cet 
effet  il  fallcMt  (c  fervir  d'Ulama  ,  pour  ce 
qui  rcgardoie  le  Sôphi ,  Ôc  que  de  mon  coté 
je  tâcherois  de  fçavoir  les  îècrets  de  Pecca, 
par  une  fille  qu'elle  aimoit  beaucoup ,  6c 
qui  ne  me  haïfloir  pas  ;  8c  que  torique  nous 
{çaurions  la  vérité  de  la  chofè,  il  nous  (e« 
roît  bien  plus  aiCé  d'y  remédier  :  car  enfin , 
di(bis-je ,  fi  le  Sophi  ne  protège  pas  Deli- 


ment,  auflit^tpt  qu'il  connoitra  fon  Info* 
leoce,  il  fera  fecdu  ;  Se  fi  Perça  n'eft  point 
inreref^j^e  en  cette  affaire ,  le  discours  qu'il 
a  tenu  â  la  princefle ,  lui  fera  bien-tôt  chan* 
ger  de  parti ,  lorfqu'elle  le  (çaura  ^  mais  fi  , 
comme  il  y  a  bien  de  l'apparence  «  le  Sophi 
a  donné  quelque»  espérances  (ecrettes  à  Dc-> 
liment ,  ôc  que  ?erca  d*àutre  coté  ait  quel« 
I  que  part  en  cette  ayanture,  il  ne  (èrviroit 
T  de  rien  de  Ce  plaindre  à  eux  précipiterr- 
ment  de  i'in(blence  de  cet  homme,  puif^ 
qu'ils  en  fer  oient  la  caufe,  &  il  faudroic 
y  chercher  d'autres  remèdes^»  Mais  5  me  ré* 
pondit  le  prince  Mahamed  >  (croit* il  poflî- 
ble  que  le  Sophi ,  qui  autr^ois,  à  ce  que 
j'ai  (çu ,  a  été  fi  rigoiureux  obfèrvateur  des 
ioix  de  cet  empire ,  qu'il  bannit  le  Satrape 
Arfàlon ,  pour  avoir  épouf^  une  fille  qui 
n'étoit  point  noble,  put  les,  enfraindre  fi 
honceaièment  pour  lui  >  en  aucori(ànt  A'ar 
tnour  dc.Deliment  i  c'eft  ^  Seigneur ,  ki  dis* 
je ,  une  cho&  dont  il  fe  faut  éclaircir  >  par  la 
voie  que  j'en  ai  donnée.  * 

Ce  dîScours  érant  fini ,  èc  notre  ré(blution 
prHè,  fe  m'apperçus  que  nous  étions  fore 
étonnés  d<s  pcinceifès;  de  forte  que  fai(ant 
recoornerie  Prince  fitr  (e^pas,  il  prit  garde 
^e  je  vcmlois  le  reconduire  en  lieu  où  il 
n  auroitpasia  liberté<de  me  parler  :  de  façon 
4ue  s'anîxant  ^  5c  me  (errant  un  peu  la  main» 

C  X 


It  LVlLUSTHB  Bassà. 

N'allez  pas  (i  vite,  me  dit- il,  aimable Feli^ 
xane  ,[  trouvez  bon  que  comme  Âxiamire 
vous  a  jugée  digne  aujourd'hui  d'encrer 
dans  tous  Tes  fècrets  ^  je  vous  en  apprenne 
un  qui  me  r-egarde ,  afin  que  nos  intérêts 
étans  joints,  notre  parti  en  (bit  plus  fort, 
6c  notre  ennemi  plusfoible.  Comme  je  lui 
eus  répondu  quUl  lui  étoit  aifé  de  juger  par 
mes  actions  pafl*ées ,  du  defir  que  j'avois 
de  le  (èrvir  ;  vous  pouvez  bien  penfèr ,  me 
dit-il,qu'en(uite  du  difcours  que  ma  fœur 
me  vient  de  faire ,  il  fàudroit  que  j'euflè 
perdu  la  rai(bn  pour  m'amufer  après  Tinte- 
rêt  que  j'y  ai  >  à  vous  faire  des  proteftations 
d'amour ,  û  je  n'y  étois  contraint ,  par  la 
force  de  la  vérité  &  de  ma  paflion.  A  moi. 
Seigneur,  lui  dis -je  des  proteftations  d'a« 
mour?  Oui,  reprit- il,  &  quoique  je  (cache 
bien  que  ce  (bit  une  cho(è  difficile  à  croire , 
&  difficile  à  perlùader,  qu'un  aveugle  jqui 
ne  peut  même  le  figurer  véritablement  ce 
^ue  c'eft  que  la  beauté ,  (bit  éperduemenc 
amoureux  de  vou^j  il  eft  pourtant  certain 
que  per(bnne  ne  le  (èra  jamais  au  point 
que  je  le  fuis,  j'entends  bien  que  tous  ceux 
qui  vous  approchent ,  vous  parlent  des  at- 
traits de  vos  yeux  ,  de  la  beauté  de  votre 
teint,  de  votre  taille  ,  &  de  votre  gorge  j 
mais  je  n'en  cntens  point  qui  vous  ditent 
que  votre  ame  eft  belle ,  que  votre  e(prit 


Livre  p  REMiER.  19 

eft  grand  &  généreux,  que  voire  bonté  eft 
extrême  ^  &  qu'enfin  vous  êtes  la  plus  ver- 
toeufè  pôr^ne  qui  Cbii  au  monde.  C'eft 
pounant  par  ces  beautés  que  mon  ame  eft 
touchée,  &  ce  font  elles  qui  rendent  (ans 
doute  mon  amour  plus  fort  &  plus  pur  >  que 
toutes  les  autres ,  qui  à  ce.  que  j'ai  oui  dire  « 
(c  détruifènt  par  la  perte  de  cette  beauté  qui 
m' eft  inconnue.  Mais  celle  que  jai  pour 
vous  y  durera  iàns  doute ,  auiS  long-temps 
que  ma  vie;  car  enfin,  (âge  Felixane,  la 
beauté  que  j'adore  en  vous  »  ne  peut  être 
détruite  par  le  tems.  Si  vous  m'êtes  rigou- 
reufe»  pour(ùivoit-il ,  j'excuferai  votre  ri- 
gueur par  la  connoiflànce  que  j'ai  de  mes 
défauts  ;  &  fi  vous  ne  me  l'êtes  pas  »  je  ne 
mets  point  de  bornes  à  vos  e(pérances ,  noa 
plus  qu'à  mon  aâèâion.  Mais  cependant  » 
me  dit-il ,  &ites-moi  la  grâce  de  m'appren-* 
dre  de  quelle  façon  vous  voulez  que  je  vive 
avec  vous.  Ce  n'eft  pas  à  moi ,  Seigneur , 
lui  dis- je ,  à  régler  Votre  vie  ;  mais  c'ett  à 
moi  à  régler  mon  efprit ,  à  ne  croire  que  ce 
que  je  dois,  &  à  ne  perdre  pas  le  refpeâ  > 
que  je  vous  ai  toujours  rendu.  Mais ,  Sei- 
gneur,  ajoutai  -  je  ,  la  première  cho(è  où 
nous  devons  penfer,  eft  de  tirer  Axiamire 
de  la  peine  où  je  la  voi  :  Ceft  bien  mon  inn 
tention ,  reprit  le  prince  ,&  j'ai  voulu  vous 
7  ^è^^^  encore  plus  étroitement,  en  vou^ 

C5 


J  O  L*IX  LUSTRE    B  A  S^S  Â. 

apprenant  que  Delimenc  ne  peut  nie  cléci:ui« 
re>  qu'en  vous  fài(ànc  perdre  l^omme  dl% 
monde  qui  vonsainie  le  pbs  ardcmmoiti 
afin  que  fçachant  rincerèt  que  vous  y  avM 
vousagiffiezauffi  avec  plus  ueibin.      * 

Je  reçus  ce  dt(cours  avec  alfez  de  modsi^an 
tion,  de  beaucoup  de  refpedp,tant  parce  que  b 
vertu  de  ce  prince  nie  piaifbit^  que  parœ  qu$ 
je  fçavois  qu'il  aimoic  &  eftimoit  beaucoup 
Ulama  ôc  Axiamire  :  mais  dé  façon  pcMur^ 
tant ,  que  je  ne  m'engageois  à  tien.  Gepen»^ 
dant  nous  rejoignîmes  les  princeflès ,  avec 
qui  nous  trouvâmes  Deliment  qu'Ifmaël 
avoir  envoyé  quérir  à  la  perfuafion  de  Perca% 
Auffi-tôr  qu'il  me  vit  proche  de  mes  corn* 
pagnes  »  il  vint  â  moi  me  faire  la  guerre  ^  de 
m'être  fîJong- temps  promenée  avec  le.prin«4 
ce;  &  me  fèparant  de  Iqi,  (ans  choquer  la 
bien(ëance,  parce  que  le  gentilhomme  qui 
condui(bit  Mahamed ,  lui  avoit  redonné  la 
inaîn,  je  m'apperçus  bien- tôt  par  (on  dit» 
cours ,  qu'il  y  avoit  une  grande  intelligent 
ce  entre  le  Sophi  &  lui.  Car  aufli-tôt  qu'il 
me  vit  (èule,il  commença  de  me  dire»  que 
fétois  la  plus  heureuiê  perfbnne  de  mon 
fcxe ,  fi  je  fçavois  bien  ménager  l'afFeéition 
que  le  Sophi  me  portoit  :  qu'il  me  donnoit 
cet  avis  comme  mon  ferviteur  5  je  lui  dis  que 
je  {ça vois  bien  que  tout  mon  bonheur  ne 
me  venoit  que  au  Sophi  1  puifque  la  bcUo 


LlVUI    P.&EMIIR.  31' 

Axiamire  faiibit  toute  ma  félicité  ;  &  en 
di(knr  cela ,  je  rae  remis  avec  toutes  mes 
compagnes  qui  commençoient  déjà  de  mar- 
cher» pour  Hiivre  les  princes  &  les  prioceA 
Tes,  qui  (ê  retiroiem  avec  àc&  fêntimens  bien 
difèrents.  Car  Axiamire  avoit  refprit  tout 
rempli  de  colère  Se  de  haine  :  Mahamed 
ajoûtoit  à  toBtes^  ces  choies,  l'amour  qu'il 
avoit  pour  moi  5  Perça  (bngeoit  à  faire  par 
fés  ardficés ,  comme  nous  l'avons  fçu  de^ 
puis,  qu'un  homme  qui  ne  fat  pas  de  gran* 
de  naiflance  époufât  ù.  fœnr  »  pour  s'en  Cet'* 
vit  quand  il  en  (èroit  tems  ;  Deliment  pen* 
foit  comment  il  trômperoit  tout  le  monde , 
pour  (atisfaire  fon  amour  &  (on  ambirion  ; 
&  Ifinaël  tout  (èul ,  ne  içavoit  pas  trop  bien 
â  quoi  il  (bngepit.  Pour  moi  j'étois  fi  fur,- 
pri/è  y  de  l'infblence  de  Deliment  pour  la 
princefllè,  de  Tartiâce  de  Perça ,  de  l'amour 
de  Mahamed ,  &  de  celle  du  Sophi ,  que  je 
ne  pouvcMs  pre(que  parler.  Mais  enfin ,  Sei<« 
gneur ,  pour  ne  m'amufer  pas  trop  long- 
rems  à  de  petites  cko&s ,  en  ayant  de  fi  gran- 
des à  vous  dire  ;  vous  fçaurez  que  nous  ap« 
prîmes  en  peu  de  jours ,  par  Tadrefife  d'U- 
lama,  pat  celle  que  j'employai  auprès  de  la 
confidente  de  Perça,  &  par  l'innocence  & 
la  fimplicité  d'Ifinacl ,  les  divers  defleins 
de  ces  pcrfonnes  interedces.  Pour  le  Sophi , 
le  plus  grand  intérêt  qu'il  tut  en  cet  affaire , 


$t  L*ILLVSTR1  BASSA. 

étoic  en  una  (êule  pecfbnne.  Car  quoiqu'il 
ne  m'eût  ofé  parler  de  (à  paflion  ,  pour  la 
raifon  que  fai  dite ,  elle  écoic  pourtant  6. 
forte ,  qu'il  fut  contraint'  de  la  découvrir  à 
Deliment ,  qui  lui  pronût  de  m'en  parler  ; 
&  qu'en  cas  que  je  ne  fufle  pas  aflez  diiore- 
te,  pour  ne  révéler  ce  fecret  à  perfbnne, 
il  auroit  bien  afièz  de  hardieflè  ,  pour 
de(avouer  tout  ce  qu'il  m'auroit  dit.  Pour 
Deliment»  il  avoit  gagné  long-tems  aupa- 
ravant un  vieil  Satrape»  en  qui  le  Sophi  Ce 
confioit  beaucoup  pour  les  affaires  de  l'em* 
pire  ;  ôc  qui  par  les  ordres  de  Deliment ,  lui 
avoit  (buvent  perfûadé  que  la  loi  qui  avoir 
fait  bannirAr(àlon,écoit  très- judicieufement 
faite  pour  fès  fujets^  mais  non  pas  pour  lui; 
lui  perfuadant  que  les  Rois  qui  ne  marioient  * 
point  leurs  filles  à  des  princes  étrangers ,  ne 
dévoient  jamais  mettre  dans  leur  alliances , 
les  plus  nobles  8c  les  plus  grands  de  leurs 
fu  jets  :  parce  que  pour  l'ordinaire ,  c'écoit 
prendre  des  tuteurs ,  en  prenant  des  Gen- 
dres de  haute  nailTance,  &  que  pour  le  re- 
pos du  prince ,  de  l'état ,  ôc  des  princeflès  , 
il  valloit  mieux  en  u(èr  autrement  :  car  lui, 
di(bit-il  un  jour,  venant  aux  cho(ès  particu- 
lières 9  n  par  exemple ,  la  princedè  Axiamire 
avoit  épouCé  Deliment  ;  quelle  félicité  (èrolt 
la  vôtre  ,  d'avoir  un  gendre  qui  vous  de- 
vroit  toute  (â  gloire ,  &  qui  dépendroit  ab? 
folumepc  de  vous  ?  &  quel  bonheur  pour 


Lxvxi  prbmier.  )) 

Axiamire,  d'avoir  un  mari  fans  avoir  on 
maîtres  étant  bien  certain  que  rinégalicé 
de  leurs  conditions ,  tiendroit  toujours  De- 
liment  dans  les  termes  du  devoir  f  &  de 
i  obéiflàxKe.  Cétoit  avec  de  (èmblables  rai- 
fons ,  que  ce  méchant  homme  avoit  fait 
préparer  Tefprit  du  Sophi ,  avant  que  de 
lai  découvrir  (on  amour.  Mais  comme 
il  avoit  (çu  par  Con  agent  qu'il  n'avoit  pas 
rejette  ces  proportions  »  le  matin  qu'il 
avoit  été  voir  la  princeflè,  qui  fut  celui  oà 
le  Sophi'  lui  découvrit  Tamour  qu'il  avoit 
pour  moi  -,  il  lui  tourna  l'efprit  fi  adroite- 
ment de  tant  de  cotés,  qu'il  lui  fit  com- 
prendre que  s'il  avoit  une  pafiîon  en  quel- 
que façon  indigne  de  (on  rang,  lui  au  con- 
traire, en  avoit  une  beaucoup  au-defius  de 
tout  ce  qu'il  pouvoit  prétendre ,  &  qui  ne 
hi  pouvoit  permettre  de  rien  efperer.  Il  lui 
difbit  cela  avec  tant  de  finefiè  ,  qu'il  lui 
défignoit  Axiamtre ,  (ans  néanmoins  s'enga- 
ger fi  fort,  qu'il  ne  pût  expliquer  (on  diC- 
cours  d'une  autre  forte,  s'il  reconnoifibit 
que  le  Sophi  s'en  offençât.  Mais  il  avoit 
trop  de  be(bin  de  lui  auprès  de  moi,&  (on 
efprit  étoit  trop  rempli  des  maximes  d'état  » 
qui  pouvoient  être  avaBtageu(ès  à  Deli« 
ment ,  pour  en  u(èr  de  cette  forte.  Aufli» 
loin  de  s'en  fâcher  il  l'embraflà ,  &  lui  dit 
que  fès  efpérances  pouvoient  aller  fi  haut^ 


)4  L'illustre    Bassa. 

qu'il  lui  permettoit  de  lever  les  yeux  |uC. 
qu'à  la  princedè  Axiamire  :  car ,  lui  dit- il, 
puifque  la  nature  ne  m*a  point  donné  d'en-» 
fans  qui  pniflcnt  gouverner  cet  Empire,  je 
voudrois  bien  que  l'amour  6c  la  fortune 
m'en  euflcnt  donné  un  comme  Dcliment , 
qui  pût ,  fînon  être  Spphi  après  moi ,  du 
moins  cohfèiller  celui  qui  le  (èroit. 

Deliment  fin  &  adroit ,  fit  fêniblant  de 
ne  croire  point  ce  que  le  Sophi  lui  difbit  : 
&  par  un  feint  re(peâ: ,  ne  voulant  point 
avouer  quelle  étoit  fà  paillon^  le  Sophi  lui 
dit  pour  l'y  obliger ,  que  n'y  ayant  pas  C\ 
Iota  de  lui  à  la  princefîè  Axiamire ,  que  de 
moi  au  Sophi  de  Perfe ,  il  ne  dey  oit  pas 
craiiidre  qu'il  pût  s'oppofèr  dorêfnavant  à 
une  affeâion  inégale ,  puis  qu'il  lui  avoir 
découvert  lafienne.  Mais  comme  Deliment 
continuoit  de  dire  que  le  refpeâ;  étoit  plus 
fort  en  lui  que  toutes  chofes ,  le  Sophi  pour 
s'éçlaircir ,  fi  c'étoit  véritablement  d'Axiâ- 
.mire  qu'il  étoit  amoureux ,  le  conduifit  à 
fon  appartement  :  &  ce  fut  alors  que  ce  té- 
méraire eut  l'audace  de  parler  (i  infolem-^ 
ment  à  la  princefle  :  car  comme  il  avoit 
éprouvé  que  l'amour  ne  la  pouvoit  toucher, 
il  crut  que  l'ambition  le  pourroit  faire  :  &c 
que  l'eipérance  de  pouvoir  régner  fur  la 
Perfè  y  la  toucheroit  plus  que  la  certitude  où 
fWt  étoit  de  régner  fur  fon  cœur.  Pour  k 


Livre    premier*  35 

prînceflè  Perça,  il  y  avoit  long-tcms  qu'iU 
avoient  traité  enfemblc ,  Se  <jii'il  lui  avoit 
per/iiadé  qu'il  fàlloit  qœ  la  couroone  de 
VetCc  (è  partageât  entre  elle  &  (à  fœur  :  & 
que  pour  cet  effet ,  |il  falloit  bien  empêcher 
qu'elle  n*épou{at  quelque  homme  »  dont  la 
faufle  générofîré  (  car  c'étoit  ainfi  qu'il  par-* 
loir)  le  portât  à  laiflcr  régner  le  ftupide  It 
maél ,  ou  l'aveugle  Mahamed.  Et  comme 
il  faifoir  ièmblaiit  de  chercher  à  la  cojir  > 
qui  pourroit  être  mari  d'Axiamire  ,  il  joua 
fi  bien ,  que  toute  fine  qu'elle  étoit ,  il  la-, 
mena  au  point  qu'il  vouloir  :  car  après  qu'el- 
le eut  rêvé  quelque  tems,aufl[î-bien  que  lui  i 
qu'avons- nous  b^in,  lui  dir-^dle,  de  cher- 
cher a  loin,  ce  que  nous  pouvons  trouver 
en  la  perfbnne  de  Deliment  ?  Lui,  feignant 
n  avoir  autre  intérêt  en  cette  affaire  que  le 
bien  dés  princeflès ,  s'en  défendit  quelque 
tems,  pour  s'en  faire  preflcrdavantage.Mais 
enfin  étant  tombés  d'accord  de  leurs  condi- 
tions, ils  avifcrent  qu'encore  qu'Ifmael  ne 
fàt  pas  capable  de  rendre  un  parti  de  beau- 
coup plus  fort  que  s*il  n'en  étoit  point ,  il 
étoit  néanmoins  avantageux  de  s'emparer 
de  /on  efprit,  &  Perça  prit  le  foin  de  le  fai- 
re. Comme  en  effet ,  elle  lui  perfuada  fort, 
aifémenr ,  qu'il  étoit  à  [propos  qu'Axiamire 
fôt  mariée  à  un  homme  qui.  dépendît  de 
lui)  3c  non  pas  de  Mahamed:  qui  après k^ 


/ 


à 


i6  L*  ILLUSTRE     BàSSA. 

mort  du  Sophi ,  le  pourroic  troubler ,  en 
demandant  un  grand  appanage,  comme  s'il 
n*étoit  point  aveugle.j  de  forte  que  pour  af- 
faiblir fon  parti ,  il  étoit  bon  de  faire  épou- 
fèr  Âxiamire  à  Deliment ,  qui  s'attacheroic 
entièrement  à  (es  intérêts.  Voilà ,  Seigneur» 
les  motifs  &  les  caufes  de  llnfolence  de  De- 
liment pour  Axiamire  ,  des  discours  qull 
me  fît  touchant  l'amour  du  Sophi ,  des 
perfuafions  de  Perça  &  d'Ifmaël  :  car  étant 
avertis  d'une  partie  de  ces  chofes,  que  nous 
avons  bien  mieux  (çues  depuis ,  le  prince 
Mahamed ,  Axiamire,  Ulama ,  &  moi ,  qui 
érois  auffi  du  confeil  ,  réfolumes  que  la 

Êrinceile  traiteroit  toujours  Deliment ,  avec 
eaucoup  de  froideur  &  d'indifférence, 
fans  lui  donner  pourtant  un  notable  (ujec 
de  pleinre.  Que  le  mieux  feroit  d'éviter  avec 
foin  toutes  les  occasions,  où  le  Sophi  lui 
pourroit  parler  de  cet  homme  ;  étant  plus  à 
propos  de  ne  faire  éclater  la  chofè  qu'à  l'ex- 
trémité ,  parce  qu'il  pourroit  arriver  qu'el- 
le n'auroit  pas  une  fuite  aufîî  fâcheufe  que 
nous  la  prévoyons.  Que  cependant  on  ta- 
cheroit  de  faire  fçavoir  à  Perça ,  que  Deli- 
ment n'avoit  pas  deffèin  de  la  mieux  trai- 
ter qu'lfmaël  &  Mahamed  :  que  pour  moi 
l'écouterois  les  difcours  qu'il  me  feroit  de 
Famour  du  Sophi ,  comme  une  chofe  que 
je  ne  croyois  point ,  6c  que  je  n'eufle  pas 


Livre    PRBMiBRr  j/ 

Toula  qui  fat  yérirable  :  &que  je  tache- 
rais de  lui  donner  le  moins  d'occafion  que 
|e  pourrois ,  de  me  pouvoir  parler.  J'o& 
fris  â  la  princefle  de  me  retirer  chez  mon 
père ,  (îir  le  prétexte  d'une  maladie  ;  mais 
fi  l'amitié  qu'elle  avoir  pour  moi  s'y  oppo- 
ù ,  l'amour  du  prince  Mahamed  l'einpècha 
îèfolumcnt ,  reprefentant  que  ce  fcroit  tout 
perdre  que  d'en  ufer  ainfi  )  parce  que  (i  le 
Sophi  m'aimoit ,  ce  feroit  irriter  fon  e(prir, 
&le  porter  peut-être  à  une  violence >  dont 
il  ne  (èroit  pas  capable  autrement.  Pour 
Ulama ,  il  avoit  des  fcnrimens  fècrets ,  qui 
le  tourmentoientinceilamment:  la  puiH&n* 
ce  de  Ton  rival  lui  faifoit  peur ,  &  il  n'étoit 
pas  fi  affiiré  de  ma  conftance ,  qu'il  ne  crai- 
gnit que  l'ambition  ne  me  touchât  plus  que 
ion  amour  :  mais  comme  je  ne  fus  pas  long- 
tems  (ans  m'appercevoir  de  (on  inquiétude» 
e  lui  écrivis  pour  Tafliirer  que  la  mort  («u« 
emcnt  pourroit  m'cmpccher  de  lui  tenir  la 
parole  que  je  luiavois  donnée,  d'être  en- 
tièrement à  lui,  quand  il  auroit  mis  (es  af- 
faires en  état  de  me  pouvoir  époufer  :  car 
comme  il  étoit  veuf  <Je  la  (œur  da  5ophî , 
la  bien  feance  ne  lui  permettoit  pas  de  (on- 
ger  fi-tôt  à  de  fécondes  nocçs  :  principale- 
ment avec  une  per(bnne ,  dont  la  naiifance 
quoi-que  noble,  6c  affez  illuftre,  n'appro» 
choit  pourtant  pas  de  la  preniiere. 


^8  UiLLUSTRB     BaSSA. 

Les  àioCes  étant  en  ces  termes ,  nous  £vL'^ 
mes  quelque  tems  fans  avoir  grand  fu jet  de 
redoubler  nos  inquiétudes,  parce  que  le  So- 
phi  &  Delimenc ,  ayant  une  feconde  fois 
confulté  enfemble,  ôc  téColu  de  tâcher  de 
me  gagner  par  douceur ,  avant  que  d*en  ve-^ 
nir  à  la  force  -,  ce  ne  furent  plus  que  jeux 
&  divertiflcmens.  Et  comme  fuivant  Tor- 
dre que  j'en  ayois ,  toutes  les  fois  que  De* 
liment  me  parloir  de  Tamour  du  Sophi  y  je 
ne  faiCois  pas  (êmblant  de  croire  qu'il  y  eût 
aucune  vérité  en  (es  paroles  :  Tachmas  en 
étant  averti,  Se  voulant  me  donner  une 

[»reuve  de  Teftime  qu'il  faifoit,  de  ce  que 
'on  appetf oit  beauté  en  mon  vifàge ,  fit  une 
chofe  qui  depuis  y  comme  vous  fçaurez  par 
la  iuite  de  cette  hiftmre,  a  été  la  caufe  de 
bien  des  malheurs  :  car  généreux  Ibrahim , 
il  arriva  pour  notre  infortune ,  qu'en  ce 
temS'  là  il  yint  en  cette  cour  UI7  peintre  d'Eu- 
rope ,  que  lehazard€«i4ed^fir  de  voya^r.y 
a  voit  amené:  &  qui  faifoit  des  ponraits  en 
petit ,  fi  admirablement  relïèmblans,  qu'on 
n'avoir  jamais  entendu  patler  d'une  pareille 
chofe.  Et  en  ce  même  tems ,  il  y  vint  aufli 
quelques  marchands ,  qdi  parmi  lesaiitores 
raretés  qu'ils  avofent^  firent  voir  quantité 
de  portraits  des  plus  belles  femmes  des  di« 
▼er/ès  nations,  où  ils  avoient  paflë,  Ges 
deux  chpiès  jointes  enfemble ,  firent  que 


Livre    pRBMtm.  )^ 

le  Sophi ,  dansl^  deflèin  qu'il  *avoic  de  m^o- 
bliger>  fit  commander  à  toutes  les  filles  do 
qualité  qui  étoienc  à  la  cour,  de  Ct  trouver 
à  (on  palais  un  jour  qui  leur  fut  marqué  :  & 
aux  princeflès ,  &  à  toutes  leurs  filles ,  d  7 
être  magnifiquement  vêtues.  Cette  cérémo- 
nie ,  dont  nous  ne  (çavions  pas  la  caufè  (  car 
ils  en  firent  un  CecvQt)  nous  donna  quel- 
que inquiétude  \  mais  enfin  ce  jour  étant 
arrivé,  &  toute  cette  belle  aflcmblée  étant 
complette,  le  wSophi  fuivi  d'Ifmacl,  deMa- 
haraed,  d'Ulama»  c|el>eliment,  &du  pein- 
tre,dont  je  vous  ai  parlé;  encra  dans  la  ùkU 
le ,  où  nous  étions  toutes  rangées ,  fans  qixé 
les  princefles  eiidènt  le  rang  qu'elles  dé- 
voient tenir  :  car  le  Sophi  Tavoit  ainfi  or- 
donné. Et  ce  qui  redoubloit  encore  Timpa- 
tience  que  nous  avions,  de  fçavoir  par 
quelle  raifon  on  nous  avoir  fait  habiller  fi 
mperbemcnt ,  étoit  de  voir  que  le  Sophi  te- 
noit  en  (â  main  droite  deux  couronnes  d'or 

• 

avec  des  diamens  ;  ôc  que  prenant  le  peintre 
de  la  main  gauche ,  que  les  princeflès  ni 
toutes  leurs  filles  ne  connoifToient  pas  en- 
core y  il  lui  dit»  qu'il  rétabliflbit  juge  de 
la  beauté  de  toutes  celles  qui  compo^ient 
cette  belle  afièmblée  ;  comme  içach^nt 
mieux  que  le  refte  du  monde,  la  juftt 
proportion  des  traits  du  vi&ge;  ce  que 
c'étoit  que  la  délicatelTe ,  la  fraîcheur ,  de 


4^  L'ILLUSTRB    BàSSA. 

la  vivacité  du'ceinc  ;  &  quelle  étoic  la  dif- 
jference  d'une  beauté  animée,  ou  d'une 
autre  fans  agrément.  £t  que  pour  lui  fai- 
re donner  un  arrêt  plus  équitable ,  il  avoit 
voulu  qu'il  ne  pût  di(cerner  la  condition 
des  belles,  dont  il  étoit  le  juge^  qu'il  (ê 
refèrvoit  néanmoins  le  droit  de  couronner 
celles  qu'il  auroit  jugées  dignes  de  cet 
honneur.  Cela  dit ,  il  le  conduiHt  par  tou- 
te la  (aile ,  &  s'arrètant  exaâement  à  cha- 
cune ,  pour  ne  les  dé(bbliger  pas ,  il  ache- 
va fon  premier  tour ,  fins  que  l'on  pût  ju- 
ger qu'iteût  donné  nul  avantage  à  aucune. 
Je  m'apperçus  néanmoins  que  lors  que  ce 
peintre  s'arrêta  devant  moi ,  le  Sophi  ayant 
vu  que  je  baidbisles  yeux,  comme  ne  pré- 
tendant point  de  part  en  cette  viâoire  , 
avoit  dit  allez  bas ,  que  je  n'a  vois  pas  mê- 
me* befbin  de  leur  éclat ,  pour  mériter  la 
couronne,  ayant  aflfez  de  beauté  d'ailleurs. 
Il  eft  certain  que^c  rougis  à  ce  dilcours  :  8c 
"•qu'ayant  relevé  les  yeux,  je  rencontrai  ceux 
d'Ulama,  où  je  remarquai  tant  d'inquiétu- 
de qu'il  m'en  fit  pitié. 

Le  prince  Mahamed  étoit  auprès  de  lui , 
qui  ne  pouvant  voir  que  par  les  yeux  d'au- 
trui,  lui  demandoit  tout  bas  ce  que  l'on  fai- 
(bit  ?  mais  enfin  après  que  le  peintre  pour 
la  cérémonie,  en  eut  /eparé  douze,  dont, 
là  prince0è  Axiamire  &  moi  étions  du  nom- 
bre^ 


Livre    premijer*  41 

bre-,  8c  que  le  Sophi  lui  eue  dit  encore  une 
fois  qu'il  fût  équitable  y  (bit  que  Tachmas 
m'eût  fait  connoître  au  peintre ,  uns  que 
je  m'en  fuflè  apperçue,  comme  il  y  a  bien 
de  l'apparence  ;  (bit  qu'enfin  il  ne  Ce  con* 
nût  pas  en  beauté  >  |e  fus  la  première  qui 
dit  déclarée  viâorieufê  ;  &  â  qui  le  Sophi 
mit  la  couronne  Cut  la  tête.  Mais  comme 
je  (çavois  bien  que  cette  victoire  éroit  plus* 
tôt  un  effet  de  l'amour  du  Sophi  que  de  ma 
beauté,  elle  me  donna  plus  de  dépit  que  de 
joie  :  de  (bcte  que  prenant  la  couronne  que 
Ton  m'avoit  donnée ,  je  voulus  ta  mettre 
aux  pieds  d'Âxiamire  :  dans  le  même  tems 
que  le  Sophi,  par  l'arrêt  du  peintre ,  lui  met« 
toit  l'autre  fur  la  tête  :  mais  lui  >  voyant  cet- 
te aftion,  reprit  ce  que  j'allois  mettre  à  ter- 
re, &  me  le  redonnant  une  (èconde  fois: 
Eftce,  me  dit-il,  que k  couronne  que  je 
vous  oflfre  n'eft  pas  aflTez  belle  ?  ou  que  la 
main  qui  vous  la  pre(ènte  n'eft  pas  aflez  il-  j^ 
luftre  ?  Ce  n'eft  ni  l'un  ni  l'autre ,  lui  répon- 
dis-je  ,  Seigneur ,  mais  c'eit  que  je  ne  fuis 
ni  aflèz  belle ,  ni  aflez  illuftre  >  pour  porter 
une  couronne  qui  part  de  la  main  d'un  & 
grand  prince.  Ér  s'approchanc  de  moi,  re» 
ceyez  celle-ci,  me  dit-il   tout  bas,  ce  ne 
fera  pas  la  dernière  que  vous  recevrez  de 
moi.  Je  ne  répondis  à  ce  difcours  qu'en  rou- 
giflant  >  &  me  mêlai  parmi  mes  compagnes»» 
JZ  Parfis  B 


7 

ta 


41        .L^ILLUSTRE     BasSA. 

avec  autant  de  déplaifir  de  ma  vi(9:oire> 
qu'elles  en  avoient  de  ne  la  voir  pas  ren> 
portée.  Mais  enfin  ,  Seigneur,  Axîamire  & 
moi  fumes  peintes  en  habit  d*amazones  > 
qui  à  ce  que  nous  dit  celui  qui  faifbit  nos 
portraits,  plaifbit  à  toutes  les  nations.  Corn* 
me  ils  Furent  achevés ,  le  Sophi  lui  en  fit 
faire  fix  copies  de  chacun ,  qu'il  fit  mettre 
dans  des  boetes  d'or,  garnies  de  diamans, 

f|u  il  donna  a  ces  marchands,  qui  lui  avoient 
ait  voir  tant  de  beautés  étrangères  :  mais 
avec  ferment ,  qu'ils  ne  les  vendiroient  ja»- 
mais  qu'sf  des  princes ,  &  qu'ils  en  retien- 
droient  toujours  un  de  chacun ,  pour  pu*- 
blier  la  beauté  d'Àxîamire  &  la  mienne  par 
toutes  les  nations  où  ils  voyageroient.  Ces 
marchands  promirent  tout  ce  qu'il  voulut, 
&  pour  notre  malheur  ne  s'aquitereot  que 
trop  bien  de  leur  parole,  comme  vous  (çau- 
rez  après. 

Depuis  ce  jour- là  ,  Delîment  me  perfi> 
cura  plus  qu'à  l'ordinaire ,  lui  ferablant  qu^ 
je  ne  devois  plus  douter  de  l'amour  du  So- 
phi ,  après  ce  qu'il  m'avoit  dit.  Et  comme 
je  voulois  éviter  fa  rencontre  autant  que  je 
pouvois,  je  m'arrerois  très*  fbtrvent  à  parler 
au  prince  Mahamed ,  parce  qu'encore  qu'il 
le  méprifat ,  fa  qualité  faifoit  qu'il  ne  m'o^ 
ibit  (eparer  de  lui,  quand  je  lui  parlois.  Et 
fi,  nu:  fou  viens  d'un  jour ,  que  ce  pauvre 


Livre    premier.  4$ 

prince  m  entretenoit,  &  que  Deliment  écoic 
venu  chez  les  princeflès  avec  Kmael ,  à  dcC- 
fein  de  me  dire  quelque  chofè  de  la  part  du 
Sophi  :  car  cet  infolent  perdit  telleHient  Je 
rcfpeiS:  qu*il  devoit  à  Mahamed  ,  que  /c 
Ten  hsiis  encore  davantage ,  que  je  ne  fai« 
fois  auparavant.  Je  vous  ai  déjà  dit  en  rou^ 
gidànr»  généreux  Ibrahim ,  que  ce  prince 
avoitde  l'amour  pour  moi:  &  quoi -que 
je  n'eaflè  que  de  1  amitié  pour  lui,  Se  gu'U- 
lama  poflèdât  monconir  abfolument»  javois 
pourtant  quelque  complaisance  pour  Maha- 
çied  :  car  tous  (es  diîçours  éioient  Ci  ver- 
tueux Se  û  obligeans ,  quoi-que  pallionnés  ^ 
[   qaeii  Ulama  leseût  entendus ,  je  penfè  mê- 
me (fiil  n'eût  pu  haïr  cet  illuftre  rival.  J'é- 
tois  bien-aife  auflî ,  de  me  confêrver  l'ami- 
tié du  fils,  dans  le  de/Icin  que  Tavois  de 
reftifer  l'amour  du  père.  C'écoir  donc  de  fa 
paflîon  que  Mahamed  m  entretenoit  ,  ce 
joilr  que  Deliment  avoit  dcilHn  de  me  par- 
ler^ Se  que  s'en  trouvant  empêché  par  la 
prefence  du  prince ,  il  s'avi(a  d  ab(èrvcr  & 
(es  at^ions,  &  les  miennes.  Et  comme  il  efi: 
bien  difficile  que  les  mouvemens  du  vifâge^ 
ne  donnent  quelques  marques  de  ceux  dç 
lame,  priiKipalement  quand  Tàmour   la 
poflède  ,  Deliment  apperçut  quelque  chofe 
d'extraordinaire  en  celui  du   prince  :  car 
Mahamed  quoi  qu'aveugle  ne  lai(Ibit  pas;. 

D  1 


44  UlILUSTRB    BaSSA. 

de  s'approcher  de  moi ,  comme  s'il  eut  ptr 
me  voir  :  &  parce  que  Ces  yeux  ne  pou- 
voient  l'avertir ,  quand  il  y  avoir  quelqu'un^ 
afièz  proche  de  nous  pour  l'entendre,  Se  que 
c'eût  été  me  faire  (buvenir  de  (on  défaut , 
que  de  me  le  demander,  il  s'étoic  accoum« 
mé  de  me  parler  toujours  bas  :  ce  qui  ce 
jour- là  entre  les  autres,  ne  donna  pas  peu 
d'inquiétude  à  Deliment  :  car  ayant  remar« 
que  nue  j'avois  rougi  deux  ou  trois  fois; 
&  lui  (emblant  que  ç'avoit  été  fans  colère , 
il  (bupçonna  quelque  chofè  de  la  vérité.  £c 
comme  il  etoit  infblent,  &  accoutumé  à 
une  raillerie  picquante ,  qui  le  fatfoit  enco- 
re haïr  de  tout  le  monde ,  il  dit ,  parlant  de 
moi ,  à  la  confidente  de  Perça,  auprès  de  la- 
quelle il  étoit  (  car  ces  deux  princeflès  s'é- 
toient  retirées  dans  un  cabinet ,  où  Ifinacl 
les  aVoit  fuivies  )  cette  converfàtion  fi  lon- 
gue &  fi  particulière  ne  vous  donnent- clic 
point  de  curiofité  ?  car  pour  moi ,  pour- 
îtiivit  il,  je  vous  avoue  que  je  ne  la  puis^ 
comprendre.  Si  c'cft  des  choCcs  indifféren- 
tes, je  fiiis  bien  certain  qu'il  ne  lui  parle 
pas  des  raretés  qu'il  a  vues  en  Ces  voyages  r 
fi  c'efl  de  guerre ,  il  ne  lui  peut  rendre  com- 
pte que  du  bruit  dfcs  canons:  &  fi  o'efkd'a-^ 
inour ,  je  Giis  bien  aflîiré  qu'il  ne  Tentrc- 
lient ,  ni  de  la  blancheur  de  fbn  teint ,  ni 
4lst  kdpuceur  de  &s  yeux  ;  de  forte  que  je 


conclus  y  qu*il  ne  lui  peut  parler  que  de  (es 
fooges ,  qui  ne  doivent  bas  être  fort  agréai 
hles,  puis  que  tes  objets  qu'il  a  vus ,  n*ai« 
dent  gueres  à  lui  donner  de  belles  ic^ées» 
Deliment  parloit  fî  bas ,  que  je  ne  Tenten* 
dois  point  ^  mais  comme  (a  privation  de  la. 
vue ,  (embloît  avoir  redoublé  en  Mahamed 
k  délicateflè  de  louïe  ,  il  ne  perdit  pas  une 
feule  parole  de  ce  que  je  viens  de  dire.  Je 
m'étois  bien  apperçue  rqu*il  s*étoit  eu  tour 
d  uo  coup ,  qu'il  avoit  rougi  *,  8c  que  (ans- 
m'écouter ,  il  prètoit  Toreille  du  côté  de 
Deliment  ;  mais  je  flis  bien  furpri(è ,  lor(^ 
que(è  tournant  vers  lé  lieu  où  il  l'entendoit 
parler ,  il  lui  dit  d'une  voix  forte  &  hardie  : 
Ta  pen(ès  peut-être,  infolent,  que  parce 
que  je  fuis  aveugle ,  je  dois  auflî  être  fourd  v 
mais  (caches  que  je  n'ai  que  trop  bien  en* 
tendu  pour  ton  intérêt  les  paroles  injuriea«* 
fes  que  tu  viens  de  dire  :  car  (i  je  fuis  privé 
de  la  vue ,  je  n'ai  pas  perdu  lé  cœur  ;  &  fi 
le  re(peâ  d'Axiamire  ne  me  retenoit ,  je  t'c*- 
tranglerois  de  mes  propres  mains ,  ou  ta*, 
faite  te  mettroit  à  couvert  de  ma  fureur  ; 
mais,  que  dis- je,  reprenoit  -  il ,  tu  fçais- 
bien ,  lâche  ^  que  je  ne  te  pourrois  (ùivre ,. 
&  c'eft  ce  qui  te  rend  (i  hardi. 

Deliment  pendant  ce  di(coiirs ,  ne  fai(bit 
que  (burire ,  ce  qui  me  donnoit  tant  de  co- 
lère >  que  jo  ne  pouvois  m'empêcher  de  le 


4<i  L'illustre   Bassa- 

regarder  avec  fureur  ;  mais  lui,  voulant  por- 
ter Tinfolence  au  dernier  point,  afiura  Ma- 
haiped  qu'il  n'avoir  rien  dit  de  lui ,  qu'il 
ne  pût  redire  au  Sophi ,  fans  qu'il  s'en  ofw 
fençat.  Je  ne  penfè  pas,  répliqua  Maha- 
med,  qu'il  (bit  auffi  injufte  pour  autorifèt 
fon  infolence  d  mon  égard,  comme  à  l'é- 
gard d'Axiamire  ;  mais ,  quoi  qu'il  en  (bit , 
fors  de  cet  appartement ,  &  ne  te  trouves 
jamais  en  lieu  où  je  ferai  :  car  je  te  le  dé- 
fends. Je  vous  aflurejui  répondit  Delimenc 
en  s'en  allant,  que  vous  lie  me  verrez  ja- 
mais. Cette  dernière  raillerie,  irrita  fi  puif- 
famment  lefprit  de Mahamed /qu'il  voulut 
aller  du  coté  qu'il  avoir  entendu  la  voix  de 
Deliment  ;  mais  connoiflant  que  fbn  inal- 
heur  ne  lui  permettoit pas  de  l'atteindre, 
pour  le  punir  de  Con  audace,  je  le  rerins  le 
mieuxjque  je  pus  :  &  fans  penfer  que  la 
confic^nte  de  Perça  étoit  prefente ,  laiflèz. 
Seigneur ,  lui  dis- je ,  laiffèz  aller  cet  infen- 
fé ,  &  fbngez  que  votre  main  eft  trop  il-  - 
luftre  pour  le  punir. 

A  ce  bruit ,  les  princefles  ouvrirent  le  ca- 
binet ,  &  Axiamire  demandant  ce  que  c'é- 
toit ,  &  voyant  le  prince  Mahamed  tout 
ému ,  c'cft  lui  répondit- il ,  une  iafolencc 
de  Deliment,  que  je  ne  vous  puis  pas  dire 
fi-tôt  :  car,  ma  chère  four,  ceux  de  fon  parti 
font  encore  trop  forts  ici.  Perça  failànt  fem<* 


Livre   FUEMiiit.  47 

blanc  de  n'entendre  pas  que  ce  di(cours  s  a^ 
dreiloic  à  elle  i  je  m'adùre ,  dit  cette  arti- 
ficieufè  princeflfè,  que  c'cft  quelqu'une  des 
railleries  de  Deliment ,  que  le  prince  aura 
mal  entendue  -,  mais  pour  empêcher,  pour- 
fuivit-elle,  que  cedefbrdre  n'oblige  le  So- 
phi  à  défendre  aux  princes  d'amener  per- 
fonneà  notre  appartement,  je  vas  tâcher 
ffappaifer  cette  tempête.  N'en  prenez  pas 
la  peine,  reprit  Mahamed,  il  eft  certain  que 
de  mon  coté>  elle  ne  s'appaifera  jamais  que 
par  la  mort  de  Deliment.  Mais  Perça,  fans 
repondre  à  ce  difèours ,  prit  Ifmael  par  la 
main,  qui  tout  étonné ,  fe  lai(Ià  conduire 
comme  elle  voulut.  Nous  ne  fumes  pas  fi- 
tôt  en  liberté  de  parler ,  que  Mahamed  ra- 
conta à  la  princeflè  Axiamire  toute  l'info- 
lence  de  Deliment ,  mais  avec  tant  de  co- 
lère, &  de  marques«de  reflentiment ,  que 
ce  pauvre  prince  m'en  faifoit  pitié.  Souf- 
frirez-vous,,  lui  di(bit-il,  ma  chère  fœur, 
que  l'ennemi  de  Mahamed,  devienne  le 
mari  d'Axiamire  ?  qu'un  homme  qui  s'cft 
fcrvi  de  votre  chancre,  comme  d'un  afyle^ 
pour  m'outrager  impunément ,  ait  encore 
l'audace  de  prétcpckei  à  la  pofieffion  4e 
votre  perfonne  ?  Hà  !  non ,  non  ,  vous  ête^ 
trop 'géncreufe  ,  pour  a  voir    de  fi  lâches 
/cntimens,  &  j'e/pere  que  mes  yeux  ne  pou^ 
vanr  guider  m^  main^  pour  traverfer  le 


4S  UlLLUSTRB     BaSSÂ. 

Cœur  de  cet  infolent ,  avec  cent,  coups  de- 
poignard,  les  vôtres^  au  moins  en  pren- 
dront toute  la  vangeance  qu'ils  en  peuvent 
prendre ,  en  leur  tai&nt  voir  tant  de  mar* 
ques  de  rigueur  &  de  mépris  ^  que  Tamouc 
Se  Tambition  qui  régnent  en  (on  cœur ,  ne 
pouvant  être  {àtisfattes  »  il  aura  du  moins 
deux  ennemis  domeftiques,  qui  le  perfeçu- 
teront  incedàmment ,  ou  pour  mieux  dire, 
ju(ques  à  ce  que  j'aye  trouvé  un  homme  aC 
fez  généreux  pour  guider  mon  bras  y  ou 
pour  me  prêter  le  fien. 

Ulama  entra  dans  la  chambre  à  cet  in- 
ftant,  &  ayant  entendu  ces  dernières  paro^ 
les ,  (ans  donner  loifir  à  la  princeffc  de  ré^ 
pondre ,  il  s'avança  vers  Mahamed ,  &  Taflli*- 
ra  que  hors  la  perfonné  du  Sophi ,  il  pour- 
voit diCpoCet  de  lui  en  toutes  choTès  ,  & 
remployer  à  telle  vengeance  qu'il  voudroit. 
Mahamed  ayant  auffi-toc  reconnu  Ulama  à 
la  voix  :Hal  généreux  Ulama,  lui* dit-il,  que 
ne  fuis  je  en  état  de  reconnoître  ta  vertu, 
plutôt  que  d'avoir  be(bin  de  ton  courage 
contre  un  infâme ,  qui  ne  peut  prétendre 
d'autre  part  à  la  valeur,  que  celle  qu'y  peu- 
vent avoir  ces  animaux  cruels ,  qui  ne  font 
vaillants ,  que  parce  qu'ils  font  forts  &  d'un 
naturel  {anguinaire  ;  la  princeflè  qui  vid 
qu'au  lieu  de  s'appai(èr ,  Mahamed  ne  fai» 
fcic  que  s'irriter  davantage  en  parlant ,  le 

fit 


? 


LiVRB    PRBMim.  49 

fit  entrer  dans  Ton  cabinet  avec  Ulama  Se 
moi,oû  nous  ne  funfies  pas  (î-tôt  que  prenant 
la  parole,  elle  afTura  Mahamed  qu'elle  n'étoit 
pas  moins  (ênfibie  que  lui,  à  Tinfblence  de 
Deliment ,  qu'elle  lui  promettoit  de  ne  Vé- 
poufèr  jamais  ;  non  pas ,  di(bit-elle,  que  je 
veuille  que  vous  m'en  ayiez  obligation ,  ni 
ue  vous  puîffiez  croire  que  ce  foit  un  deC- 
ein  que  je  fà/Te  pour  l'amour  de  vous  \  au 
contraire  je  veux  que  vous  croyiez  que  dans 
le  tenis  ou  Delimcntue  m'a  témoigné  que 
de  l'amour  &durefpeâ,  j'aurois  toujours 
plu-tôt  choifi  la  mort  que  d'être  fâ  femme  ; 
car  enfin  ,  (a  naiiTance ,  (on  humeur  ,  (a 
méchanceté,  &  (on  audace  ,  m'ont* don- 
né tant  de  haine  pour  lui ,  qu'il  n'ell  point 
d  extrémité-  où  je  ne  me  porte  plutôt ,  que 
de  con(èntir  à  rien  qui   lui  puidè  plaire. 
Mais  ce  que  je  veux  que  vous  penficz  cft , 
que  11  le  plus  grand  prince  de  la  terre.  Se 
qui  toacheroir  le  plus  mon  inclination ,  vou$ 
avoit  fait  un  outrage ,   je  (crois  fa  plus 
cruelle  ennemie,  &  la  première  qui  vou* 
drois  m'en  venger,  Hagénéreufèfeiir!  in- 
terrompit Mahamed ,  tout  con(blé  de  l'en- 
tendre parler  ainfî ,  j'avois  bien  cru  que  ma 
querelle  (èroit  la.vôrre,  &  que  vous  nemV 
bandonneriez  pas. 

Comme  je  vis  que  leurs  dli(cours  neréfbl- 
yoietît  rien ,  je  leur  dis  qu'il  me  (èmbloit , 
JLFarne.  E 


fO  L'iLLiTS  T  R  B     B  AS5  A. 

que  fans  s*atnu(èr  A  fe  donner  des  témoigna- 
ges d  afFcdlion  ,  qu*oa  pouvoir  nommei 
inutiles  >  pui(qu'ils  ne  pouvoient  pas  doutei 
de  leur  amitié ,  il  eût  mieux  valu  employée 
le  rems  à  (bnger  fi  Mahamed  Ce  devoir  plain- 
dre au  Sophi  y  ou  s'il  devoit  attendre ,  pour 
voir  de  quelle  façon  Deliment  vivroit  avec 
lyi  à  l'avenir ,   après  la  défen(e  qu'il  lui 
tvoit  faite.  Cet  avis  leur  ayant  (èmblé  jufte , 
ils  commencèrent  d'examiner  lachofè.  Pour 
Mahamed,  il  ne  vouloir  ni  fe  plaindre,  m 
attendre ,  mais  fe  venger  feulement.  Ulama 
qui  ne  prévoyoit  rien  de  bon  de  cette  ven- 
geance,ni  pour  le  prince,  ni  pour  la  princeffe, 
ni  pour  lui>attendoit  qu' Axiamire  eût  dit  (on 
opinion  :  Ce  défendant  de  faire  connoître  la 
fienne  (ùr  ce  qu'il  difoit  que  c'écoit  feulement 
à  lui,  à  exécuter  ce  que  la  princefle  &  Maha- 
med  réfoudroient.   De  forte  qu'Âxiamire 
ne  voulant  pas  parler  toute  (eule ,  me  com- 
manda de  dire  ce  que  je  penibis  de  cette 
jjBfaire.  Je  vous  avoue, généreux  Ibrahim, 
quo  quelque. haine  que  j'eude  pour.  Deli- 
ment, je  fus  pourtant  d'avis  de  porter  les 
cho(es  à  la  douceur  ^  Se  que  s'il  venoir  faire 
des  (bumiilîons  à  Mahamed, /il  falloir  qu'il 
les  reçût,  f^i&nt  femblanr  de  lui  pardon- 
ner -,  mais  à  condition  routefois ,  qu'il  ne  & 
trouveroir  que  le  moins  qu'il  pourroit  aux 
lieux  où  Mahamed  feroit.  Et  ce  qui  me 
portoiti  cela,  étoîc  la  periléc  que  fi  Uiama 


^ntreprenoic  quelque  choie  contre  Delj^ 
ment»  le  moins  qu'il  m'en  pur  arriver^ 
/êroit  qu'UIanûla  Ce  crouveroic  contraint  de 
i*éloîgner,  &  de  melaiilcr  au  pouvoir  du 
Sophi.  Pour  la  princeflè  ,  elle  fut  d'avis 
qu'un  gentilhomme  allât  de  la  part  de  Ma- 
hamedfe  plaindre  au  SophidcTinfolencede 
Delimeqr  y  &que  même  on  apportât  grand 
foin  à,  la  publier;  parce, di/bir-elle  a  Maha- 
med,  qu'il  elt  à  propos  de  le  faire  mçprilcr 
&  haïr  autant  qu'il  nous  (èra  poiTible ,  afin 
de  nous  (ervit  de  cette  haine  Se  de  ce  mé- 
ptis  quand  il  en  fera  tems.  Car ,  pourfui- 
voit-elle ,  le  monde  n  eft  pas  inftrnit  de  fii 
témérité  Se  de  (on  audace  ;  8c  comme  il  eft 
riche  Se  libérai ,  il  a  des  parti(ans  &  des 
iorviteurs,  qui  n'oferoient  peut  être  (è  dire 
tels,  s'ils  fçavoienc  que  vous  Se  moi  le 
faaïflbns. 

Quoi%  ma  (œur ,  reprit  Mahamed ,  vous 
vouiez  que  je  publie  quej^^aii  reçu  un  outra* 
ge  impunément  !  Oui  y  dit- elle  r  je  veux 
qu'on  le  publie ,  pour  vous  vanger  de  De« 
Utnent,  puisqu'on  le  peut  faire  Cms  of« 
fcnCct  votre  gloire,  Confiderez ,  ajpuroit- 
clle ,  que  â  la  générofitc  d'Ulama  le  porcoic 
â  (ébattre  contre  Deliment ,  votrç  vanee^h* 
ce  Cetoit  doiueufe ,  .pui(que  vous  n'ignoi;ez 
|)as  que  le  (brt  des  armes  eft  incertain  :.  Se 
s*iï  vous  en  coutoit  le  Cung  Se  la  fortune  d'an 

E  * 


^i        UiiLUSTm   Bassa. 
fi  excellent  homme ,  vous  repentiriez- vous 
de  cette  violence?  Non,  madame,  inter- 
rompit Ulama ,  ne  vous  arrêtez  pas  a  tou* 
tes  ces  confiderations ,  puifque  ma  fortune, 
mon  ^ng,  &  ma  vie,  ne  fçauroient  être 
employés   plus  glorieufcment  qu'à  vanger 
le  prince  Mahamed.  Mais ,  pourfiiivit  elle, 
la  chofe  n'eft  pas  fi  aifce  que  vous  vous  11- 
maginez^  votre  deffein  peut  être  décoa- 
vért  ;  l'occafion  de  Téxccuter  ne  (ê  pre(èn- 
tera  peut-être  pas  :  &  puis ,  pour  vous  par- 
ler rranchcment,  je  ne  fçaurois- approuver 
la  violence  dans  Mahamed ,  que  je  con- 
damnerois  dans  d'autres.  Il  vaut  donc  mieux 
par  la  voye  de  la  douceur,  acquérir  à  Deli- 
ment  des  ennemis  fccrets^  qui  lors  qu'i  1  en 
fera  rems ,  &  que  nous  voudrons  ouverte- 
ment nous  oppoièr  à  Tes  violences  ,  nous 

.  (èrviront  avec  zele ,  &  nous  donneront  lieu 
de  «  nous  vanger  fans  crainte  &  avec  hon- 
neur. Enfin  cette  (âge  princelTefçut  appuyer 

.  fon  opinion  de  tant  de  raifons  qu'elle  fut 
iuivie  :  &  pour  l'éxecuter,  j  allai  donner  or- 
<ïrç  qu'on  fift  venir  un  vieil  gouverneur , 

3ui  avoit  élevé  Mahamed ,  &  qui  étoit  un 
es  plus  (âges  &  des  plus  f^avans  hommes 
de  notre  fiecle,  afin  qu'il  allât  trouver  le 
Sbphi  ^  qui  pçndant  que  nous  étions  à  pren- 
dre nos  réfolurions,  entretenoit  Deliment  : 
car  auflî-tôt  qu'il  fut  forti  de  la  chambre 


LlVUS     PRlMIlIt.  y) 

d'Aïkmire,  il  paflà  en  celle  du  Sophi,  i 
qui  pour  colorer  Con  inlblence ,  il  (fit  q.ue 
me  trouvanr  tous  les  jours  plus  rebelle  à  Ùl 
volonté ,  il  n'avoic  pu  pen^r  autre  çho(ê  , 
iînon  que  mon  e(prit  étoit  engagé  ailleurs  | 
&  qu'ayant  obfervé  toutes  mes  aâions ,  il 
avoit  remarqué  que  le  prince  Mahamed  ne 
me  haïfîbit  pas  :  que  pour  s*en  éclaircic 
mieux ,  poufl^  par  le  zèle  qu'il  avoit  â  (ba 
(èrvice^  il  avoit  dit  quelques  paroles  de  rail^ 
lerie,  tandis  que  le  prince  m'entretenoit  ; 
qu'il  avoit  reçues  fi  aigrement  9  que  (à  con 
1ère  lui  perfiiadoit  encore  cette  opinion#  Ce 
n'eft  pas;  difoit-il  en  fbus^riant,  comme 
nous  avons  fçu  depuis ,  qu'il  (bit  bien-aifé 
de  s'imaginer  que  la  beauté  de  Feiixiane 
vous  air  donné  ce  rival  ^  mais  enfin  je  n'ai 
pas  voulu  vous  cacher  mes  fbupçons ,  Se 
c'eft  à  vous  à  faire  ma^  paix  avec  le  prince 
\     Mahamed ,  fi  vous  ne  voulez  pas  que  la 
belle  Axiamire  me  haïfiè.  Je  prends  le  Coin, 
de  cela  '^  répliqua  le  Sophi  ;  &  croyez  que 
je  ne  vous  fuis  pas  peu  obligé  y  de  n'avoir 
pas  CTaint  de  fâcher  Mahamed ,  pour  me 
fcrvir  en  une  chofe ,  d'où  dépend  ma  fé- 
licité. Jugez ,  Seigneur ,  après  cet  artifice  » 
fi  les  plaintes  de  ce  pauvre  prince  furent 
bien  reçues.   Le  Sopni  voulut  néanmoins 
encore  obferver  quelque  bien-feance,  ne 
pouvant  croire  que  Mahamed  pût  être 


/4        Vittvsrm  BAssikT 
amdateux ,  quoi- qu'il  eût  pris  réfolution 
ic  s'etr  éclaircir  davantage. 

Auffi-fôt  donc  que  cet  ancien  gouvet- 
tieur  de  Mahamed   lai  eût  fait  û,  pleinte, 
k  Sophi  lui  dit,  qu'il  étoic  déjà  averti  de* 
la  choft  5  Se  que  pour  donner  (atisfat^io» 
i  Mahamed ,  il  lui  commandoit  de  pardon- 
lier  à  Deliment ,  dont  il  connoiflbit  le 
Cœur ,  &  fçavoit  bien  qu'il  n'avoit  point 
eu  defTein  de  l'offenfer.  Et  comme  ce  gou* 
fci-neur  voulut  fupplier  le  Sophi ,  que  du 
ihoins  Deliment  fe  trouvât  li^  plus  rarement 
qu'il  pourroit  aux  iieux  où  (croit  le  prince 
Mahamed,  le  Sophi  lui  dit,  qu'il  ne  répli- 
quât pas  davantage ,  &  qu'enfin  il  vouloit* 
être  obéi.  Qiie  pour  cet  effet,  il alloit  me- 
ner Deliment  à  la  chambre  d'Axiamire,afinf. 
<Jne  la  faute  fut  pardonnie  au  même  liea 
cm  die  avoir  été  feire  :  de  forte  que  lor(- 
que  nous  n'attendions  que  la  réponfe  dit 
Sophi ,  nous  le  vîmes  entrer  lui  -  même , 
^appuyant  fut  Deliment ,  &  (ûivi  dlfmaël 
Se  de  i^ca»  qui  n'ayant  pu  voir  Deli- 
menr ,  depuis  qu'elle  étoit  fortie ,  parce 
qu'il  étoit  avec  le  Sophi ,  les  avoit  fiiivis  à 
cette  chambre  ,  auffi-tôt  qu'elle  avoit  été 
avertie  qu'ils  y  venoient.  Je  vous  Wfle  à 
juger  fi  cette  vifite  donna  de  lanière  à 
Mahamed,  ôc  de  l'étonnement  à  Axiamire 
tk  à  moi  ;  mais  nous  en  eûmes  encore  da- 


qu( 
il, 


[  LlVKI    P&BMIBR.  $f 

\.     vàntage ,  lorfqae  le  Sophi  Ce  mit  à  ^age- 
I     ter  les  obligations  qu'il  avoit  à  Delimeot , 
(es  vertus  ,    An  mérite  ,  lafFeâion  qu'U 
avoit  pour  les  princes  &  pour  'les  prince^ 
(es  :  &  enfirf ,  pourliiivit-il ,  la  plus  gran- 
de marque  que  Ton  me  pui(Iè  donner ,  de 
lapaffion  que  l'on  a  pour  mon  (ervlce,  eft 
de  rendre  à  Deliment  les  mêmes  honneurs 
^ue  s'il  écoit  mon  fils  *,  &  pour  vous ,  dit« 
s'appuyant  fur  le  bras  de  Mahamed ,  je 
vous  commande  d'aimer  Deliment ,  6c  de 
vivre  bien  avec  lui.  Il  (èroit,  ce  me  (êm- 
ble  plus  jufte  ,  reprit  le  prince ,  que  votre 
majefté  lui  ordonnât  de  ne  m'outrager 
point  y  pui(qu'il  ne  le  peut  faire  (ans  l*o£- 
fenfèr.  J'excufè ,  répondit  le  Sophi,  la  mau« 
vaife  opinion  que  vous'  avez  de  Deliment , 
puis  qu'elle  n'eft  cautëe  que  pât  le  peu  de* 
connoidànce  que  vous  avez  de  (es  inten** 
tions.  Mais  enfin ,  (ans  examiner  davanta- 
ge, fi  ma  volonté  eft  injufte  ou  équitable  » 
recevez  (es  (bumi(fions  &  (on  amitié.  A  ce 
mot ,  Deliment  prit  la  parole ,  de  déguifânt 
la  malice  de  (on  ame ,  il  dit  tant  de  cho(ès 
obligeantes  à  Mahamed,  que  s'il  n'eût  con-  ' 
hu  parfaitement  (a  méchanceté  >  il  eût  pu 
croire  qu'il  étoit  capable  de  repentir.  Ma- 
hamed fut  contraint  de  faire  (emblant  de 
n'avoir  plus  de  re(Ièntiment  de  rofFen(è 
^'il  avoit  reçue.  Cette  paix  donnoit  beau»  ' 


5*6         L'kllustre    Bassa« 
coup  de  joye  a  Perça  ;  mais  la  froideur  d*A« 
xiamire  fai(bir  allez  connoîcre  qu'elles  n'é« 
coient  pas  de  même  parti.     • 

Taindi$  que  le  Sopni  parla  d'autres  cho- 
ies >  il  attacha  toujours  les  yeux  fur  mon  vi-^ 
(âge  :  3c  comme  par  un  fentiment  de  corn- 
paffion,  &  pour  éviter  (es  regards,  j'avois 
prefque  toujours  tourné  la  tète  du  coté  de 
Mahamed  ,  il  commeiiça  de  pen(èr  qu'il 
pourtoit  y  avoir  quelque  vérité  aux  foup* 
çons  de  Delimenr.  Il  ne  fut  pas  fi-tôt  re- 
tourné à  (on  appartement ,  que  (bngeanl 
aux  moyens  de  s*en  éclaircir,  il  jugea  que 
le  gentilhomme  qui  (èrvoit  de  guide  à  Ma« 
hamed ,  pourroit  peut-être  lui  en  appren« 
dre  quelque  cho(è.  Il  n'eut  pas  fi-tôt  com-* 
muniqué  ce  dcflcin  à  Deliment,  que  l'ayant; 
approuvé,  il  ne  (bngea  plus  qu'à  l'éxecu-, 
ter  ;  &  pour  cet  effet,  il  attendit ,  pour  ne 
donner  pas  de  foupçon  à  Mahamed ,  qu'il 
fut  retiré  le  (bir  :  car  alors  ce  prince  n'ayant 
plMs  dcflcin  de  fortîr,  donnoit  liberté  à 
ton  guide.  Deliment  qui  lavoit  fait  ob(èr-. 
ver  ,  ne  fut  pas  (î-tôt  averti  qu'il  étoit  fortî 
de  ta  chambre  du  prince ,  qu  il  lui  fit  dire 
fecrettement  que  le  Sophi  vouloit  lui  par- 
ler. Cet  homme  qui  n'avoit  pas  accoutumé 
Ac  recevoir  de  (cmbl^bles  faveurs ,  obéit  à 
Theure  même  ;  &  le  Sophi  joignant  l'efpé- 
rance  d'une  grande  fortune,  des  préfens# 


IlYRl     PREMIER.  $7 

&  des  prières ,  aa  commandement  qu'il  lui 
fit  >  eut  bien-tot  fuborné  fa  fidélité.  Après 
donc  qu'il  (ê  fût  bien  ailuré  de  lui ,  il  lui 
ordonna  d'obferver  exaûement  toutes  les 
aûions  du  prince  Mahameci ,  de  prendre 
garde  quand  il  parleroit  à  fnoi ,  de  tâcher 
d'en  ouir  quelque  chofe ,  ôc  de  lui  en  venir 
rendre  compte  tous  les  (birs  à  la  même 
heure*  Et  comme  il  le  preila  de  lui  dire  s'il 
n'avoit  point  reconnu  qu'il  y  eût  quelque 
intelligence  entre  le  prince  &  moi  »  il  lui 
répondit^  que  tout  ce  qu'il  en  (çavoir  c*é* 
toit  que  le  prince  parloit  plus  (ouvent  de 
moi  que  d'aucune  autre  de  mes  compagnes* 
Mais  tandis  qu'on  le  trahifleit  de  cette 
&rte ,  il  n'étoit  pas  fans  inquiétude.  Le  dé- 
pit derce  fi  mal  traire  du  Sophi ,  &fi  indi-; 
gnement  outragé  de  Deliment,  ùms  qu'il 
eût  un  moyen  afluré  de  s*en  yanger ,  ne  lui 
donnoit  pas  peu  de  peine*    Et  lors  qu'il 
penfa  que  dès  le  lendemain  il  fè  rencontre» 
roit  avec  Deliment  chez  Axiamircy  iôil 
grand  coeur  ne  put  Ce  réfbudre  fi- tôt  à  une 
chofe  fi  fàcbeiiiiè«  Il  fit  ftmblant  d'être  ma- 
lade ,  Se  d'être  quelque  tcms  fans  fortir  de 
Ùl  chambre  :  mais  lors  qu'il  Mp(bit  qu'en 
évitant  la  rencontre  de  Delimrat ,  il  fe  pri- 
voit  de  la  mienne ,  j'amour  étoit  plus  fort 
en  lui  que  le  dépit  t  &  la  converfation  de 
ion  ecinemi  ne  li^i  étq|t  pas  plus  redouta- 


5$        L'illustre    Bassa. 

blc ,  que  l'etpérance  de  la  mienne  lui  étôk 

douce.   Toutefois  dans  1  e(pérance  que  la 

f>rinccflc  le  vifiieroit  durant  (à  feinte  ma- 
adiej  &  que  comme  j^étois  (a  confiden- 
te, je  ne  manquetois  pas  de  i  y  accc«n- 
pagner ,  le  dépit  reprit  (à  première  place  , 
&  lui  fit  exécuter  (à  réfolution.  Le  jour 
fuivant,  il  feignit  de  Ce  prouver  mal ,  Se 
ne  voulut  (c  laifîèr  voir  à  pcrfonne;  màifr 
craignant  qu*Axiamire  n'en  fût  en  peine , 
il  lui  envoya  dire  qu'elle  ne  s'inquiétât  pa» 
de  fa  maladie,  &  qu'il  l'aflùroit  que  le  plus 
grand  remède  dont  il  eut  besoin ,  étoit  de 
UL  converfâtion ,  ou  de  la  (blitude. 

La  princeflè  entendit   bien  ce  que  le 
prince  defiroit  d'elle  :  de  forte  qu*auffi-tôr 
qu'elle  en  eut  trouvé  t'occafion,  elle  alU 
Voir  Mahamed ,  fans  mener  avec  elle  qu'une 
vieille  gouvernante,june  de  mes  compagnes, 
&  moi  :  mais  Perça  ayant  (çu  qu'Axiamire 
àlloit  voir  le  priAce  Mahamed  qui  Ce  trou- 
yoit  mal ,  perfîiada  à  Ifliiaël  &  a  Delimem 
d'y  aller  auflî  :  de  forte  qu'à  peine  étions- 
nous  arrivées  dans  la  cnambre  de  Maha« 
med,  que  Ton  vint  l'avertir,  que  cette  trou- 
pe ennemie|É^noit  troubler  notre  repos.  Le 
prince  en  fut  u  ému  décolère,  que  de  crain- 
te qu'il  ne  s'emportât  à  quelque  violence , 
Axiamirc  fe  hâta  d'en  forrir  5  de  forte  que 
les  rencontrant  encore  i  l'antichanibre  »  01^ 


L  I  9KM     9  RBMIERé  ^f 

fOe  les  arrêta,  elle  leur  dit  que  le  prince 
s'éranr  etïdormi ,  elle   n'avoir  pas  voulu 
qu'on  l'éveillât  ;  &:  par  iâ  les  obligeai  s'en 
retourner.    Cependant  Mahamcd  qui  ne 
pouvoit  viyre ,  (ans  me  faire  H^avoir  qu'il 
vivoit  toujours  pour  nioi,  appella  Ton  gui* 
de,  nommé  Amariel,   qui  bien  fbuvent 
ftuffi  lui  (ervoit  de  (ècretaire.  Il  lui  reconv* 
manda  le  (ècret  &  la  di(cretion  ;  &  après 
lui  avoir  fait  faire  plus  de  cent  faux  fer- 
mens ,  lui  diâra  une  lettre  pour  moi ,  qu'il 
éaivit  très-  fidellement  :  &  fe  l'étant  fait 
lire  plus  d'une  fois,  lui  ordonna  que  le  len« 
demain  an  matin ,  il  vint  me  demander  de» 
nouvelles  de  la  pritKeile,  de  qu*ilneman« 
Quâr  pas  de  me  rendre  cette  lettre  le  plus^ 
Kcrettement  qu*il  pourroit.    Amariel  lui 
promit  de  s*cn  aquiter  comoie  il  devoir  i> 
&  tout  joyeux  de  (on  avanture ,  il  fe  re« 
tira  d'auprès  du  prince ,  &  alla  auffî-tôt  en^ 
informer  le  Sophî.  Le  Sophi  le  careiTa  ex« . 
traordrnairement  »  &  prenant  la  lettre  avec 
teiucoup  d'impatience ,  il  vit  qu'elle  étoir 
extrêmement  paffionnéc,  &  q^ic  les  foup- 
çons  dé  Deliment  n'étoicnt  pas  mal  fbn-» 
dez.  Il  l'envoya  quérir  à  rheutc  même,  lui 
montra  la  lettre  qu'il  tenoit ,  &  tout  ému 
de  colère ,  lui  demanda  quel  confeil  il  de- 
voir prendre  ?  Delimeht  comme  plus  fin  & 
moins  préoccupé  >  lui  dit  qu'à  bien  oon^* 


6ti        L'illustre    Bassa* 

fideter  cette  lettre,  oh  yoyoit  clairement, 
que  Mahamed  étoit  paâionnément  amoa- 
reux  de  moi  *,  mais  qu'on  ne  pouToit  pas 
juger  fi  je  répondois  a  (à  paflion  :  de  (brtè 
^ùe  pour  s'en  éclaircir  ,  il  falloir  qu'Ama- 
riel  me  rendit  cette  lettre ,  &  m'en  deman^- 
dSt  la  réponfè  :  que  pour  lui  il  croyoit  que 
je  ne  le  naïflbis  pas ,  parce  qu'une  611e  de 
Perta  avoir  oui  des  chofès  que  j'avois  dites 
lors  qu'il  étoir  (ôrti  de  la  chambre  d'Axia- 
mire ,  qui  ic  lui  fai(bient  penfer  ainfi. 

Cette  riSfblution  étant  prife ,  Amariel  ^ 
iùivane  l'ordre  qu'on  bi  aVoit  donné  >  me 
vint  trouver ,  me  rendit  la  lettre  de  Maha- 
med 9  &  me  donna  la  commodité  d'y  ré^ 
pondre  :  cir  comme  il  étoit  venu  extrême- 
ment  matin ,  la  princellè'n'étoit  pas  encore 
éveillée ,  &  j'étois  encore  à  ma  chambre , 
fans  autre  compagnie  que  d'une  fille  qui 
me  fêrvoit.  Jufque-lâ,  j  avois  cru  n'être  pas 
obligée  de  feire  rien  fçavoir  à  Ulama  de 
lamour  du  prince Mahanfed  j  mais  comme 
je  prévis  qu'il  iajloit  avoir  quelque  fuite  y  je 
fis  deflein  fi  je  trouvois  une  occafion  favo- 
rable de  lui  en  dire  quelque  chofe  :  &  ce- 
pendant de  vivre  de  façon  avec  Mahamed  # 
qu'il  n'eût  pas  (ùjet  de  s'irriter  contre  moi, 
ni  d'efpérer  auflî  de  m'engager  a  l'afFeûion 
qu'il  en  deCitoiu  Je  llii  répondis  donc  avec 
l>eaucoup  de  re(pe<% ,  &  détournant  le  fens 


de  (es  paroles  le  plus  adroicemeiit  que  le 
pus,  je  répondis  à  une  lettre  d'amour,  corn» 
me  fî  elle  a'eât  été  que  d'amitié.  Âmariel 
n'eut  pas  fî-tôt  ma  réponfè  »  qull  alla  fmtt 
fatisfait  retrouver  le  Sopbi ,  qui  ne  fut  pas 
fâché  de  voir  que  je  lï'avdis  pas  tant  d*a& 
feâion  pour  Mahamed,  qu'il  ne  put  efpé- 
rer  de  la  pouvoir  rompre.  Il  çonfùlta  ton 
con(èil  ordinaire  >  c'eft  à-dire  Deliment  ; 
ils  réTolurent  que  dorefnavant  ils  change* 
roient  les  lettres  que  le  prince  me  feroic 
écrire  9  parce  qu'à  ce  qu'ils  en  pouvoient 
juger  par  celle  qu'ils  avoient  vue,  elles  fê- 
roient  trop  belles  &  trop  paflîonnées  :  fai- 
fant  auffî  deflèin  s'il  arrivoit  que  je  répon- 
diflè  des  chofes  trop  obligeantes ,  de  ne  les 
faire  pas  lire  ainii  au  prince  Mahamed  ,  qui 
comme  fî  la  fortune  eût  youlu  aider  à  nos 
ennemis,  devint  effe(%iv.ement  aâèz  mala« 
de  pour  être  plus  de  quinze  jours  (ans  (br- 
tir  :  de  (brre  que  dans  cet  interval ,  il  ne  (è 
paflà  pas  un  jour  qu'il  ne  me  âft  éaire» 
Bc  que  je  ne  lui  répondiflfe»  (ans  que  nous 
fçnfGons  pourtant  jamais  ce  que  nous  nous 
voulions  dire  fun  à  l'autre ,  parce  que  le 
Sophi  rerenojit  toutes  les  lettres  de  Maha* 
med,  &  m'en  BàCoit  écrire  d'autres;  Se  gar« 
doit  auflî  toutes  mes  répon(èS ,  en  me  fai* 
&nt  parler  comme  û  lui  plai(bit.  J  avoue 
<ps  fitois  quelquefois  étpnnée  des  quet 


4t  UlLtVSTRI    BaSSA« 

tions  donc  ces  lettres ,  que  je  croyois  etce 
de  Mahamed,  étoient  remplies  :  &  confron- 
tant la  première  que  j'avois  reçue  de  lui 
avec  les  autres ,  j  y  trou  vois  une  fi  grande 
différence,  foie  pour  la  beauté  du  ftiie>  foie 
pour  les  chofès  qu'il  me  difoit,  que  je  ne 
^vois  qu'en  penfèr.  Toutefois  voyant  que 
c*étoit  toujours  de  la  même  main ,  &  les 
recevant  par  la  même  vôye  >  tout  ce  que 
j*en  refblvois  étoit ,  que  l'aveuglement  de 
ce  pauvre  prince  lui  donnoit  des  penf^es 
(ur  l'amour,  que  perfbnne  n*eût  jamais  eues 
que  lui  :  car  comme  le  deflèin  du  Sophi 
&  de  Deiiment  étoit  en  apprenant  mes 
fentimens  pour  Mahamed  ,  de  me  le  rendre 
méprifàble,  ils  lui  fai  (oient  écrire  d'étran- 
ges chofès  par  Amâriel.  Quelquefois  ilsfai- 
foient  dire  à  ce  prince  aveugle  qu'il  s'en- 
nuyoit  de  ne  me  voir  point  ;  ,que  la  beau- 
té de  mes  yeux  lui  revenoit  toujours  à  Ti- 
magiaarion  :  en  une  autre  lettre ,  que  poqr 
plus  de  conformité  il  eût  bien  voulu  que 
l'eufie  été  aveugle  comme  lui  \  8c  pour  fai- 
re auf&  en  même  tems,  que  je  n'euflè  point 
vu  le  Sophi,  qu'il  fçavoit  être  fbn  rival. 
Dans  une  autre ,  il  me  conjuroit  de  faire 
en  fori;e  qu'il  pût  avoir  mon  portrait ,  &  de 
lui  mander  lî  j'étois  iilonde  ou  brune.  Je 
vous  laiAè  àpen/èr,  fi  joe  pouvant  mépri- 
ièrMafaamed^  paroe  que  jeTeftimois  beau- 


Livni   vntMiix,  6$ 

êaap  d'aîUears ,  ces  lettres  ne  me  donnoîent 
pas  de  la  cotnpaffion  :  auffi  éroit-ce  par  ce 
tentiment  que  je  lui*  répondois  :  &  bien 
que  Tartifice  de  Deliment  y  mit  toujours 
quelque  cho(ê  du  Sophi ,  j'eus  toujours  a(^ 
fez  de  prudence  ou  aflèz  de  bonheur  pour 
n'y  répondre  point.  Mais  fi  Deliment  fai- 
£Mtles  lettres  de  Mahamed  fi  peu  judicieu- 
&Sj  ceUes  qu'il  faifôit  fiour  moi ,  à  ce  que 
.  j*ai  (çu  depuis ,  n'étoient  guère  plus  rai* 
fbnnables:  ôc  le  prince  m'a  dît,  que  lors 
qu  Amariel  les  lifbit,  il  ne  pouvoit  sVmpe* 
dierde  les  faire  relire  plus  d'une  fois.  Ce 
n'eft  pas  que  Deliment,  qui  d'ordinaire  les 
diâoit ,  1^  eût  faites  fort  obligeantes  -y  mais 
c'eft  que  le  prince  les  trouvant  fi  mauvais 
fcs,  fe  perfiiadoit  quec'étoit  la  faute  d*A- 
mariel  qui  les  ti(bit  mal  :  ne  pouvant  s'ima* 
gincr  qu'une  perfonne  dont  l'efprit  lui  (èm- 
Moit  digne  de  (on  eftime ,  expliquât  (es  fen- 
rimens  de  fi  mauvaise  erace  :  &  pour  cet 
eflfet ,  il  les  fai(bit  lire  plus  d'une  fois,  afin 
de  pouvoir  difcerner  les  fautes  du  Leâeur 
d'avec  celles  que  Ton  feifoit  paflcr  pour  les 

miennes^ 

Mais  tandis  que  la  malice  de  Deliment 
triomphoit  de  la  facilité  du  Sophi ,  &  d^ 
notre  innocence ,  Mahamed  fe  portant  beau-, 
coup  mieux ,  fe  fit  conduire  un  matin  à  l'àpJ- 
partemcnt  di  kprinceffe  pour  lui  rendra  & 


^4  L^ILLUSTRl    BàSSA. 

première  vilîte ,  ou  pour  mieux  dire ,  pour 
avoir  prétexte  de  m'ey  faire  une  :  car  il  m*à 
dit  depuis  qu'il  n'étoit  pas  fans  impatient 
ce  de  m'entcndre  parler ,  afin  de  eonnoître 
fî  favoîs  encore  le  même  efprit ,  qu'il  avoir 
eftimé  en  moi.  Il  ne  s'éronnoir  pas  que  je 
lui  cufic  toujours  répondu  avec  aflèz  de  ri- 
gueur ,  parce  qu'il  pouvoir  penfer  que  ma 
vertu  ,  &  la  craintf  de  me  copam^rrc  à  la 
discrétion  çlc  celui  qui  devoir  lire  m^s  let- 
tres, m'v  pou  voit  porter;  mais  de  lui  dire 
des  chofes  hors  de  propos ,  c  eft  ce  qu'il  ne 
pouvoir  comprendre.  Tant  que  (à  maladie 
avoit  duré  la  princclle  Axiamire  l'avoitété 
aflez  fouvent  vifiter ,  mais  Perça  avoit  pref. 

,  que  toujoiurs  été  de  la  partie ,  de  forte  que 
nou;;  ne  nous  étions  point  parlé ,  jufqu'à 
ce  que  vciunt  un  matin  pour  vifirer  Axia- 
mire à  deflèin,  s'il  la  trouvoit  (èule,  de  lui 
déclarer  la  paflion  qu'il  avoit  pour  moi ,  ne 
la  trouvant  point  encore  éveillée ,  &  fki(knc 
fêmblant  de  vouloir  attendre  qu'elle  le  (nt^ 
il  (è  fit  conduire  à  ma  chambre. 

Lors  qu'il  y  entra ,  j'achevois  de  lire  une 
lettre  d'Ulama ,  qui  pon(I2  par  la  force  de  (g 
paflîon,,&  par  la  crainte  que  l'amoui  du 
Sophi'  ne  f  emportât  fur  le  fien  ,  me  çon- 

jurpijr  de  me  (buvenir  des  promeflcs  que  je 
lui  avois  faites ,  de  n'aimer  jamais  rien  que 
lui>  &  entûite  repaflbit  cous  les  témoigna*- 


LlVRB    PRCMIfiR.  fj 

rd'afTedion  que  je  lui  avois  rendus  j  afin 
m  obliger  à  ne  Ten  priver  pas.  D'abord 
que  Mahamed  entra  dans  ma  chambre,  mon 
premier  fèntimenc  fur  de  cacher  la  lettre 
que  je  tenois  ;  mais  me  (bu venant  tout  d'un 
coup  qu^il  étoit  aveugle ,   je  me  mocquai 
de  ma  prévoyance.  Et  d'autant  plus  qu'i^ 
commanda  à  Àmariel  y  de  relier  i  une  gale- 
rie par  où  l'on  paflbit  pour  venir  à  ma  cham- 
bce.  Comme  je  me  vis  feule  avec  Mahamed» 
excepté  une  fille  qui  me  (êrvoit ,  Se  en  qui 
je  me  fiois  de  toutes  choCes  ;  l'impatience 
d'achever  de  lire  la  lettre  d'Ulama ,  me  prie 
de  telle  forte ,  qu'aufS-tôt  après  les  premiè- 
res civilités ,  je  me  mis  â  la  déplier  le  plus 
doucement  qu'il  me  fut  pofiible ,  &  iàns 
repondre  précifcment  aux  difcours  du  prin- 
ce, jeli(bis  ce  qu'Ulama  m'écrivait.  Maha- 
med, qui  certainement  a  de  re(prit ,  &  qui 
fiiivarit  la  coutume  des  aveugles,  eft  toujours 
Uû  peu  (ôupçonneux  ,  quoi-  que  par  pru* 
dence  il  ne  le  témoigne  que  le  moins  qu'il 
peut ,  entendant  le  Bruit  que  faifbit  la  let- 
tre eii  la  tournant  d'un  coré  à  l'autre  :  car 
elle  étoit  aflez  longue,  s'imagina  qu'il  y 
avoit  quelque  .  myftere  en  cela  ,  qu'il  ne 
comprenoit  pas  :  Que  peut  erre  le  Sophi 
pendant  (à  maladie,  m'auroit  ab/blupient 
gagnée  :  &  que  le  papier  que  je  tenois ,  6ç 
iQont  il  entendoit  le  bruit ,  étoir  une  lettre 
JLPar/ie.  Je  \ 


de  lui  y  ou  de  Deliment.  Dans  cette  penfée» 
ce  prince  (i  fàge  &  fi  modéré  ne  put  réfifter 
à  la  tentation  de  s'éclaircir  d'un  doute  qui" 
lui  donnoit  tant  d'inquiétude  :  de  (brte  que 
lorfijue  je  n'y  (bngcois  pas,  &  que  fe  rc* 
pf lois Ja lettre  d'Ulama,  en  rêvant profon-* 
deiriiënt  à  ce  que  j*y  venois  de  lire ,  le  prin-^ 
ceMahamedconduifantâ  main  par  le  bruit 
que  je  fis  en  la  repliant,  le  hazard  le  mena 
«  juftemcnt  où  il  fiilloit,  qu*ilmc  l'arracha 
^lus  promptement  que  jc  ne  pus  m'y  op* 
pofêr.. 

Il  faut  que  je  (cache ,  me  dit4l  alors ,  ai* 
mable  Felixane,  fi  ce  bienheureux  papier 
i5[ui  vous  eîupcche  de  me  répondre ,  méri* 
to  l'iioiineur  que  vous  lui  faites  à  mon  pré* 
jodice.  Seigneur,  lui  dis*  je,  toute  troublé^ 
fi  vous  pouviez  voir  ce  qu'il  y  a  en  cette 
lettre,  je  ne  réfifterois  pas  a  votre  volonté  r. 
Inais  pai(qtte  vous  ne  le  pouvez  (çavoir  que 
par  iune  tierce  peffbnne  ,  foufFrez  que  je 
vous  conjure  de  tqe  la  rendre.  Cet  empre& 
(Smcnt  que  je  témoignai  à  vouloir  retirer 
te  papier  de  fcs  mains ,  fut  ce  qui  piqua  dz^ 
îrantage  fà  curiofité  :  Se  quoi-qu'il  craignît 
infiniment  de  me  fôcher,  il  apprehendoir 
tncore  davantage  d'être  trompé.  Et  puis. 
croyant  Amariel  três-fidele,  il  ne  penfôit 
^as  rien  hazarder  "^en.'  (e  rcfolvant  de  le  lui 
£iiieL  lire..  Dans  cette  opinion ,  plus  j^  le: 


Li^rxt    riLBJiiiit.         £7 

prefibis ,  &  plus  H  (ê  défèndoit  de  m*àc^ 
corder  ce  que  je  voulois  :  &  je  pen(ê  que 
dans  un  trouble  fi  grand\  je  me  fufle  ré* 
folue  à  lui  dire  la  vérité  de  la  choie ,  &  i 
me  cpnfier  en  (à  générolîté  y  û  Delimenc 
qui  avoit  été  aveni  que  le  prince  Maha* 
med  étoit  dans  ma  chambre ,  ne  fut  ye^u 
ivcc  lAnaël,  dont  il  Ce  fervôit  à  toutes  cho- 
fes ,  pour  troubler  notre  converfation  :  car 
il  craignoit  qu'une  .entrevue  fi  particulière 
ne  découvrît  lafburberie  qu'ils  nous  avoient 
Êtite,  8c  que  pen  fan t  détruite  notre  amitié» 
ils  ne  raffermiflcnt  mieux  qu'auparavant  ^ 
mais  ce  qu'ils  craignoient  n'avoit  garde 
^arriver ,  ic  Mahamed  &  moi  avions  bien 
J  autres  penses  que  de  nous  entretenic 
des  lettres  que  nous  avions  re^es  Tuo  de 
tmtfc 

D*abord  que  je  vis  Ifma'él  ôc  Dditnent  i. 

féfi  t^ndignai  bcaiiconp  d'i0^ 

n  adieâ&nt  à  Mahamed  avec  une  colère  que 

je  n'avois  pasbeaucoup  de  peine  à  feindre-^ 

Vo'jf  remarquerez»  Seigneur  ,  lui  dis^jer 

qiie  les  mauvais  exemples  font  bien- tôt  (ui^ 

"^  y  &  qâe  la  hberré  cpie  vqus  avei^,  prife 

d^^orri^  daini  ipa  dismibre  y  a  amené  unef 

<;Mapagnie  q[ue  jeu  y  devrois  rcccvw  que 

fàc  le  commamiement  de  la  princefle.  La^ 

fÊtnceSc,  reprit  Deliment ,  difpô(ê-t-elle 

de  tottcei  vof»aétionil  Qui  >  lui  dis-je>⣠


4S  L'itLifST&i   Bassa* 

fi  abrolumenc  >  que  je  rui$  incapable  de  lui< 
defbbeir  jamais:  de.  {brte>  pourfuivic-il, 
que  Cl  on  dtoic  amoureux  de  vous ,  il  fàu- 
droic  s'àdrelTer  â  la  princefTe  ?  Il  le  fau- 
droit  (ans  doute,  lui  répondis  je  a(Ièz  bruf> 
onennent  :  la  aoyant  aflcz  jufte  pour  ne  me^ 
forcer  jattiaisen  des  choses  d  où  dépendroic. 
toute  la  félicité,  ou  toute  Tinfor  tune  de  ma 
vie   Nous  euffions  peut-être  continué  de 
parler  davantage,  fi  on  ne  fut  venu  les  aver- 
tir qu'Axiamire  étoit  éveillée,  &  qu'ils  pou*, 
voient  la  voir.  Ils  me  quittèrent  pour  l'aller 
ttouver:  le  prince  Mahamed  nefut  poqr*^; 
T&nt  pas  loag<^tems  dans  la  chatnbre  de  la 
princt(}è:   &  pour  en  pouvoir  partir  avec 
bien-(èance ,  il  feignit  de  Ce  trouver  mal , 
'  d'être  ïbrti  fv-tot  après  (à  maladie  :  &  (ê  re- 
tira à  (on  appartement  le  plus  vite  qu'il  lui 
fut  pcffib!e^ 

:  AuAî'^tôt  qu'il  y  fut ,  ilcotnmanda  à  Ama*^ 
riel  de  faire  ïbrtir  tous  les  fiens  :  &  après 
^u'il  l'eut  afiuré  qu'ils  étoient  (èuls ,  il  lui 
icndit  la  lettre  qu'il  m'avoit  prife ,  âc  lui 
ordonna  de  la  lire  :  mais  il  fut  étrangeoienc. 
étonné  lors  qu'il  connut  par  la  leâure  de 
cette  lettre ,  qu'il  y  avoit  long  tenls  que.j'é-^ 
tùis  engagée  d'ane6Hon  pour  quelqu'un* 
Gar  comme  je.vous  ai  dit,  Ulama  rcpaflbic 
presque  tout  ce  qui  s'étoit  jamais  paflë  en 
«KKi^e  amirié.  Il  connut  bien  par  le  ftile  de 


LlVRC     P  REMI  EU.  6f 

Mette  kttte  qu'elle  droit  d'un  homme  de 
qualité  »  &  qui  craignoit  que  l'amour  du 
Sophi  ne  me  fift  changer  :  mais  comme  il 
n'y  avoir  point  de  nom  ,  Se  que  l'aveugle- 
ment  du  prince  Mahamed  ne  lui  permet- 
toit  pas  de  connoitre  l*écrimre  dlJIama  >  il 
fit  pouvoit  deviner  qui  Ce  pouvoit  être  :  en 
c^tte  incertitude  il  fbuf&oit  des  peines  que 
loti  nepeut  exprimer ,  &  difbit  des  chofès 
qui  m'ont  fait  depuis  quelque  pitié  ,  quand 
il  me  les  a  racontées  \  étant  bien  certain 
que  la  privation  de  la  vue  ne  lui  fut  jamais 
plus  (êndble  qu'en  cette  occaHon.  Cepen^, 
dant  Amariel ,  qui  étoit  fin  &  adroit,  ju- 
geant qu'il  étoit  important  au  Sophi  de  voir 
cette  lettre ,  &  craignant  que  le  prince  ne 
voulût  garder  ce  papier>  en  plia  un  qui  étoit 
fertuitement  Cin  la  table  ,  de  la  forme  qu'é- 
toit  l'autre,  afin  de  la  pouvoir  chatiger.  Et 
tctte^cette  prévoyance  ne  lui  fut  pas  inu- 
ûle  :  car  en  etfèt,  Mahamed^  après  s'être  fait 
lelire  cette  funefte  lettre ,  la  lui  redemanda. 
Se  fe  mettant  an  lit  avec  ce  papier  (bppofé 
^u'Amariel  lui  laifla^  pour  une  fbiblefle  qui 
lui  prit^  à  cau(ê  4c  Tagitation  qu'il  s'étoit 
donnée ,  cela  donna  la  liberté  à  Amariel  de 
pouvoir  fortir.  41  fe  fervit  çle  roccafion  i 
heure  même  j  &  faifànt  avertir  le  Sophi 
qu'il  à  voit  quelque  chofe  à  lui  dire  >  il  eut 
wdieoce  à  l'inftant)  liapprit  àTachmasJa, 


rff, 


70  L*I  i;  L  U  s T  H  B   B  A  SS  A. 

Tifîte  de  Mahamed  à  mon  appartement  i- 
Cùn  inquiétude  à  (on  refour  :'&  enfin  lui 
montra  la  lettre  d'Ulama ,  qu'il  reconnut 
iuffi-tôt  qu*il  l'eut  ouverte:  car  il  avoir  vu 
fouvent  de  fon  écriture  lorfqu'il  étoit  â  1^ 
guerre  des  Azemites ,  Se  qu'il  lui  rendoit 
Compté  de  (es  viâoires.  Il  envoya  chercher 
Deliment  qui(bnoit  de  chez  la  princefle 
Àxiamire ,  qu'il  avoir  encore  trouvée  plu» 
ifebellt  qu'à  l'ordinaire. 

Auffi-tôt  qn'il  parut ,  Je  ne  cherche  plus  r 
lui  dit' il ,  ce  qur  (ait  k  rigueur  de  Felixane^ 
&  ce  qui  la  porte  à  méprifer  mes  pre(cns  y 
mon  amour ,  &  l'e^érance  même  de  ma. 
couronne  :  car  il  étdit  vrai  que  Deli- 
ment m'^cntretedoit  tous  les  joursde Icm- 
Blables  cho(ès.  Jepen(c,  Seigneur,  répon^ 
dit  Deliment;  que  ce  qui  rend  Felixane  in- 
flexible ,  eA  que  la  connoiflancê  qu'elle  af 
de  votre  grandeur,  ne  lui  perrt^et  pas  de» 
croire  que  vous  la  voulliez  oublier  à  foh 
avantage  y  8c  les  refus  qu'elle  fait  ne  font 
&ns  doute  que  pour  fe  faire  alTurer  plu» 
pui(fiimment  de  ce  qu'elle  délire  peut-être 
pbs  que  vous.  Point  du  tout ,  rep;irti]t  le 
Sophi  ;  Se  la  lettre  que  je  tiens ,  vous  itx» 
certainement  changer  d'avis.  En  di(ânt  ccJ 
h  y  il  lui  montra  celle  d'Ulama,  qui  ne  leur 
fsiCoit  que  trop  connoître  Tamitié  qui  étoit 
emre  nous ,  &  combien  il  étoit  informé  de 


Livre   prikibr.  7» 

celleque  le  Sophi  avoit  pour  moi.  D  abord» 
tous  les  (èntimens  de  Tachmas  allèrent  à  lai 
violence  :  il' vouloir  me  faire  mettre  enpri« 
(on\  il  vouloir  perdre  Ulama,  &  Ces  plu» 
douces  ré(bkitions  ,  étoienr  de  le  bannir  i 
mais  Deliment  qui  joignoir  toujours  rarti*« 
£ce  à  la  méchaneene ,  lui  dit  que  la  prcmie«« 
re  chofè  qu'il  falloit  faire,  écoitde  bannir 
Felixane  du  cœur  d'Ulama ,  &  Ulama  da 
cœur  de  FeUxane.  Que  pour  commence! 
par  le  plus  aifè ,  il  fàllok  adroitement  faire 
Ravoir  i  Ulama ,  que  j'avois  un  commerce 

!  Particulier  avec  Mahamed  :  &  que  pour  le 
ui  perfuader  mieux ,  il  falloir  lui  montrer 
quelques  unes  des  lettre^  que  fàvois  écri* 
(es  au  Prince,  ôc  qn'ils  avoîent  retenues': 
hi  faisant  dire  en  les  lui  donnant ,  que  €*é* 
toient  lespremieres  qu*il  avoir  eues  de  mok 
iQue  pour  l'tnquiérer  davantage ,  il  falloir 
hi  montrer  fa  le^re ,  tk  Taflorer  que  je  If 
loi  avois  remife  entre  les  niiaîns ,  pour  lui' 
donner  une  marque  indubitable  de  mon' 
afFedtion ,  Se  qu'en  même  tems  qite  pas 
cette  fourberie ,  on  auroir  excité  le  trou*» 
ble  en  fon  âme,  il  failoit  lui  faire  conuaan^ 
der  de  fortir  du  palais  au  mètM^inftantv 
&  de  la  cour  dès  le  lendeimaih^  ^ec  oc^ 
dre  de  Ce  retirer  à  la  province,  dont  il  é toit 
gouverneur ,  afin  qu*il  n'eâr  pas  loifir  de* 
t'édaircir  avec  mot>  &  que  (c  croyant  traiii^ 


^^        UiLtUSTRB    Bàssa* 

il  eût  moins  de  (bin  de  me  donner  de  (es 
nouvelles.  Que  les  chofes  étant  en  ces  ter- 
mes ,  il  fèroit  plus  ai(<^  de  me  vaincre,  parce 
que  ne  fçachant  point  le  (ujet  qu'Ulama  au- 
roit  d'être  irrite  contre  moi ,  je  trouverois 
fort  mauvais  qu'il  ne  m'écrivît  pas:  &  qu'il 
fut  parti  (ans  me  voir.  Que  le  plus  impor- 
tant de  cette  afiaire  étoit  de  s*a(mrer  fi  bien 
de  tous  ceux  qui  m'approchoient,  que  je  ne 
puflè  recevoir  de  lettres  d'Ulama  :&  qu'en- 
fin rab(ènce  d'un  amant  étoit  un  grand  a- 
vantage  pour  un  rival.  Le  Sophi  trouva  cet 
avis  fort  bon  »  &  ne  (bngeant  plus  qu'à  Té- 
lœcpter ,  ils  tournèrent  les  yeux  fur  un  des 
officiers  de  Mahamed  qui  avoit  autrefois 
ièrvi  Ulama ,  qui  s'en  étoit  défait  à  cau(ède 
fès.mauvai(ès  inclinations.  Ils  lé  firent  cher- 
cher, &  l'ayant  trouvé  &  fuborné  à  Theure- 
même,  (ans  différer  davantage,  après  que 
Deliment  l'eut  inffaruit  ^e  ce  qu'il  avoit  à 
dire ,  &  lui  eut  remis  entre  les  mains  la  let- 
tre d'Ulama ,  &  trois  de  celles  que  j'âvoi$ 
écrites  a  Mahamed  :  il  alla  trouver  Ulama, 
que  je  n'avois  encore  pu  avertir  de  ce  qui 
«'étoit  paflë  entre  le  prince  &  moi ,  parce 
que  l'amoiiiËdu  Sophi  lui  donnoit  tant  d'in- 
quiétude qu'il  ne  pouvoit  (è  résoudre  de 
me  voir,  de  peur  de  donner  trop  de  con- 
Doiflànce  de  (es  (êntimens  \  Ôc  pour  s'en  em-* 
jpêçber»  il  feignoit  d'être  fort  occupé  pour 

Us 


LlVUE    »&1MII  Jt.  7) 

les  affiiires  de  la  Çanunaniè ,  où  le  Sophi 
vouloit  faire  quelques  levées.  J  avols  pour* 
tant  cous  les  jours  de  (es  nouvelles  par  ce 
fidèle  enclave  qu'il  vous  a  envoyé ,  &  que 
vous  m'avez  amené. 

Cet  agent  du  Sophi  le  trouva  donc  dans 
l'état  où  u  falloit  qu'il  fut  pour  être  préoc^ 
cupé.  Il  l'aborda,  &  le  trouvant  (êul,  lui  fie 
nn  long  di (cours  de  l'inclination  qu'il  avoir 
toujours  eue  pour  (on  fèrvice  >  lui  prote(^ 
tant  qu'il  ne  s'en  pou  voit  détacher }  quil 
le  reconnoi(Ibit  toujours  pourfon  maître; 
&  qu'afin  de  lui  donner  une  preuve  de  (on 
dévoument,  (ans  confiderer  les  Intérêts  da 
prince  Mahamed ,  il  venoit  l'avertir  d'une 
,  trâhi(bn  que  je  lui  fai(bis.  Ulama  en  cette 
occafion  eut  un  (êcret  ayertidement  de  la 
nialicede  cet  homme,  &  s'imagina  qu'il 
lui  étoit  envoyé  pour  découvrir  s'il  y  avoic 
^Ique  intelligence  entre  nous  :  de  façon 
que  ^ns  s'émouvoir  davanta^  de  ce  di(^ 
cours ,  je  te  rends  grâce ,  lui  dit-il ,  de  ton 
9ele:mais  fçache  que  Felixane  peut  bien  me 
défbbliger,  mais  non  pas^  mç  trahir,  n'ayant 
mil  Gommeuce avec  elle,  &  nem'étant  ja- 
mais fié  d'aucune  cho(ê  à  (a  di(cretion.  Je 
fçai  bien  ,'Seignear ,  Iqi  répondit  cet  hom-^ 
me ,  que  vous  ne  vqas  fiez  pas  en  la  mien-i^^ 
ne  ?  mais  peut-être  que  cette  lettre  qae  je 
vous  pre(ènte  vous  perfu^dera  mieux  nu. 
IL  ParPif^  G 


74  L'i  L  £  U  s  T  &  E  B  A  s  s  A. 

fidélité.  En  disant  cela,  il  lui  remit  entré 
les  mains  celle  qu'il  m'avoit  écrite.  Vous 
pouvez  juger  fi  tJlama  fiit  étonné  lorfiju'il 
la  reconnut.  Ce  premier  mouvement  <^tant 
néanmoins  paflë  »  il  s'imagina  encore  que 
je  laurois  peut  être  perdue,  &  que  quel-* 
^u'un  l'auroit  trouvée  :  mais  la  malice  de 
cet  homme  ne  le  laifià  pas  long-tems  en 
cette  opinion  :  car  voyant  Tefprit  d'Ulama 
ému  &  capable  d'être  perfiiadé  »  il  lui  dit 
qu'il  y  avoit  long  tems  que  j'étois  aimée 
du  prince  Maharped ,  '  &  que  je  Taimois 
aufii.  Que  tant  qu'il  avoit  cru  qu'il  ne  pou- 
voir lui  arriver  d'autre  malheur  que  d'être 
tro  mpé  de  moi  ^  il  n'avoit  ofé  trahir  Ma- 
hamed  ,  mais  qu'ayant  vu  par  la  lettre  qu'il 
m'avoit  écrite  ,  &  que  j'avois  ,  di(oit-il  > 
remilè  aux  mains  du  prince ,  qu'il  y  parloic 
de  façon  que  fi  elle  étoit  vue  du  Sophi ,  (a 
fortune  étoit  entièrement  perdue  :  il  avoit 
ré(blu  de  Ce  (èrvirde  l'aveuglement  du  prin- 
ce Mahamed  pour  la  tirer  avec  adre(Iè 
d'entre  Ces  thains  :  &  pour  vous  montrer  ^ 
Seigneur ,  que  je  dis  vrai ,  pourfuivit-il , 
j'ai  pris  crois  des  lettres  que  Felixane  a  écri- 
tes au  prince  dans  le  commencement  de 
leur  affeâion  :  car  pour  les  autres  je  n'ai 
^Cé  en  prendre,  parce  que  comme  elles  font 
plus  obligeantes  ,  le  prince  Ce  les  fait  lire 
presque  tous  les  jours  par  Amariel ,  qui  êft 


H     LiVRB    PREMIER.  75 

k  confident  de  cet  amour.  Ulatna  écouta 
ce  di/cours ,  regarda  ùl  lettre  &  les  mien- 
nes, en  reconnut  Técriture;  &  ne  doutant 
Elus  de  mon  infidélité»  remercia  ce  méchanc 
omme ,  Se  lui  fit  cent  queftions  fut  Tamour 
du  prince  pour  moi.  Mais  l'autre  qui  crai« 
gtîoit  qu*il  ne  lui  demandât  tant  de  chofes, 
qu'enfin  il  ne  k  contrariât  en  quelqu'une  , 
le  fupplia  de  trouver  bon  qu'il  (ê  retirât  de 
peur  que  fi  quelques-uns  des  Officiers  du 
prince  Mahamed  le  voyoient  Cottir  de  (on 
appartement ,  fi  long-tems  après  y  être  en- 
tré ,  on  ne  (bupçonnât  la  vérité.  Ulama 
trompé  py  cet  artifice ,  lui  donna  congé  , 
lui  promit  de  le  récompen(èr ,  &  le  pria  de 
continuer  de  l'avertir  de  ce  qui  fe  paflèroic 
entre  le  prince  Mahamed  &  moi. 

A  peine  étoit-il  hors  de  la  chambre  d'U- 
lama,  qiie.fiiivant  l'avis  de  Deliment,  ce 
vieil  Satrape  que  je  vous  ai  dit  qu'il  avoit 
fuborné ,  y  entra  pour  lui  commander  de 
la  part  duSophi  de  (brtir  du  palaii  au  me- 
hie  inftant  ^  dé  partir  dès  le  lehdemain,  Sc 
de  s'en  aller  à  (on  gouvernement  ju(qu'à  un 
nouvel  ordre.  Et  comme  Ulama  le  pteffa  de 
lui  dire  pourquoi  on  le  traitoit  dé  cette  (or- 
td,  le  Satrape  lui  répondit  ,  que  le  So- 
phi  (eulement  le  (çavoit,  ôc  qu'il  lui  avoit 
ordonné  de  ne  le  quiter  point  qu'il  ne  fût 
hors  du  palais.  Puilqu'il  ne  me  reftoit  plus. 


l 


75  L-ILttr^TItE  BAsiA.# 

répondit  Ulattiar  ^  qià^'i}  (tc^nifer  des  maronas 
démon  obéif&nce,  en avam déjà  a^ don^ 
né  de  ma  fidetilfé  ëc  de  mon  coarageen 
d'autres  occalions ,  obéiflons  lans  maritid- 
fer.  II  n'eut  pas  fr  tôt  dit  cela ,  qu'il  fe  mit? 
en  état  de  Cotût  y  mafris  fe  feflbuvcnanticotït 
d'un  coup ,  quil  taifibir  dans  (on  cabîtièt 
toutes  ks  lettres  €{1*6  je  li^i  avois  écrites,  il 

rentta  brufquement  pour'  les  prendre,  Se 
ans  (çavoîr  fi  c'étoit  par  un  femiment  de 
colère  ou  d'amour  ,  pour  les  déchirer  du 
pour  ^es  conferver,  il  prit  un  petk  cofte 
de  la  Chine  où  dles  étoient ,  (ans  que  le 
vieil  Satrape  qui  matchoît  lenUment  de- 
vant ,  s'en  apperçût. 

Mais  pendant  que  cesehofèsfè  pa(roient, 
le  prince  Mahamed  qui  s'étoit  mis  (ur  Cùn 
Ut  pour  une  foibleflfe  qu'il  avoir  ^ue ,  re- 
prit de  nouvelles  forces  par  celles  de  (es  in* 
quiétiides.  Il  appella  '  Amaticl ,  &  comme 
on  lui  eut  dit  qu'il  étoit  forti ,  il  ne  laifla 
pasdèfe  lever,  &  de  fe  faire  conduire  par 
un  autre  à  l'appartement  d'Axîamire  qu'il 
^trouva  feule.  Ifrtràcl&Dcliment en  étoient 
partis  il  y  âVôit  ttè^long-tems  5  &  pour 
'  moi  je  ne  m'étcnit  ^as  encore  rendue  ftii- 
j)rès  d'elle  :  car  4-àîvatttur6  de  la  letti?e  d'U- 
lama,  que  le  prince  in'avoit  prî(è ,  me-te- 
noit  en  une  inquiétucfe  fi  grande ,  que  je 
uc  fça  vois  quelle  ré((>liition  prendre*  Je 


V 


Livre   primisa.  77 

craignois  de  me  découvrir  à  la  princefle  » 
de  peur  qu'elle  ne  trouvât  fore  mauvais  que 
je  Jai  euâè  cadhé  Tafieétion  du  prince , 
ficelle  d'Ulama;  |e  n'ofi»$  noo  plus  ap- 
peodre  a  Ulama^  qui  sx^étotit  arrivé ,  de 
oainte  qu'il  ne  s'imaginâc ,  que  fans  cetcs 
ficheuiè  avantBce ,  je  ne  lut  euflè  jamais 
rien  dît  de  Tamouc  de  Mahamed ,  &  je  ne 
jogeois  pas  anffi  qu'il  me  fôt  forfaifô  d'o** 
U^  lefMÎnce  àmereivke.laletcred'Ula* 
flia ,  quand  mêçie  je  luLeiiflè  pu  parkr ,  ce 
que  je  voycds.  iMeh  pour  Ws  $tre  abfolui- 
ment  impoffifale.  Ëa  ceere  ïtcé(bludon  je 
donnai  roue  loifir  au  prince  de  faire  (à  viHte 
à  la  princeâè  Axiamire ,  qui  comme  j  e  vous 
ai  dit,  étoitfcule,  lûrfq«Ul  arriva  dans  ^  \^,^^ 
chambre.  V^^ 

D'abord  qu'il  y  fiit ,  il  commanda  à  celui  ^ 
qui  Tj^voit  amené  d'en  fbrtir,  &  après  avoir 
demandé  à  la  prtnce(& ,  s'il  poavQtt  parler 
£iDs  êci:e  entendu  que  d'elle,  &  qu'elle  lui 
eut  répeodu  qu'oui ,  il  la  fupplia  de  lui  patr 
danmer  deux  diofès.  Se  de  lui  en  accorder 
une  autrje  :  6c  conome  la  prkiCùfTt  lui  eut 
pffomis  ce  qn^l  voulut  ;  toute  la  grâce  que 
je  vous  demande  ,  pour&ivit-il ,  eft  de  ne 
me  vouloir  point  de  mal ,  quand  je  vous  au- 
rai dk  qu'il  y  alongtems  que  j'aime  Feb- 
xanc  ;  &  la  ièconde  ^  que  vous  me  pardon- 
lieres^  £  le  le^éb  que  je  vous  iporte  »  m'fi 

G  j 


/ 


78  L'iLiusTRE  Bas  sa: 
empêché  de  vous  l'apprendre  plus-tôt  :  mais 
quand  vous  m'aurez  accordé  le  pardon  de  ces 
deux  chofès ,  il  faut  encote  pour  me  tenir 
votre  parole  ,  que  vous  me  promettiez  de 
n'en  traiter  pas  plus  mal  Fdixane  :  car  quoi- 
que je  Cois  présentement  fort  peu  ^tisfait 
d'elle,  ôc  que  ce  (bit  plus- tôt  la  colère  que 
l'amour  qui  me  porte  à  vous  entretenir  fur 
ce  fujet,'  je  ne  puis  pourtant  me  réibudre 
de  lui  nuire.  Vous  m'apprenez  tant  de  cho« 
fès  étf anges  tout  à  la  fois ,  lui  dit  la .  prin- 
ctSh ,  que  je  doute  fi  je  les  dois  ctoire  :  car 
enfin  ,  me  dire  que  vous  ctes  amoureux  de 
la  beauté  de  Felixane ,  &  que  Felixane  en 
qui  je  me  confie  de  toutes  chofès,  m'ait  pu 
faire  un  fecret  de  votre  affeâion  ;  c'eft  ce 
que  je  ne  puis  comprendre  ,  &  ce  que  je 
ne  croirai  pas ,  Ci  vous  ne  m'en  donnez  de 
plus  fortes  preuves.  Je  ne  vous  ai  pas  dit , 
répliqua  le  prince,  que  je  fuis  amoureux 
de  la  oeauté  de  Felixane  ,  mais  bien  que  j'ai- 
me Felixane  :  &  croyez ,  ma  chère  (œur  , 
que  la  beauté  dont  je  fuis  épris ,  quoiqu'elle 
ne  blefle  pas  le  cœur  par  les  yeux ,  ne  laifle 
pas  de  le  toucher  bien  pui(I«nment  :  mais 
enfin ,  je  ne  Cuis  pas  yenu  ici  pour  vou^  dire 
ce  qui  m'a  f^it  devenir  amoureux ,  mais  (eu- 
kment  que  je  le  fuis.  Pour  Felixane»  ce  qui 
l'a  empêché/,  à  ce  que  je  penfe ,  de  vous 
parler  de  l'affeâiQn  que  j'avoîs  pour  elle  | 


.  i 


LiVRB    PREMIER.  79 

c'eft  qu'elle  n'en  avoir  point  pour  moi.  Et 
plût  au  ciel  1  s'écria- 1-  il  ^  qu'elle  ne  vous  eue 
point  caché  une  chofe ,  qui  {ans  doute  lui 
tient  plus  (ènfiblement  au  cœur.  Enfuite  de 
cela ,  il  lui  raconta  les  diicours  qu'il  m'a- 
voit  tenu  «,  ce  que  j'y  avois  répondu  ;  les 
lettres  qu'il  m'a  voit  écrites  ;  les  réponiès  que 
j'y  avois  faites  ;  &  enfin  lui  apprit  comme 

3uoi  il  m'avoit  ôté  une  lettre  de  It  maili , 
ont  j'avois  témoigné  beaucoup  d'inquié* 
tude  :  &  que  Ce  l'étant  fait  lire  par  Ama« 
riel,  il  a  voit  trouvé  que  c'étoitune  lettre 
d'amour ,  &  qui  lui  avoir  appris  que  j'é- 
tois  engagée  d'affeâion  depuis  long-tems , 
à  celui  qui  me  l'éaivoit^  qui  (ans  doute  à 
ce  que  Ton  pouvoit  juger  par  les  cho(ès 
qu'il  difbit ,  devoit  xtre  homme  de  haute 
qualité  :  que  (on  malheur  l'empêchant  d'en 
connoftre   l'écriture ,  il  la  (ùpplioit  de  la 
vouloir  lire,  afin  qu'il  (çûtdu  moins  le  nom 
de  (on  rival.  En  cu(ànt  cela ,  il  lui  prc(ènra 
le  papier  fuppofé  >  qu'Amariel  lui  avoitfaic 
prendre ,  au  lieu  de  la  letttre  d'Ulama,  qu'il 
étoit  allé  porter  au  Sophi  :  &  la  princeilè 
l'ayant  pris  &  l'ayant  ouvert  (ans  y  trouver 
rien  d'écrit ,  ne  put  s'empêcher  de  (bupirer , 
&  de  plaindre  le  malheur  de  ce  pauvre  prin- 
ce. Il  faut ,  lui  dit-elle»  que  vous  vous  ^yez 
trompé,  en  prenant  un  papier  pour  un  autres 
car  je  ne  voisrienen  celui-ci.  Ha,  tnzCœux  l 


So  L*ILL0STltB   BasSA. 

die  le  prince  »  qui  ne  (bupçonnoit  point  là 
méchanceté  qu'on  lui  avoit  faite»  avouez  lui 
vjériré  j  Vous  cônnoidcz  récritute  de  cette 
lettre  \  mais  par  diicrétton  »  vous  ne  yovAéi 
pas  me  le  dtre^  &  par  cette  adreflè ,  vous 
voulez  me  la  tirer  des  mains.  Point  du  tout  y 
reprit  la  princeflè»  &  |e  vousaflart  quejef 
vous  ai  parlé  fërieuièment.  Pourquoi  dope ,» 
potir(uivit-il,  avez- vous  (bùpiré  eil  dépËuuit 
cette  lettre  ?  c  eft ,  répondit  la  prîficeflGè  y 
parce  que  j'ai  vu  que  ce  n'en  étoit  pas  i^  ^ 
&  que  cette  avanmre  qui  eût  fait  rite  lAie 
petfonne  qui  ne  vous  eût  pas  aimé ,  m'a  fait 
plaindre  votre  infortune  :  mais  peut-ècjre 
avez- vous  encore  ce  papier  ;  nullement ,  dt!-* 
il ,  car  il  étoit  plié  d'une  façon  extfaordi^ 
dinaire ,  qui  me  le  fai(bit  connoître ,  Se  t6\i* 
te  différente  des  lettres  de  Felixane»  que  je 
vous  ai  apportées ,  &  que  je  n'ai^  point 
abandonnées  depuis  que  je  les  ai  reçues. 
'  La  princeâè  impatiente  de  voir  et  que  j'ar« 
vois  écrit  au  prince»  prit  au  même  inftant 
une  des  lettres  qu'il  lui  pré&nta ,  6c  l'ayant 
lue ,  demeura  auffi  furpriie  qu'auparavant. 
Je  pen(è  que  vous  vous  (buvenez  bien  >  gé- 
néreux Ibrahim ,  que  toutes  les  lettres  quo 
l'avois  écrites  À  Mahamed,  étoient  entre  les 
mains  du  Sophi ,  Se  que  celles  qu'Amariet 
avoir  rendues  au  prince ,  avoient  toutes  été 
diâ:ées  par  Deliment  >  Se  éaites  d'une  main 


LiVRtf    PREIbflER.      '  8r 

inconnae  :  de  (brret]iic  comme  la  prioceflè 
connoiâfcMt  parfaitement  mon  ^rituf e^  je  ne 
fçai  par,  dît-  elle  à  Mahamed,  il  vouscroi^ 
rez  ce  que  jt  m'en  ^sisr  vous  cMte  :  maïs  en- 
fin je  Cxtts  afitirée  que  FeUxatie  ii:a  jaiûais 
éair  tes  lettres  cjoe  vous  me  fiâtes  voir.  Il 
^certain ,  répondit  kprincè , que  H  je  pour- 
vois douter  de  votre  amitié ,  je  ne  croirois- 
pas  ce  que  vous  me  dkes  :  mais ,  ma  chère 
fceur,  fi  fofois  je  vous  prierois  de  les  lire 
root  haut ,  pour  cùnnokré ,  fi  par  quelque 
enchantement ,  le  &ns  en  ièi^it  aufii-bien 
dîangé  que  Fécritore  qu'Amariel  m'a  t6u- 
jours  aflîiré  être  de  Felixane.  La  princeflb 
pur  le  fatisfaite  lut  deux  de  ces  lettres,  que 
le  prince  reconnut  être  telles  qu'il  les  avoit 
déjà  entendues.  Je  croiroîs ,  lui  dit  alors  h 
princefiè ,  que  Felixane  fçachant  que  vous 
ne  pouvez  voir  que  par  ï^  yeux  a  autrui  » 
auroit  contrefait  fbn  écrîturç,  ou  peut- être 
fait  écrire  ces  lettres  par  une  main  incon- 
nue, depeur  que  quelqu'une  n'en  fut  vue  : 
mais  ce  qui  me  fait  croire  qu'il  y  a  quelque 
chofe  à  cela  que  nous  ne  comprenons  pas  9 
eft  qu'elles  ne  (ont  poiiit  du  tout  du  ftile  de 
||lixane  :  car  je  vois  presque  toutes  les  let- 
trés qu'elle  envoyé  â  Mazanderon,  lorfqu'elle 
écrit  à  (bn  père.  Je  ne  puis  pourtant  jcom- 
prendre ,  répliqua  le  prince ,  quelle  fourbe^ 
rie  il  y  auroit  en  ceci  ;  car  enfin  Amariel 


ti  L'iLLUSTRB    BasSA. 

m'eft  fidèle,  &  lés  lettres  que  je  vousmoti* 
tre  font  moins  obligeantes ,  que  les  difcours 
de  Felixane  ne  me  Tont  été ,  lorfque  ;e  1  ai 
entretenue.  Enfin ,  après  avoir  bien  raifon- 
né  la-deflus,  (ans  y  pouvoir  tien  compren- 
dre ,  &  avoir  envoyé  chercher  par  une  per- 
'fbnne  fidelle  à  la  chambre  du  prince  la  let- 
tre d*Ulama ,  ils  réfolurcnt  de  m'cnvoyer 
quérir  ;  Se  cela  juftement  dans  le  temps , 
qu'après  avoir  fait  un  effort  pour  bannir  de 
mon  ame  6c  la  honte  &  la  crainte  >javois 
pris  la  réfolution  de  m'ai  1er  jetteraux  pieds 
de  la  princeflfe ,  &  de  me  confier  plus  en  fon 
affedUon ,  qu'en  mon  innocence. 

J'arrivai  donc  juftement  dans  (à  chambre, 
comme  elle  commandoit  qu'on  me  fift  ve* 
nir  :  ce  que  je  n'eus  pas  u-  tôt  entendu  en 
y  entrant ,  que  voyant  le  prince  auprès  d*el- 
le ,  &  quantité  de  lettres  fur  la  table ,  avec 
un  papier  plié  de  la  même  façon  que  Tétoic 
la  lettre  d'Ulama  ,  que  lè^prince  m'avoic 
prife  :  je  ne  doutai  point  du  tout,  que  la 
princeÂè  ne  fçût  la  vérité  de  toutes  chofès  i 
car  je  h'ignorois  pas  qu'elle  connoidbit  l'é- 
criture d'Ulama  :  de  forte  que  me  jettanc 
à  Ces  genoux ,  Je  vois  bien  ,  madame  y  lu 
dis- je  >  que  toutes  mes  fautes  vous  fontco^ 
nues  »  Se  que  dans  le  de/Ièin  que  j'avois  de 
m'en  veniraccufer ,  il  ne  merefte  plus  rien 
^  faire ,  que  dç  vous  ca  demander  pardon  > 


Livre  prbmier.  Sj 

aptes  avoir  eilàyé  toutefois  de  vous  les  ren« 
dre  plus  excu(âbles  »  que  Tefprit  du  prince 
Mahamed  ne  vous  les  aura  fait  paroitre.  Ne 
vous  plaignez  point  du  prince,  mertfpon- 
dit  Axiamire  ,  puisque  s'il  eft  coupable  de 
quelque  chofe ,  c'eft  d'être  trop  peu  fcnfi- 
ble  à  votre  faute;  ce  que  je  ne  dois  pas  ex- 
trémenient  condamner  en  lui ,  puiique  mal- 
gré Tinjure  que  vous  m'avez  faite  9  fai  en- 
core aflcz  d'indulgence ,  pour  vouloir  écoiw. 
ter  vol  raifbns,  ou  plus*tôt  vos  excufès» 
Après  avoir  remercié  la  princeiTe  de  cette 
grâce,  jh  commençai  à  lui  raconter  tout  ce 
qui  s'étoit  paflë  entre  Ulama  &  moi  s  car 
comme  je  croyois  voir  Ùl  lettre  auprès  de  la 
princefle ,  ôc  que  je  fçavois  qu'elle  en  con« 
noifibit  le  caraâere,  je  ne  lui  déguifài  aucu- 
ne chofe.  Pour  ce  qui  regardoit  le  prince ,  je 
ne  (çàvois  pas  trop  bien  comme  eq  parler  ; 
car  ne  fçachant  pas  ce  qu'il  en  avoit  dit  à 
Axiamire ,  je  craîgnois  de  l'irriter ,  (î  je  di-, 
(ois  les  chofes  comme  elles  s'étoient  paflSes: 
mais  la  princeflè  ayant  remarqué  mon  in- 
quiétude ,  ne  craignez  pas ,  me  dit-elle  9 
de  me  parler  de  TafFeâion  que  mon  fi:ere  z_ 
pour  vous,  puiCjue  je  n'en  ignore  pas  une 
circonftance.  Néanmoins  pour  juftifier  le 
récit  qu'il  m'en  a  fait,  &  celui  que  vous 
venez  de  faire,  je  veux  les  fçavoir  encore 
de  votre  bouche.  Je  lui  racontai  tout  ce  qucj 


S4  L'iXtVSTRS  Bass'A. 

îc  vous  ai  dit  ^  fès  diicour^ ,  (es  lettres  »  êc 
1  avanture  de  celk  d'Ulama  ^  mais  avec  tant 
de  (ificérité ,  que  cela  ne  &rvit  pas  pea  à  pern 
fuader  la  princeâe  >  que  j'avois  fait  la  mê-^ 
'me€ho(è9  pour  ^e  qui  regardait  Ulama; 
comme  en  effet  je  ne  hi  avois  point  dégmië 
la  vérité.  Mais ,  me  dit-elle,  pourquoi  lor(^ 
qu'Ulama  vous  a  témoigné  qu'il  avoit  de 
Tamour  pour  vous ,  &  que  vous  avez  agréé 
les  marques  qu'il  voi»  en  z  données  >  ne 
m'en  avez- vous  pas  avertie^^}  &  pcsucqiioi 
étant  engagée  d^afieâfon  pour  Uikma»  avez» 
vous  en  quelque  feçon  (buâèrt  celle*  du  prin*^ 
ce}  Se  pourquoi,  du  moins  ^  ne  me  l'avez- 
vous  point  fait  (çavoir?  Madame,  lui  dis- /e» 
s'il  vous  plaît  dem'écouter  ;  peut- être  trou*- 
verez- vous  que  fi  je  ne  fuis  innocente,  je  ne 
fuis  pas  fore  coupable. 

Lorfqu'Ulama  commença  d'avok  de  l'a-f 
mour  pour  moi,  je  n^y  pris  pas  garde  ^  Se 
lorlque  que  je  m'en  apperçus ,  je  ne  m'en 
ibuciai  que  fort  peu  :  mais  dès  que  je  com-^ 
mençai  de  prendre  ptaifir  â  (a  diuxécion  ;  de 
confîdérer  fz  vertu  Se  ùl  générofité  ;  venant 
à  faire  réflexion  fiir  lesfèntimensquc  j'avois 
pour  lui ,  je  trouvai  qu'il  avoit  trop  engagé 
mon  corar  :  Se  j*en  eus  tant  de  confuuon> 

3ue  je  ne  pus  jamais  me  ré(oudre  de  vous 
écouvrir  mafoiblelfe.  Maïs , madame  ,ofe« 
roi5-je  bien  vous  en  faire  complice  ,&  vous 


iht  q^e  rien  ne  m'a  jamais  ren<hi  Ulama 
pkis  aimable  y  <)ite  reftime  que  vous  en  (ài^ 
fif2 1  &  que  la  paifion  qu'il  a  pour  votre  fèr« 
vice  }  Oui  »  madame,  je  fuis  aficz  hardie 
poar  cela ,  8c  pour  vou^  dire  encore  »  que 
me  trouvs^r  der  |oiir  en  'jour^lus  criminelle 
par  If^ccFéidèmenc  -  de  là  'bien- veiUance  que 
l'avois  pour  Ul^ma ,  &  par  le  (êcret  que 
j*en  &i/oi$  avec  vous;  j^  n*ai  jamais  pu  ob- 
tenir de  moi  âffes  de  réfblution ,  pour  vous 
en  parler ,  principalement  eii un  tems  où  les 
ii\auvais  deflfeins dûSophl »  ji^fintôlencede 
Deliment ,  vous  occujpoîertt  affte  Tefprit  : 
car  i  madame  ^  ne  peâk:2  pas ,  s^l  vous  plaît, 
que  mon'fîlenceaitété  une  marque  démon 
crime  ;  puifque  quelque^  obligations  que 
j*aieà  Ulama,  le  refpêâque  je  vous  dois 
a  toujours  été  con^rvé ,  ôc  je  n'ai  promis  i 
Ulama  de  t'épou(er,  qu'en  cas  que  vous 
1  cuflîez  pour  agréable.  C'eit  une  cho(e  que 
je  vous  ferai  voir  paiî  k$  lettrés ,  ôc  qu'il 
vous  peut  montrer  par  les  miennes.  Pour 
ce  qui  regarde  le  prince  ,  je  vous  avouerai , 
qiie  rhonorant  comme  je  fais ,  après  les  té- 
moignages d'affeftion  qu'il  m'a  fait  l'hon- 
neur de  me  rendre ,  &  que  je  n'ai  reçus  qu'a- 
vec ïcCptSt ,  i'^ulTe  penfe  foire  une  feute  en- 
vers vous ,  &  être  ingrate  envers-  lui ,  fî  je 
vous  euflc  appris,  que  ce  prince  que  vous 
eflimez  avec  tant  deraifbn  ^eûteu  une  pa(- 


ttf  L'iliUSTlÎB    Bassàé 

fion  indigne  de  lui.  Je  ne  voulus  donc  pàî 
que  vous  pufliez  acculer  le  prince  de  la  mê«' 
me  choCe ,  que  vous  condamnez  dans  le  So« 
phi  :  &  pour  vous  témoigner  comme  j'ai 
Congé  à  (es  intérêts,  je  n'ai  pas  même  vou« 
lu  qu'UIama  fçût  la  bonne  volonté  que  le 
prince  avoir  pour  moi ,  de  crainte  que  la 
jaloufie ,  qui  chaflè  toujours  la  raifbn  des 
efprits  dont  elle  s'empare ,  ne  portât  Ubma 
à  être  moins  afFeâionné  au  prince ,  de  qui 
je  n'ai  pas  reçu  l'afFeiSbion avec  tant  décor- 
refpondance ,  qu'il  pût  en  attendre  une  (èm- 
blable.  Et  s'il  vous  plaît,  madame ,  de  bien 
examiner  les  lettres  que  je  lui  ai  écrites,  vous 
trouverez  que  je  recevois  les  marques  de  (a 
padîon  ,  comme  des  témoignages  de  fbn 
amitié ,  &  non  pas  comme  des  proteftations 
d'amour. 

La  princeflè  prenant  alors  une  des  lettres 
qui  étoient  fur  (a  table  la  déplia ,  &  com- 
mença de  la  lire  :  mais  Icrfque  j'entendis 
des  choses  que  je  n'avois  jamais  écrites  ;  ha» 
madame, lui  dis- je,  je  n'ai  point  écrit  ce 
que  vous  lifez  !  Vous  ne  l'avez  pas  écrit  ? 
reprit  le  prince  -,  Non ,  Seigneur ,  pourfuivis- 
je ,  &  je  i'uis  bien  aflTurée ,  que  ma  mémoire 
ne  me  trompe  pas.  Peut-être,  me  dit  la 
princeflè ,  que  votre  Secrétaire  n'aura  pas 
bien  fiiivi  votre  intention.  Je  n'ai  point  eu 
de  fccretaire ,  lui  dis- je,  La  princeflè  éoth 


I  I 


LiVRt     VREMXEIU  Sf 

Qoiflànc  à  mon  vifage ,  que  je  parlois  fin« 
céremenc ,  me  donna  la  lettre  qu'elle  cenoirt 
que  je  vis  auilî-tôt  n'être  point  de  moi ,  ce 
qui  ne  donnoit  pas  peu  d'inquiétude  à  la 
princeflè.  Il  ne  faut  point  douter ,  dit-  elle  au 
princet  qu'Amariel  ne  vous  ait  trahi,  &  que 
la  lettre  dlJlama  ne  foit  entre  les  mains  de 
DOS  ennemis.  La  lettre  d'Uiama  !  lui  dis- je» 
&:  ne  la  vois- je  pas  parmi  toutes  ces  autres 
qui  font  auprès  de  vous }  point  du  tout ,  me 
répondit  Axiamire  :  &  alors  elle  me  conta 
comme  ;lle  ne  s'étoit  point  trouvée  ,  quel- 
que foin  que  l'on  eût  apporté  à  la  chercher* 
Hé,  madame  !  lui  dis- je,  iî  le  Sophi  (çait 
qu  Ulama  ait  de  l'afifeétion  pour  moi ,  quel 
traitement   penfez  -  vous  qu'il  en  reçoive  i 
Songez ,  madame.,  que  c'eft  le  lèul  homme 
qui  peut  s'oppofer  aux  violences  de  Dcli-< 
ment ,  &  peut-être  le  feul  qui  Ta  empêché 
ju(ques  ici ,  d'en  venir  à  la  force  ouverte ,  6c 
contre  vous ,  Ôc  contre  moi. 
Le  prince  connoiflànt  l'affliction  où  j'étols,' 
&  Ce  (buvenant  que  par  mon  récit ,  il  avoir 
appris  que  j'étois  engagée  avec  Ulama  avanc 
qu'il  m'eût  découvert  Ta  iienne»  laifla  toa« 
cher  fon  efprit  à  celle  qu'il  avoit  pour  Ula- 
ma ,  aux  plaintes  que  je  fai(bis,  ou  pour 
mieux  dire ,  à  (à  propre  generofîté^  Soyez 
affurée^  me  dit-il,  aimable  Felixane,  en 
tendant  la  main  du  coté  qu'il  m'eatendoit 


ti  L*ILrUSTJLl     BASS.A. 

parler,  que  fi  j*ai  troublé  le  repos  de  Votre 
aflfeâionpar  celle  que  j'ai  eapour  vous,  do- 
tefoavant  j'en  veux  être  le  proreâeur  :6c 
pourvu  que  vous  me  promettiez  votre  ami* 
tiè ,  en  présence  de  la  princeflè ,  &  que  vous 
me.  con^rviez  celle  d'Ulama^  je  vo«s  pro- 
mets de  (ùivre  (à  fortune^  &  d'employer 
tout  ce  que  peut  un  prince  malheureux, 
pour  vous  redonner  le  r^os  que  je  vous  ai 
oté. 

Comme  nous  en  étions  là ,  on  vint  dire 
à  la  princefïe ,  qu'il  y  avoit  un  efcljve  d'Ù- 
lama  qui  demandoit  à  lui  parler ,  avec  beau- 
coup aempreÛêmeht  :  je  changeai  de  diC^ 
cours-,  mais  bien- tôt  après,  je  ne  fus  que 
trop  certaine  de  mon  malheur  :  car  Tefcla- 
ve  qu'Ulama  vous  a  envoyé  étant  entré, 
préfentaun  billet  à  la  princeflè,  ou  elle  lut 
a  peu  près  ce  que  vous  allez  entendre  :  car 
comme  il  n'étoit  pas  long ,  &  que  nous  Ta- 
.  vpns  lu  aflfèz  de  fois,  il  m'eft  toujours  de- 
meuré dans  la  mémoire. 
«•    Si  je  ne  (çavois  qu'en  mè  banniflfànt  de 
•»  la  cour ,  on  vous  ôre  le  plus  fidèle  &  le  plus 
»  zélé  de  vos  ferviteurs,  j'obéiroisfimsmur- 
»•  murer  •,  &  je  m'éloignerois  avec  joie  d'un 
••  lieu  où  la  vertu  ne  fe  trouve  qu'en  la  per- 
^  Connt  de  la  pnncefle  Axiamire,qui  en  quel- 
^  que  lieu  que  la  fortune  me  porte ,  pourra 
«•  toujours  abiblument  difi>oter  de  moi. 

U 


LlYRB    PREMIER.  8^ 

Il  n'en  faut  plus  douter ,  die  la  princedè, 
ipfèsttvoir  lu  ce  biller  y  la  lettre  d'Ulama  eft 
entre  les  ntsains  du  Sophi  >  &  (on  banniflè* 
meut  eft  un  eâfetde  (a  jabuiie.  Devousdi* 
re  >  &ignenr ,  ce  que  je  devins ,  entendant 
queptf  k  billet  de  la  princefTe ,  Ulama  ne 
faifôît  nulle  exception  que  d  elle  feule ,  ce 
me  feroit  une  choie  impoffible ,  aufli  bien 
^ue  de  vous  raconter  ce  que  je  dis  en  cette 
occafion  ;  les  plaintes  que  fit  le  prince  Ma- 
liamed  ^  les  pardons  qu'il  me  demanda  ^  le 
MeÇfoit  où  il  fut ,  &  la  douleur  qu'eut 
Asiamire  »  de*{è  voir  priv<5e  du  (èul  hom- 
4Qe  en  qui  ^lle  Vi^toit  confiée  .-«iSc  puis  ce 
feroîfun  trop  long,  &  un  trop  ennuyeux  diC" 
cours  :  mais  enfin  la  princefle  s'<Stant  fait 
<iire  par  cet  efdave  >  comme  Ulama  et  oit 
(orci  du  palais  ;  elle  l'afiara  que  s'il  avoic 
quelque  chofe  à  me  dire  de  la  part  de  (on 
maître)  il  le  pouvoit  faire  (ans  rien  crain- 
dre. £t  m'étant  approchée ,  pour  lui  con^ 
firmer  <e  que  la  princeflfe  lui  difoit,  il  me 
donna  un  billet  que  je  n'oublirai  jamais,  6c 
dont  voici  les  propres  mots. 

Après  votre  infidélité ,  Madame,  mon  » 
i>annif{èment  m'eft  une  grâce,  puisque  je  « 
ne  quitte  Felixane  qu^ajNcès  que  Feiixane  ce 
ma  abainlonné.  Je  né  puis  pourtant  me  «t 
refondre  à  par-tir  (ans  lui  dire  pour  lat«. 
d^niere  fois  que  je  parcs  k  plus  maiheu*  «» 
JJ.  Panif.  H 


50  UlLlUSTRE    BaSSA* 

»  reux  de  tous  les  hommes  :  &  que  fi  la 
>•  fin  de  ma  vie  peut  afTurer  fa  félicite  >  elle 
»  fera  bien-tôt  dans  i*état  que  je  la  defire. 

La  fin  de  cette  leâure  fut  pour  moi  le 
commencement  de  la  plus  vive  douleur  que 
j'euflè  encore  fêntie  :  &  la  feule  penfëe  d'ê- 
tre crue  infidelle,  par  un  homme  pour  qui 
|e  refufbis  la  couronne  de  Perfê ,  m*étoit 
un  fupplice  fi  étrange,  que  ma  raifbn  n'é« 
toit  pas  afïcz  forte  pour  retenir  le  reflèntî- 
ment  que  j'en  avois.  Quoi ,  Madame ,  dis- 

11e  à  la  princeflè ,  vous  pouvez  vivre  en  un 
ieu  ou  l'on  commet  de  fêmblables  mé^ 
chanceté»,  Se  contre  des  perfbnnes  qui 
vous  appartiennent  ?  n'étoit-ce  pas  afièz  de 
bannir  Ulama ,  fans  lui  perfuader  par  quel<* 
que  impofture  qui  m'efl  inconnue ,  que  je 
l'avois  trahi?  &  peut-être  que  c'efl  moi  qui 
le  fais  bannir.  Cet  artifice  cache  fans  doute 
quelque  plus  grand  dellèin  que  celui  de 
nous  fëparer  :  ôc  je  crains  fort  que  cette 
violence  ne  (bit  bien*tôt  fîiivie  d'une  autre: 
&  qu'après  vous  avoir  ôté  le  fcul  dcfenfeur 
que  vous  avies^  ici ,  vous  ne  connoifliez  par 
votreexpérience,  que  vous  avez  autant  d'in- 
térêt que  Felixane  à  la  confêrvation  d*Ular 
xna  :  car  enfin  Deliment  ne  fbnge  pas  tant 
à  contenter  la  paflion  du  Sophi ,  qu'à  fàtis^ 
f^re  celle  qu'iLa  pour  vous.  Et  cet  infolent 

xm^  cegacde  &u^  doute  commit  un  priss  qui 


I 


Livre   premier.  ^i 

lui  eft  deftiné  après  la  conquefte  qu'il  pré- 
tend  faire  de  moi  :  mais  je  liiis  bien  cer- 
taine que  la  mort  me  rcfufera  (on  (ècoursa 
ou  qu'il  ne  triomphera  jamais  de  cette 
forte. 

La  princeflè  voyant  beaucoup  d'appa- 
rence à  ce  que  je  difois ,  ne  pouvoit  s'em- 
pêcher d'accompagner  mes  larmes  des  fien- 
nes  :  ôc  Mahamed  étoit  fi  affligé ,  qu'à  tra- 
vers ma  douleur ,  je  ne  laiflbis  pas  de  voir 
ion  affliâion.   Mais  enfin  p6ur  s'éclaircir 
un  peu  mieux  de  la  chofe,  on  demanda  à 
cetefclave  ce  qu*Ulama.  avoir  fait  tout  le 
jour ,  ôç  qui  il  avoit  vu  }  il  nous  raconta 
comme  un  des  officiers  du  prince  Maha- 
mtd  Tétoit  venu  trouver  -»  lui  avoit  parlé 
en  fecret  «  &  donné  quelques  lettres  qui  l'a- 
voient  fort  affligé ,  3c  qu'un  moment  après 
il  avoit  reçu  le  commandement  de  (ôrtir. 
Mais  en  quel  lieu  eft  préfcntement  Ula- 
ma ,  dit  la  princeile  ?    Madame ,  réponc^ 
cet  efclave ,  aufiî-tôt  qu'il  a  eu  écrit  les  demC 
billets  que^  j'ai  apporté  >  chez  un  de  (es 
ajnis  ;  il  s'eft  fait  amener  des  chevaux  ;s'e{l 
mis  en  chemin  à  l'heure  même,  &  ma  com« 
mandé  de  l'aller  rejoindre  ce  (bir  dans  un 
lieu  où  il  doit  coucîier.  Il  faut  >  dit  le  prin- 
ce Mahamed  y  ne  reteçir  pas  cet  homme 
plus  long-tems,  de  peur  que  la  mélanco-^ 
lie  d'Ukma  ne  le  faÛè  changer  de  réfolu-» 


5)£  L*ILLUSTKI     HjlSS» 

tion  :  cec.avis  ayant  ièmblé  jufte,  la  prin- 
cedè  me  commanda  de  lui  écrire  dans  (on 
cabinet  avec  elle  :  &  comme  je  la  regar- 
dois ,  fans  ofer  pre(que  lui  dire  ma  penfëe», 
i'e  vous  entends  bien,  me  dit-elle,  vous  yon^ 
ez  que  je  vous  juftifie  auprès  d'Ulama ,  & 
moi  9  interrompit  Mahamed ,  je  veux  que 
Felixane  m*excu(è  envers  lui.  Enfin  »  géné«- 
leux  Ibrahim ,  la  princeflè  écrivit  à  Ùkma  y 
&moi  auflî  j  mais  ayectant  de proteftation^ 
de  mon  innocence ,  que.H  pour  cette  fois  il 
n'eut  pas  Tefprit  pleii^e Aient  (àtisfait,  il  fut 
du  moins  plus  tranquille  :  6c  Ton  âeCcCpok 
(è  changea  en  une  affliâion  plus  modérée» 
Mahamed  eût  bien  voulu  auffi  pouvoir  en- 
voyer quelque  marque  de  fbn  amitié  à  Ula- 
ma  y  mais  il  ne  le  pouvoit  (ans  le  (êcours 
de  la  princefTe,  qui  raflùra  que  (on  frère  fe- 
roit  toujours  (on  ami ,  (ans  être  (on  rival. 
Ges  lettres  étant  écrites ,  la  crainte  qu'el* 
||s  ne  fuilènt  (urprifès  ttie  vint  dans  re(prit  t 
de  Cotte  que  pour  Tcmpècher ,  la  princeflè 
fit  venir  un  vieil  efclavc,  qu'elle  avoir  tou- 
jours éprouvé  très-fidele,  &  les  lui  ayant 
données ,  elle  lui  commanda  d'aller  atten^^ 
dre  celui  d'Ulama  à  la  porte  de  la  ville  pat 
ou  il  devoît  (brtir,  pour  les  lui  remettre, 
lans  que  per(bnne  s*en  apperçut.  Cette  pré^ 
voyance  ne  fut  pas  inutile:  car  cet*e(dave 
S'Ulama  ae  Bit  pas  plus^tôt  forti  de  l'ap» 


I  ' 

I  LlVRÏ    VREKIBR.  9) 

partement  de  k{>rincdQ[è,  qu'il  fiic  arrêté 
par  les  ordres  de  Delimenc ,  qui  lui  fit  de* 
mander  les  lettres  qu'il  portoit  à  Ulama. 
Mais  lui  qui  fçaydit  bien  qu'il  n'en  avoir 
point,  répondit  fans is'étonner ,  qu'il  étoic 
prêt  de  faire  voir  qu*on  (è  rrompoit  ;  Se  dit 
earoite ,  que  (on  «aitre  n'ayant  pas  eu  la 
liberté  d  aller  prendre  congé  des  princefles, 
&  ne  s'étant  trouvé  aucun  autre  des  (iens 
aaprèsde  lui,  il  Tavoit  envoyé  leur  en  fai- 
re un  complimenr.  Comme  il  étoir  alors 
tout  proche  de  Tappartement  de  Perça,  i! 
voulut  y  entrer  pour  donner  plus  de  cou- 
leur à  ce  menfenge  officieux  :  mais  on  ne 
le  lui  permit  néanmoins  qu'après  qu'on  eut 
bien  cherché  dans  tous  (es  habiUemens  s'il 
avoit  dit  la  vérité  :  &  comme  on  eut  con- 
nu  qu'il  n'avoit  pas  ce  qu'on  pen(bit ,  on  le 
laiflà  aller  y  Se  il  acheva  (on  voyage  heu- 
reufèment ,  après  avoir  pris!  nos  lettres  des 
mains  de  celui  à  qui  nous  les  avions  don- 
nées. Pour  nous,  voyant  les  choies  en  ces 
termes,  notis  ré(blumes  que  la  princefTe 
s'a/Cireroir  de  tous  ceux  qu'elle  croyoit  luir 
itre  fidèles  ,  pat  de  nouvelles  pcocefta- 
ùùm  de  raCeâio»  qu'ils  lui  avoient  pro- 
mit ;  que  féaàvois  fecccuement  à  mon  pè- 
re, afin  que  fi  nous  aviocis  befbin  d'avoir 
recours  aux  extrêmes  remèdes»  &  que  la  fui- 
te fut  le  &ul  qui  nous  reftat  y  MaxanderoQ 


94  L*  ILLUSTRE  Bas  SA. 
fût  en  état  de  nous  recevoir  ^  que  cepetv^ 
danc  pour  prévenir  le  Sophi,  avant  qu'il  eût 
pris  (es  dernières  ré(blutions ,  il  fallok  faire 
éclater  la  cho(è  ^  (e  plaindre  à  tout  le  mon- 
de  de  Tinfolence  de  Deliment  -y  Se  que  dès 
le  lendemain  au  matin  ,  elle  allât  (upplier 
le  Sophi  de  lui  défendre  de  la  voir  jamais, 
parce  qu'il  pourroit  être  qu'il  n'o(èroitpas 
11  ai(ément  lui  propolèr  uhe  cho(e  où  elle 
feroît  paroître  d'avoir  tant  d'averfion  j  que 
lorfque  dégui(ànt  Ces  (èntimens ,  comme 
elle  avoit  toujours  fait ,  il  pourroit  faire 
fèmblant  d'ignorer  qu'elle  y  eut  tant  de  ré- 
pugnance 'j  que  pour  l'embaradèr  d'autant 
plus ,  il  falloit  qu'elle  envoyât  prier  cinq 
ou  fix  perfbnnes  qui  lui  étoient  afFeâion- 
nées  ,^  de  fe  .trouver  le  jour  fuivant  au  lever 
du  Sophi  :.&  qu'après,  (elon  la  réponfè  qu'il 
feroit>  nous  formerions  nos  deÎTèins  ^  que 
Mahamed  par  le  moyen  de  fon  gouverneur, 
feroit  ce  qu'il  pourroit  pour  faire  prendre 
Amariel  :  que  pour  ce  qui  me  regardoit ,  je 
ne  m'éloignerois  plus  du  tout  de  la  prin^ 
cedè  ;  &  que  de  peur  de  quelque  violehce , 
je  coucherois  dans  fa  chambre  i  la  place  de 
celle  qui  reftoit  auprès  d'elle  pour  la  (ervir. 
Cette  réfolution  fut  exécutée ,  .comme 
nou$  l'avions  pcnfé  :  les  amis  de  la  prin- 
ceflè  furent  avertis ,  &  Ce  trouvèrent  auprès 
4m  Sophi  à  l'heure  qu'on  leur  avoit  mat- 


LlVRl    PREMIER*  95 

quée.  Lor(que  la  princeflè  y  alla ,  Delimcnc 
n'y  éroit  pas  encore  :  car  par  bonheur  notre 
ddièin  n'avoir  pas  été  découvert.  La  prin- 
cefle  étoit  fui  vie  de  toutes  Ces  filles  ^  &  corn» 
me  il  écoit  encore  ailèz  matin ,  &  qu'elle 
paroiilbit  extrêmement  trifte  »  le  Sophi  crue 
qu'elle  alloit  lui  demander  la  grâce  d'Ula- 
ma  :  de  (brte  que  pour  la  prévenir  -,  je  vois 
bien,  lui  dit- il,  en  me  regardant ,  que  les 
larmes  de  quelqu'un ,  vous  obligent  â  me 
vifiter  fi  matin  ;  &  que  Tabfênce  d'Ulama 
eft  ce  qui  vous  amené  ici  :  mais  afin  de  n'en- 
tre pas  contraint  de  vous  refiifèr ,  je  vous 
commande  de  ne  m*en  parler  pas.  La  prin- 
ceflè  fans  s'étonner  lui  dit ,  qne  quoique  le 
banniflfèment  d'Ulama  l'eût  &c  furprifè  & 
affligée ,  parce  qu'elle  le  croyoit  le  plus  af- 
feâionné  de  tous  fès  fiijets  au  bien  de  fbn 
£mpire  :  que  le  refpeâ:  qu'elle  lui  portoit 
ne  lui  permetroit  jamais  d'en  murmurer.  Et 
pour  vous  dire  ce  qui  m'ameine  >  pourfui* 
vit-elle  d'un  vtfage  modefte^  &:  hardi  toift 
ensemble ,  ce  n'eft  point  pour  obtenir  une 
grâce ,  mais  pour  me  plaindre  d'un  outrar 
ge  que  j'ai  reçu ,  Se  dont  |e  viens  vous  de- 
mander }uftice  en  préfênce  dt  ceux  qui 
m'écoutent  :  car  puifque  je  tiens  que  c'efl 
commencer  de  punir  un  crime  que  de  le  pu^ 
blier;  je  voudroisque  tous  vos  (ùjets  puC- 

knt  être  témoins  de  l'accafâcion  que  j[e  m'ea 


^6        UiiiifSTKi  Bassa. 
Tais  faire.  Lie  Sophi  fut  /i  furpris  de  ce  dtC» 
cours ,  que  dans  la  confufîon  où  il  fut ,  il 
ne  (bngea  point  à  Delimenc  :  deibrte  qu  a« 
près  lavoir  aflîirée  qu'il  Ta  proregeroir  con- 
tre tous  ceux  qui  la  voudroient  outrager , 
elle  pourfuivit  avec  plus  d'adurance  qu  aur 
paravant.  J'ai  toui«ursi>iencru ,  Seigneur, 
lui  dit-elle ,  qu'ayant  l'honneur  d'ctrc  vo- 
tre fille  y  vous  pren^iez  mes  intérêts  com- 
me les  vôtres  :  &  par  cette  raifon,  )e  ne 
craindrai  point  de  vous  dire  qu'un  homme 
d  une  naiftànce  obfcure,  a  eu  la  témérité  de 
prétendre  m'époufer  :  de  me  parler  d'amour 
ouvertement ,  &  quoique  je  le  lui  aye  dé- 
pendu avec  toute  la  févérité  dont  je  (iiis  car 
pable  :  comme  il  -a  vu  que  le  re(peâ  que  je 
vous  portois ,  m'empêcnoit  de  me  plaindre 
à  vous  d'un  homme  que  vous  aimez  >  il  a 
continué  avec  tant  d'infolencCi  que  je  n'ai 
pu  en  (bu&ir  davantage  :  car  enfin.  Sei- 
gneur ,  ayant  l'honneur  d'être  votre  fille,  je 
ferois  indigne  de  porter  ce  glorieux  nom  , 
fi  je  pouvois  endurer  qu'un  homme  qui  eût 
pu  (ans  honte  être  mon  efclave ,  ait  la  har- 
dicflc  de  me  dire  qu'il  veut  être  mon  mari. 
Pardonnez-^noi ,  Seigneur,  fi  je  m'emporte 
en  cette  occafion,  puifque  ce  téméraire  par 
ion  infolcnce ,  ne  vous  outrage  pas  moin» 
que  moi ,  Se  que  votre  intérêt  ne  m'eft  pas 

moins  confidcrable  que  le  mien»  Je  ne  de- 
mande 


î 


tt;^de  pourtant  pas  que  vous  vous  priviez 
deia  prcfence  ,  fi  elle  vous  eft  agréable  : 
mais  leulement  que  vous  défendiez[à  De- 
Kment  de  me  voir  ni  de  me  parler  jamais. 

Voilà  à  peu  près  de  queHe  façon  parla  la 
PrincelFe  i  qui  pour  empêcher  fe  Sophi  d« 
l'interrompre,,  eut  l'addrc ffe  de  ne  nom- 
mer Eteliment  qu'àla^fin  de  fon  difcoqrs 
qui  fiirprit  étrangement  leSophi.Maisquoi 

u'il  en  fut  fort  en  colcre ,  &  qu'il  eiit  re- 
blu  tle  Êiire  ceftnariage  y  il  n'o(a  pa&  de 
Tant  tant  de  monde  lui  dire  ouvertement 
quelle étoit  fa  volonté.  Je  vois  bien,  lut 
dit-il ,  Axiamire ,  que  le  plus  grand  crime 
de  Deliment  eft  que  vous  croyez  qu'il  (bit 
ennemi  d'Ulama  :  mais  puifque  vous  avez 
recours  à  ma  }ufl:ice ,  je  ne  veux  ni  le  con- 
damner ni  Tablbudre  qu'il  ne  m'ait  dit  fes' 
rai/bns  ,  qui  peut-  être  ne  feront  pas  fi  foi- 
Mes  que  vous  penfez.  Cependant  kytz 
aâiiree  que  dorénavant  Dclimti^  ne  vous 
dira  plus  rien  que  par  mes  ordres. 

La  Princefle  eût  l^ien  voulu  répliquer  ;  ^ 
mais  le  Sophi  lui  fit  figne  qu'elfe  fe  reti-  " 
râc^  ce  qu'elle  fit  avec  beaucoup  de  reC-' 
peft  :  laifïant  le  Sophi  très  en  cokre  ,[ 
tous  ceux  qui  l'a  voient  écoutée,  ravis  de  ' 
fagenerofitéi  fort  étonnez  de  l'in/blence- 
de  Delimeîit ,  &  du  peu  de  ïé/ïemi-nenf 
que  le  Sophi  en  avoic  témoigné.  A'i  for- 

//.  Pdrfic.  1  i 


^8  LVlLLU^THE    Pa$$4.' 

cir  de-là  ^  nou^  rencontrâmes  irmael  fuiv| 
de  Delimeac  qui  ne  fâchant  pas  ce  que  la 
Princclfe  vendit  de  faire ,  voulut  obligeir 
}e  Prince  à  la  conduire  à  fpn  appartement, 
Mais  /^.ùsLmitQ  le  regardant  avec  mépris^ 
lui  dit  d'un  ton  de  voiy  irrité  3  }e  ce  dér 
fends  de  la  parc  du  Sophi  de  me  fuivre  ni 
de  me  parler  :  â^  iî  eu  veu:^  en  fayoir  la 
çai^fe^  rends  coi  auprçs  de  )ui  ^  &  eu  poucr 
ras  apprendre  que  je  me  fuis  déclarée  C4 
plus  mgrcelle  ennemie.     « 

Pelimenc  furpris  d'un  djfcours  qu'i( 
^'actendoic  pas^  nefucprefque  que  luire? 
pondre  :  Se  nous  le  laiilames  teliêmenc  in? 
ccrdit  qu'il  fuc  iin  allez  Ipng-tems  en  cç 
]|eu-là  3  fans  favoir  ce  qu'jir  dévoie  faire^ 
JVf  ais  enfin  ayant  laille  lunaël  ^  il  alla  trouy 
yer  le  Sophi  qui  lui  rendit  compte  de  1^ 
Tifite  d'Àipiamire  3  après  ayoir  f^ait  fortir 
tpus  ceux  qqi  lu^  pouvoient  être  fu^efts. 
peliment  vit  bien  qu'il  étoittjsmçde  fairç 
agir  toute  ion  addre/Te  •  &  pour  cet  effet, 
if  Ce  jette  aux  pieds  du  Sophi  y  |e  fupplic 
de  fe  fbuvenir  que  ce  fut  par  fon  comman- 
dement qu'il  lui  déclara  l'amour  qu'il  a  voie 
pour  la  Princei)^  3  que  fans  |uiil  fiit  plu* 
tpt  mort  que  d'en  témoigner  jamais  rien  ; 
mais  qu'après  avoir  fait  na;tre  Tes  e/pe^r 
lances  ^  Se  lui  avoir  promis  de  le  rendrç 
heurei^x;  i|  falloit  plutôt  lui  àtçr  la  vie  3 


:ê 


''|iie<ie  lui  oterla  feule  choie  qui  la  lui 

|)ouvoit  fendre  agréable  ^  &  (ans  laquelle 

il  ne.la  vouloic  point  confe^rver.  Le  Sophi 

^ui  aimoit  Delimenc  ,  le  voyant  «en  c€t 

^at  >  le  rdeve  y  l'allure  qu'il  yaincra  Tof- 

guëil  d' Axiamire  ^  &  qa'encette  occa£oti 

M  verra  qu'après  avoir  agi  en  père  ^  il 

commandera  en  Roi^  ôt  en  Roi  qui  veut 

ccr«obei.  Maisv,  ajoi^art^l  (  comme^noos 

jivons  fil  depuis,  p^c  an  de  ceux  quiiotft 

itoûjoui;^  à  la  portje  du- cabinet  5  &qui  d^ 

fcejoor  fe  donina  abibjument  àlaPriilceAe) 

Jl  &ut  y  mon  cher  Ûelimenc  ^  que  la  pofl 

/èiEon  de  Felixanb  te  donne  celle  d'Axi^- 

aiîre.  Hâte-tfei  doncjle  profiter  de  i'abfen- 

ce  d'Ulama ,  pour  me  la  rendre  Êyirorableî 

car  s'il  étoit  poflible  ^  )e  voudroîs  bien  qu''- 

elle  fe  donnât  a  moi ,  fans  être  ccmjtrainc 

d'avoir  recours  à  la  violence.    Seij^eur  ^ 

]ui  répondit  ce  méchant  homme  ,  n  eft  de 

certaines  violences  qui  n'enont  que  leiiom 

&  les  apparences  :  ôc  quand  )e  &is  refté- 

xion  fur  ce  qui  regarde  FelixÀe  y  il  me 

femble  que  1^  force  qu'on Ibi  felKât^  t^îi^-- 

foic  être  de  ce nombref . Jervôiîbien qu^ 

<lle  a  aimé  Ulama^  màis7')e  n^^  fauroi^ 

penfer  que  l'eiperancè  d'unîcf  couronne- ^ 

ti'm  diminué  cette  affeâiôtt.  Nous  aVonb 

bieû  vu  la  lettre  qu'il  lui  ISP  écrire  3  itiài^ 

DOus  nf  en  lavons  pas  la  ié^nie:  Au  r^Ae  > 

li  X 


FeUxanefe  picquedé  generoHtéj  &  parv 
<}u'elle  a  promis  à  Ulama  d'ctre  abfb- 
Jumcnc  k  lui  3  elle  eft  capable  de  re(i- 
fter  toujours  à  vôtre  ma)eilé  :  quoi  oue 
fcut^èttc  dans  /on  coerur  elle  fôt  ravie  d'd- 
ue  pomramce  de  lui  manquer  de  parole  ; 
a&i  d'avoir  une  excufe  légitime.  Pour  et 
qui  regarde  vos  Sujets  ^  ils  ne  pourront  pas 
vous  accufer  de  tyrannie  ;  puiique  celui-là 
n'eftpas  Tyran  j  quin'ufe  de  violence  que 

g>uf  rendre  quelqu'un  heureux  y  qui  ne 
rcc  là  volonté  que  pour  le  bien  d'autrui, 
oui  ne  fe  fçrt  de  fbn  pouvoir  que  j>our  la 
ilelicité  de  celui  qui  l'épSrou  ve  y  ôé  qui  en- 
iîn  cherche  fbn  contentemint  fans  ]*op- 
preflîonjde  Ces  peuples  ;  &  fans  faire  tore 
ni  honte  à  peribnne.  Car  Seigneur  ,  de 
dire  que  FeÛxane  efl  de  naiflance  trop  iné- 
gale  a  la  vôtre  /  pour  lui  faire  porter  la 
coujronne  >  c'eft  vouloir  donner  des  bornes 
trop  refTerrées  à  l'autorité  royale;  Felixa- 
12e  efl  noble  pour  fatisfaire  à  cette  in)u(le 
loi  qpile  veut  ainfi  :  mais  quand  elle  ne  le 
iejrqit  point  3  il  ne  faudroit  pas  laifler  de 
paffer  outre  :  puiiqueia  puiilance  de^  Rois 
n*éclatte  jamais  davaiitage  que  lors  qu'elle 
^baiflè  les  plus  relevez  y  Se  qu'elle  élevé 
les  plus  abbatflez  ;  Se  c'efl  véritablement 
^en  ces  rencontres  qu'on  les  peut  nommer 
■^j^f-     l^  arbicfes  4c  l'intotune  ^  ou  de  la  feliciv 


t  I  V  It^  P  R  BM  FER.  iCrt 

té  de  leurs  Sujets.  Aptère  fembbbledU^ 
cours ,  le  Sophi  fembia  fe  xeibudfera  fuivre 
1^  Yoloncé^4e  Deliment.  Maisil  voulut 
néanmoins  avant  de  Tei^ecuter  ^  parler  ou-» 
vertenfient  à  la  PrincefTe  Axiamire  tou* 
chant  ion  mariage.  Enfûite  de  quoi  ^  Ci  elle 
ne  fe  refol voit  à  lui  obéïr  3  on  dévoie  avoir 
recours  à  la^force. 

.  Je  vous  ai  déjà  dit  ^  illuftre  BafTa  3  que 
celui  qui  ce  )our-là  écoit  de  garde  à  là  por* 
&e  du  cabinet  du  Sophi  3  entendit  tout  ce 
que  )e  vous  viens  de  raconter  >  parce  que 
U  paillon  qui  emponoit  Deliment  ne  lui 
permit  pas*d'avoi^aIIez  de  prudence  pour 
ne  parler  pas  fi  haut  :  &  Pamour  ôc  la  cd^ 
kre  du  Sophi  ne  lui  laiilerent  pas  auffi 
^<tte  prévoyance»  Cet  homme  ayant  en-» 
tendu  toutes  ces  dbofès ,  fe  trouva  ii  too- 
ché  dlbs  malheurs  qu'on  noiis  préparotr^ 
qu'il  prit  la.  reiblution  de  nous  en  avertir^ 
il  eft  vrai  que  /a  generoficé  en  cette  occ^ 
iionfut  encore  excitée  par  lune  haine  par- 
ticulière qu'il  avoit  pourDeiiment^  qui 
l'étoii:  opposé  à  divef&s  fois  àPavance^» 
ipent   de  fa  fortune.  Enfin  cet  homme 
vint  le  RÀr^mis  donner  avi^de  ces  cbofes^ 
comme  nous  venions  d'apprendre  toutes 
celles  que  jevous  ai  racontées  ,  je  veuxdi« 
re  au  moins  la  fourberie  d'Am^nel.  Car  le 
f  liniçe  M^^ti^tà  avoit  fibien  £aÂt  ^ir  fon 

Il  j 


ixyr     L'iLLtrsTRB   BÀlsA. 
ancien  Gouverneur ,  quil  avok  arrêta  le 
traître  Amariel  ^  qui  par  la  même  foiblef^ 
ie  qu'il  a  voit  eue  à  tranij  (on  maître  3  nous^ 
raconta  comment  Deliment  Pavoit  fubor* 
né  y  comment  Havoit  porté  tomes  me$  let-» 
très  au  Sofhl ,  qiii  en  avoit  toujours  fàir 
écrire  d'autresypour  envoyer  à  Mahamed^^ 
à  qui  on  avoit  aufli  retenu  toutes  celles 
qn'il  m'avoit  fait  écrire  j  excepte  la  pre- 
mière ^  pour  m'en  donner  de  iupposées^ 
Qu'eniuitè  il  avait  porté  au  Sopfai  ia  lettre 
d'UIama  que  le  Prince  m'a  voit  prife  :  Je-' 
quel  par  les  confeijs  de  Deliment  ,Pa voit 
hit  tomber  entre  les  mains  d'UIama  avec 
trois  de  celles  que  j'avois  effeârivement 
écrites  au  Prince.   Nous  fçûmes  donc  ce 
ibir-là  le  mal  qu'on  nous  avoit  fait  y  Se  tout  • 
celui  qu'on  nous  vouloît  faire.  Enfuite  de 
quoi  on  promit  pardon  au  traître  3  &  ré- 
Compenieàcelui  qui  nous  étoit  fidèle  :  les 
congedians  tous  deux  3  avec  ordre  de  veil* 
Ker  &  l'un  ôc  l'autre  ^  pour  le  bien  de  1* 
Princeflè. 

.  Après  ces  fôcheufcs  nouvelles ,  nos  kr-*- 
mcs  redoublèrent  plus  fort  qu'auparavant;* 
J^a  Priiicelïe  vouioit  mourir  3  j'étois  bienf 
xeibluë  de  la  fùivre  i  Mahamed  fe  defeP 
peroit  de  rie  nous  pouvoir  affifter  3  &  dans* 
un  trouble  fi  grand,  nous  plaignions^  nos: 
malbeursti  fansibxiger  a  les  éviter»  ""Mais^ 


ê 

Ll^RE     P^EMIITR.  Ï05 

fefm  cet  ancien  Gouverneur  du  Prince,  k 

3ui  nous  avions  appris  le.  déplorable  état 
enos  affaires ,  die  à  la  Princclle  ,  qu'aut 
termes  où  il  voyoit4es  chofes^ilnejugeoit 
pis  qu'il  fallût  s'oppofer  direâement  à  la 
Tolontc  du  Sophi.    (^e  Tamour  y  l'ambi-» 
tion ,  ôc  la  coiere«écoient  des  palHons  trop 
tioJentes  pour  éfperer  de  les  vaincre  par 
la  feule  grandeur  de  courage  »  que  la  plus 
grande  fa^lTe  confeilloit  ^  lors  que  l'on  ne 
pouvoit  éviter  un  mal ,  de  tâcher  du  moins 
de  réloigner  de  nous  pour  quelque  tems  : 
parce  que  dans  les  pkis  grandes  chofes  un 
j6ur  différé  peut  caufer  des  revoluuon» 
qu'on  n'attendoit  pas.  Que  la  mort  n^toit 
ïe  remède  que  dics-  maux  qui  n'en  avoient 
point  d'autre  :  qu'il  y  avoit  certains  mo- 
mens  dangereux  3  que  fi  par  prudence 
on  les  cvitoit ,  pos  ennemis  ne  poavoient 
plus    exécuter   leurs   mauvais  defleins. 
Qu^enfin  il  falloit  donner  loifir  au  Sophi 
de  faire  reflexion  fur  ce  qu'il  alloît  entre- 
prendre :  &  que  pouf  cet  effet  il  falfoic 
lorsqu'il  viendrpit  parler  à  laPirinceffe  j 
avoir  recours  aux  larmes  &  aux  prières 
plutôt  qu'à  la  railbn  qu'il  n'étoit  plus  capa- 
ble de  connoître.  Que  fi  elles  n'étoient  pas 
alTçz  fortes  pour  le  détourner  de  Cçs  def^ 
feins  ,  comme  il  y  avoit  grande  apparen- 
ce ,  ii  falloit  qu'elle  Je  fuppliât  de  lui  don- 

Ii4 


104        L'illustre    Bassâ. 
net  quelque  temps  pour  fe  reibudre  à 
obéïr.  Et  afinqueparfatriftefleellene 
*  donnât  pas  de  nouveaux  fujets  de  colei 
qu'elle   lui  demandât,  la    permi/Iion 
s'éloigner  de  la  Cour  pour  quelques  m^ 
avec  promede  de  ne  refifter  plus  à  fa 
lonté  lors  qu'elle  y  re^iendroit.  Que 
pendant  iipourroit  arriver  que  le  Soph 
xepentiroit ,  que  l'amour  qu'il  avoit  p 
moi  fe  changeroit ,  ou  fe  rallentiroit 
Vabfence  j  mais  pourfuivit-il,  leprinci 
ed  que  Felixane  ne  demeuje  pas  ici. 
fais  bien  ^  lui  répondis-)e ,  que  je  n'ab 
.  nerai  la  Princeife  que  pour  mourir  : 
moi  ,  répondit  la  Princelfe^  je  /aisl 
que  Felixane  ne  mourra  point  fans  m 
&  que  J€  ne  l'abandonnerai  jamais 
violences  de  moji  père.  Enfin,  gêner 
Ibrahim ,  il  fiit  refblu  que  fi  le  Roi  ac 
doit  à  Axiamirè  ce  quelle  hii  devoît 
mander  ^  &  qu'il  voulût  me  retenir ,  j 
(ûpplierois  avec  le  plus  de  douceur^ 
plus  de  tendreffe  qu'il  me  feroit  poflil 
de  me  permettre  de  fiiivre  la  Prince) 
étant  croyable  que  le  Sophî  ne  met 
feroit  pas  la  première  chofe  que  je  lui 
rois  démandée  :  principalement  ne 
lant  point  du  tout  de  m'oppofer  à  fes 
lontez.  Ce  n'eft  pas  que  le  grand  cœv 
h  PcincdTe  ne  rcfiftât  à  fuivre  ce  coii 


Livre   Premier^         loy 

mais  n'en  pouvant  trouver  d'autre  >  il  y 
fallut  coiifeocir. 

Le  JOUI  fuivant ,  le  Sophi  vint  chez  la 
Princeile ,  où  après  lui  avoir  exagéré  le 
mérite ,  la  vertu ,  &  le  courage  de  Delv 
ment  ^  il  lui  dit  qu'elle  ne  devoit  pas  trou- 
ver mauvais  s'il  avoir  eu  la  hardiede  de  lui 
parler  d'amour ,  pui/qu'il  ne  l'avoit  lait 
que  par  fes  ordres  :  parce  qu'ayant  refoiu 
de  le  l.ui  faire  époufer  y  il  eut  été  bien  aife 
Tçi'il  fe  fut  acquis  /a  bienveillance.  Sei- 
jneur  ^  répondit  la  Princefle  ,  avec  im 
eint'ctonnement  ^  fi  j'eufle  ùi  que  la  har- 
dielTe  que  Deliment  a  eue  en  parlant  à 
moi ,  écoit  un  effet  de  ion  obcïlîance  en- 
vers vous  3  je  Paurois  reçu  d'une  autre  for- 
te :  je  ne  l'aurois  pas  appelle  téméraire  ^ 
je  me  ferois  contentée  de  me  plaindre  fans 
l'acculer ,  &  de  nie  jctter  à  vos  pieds  pour 
vûas  faire  changer  un  dcffein  où  j'ai  tant 
d'averfîon ,  que  je  n'y  puis  fbnger  fans  dou- 
leur. Le  Sophi  croyant  quelque  change- 
ment dans  l'eiprit  de  la  PrincefTc^enna:. 
cxu:emement  aife  :  &  quoi  qu'il  vît  qu*-» 
dit  ne  fe  rendoit  pas ,  il  crut  néanmoins 
puisqffelle  en  venoit  aux  prières  qu'avec 
quelque  patience  il  la  pourroit  vaincre* 
Cette,  efperance  fut  ce  qui  lui  fit  le  plus 
aisément  accorder ,  la  requête  qu'elle  lui 
fk  de  lui  donner  du  tems.poor  %'^  j-eiàudse^ 


166       t'i'ttV  ÈTKt    Bas^À^ 

£t  certes  il  eut  faUu  ^u^iJ  eut  été  lé  pfasf 
cruel  de  tous  les  hommes ,  s'il  ne  Ce  Rit 
laidî  toucher  aux  rai/ons  y  aux  plaintes , 
aux  fupplications  ôc  aux  larmes ,  de  la 

Elus  aimable  PnnceiFe  qui  fut  jamais.  Mais 
)rs  qu'il  lui  eut  permis  de  s'en  aller  à  Ma- 
zanderon  ^  où  elle  lui  propofa  de  palier  le 
tems  de  fon  exil ,  comme  en  un  liéxtoù  elle 
avoit  été  d'autres  fbiî  par  divertiflement  i 
il  lui  dit  que  pour  ne  déipler  pas  la  Cour  , 
il  fàlloit  qu'elle  me  laiflat  auprès  dé  là 
PrincelTePcrca  :  &  de  peur  auôî  quç  mon 
père  me  tenant  en  Ion  pouvoir ,  ne  voulût 
pas  me  redonnera  elle  quand  elle  reviens 
droit.  J'étois  en  un  coin  de  la  chambre  ou 
)'entcndois  tou&  ce  qu^îls  dîfoient  ;  mais 
lors  que  j'oiiis  cette  propofition  ,  fans  lon- 
ger au  re/pc(ftquejedevois  au  Sophi,  je 
Pinterrompis  en  mejettant  à  ks  pieds  r  & 
je  dis  tant  de  chofes  ,  jre  verfai  tant'  de 
larmes ,  &  lui  repondis  fi  favorablement , 
à  certaines  queftions  qu'il  me  fit ,  &  qui 
regardoient  le  deffein  qu'rl  avoit  pour 
hîoi  y  qu'enfin  j'éprouvai  bien  que  ies 
pleurs  de  la  perfbnne  aimée,  fontes  ar- 
mes^  bien  puiflànres  :  puifque*  le  Sophî 
m'accorda  ce  que  )c  lui  demandois  ,  quoi 
que  ce  fiât  abfoîument  contre  fa  volontf; 
Mais  pour  ne  donner  pas  loifir  à  Deliment 
à^  lui  faire  révoquer  là  permiflion  qu'il 


IiVKbPrbmieUl.  lôf 
^n$  avoit  donnée  y  nous  partîmes  dès  la 
lendemain  :  ce  ne  fut  pas  toutesfbis  fan^ 
dépécher  Un  homme  à  Ùlama  quiravertit 
de  toutes  les  tromperies  qu'on  nous  avoic 
feitcs  5  de  la  refblution  que  nous  avions  pri- 
fc  y  du  lieu  où  nous  alkons  y  &  de  toutes* 
nos  affaires.  Nous  laiillmes  le  Prince  Ma- 
J)âined  fî  affligé  que  jamais  )e  n'ai  vu  dm 
fcmblable  douleur.  Pour  Perça  y  elle  fît 
fcmblanc  de  l'être  ^  mais  en  efFet  elletfé- 
toit  pas  fâchée  de  nous  voir  partir  :  car 
quoi  qu'elle  voulut  bien  que  Deliment 
époufàt  Axiamire,  ellenedeiiroit  pastro|p 
que  ja&ife  femmedu  Sbphi.  PourDeli* 
ment  ^  il  eft  certain  que  la  permiflîon  qut 
le  Sophi  nous  avoit  donnée  y  ne  Imi  plûc 
point  du  tout  ?  8c  pour  s'alïùrer  en  quel- 
que forte  î  il  fit  ce  que  vous  allez  enten- 
dre ,  &  ce  qui  nous  lurprît  extrêmement: 
car  lors  que  nous  arrivâmes  à  Mazanderon 
il  fe  trouva  que  mon  père  en  c  oit  parti 
pouf  aller  à  la  Cour ,  par  le  commande- 
ment du  Sophi ,  dont  îi  avoit  reçu  un  or- 
dre exprès  de  s'y  rendre  en  diligence  :  Sd 
èeJa  parle  con(eil  deDe'iment ,  qui  dès 
rheurc  qu'il  fut  que  nous  allions  à  Mazan- 
deron y  perfuada  au  Sophi  d'envoyer,que- 
rir  mon  perc  avant  que  nous  y  pufïions 
erre  :  &  de  lui  ordonner  de  venir  par  un 
autre*  chemin  détourné  /  de  craiaie  qm 


toi       VlLLXrSTKi    B  ASS^A. 

nous  ne  le  renconcrailîons  :  afin  di/bît-ilaiT 
Sofhi  j  qucPelixane  lâchant  que  ion  père 
fera  entre  vos  mains ,  neportepas  laPrin^ 
celle  â  vous  déibbéïr  :  &  ne  le  porte  pas 
elle-même  à  vous  refifteJ: ,  comme  elleâ 
jfaic  )ufques  ici.  Je  vous  laiile  à  juger  fi 
cette  avanture  nous  4onna  de  l'inquiétude 
principalemem  à  moi.  Quoi  difbis-îe  ^  il 
faudra  que  )e  trahiile  Ulama  ,  ou  que  j*a«- 
bandonne  mon  père  aux  violences  du  ^o* 
phî  !  Ha  non  >  non  !  j'aime  mieux  mourir., 
&  ne  pouvan:  fatisfaire  à  mon  devoir  y  & 
à  l'amour  d'OIama  >  )e  mourrai  pour  ne 
manquer  ai  à  l'un  ni  à  I^'autire.  Mais  enfin 
nous  fumes  bien-tôt  par  une  lettre  que  Je 
Prince  Mahamed  nous  fit  écrire  par  ion 
flige  Gouverneur,  &  par  une  que  mon  pc^ 
re  m'écrivît /que  le  Sophi  le  traitoit  tort 
bien ,  «&  lui  fai/oic  elperer  de  grandes 
chofes. 

Ce  premier  ientiment  de  douleur  étant 
paflc,  nous  commençâmes  àreipirer  ,  & 
à  prendre  quelque  repos.  Maïs  nela«,  que 
ce  repos  fut  bien-tot  traversé ,  &  qire 
pour  nous  délivrer  de  la  tyrannie  du  So- 
phi y  Ôc  des  violences  de  Deliment ,  la  fbp« 
tune  fe  (ervit  d'un  étrange  remède  !  Uj^ 
avoit  déjà  Quelques  jours  que  la  Princeflc, 
pour  fc  délivrer  des  importunitez  qu'e^ç 
xecevoit  par  les  vifites  de  trois  ou  quatsf 


LiYRE  Premier.       109 

femmes  de  qualité  qui  là  venoienc  voir  trop 
fou  vent  3  s'étoit  accoutumée  d'aller  à  la 
fêcht  ;  car  comme  je  vous  ai  dit ,  Ma- 
zanderon  eft  au  bord  de  la  nf\er.  En  ce  m ê- 
me-tems  il  arriva  en  ce  port  un  vaifTeaù 
chargé  des  plus  belles  clîofes  qui  nous 
viennent  d'Europe  :  mais  llejas  l  nous  ne 
/avions  pas  que  celui' qui  fembloit  n*ctrc 
venu  que  pour  trafiquer ,  dévoie  être  nôtre 
ravifiTeur  y  &  la  cauie  de  nos  plus  grands 
malheurs  !  Felixane  s*étant  arrêtée  un  mo- 
ment  pour  foupirer  ,  Ibrahim  qui  favoit 
auffi  bien  qu'elle. Tartific^c  dp  jLuftan  j  je 
puis^  lui  dit-ÏI ',  be|ie  Felixane,  vous  épari 
gner  la  peine  de  me  raconter  comme  ce 
marchand  allant  au  château'  montrer  des 
tableaux  &  des  miroirs  à  la  Princefïe , 
vous  vît ,  Se  connut  que  cie  n*étoit  pas  vous 
qu'il  devoit  enlever  :  &  qu'ayant  confiron- 
té  le  portrait  qu'on  lui  avoit  baUlé,  croyant 
que  ce  fôtlç^  vôtre,  parce  que  celui  qui 
l'avoit  vendu  ^  l'avoit;  ainfi  âffuré  :  l'ayant 
dis-jC ,  confronté  41a  PrînceflTe  A^clamire,' 
il  trouva  cp'elle  en  étoît  l'original  :  & 
qu'enfin  ayant  fait  femblant  de  s'en  aller  ^ 
on  jour  que  vous  vous  promeniez  fur  là 
Dier  y  il  aborda  la  barque  de  la  Princelïe,* 
vous  fit  pafler  dans  ion  bord  ,  &  cacha  «de 
fléchie  Axîamire  en  lui  voulant  perfuadcr 
qu'elle  feipit  hçureufe  d'être  en  la  pui(^ 


fance  de  Spliman  :  enfin  ^  belle  Feli»Qe^ 
|e  n'ignore  plus  rien  de  ce  qui  vous  eA  ar- 
rivé ju/ques  k  vôtre  naufirage*  Mais  je 
iirous  avoiie  que  y^  ne  fais  point  du  tout  par 
^uel  prodige  Vous  en  êtes  échappée.  Feli? 
xane  allolc  reprendre  la  fuite  de  ion  di£' 
cours  j  quanci  Ibrahim  voyant  qu'il  étoir 
extrêmement  tard  j  Se  jugeant  bien  quç 
IBette  hiftoire  devoit  être  encojre  ailez  Iout 
jgue  3  lui  jdit  que  quelque  impatience  qu'il 
^t  de  la  favoir  ^  la  bienlj^ance  étoit  en- 
core plus  forte  en  lui  que  la  curîo/îté  :  Se 
^ue  n'étant  pas  jufte  de  priver  fi  long,  tems 
Ja  Princeflè  A^iamire  j  d'une  per/bnne  qui 
)ui  étoit  fi  agréable  Se  fi  nec^dàire  ^  il  ju^ 
geoit  à  propos  qu'elle  allât  la  retrouver* 
Que  lui  cependant  ^  pour  ne  diâèr.er  p2iS 
trop  long-tems  à  favoir  le  refte  de  fe$ 
àvantures^  demeureroit  à  coucher  au  châ- 
teau des  fept  Tours  :  afin  que  le  lendc-^ 
inain  elle  lui  apprît  ce  qu'il  falloit  qu'il 
fît  pour  fervir  la  Pririceue.  Felixane  zù 
futSL  Ibrahim  qu'elle  ferôit  ce  qu'il  lui 
jplairoît  :  &  que  puis  qu'il  avoit  la  bonté 
de  vouloir  bien  lui  permettre  d*aller  fa- 
voir en  quel  état  étoit  la  fanté  d*Axiamire„ 
clic  le  fupplioîtque  ce  fut  à  l'heure  même.. 
Ibç^him  la  conjura  de  l'airurer  de  Ces  obpïjt 
fences,  &  du  deflein  qu'il  avoit  de  la  (er^ 
v|r. .  Et  comme  elle  fe  retiroit ,  il  lui  dit^ 


Livre  Primijer.         tif 

fSicçtt  qu'elle  pouvoit  mener  avec  elle 
J'efclave  d'Ulama ,  parce  quil  avoic  à  par* 
jier  àla  Princeflequi  feroic  peut-êcre  DÎeii 
aife  d'apprendre  de  Ùl  jx)uche  Jes  merveii' 
leux  ex^oics  de  Ion  maître.  Felixane  le 
remercia  encore  de  cjscte  ^véur ,  Sf  s'eif 
alla  à  l'appartemenc  d'Axiamire.  Poqir 
Jbrahim,  fl  dépêcha  le  Çouverneur  di| 
château  des  fepc  Tours  yers  le  Balla  de  l^ 
mer  ^  pour  une  af&ire  qui  regardoit  l'E- 
tat :  &  après  J'avoir  inftrtiit^  il  lui  dite^ 
Souriant ,  que  pour  ce  ipir  il  lui  répondoit 
4c  la  place.  Cet  homme  partit  à  rheure 
même ,  &  Ibrahim  fut  conduit  dans  le  plu$ 
tel  appartement  du  phâteau  ^  pu  il  pana  |e 
Q)ix  &  toute  la  nuit  à  ipnger  à  Tes  propres 
nialheurs*  ^t  quoique  pour  fe  confoler  il 
iroulût  les  comparer  à  ceux  des  autres  ^  il 
tfpuvoit  néanmoins  que  les  fiens  ctpienc 
{^core  plus  grands. 

Cependant  Felixane-ne  fut  pas  plutôt  au- 
près d'A:^iamire,  qu'elle  lui  dit  tartdr 
cfaofes  à  l'avaûtage  de  nôtre  illuftreBailà^ 
qu'elle  n'eut  paç  peu  d'impatience  de  Iç 
voir.  Mais  après  lui  avoir  rendu  compter 
de  leur  converfation ,  elle  fit  appeller  l'efi 
dave  d- Ulama  qui  fe  jettant  aux  pieds  de 
la  Princeflë ,  lui  rendit  la  lettre  que  fbn 
m^tre  lui  écrivoit,  Ah  Felixane  !  dit 
^^^iamirip  ^  pourquoi  m'avez*voiis  lurpiJ^ 


Ce}  ê^  pourquoi  m'avez^vous  difièré  de 

Quelques  momens  y  le  plaiiir  que  )e  reçois 
e  conijoîcre  qu'UJama  fe  ibu vient  encore> 
de  moi  ?  Endifant  cela^  elle  tendit  la  main 
à  ce  iidele  efclave ,  &  tout^uifi-tôt  ouvrit 
la  jettrje  d'Ulama  qu'elle  trouva  être  telle.; 

»  Sî  je  ne  fayois  bien  qu'être  ennemi  de 
D^Deliment,  c'eft  être  fervitc;ur.  de  la 
»  Princefle  Axiamire  ^je  ncferois  pas  af* 
»  i&2&  hardi  pour  lui  écrire ,  après  zvûitosè 
»  porter  les  ^rmes.contre  le  S»phi  ion  pe« 
>>  re.  Mais  fâchant  que  je  ne  nie  fuis  zxmé 
y^  que  pour  la  délivrer  pu  pour  la  vanger  , 
>3  il  me  femble  que  je  puis  e/perér  qu'elle 
d>  ne  trouvera  pas  mauvais  que  ]c  tâche 
>>  de  là.  fervir  ;  &  que  j'employe  le  fang 
5>  que  )'ai  répandu  au  fervice  d'un  Prince- 
»  étranger  ,  pour  procurer  fa  libené.   Si 
»  j'obtiens  cette  grâce  j^  ferai  toujours  ar- 
»rivé  à  k  finque  je  ipje  fuis  proposée^ 
»  qui  n'cft  autre  que  dq  hasarder  usa  vie  « 
3>  pQur  lui  témoigner  que  jélui  fuis  le  plus, 
>»  affeâ;ionné  de  tous  les  Sujets  du  Sophi  ^, 
n  Sç  le  plus  obiéïilant  de  fes  ferviteurs. 

•  • 

U  t  A  M  A.  ' 

Je  n'en  doutois  point  >  reprit  la  Prince  t 
(c  ,  aprèstavoir  lu  cette  lettre  :  mais  pour-. 

fuivit- 


ù 


Livre  Premisr.  iij 
Hlivit-elle  y  parlant  à  Tefclave  qui  la  lui 
avoic  donnée  ^  ne  n)ediras-cu  point  quelles 
ont  été  les  avantures  d'Ulama  ?  J'ai  ordre. 
Madame  y  répliqua- t*il  >  de  vous  obéïr  en 
toutes  chofes  :  ôc  d'autant  plus  volontiers 
en  ceUe-ci  g  que  )'ai  un  commandemenc 
exprès  <l'en  rendre  compte  à  Felixaner 
Ualima  voyant  quc^  cet  eîclave  fe  prépa- 
Knt  à  contenter  la  cuiioâté  d'Axiamire> 
la  fupplia  de  remettf e  ce  récit  après  qu'- 
el!  e  atiroit  un  peu  mangé.  Le  repas  d'Axia^ 
mire  ne  (ut  pas  fort  long  ;  &  l'impatience 
de  FeUxane  excitant  la  fientiej  refclave 
Gommen^  ion  difcours  de  cette  ibrte  i 
après  toutesfois  que  la  Prince0e  eut  fait 
aileoir  Halima  &  Felixane  iur  des  quar-^ 
xeaux  proches  dé  ion  Ht»     . 

•     Hijfoire  J^'Vlama. 

Je  ne  m'arrêterai  point  ^  Madame  >  k^ 
vous  redire  les  tranfjports  de  joye  que  )e 
remarquai  dons  l'efprit  d'Ulama  >  lors  que 
par  votre  lettre  y  6c  par  celle  de  Felixane,. 
il  connut  qu'elle n'étoit  pdnt  coupable: 
pui%ie  ae  doutant  point  de  ion  a^edtion  ,. 
vous  ne  iauriez  douter  du  reii^ntiiiienc 
qu'il  en  eut.  Mais  je  vous  dirai  bien  qu'a-^ 
presque  ce  premier  mouvement  dejoya 
eut  paflK  y  il  a'cut  pas  peu  d'inquietpdfi  dç 


Ît4      VttttîÈittLt    Bassa. 
;.  de  vous  abandonner  en  un  tcms  ^  où  il  pté^. 
voyait  que  vous  auriez  beibin  defbn  affi- 
ftance.   Il  crut  néanmoins  quelemieux> 
étoit  en  cette  occafîon,  d'obéïr  aux  vo- 
lontez  du  Sophi  :  puiique  c'eût  étés'ôter 
entièrement  les  moyens  de  vous  fervir , 
que  de  fc  rendre  coupable  en  ne  fuivanc 
pas  Tes  ordres  :  fe  reii)lvant  tôutesfbis  à 
perdre  Deliment ,  quand  fa  chofe  feroit 
defeiperée  ^  plutôt  que  de  fbui&ir  qu'oa 
TOUS  fît  aucun  outrage. 

En  ce  defTein  il  s'en  alla  à  ion  Gouverne-^ 
Jirent  y  où  comme  vous  favez  peu  de  tems^ 
après  3  vous  l'inftruifites  pleinement  de 
toutes  les  fourberies  qu'on  vous  avoit  fai- 
les^  ^  du  deHèin  que  vous  aviez  pris  de 
vous  en  aller  à  Mazanderon.  Cette  mar- 
que de  vôtre  gcnero/îté  ^  &  de  la  confian- 
ce de  Felixane  y  lui  donna  tout  enf^mble  y 
&  beaucoup  de  douleur ,  Se  beaucoup  de 
iàtis&âion.  Il  étoit  affligé  de  favoir  la 
perfecutàon^e  vous  enduriez  s  mais  il  ne 
wnivoits'efTipêclier  d'avoir  bien  deIa)oye 
qe  coonokre  par  cet  illuflre  exemple  que 
la  couronne  de  9eik  étok  moins  con/ide- 
xable  k  f^ix^if  que  ion  atfeâkm.  Or  il 
n'avoit  p^s  eu  toi/Sir  de  fonger  à  ce  qu'il 
avoità  ftire^  qu'il  reçut  un  comn^ande- 
jment  exprès  ,  de  fè  rendre  auprès  du  So- 
pfci  avecle  plus  de  diligence ^i  lui  feroic 


Livre    P-rè^£|£r.         iif 
pofCble^  à  peine  d'être  déclaré  criminel 
de  leze-majefté.  Cette pl%cedurc  extraor- 
dinaire le  fnrprit  :  car  il  ne  favoit  pas 
comme  il  a  fû  depuis  par  un  des  confidcns- 
deDeliment  ,  qu'il  fît  fbn  prisonnier  de^ 
guerre  auprès  de  Tâirris',  qu^an(Iî-tôt  que. 
vous  fâces  partie  pour  Mazandcron,  &: 
qu'il  eut  fait  rappeUer  k  père  de  Felixane; 
auprès  du  Sophi  ^  il  voulut  encore  non  i  eu^-. 
lement  s'aflùr<r  de  la  perfènne  d'Ulama  , 
mais  le  perdre  entièrement ,  de  crainte 
que  venant  à  (avoir  qUe  vous  étiez  à  Ma-  - 
ssanderon  y  il  ne  vous  y  allât  tiouvex^  ôc'. 
ne  vous  portât^  quelque  extrême  reiblu* 
tion.  Et  pour  cet  effet  il  avoit  diipbsé  l'efr 
prit  du  Sophi  à  faire  illettré Ulama  en  prit 
iôh  s'il  venoit  à  la  Cour  :  &  enfuite  à  lui  : 
faire  fbn  procez ,  fur  le  prétexte  de  quel* 
qties  désordres  qu'avoient  fait  certaines' 
troupes  y  qui  autrefois  avoient  lervi  fous 
Ulama  ^  lors  qu'elles  avoient  lu  le  com^ 
mandement  qu'on  lui  avoit  fait  de  fe  reti- 
rer :  reprefentant  au  Sopfai  que  tantqu> 
Ulâma  vivroitil  ferok  toujours  en  inquié- 
tude. Deliment  n'étoit  pourtant  pas  fi  afTx^ 
ré  de  l'efprii  du  Sophi ,  qu'il  n'apprchen- 
.   dât  Que  le  rçtoùr  d'Ulama  ne  fît  changer 
les  choies.  Car  il  n'ignoroit  pas  que  le  Sjo- 
phi  l'avoit  beaucoup  aimé ,  &  lui  ctoit 
obKgé  de  plus  d'uneviâoire;  Il  favoit  aulft  * 


y 


t 


i\6      L'jtiusTRB  Bas  S  A. 
eue  le  parti  de  maii  maître  n'écoit  pas  £ 
foible  dans  la  Cour  >  que  fî  on  en  venojic  à 
rextrême  violence  >  il  ne  cauiat  peut-être 
une  révolution  générale  à  l'état  qui  ne  lui 
feroit  pas  avaatagcufe.  De  forte  que  pour 
prévoir  à  tpus  les  malheurs  qui  lui  pou- 
voient  arriver  »  il  eut  recours  à  l'artiiice<^ 
£c  pour  cet  effets  dan$  le  même  tems  que 
le  Sophi  fk  commandement  à  Ukma^de  fè 
jendrr  auprès  de  lui  \  Deliment  par  di v  er-- 
ît%  vojres  \t  fit  avertir  de&mauvais  defTein^ 
lu'on  avoit  fur  fa  vie  :  &  conduiiitla  cho- 
e  fi  adcokemeut  qjue  ks  plus  fidèles  amis» 
de  mon  maît^re^iervirent  àla  méchanceté 
de  cet  homme»  qui  au  Ueu  de  tenir  le  deii^ 
/cin  deperdre  UÎama  fort  fecret ,  en  avoit 
fait  femer  le  biuit  avec  adrefie  deux  )ou£s 
Jurant  que  celui  qui  devoit  porter  le  conv- 
loandemenc  à  Ulama^partkpourlfallei 
trouver.  De  forte  que  lors  qu'il  arriva  , 
Ulama  avoit  déjà  reçu  plufiturs  avis  j  de 
n-'aller  point  à  la  Cour.  Mahamed  même 
lui  en  avoit  fait  écrire  3,  maiS'  avec  tant:  de 
cir€onftai3ce&qui  lut  faifoient  voir  fa  pet-* 
te  indubitable  s'ilobéïfibit^  qu'il  étoit  ira- 
ffible  de  foupçonner  qtyily  eût  nul  asti- 
een  toutes,  ces  chofes. 
-V^elq^es-uDS  lui^conieilloîent  de  cher- 
cftcjrun  licuderetiÀite  chez  le$  ctrangerSj,. 
i^i  jpro^ectant  de  tâch^  de  jtuftifier  ià.; 


Ll  VRB    FRBMfliU  TI-TT 

feitepenclanc  fbn  abfence.  Les  autres  voi>« 

loiem  qu'il  fe  fortifiât  dans  /on  gouverne^ 

mène.  Mais  enfin  aucun  ne  lui  confeiJloic 

de  fe  fier  à  ion  innocence.  Je  vous  laiiTc 

â  penfer  ^  Madame  ^  il  la  méchanceté  de 

Deliment  pouvoit  avoir  un  plus-  iàvora- 

Ueiiicccs  !  Se  il  toutes  ces  choies  n'étoienc 

pas  capables  de  faire  rétii£r  k  deiTein  qu'il 

nvoir  y  de  (aire  enibrte  qu'Ulama  par  fa 

déibbéïilànce  ou  par  ia  fuite  ^  non  /ea*'e* 

ment  ne  vint  point  auprès  du  Sophi  ^  mais 

ie  rendît  e&âivement  coupable  auic  yeux 

de  toiit  le  monde  i  qui  après  cela  n'aurdc 

pas  tant  d'ardeur  à  prendre  Tes  intérêts» 

U^ama  en  cette  fàcheufé  conjonâure  ^ne 

iàvoit  quelle  reiblùtion  prendre  :  car  G, 

d'un  côté  il  coniideroit  le  péril  où  ils*ex^ 

poibit  en  s'allant  mettre  entre  les  mains  de 

Tes  ennemis  ^  s'il  penioit  y  dis-je ,  que  vous 

n'étant  point  à  la  Cour  ^  ion  parti  en  étoit 

plus  fbiVe,  Se  celui  de  Deliment  plus 

puiilànt  ^de  l'autre,,  il  yoyoit  qu'en  n'o*- 

Délirant  pas  illaiilbit  le  champ  de  bataille 

à  ion  ennemi:  que  c'étoit  lui  fournir  dçs 

aimes  pour  le  détruire  que  d'agix  comme 

t'it  eut  été.  coupable  :  tic  pour  tout  dire  > 

<)ue  c'étoit  vous  abandonner  &  quitter  Fe- 

lAxane.  Cette  dernière  pensée  1  é  fit  r e/bn» 

<ire  d'aller  courageuTement  à  la  Cour  :  il 

&t  poortant  empêché  de  partir  ii-totpa£ 


*i 8  L*  1 1 L ù  5 T R E  Basé av 
wie  maladie  dont  il  fut  attaqué  :  mais  eiH 
fin  fe  portant  mieux  ,  il  fe  mit  en  ch6min> 
avec  deflein  de  s'opporer  .aiftant  q.u'il 
pourroit  à  k  malice  de  DeUmeiK  :  &  de 
ifoublier  den  pour  cela.  Mais  à  peine 
avions-nous  fait  deux  journées^  car  com^* 
me  vous  favez  j  Madame ,  )ene  l'ai  jamais 
abandonné  y  quenous  renccmtrâmes  un  der 
fcs  plus  chers  amis  qui  venoit  en  di'igjett^ 
ce  pour  lui  apprendre  que  h  nouvelle  db 
▼ôtre  perte,  &  de  celle  de  Felixane  >  rem-r 
pliflbit  toute  la  Cour.  Que  dans  la  mailbn^ 
foy aie ,  on  difoit  qu'étant  allées  à  la  pêche, 
TOUS  y  aviez  fait  naufrage ,  mais-que  ccu% 
^ui  jpenloient  le  mieux  raifonner  fiir  les 
chofes,  croyoient  que  vôtre  perte  étok 
nne  fuppofition  ^  &  que  lans  doute  ,  onr 
vous  tenoit  enfermées  en  quelque  paart.^ 
Que  c'étoit  un  tffet  de  la  pâflîon  du  Sd^- 
phi  3  ôc  de  la  violence  de  Dcliment ,  que 
de  la  façon  dont  la  chofc  étoit  conduite  , 
ri  n'y  fàibit  point  chercher  de  remède  J 
que  s'il  alloit  à  la  Cour  ,  ce  feroit  le  fa- 
crifîer  inutilement  pour  vous,&  àTa- 
Tantage  de  Deliment:  &  qu'enfin  le  mieux 
qu'il  put  faire  étoit  de  chercher  uiï  afilc 
chez  quelqife  Prince  allez  puîflant  pour  le  , 
défendre ,  &  affez  jnttt  pour  reconnokre 
fon  mérite.  Jugez  ,  Madame ,  de  quelle 
Sàipn  mon  cnetmaître  reçut  cette  mnefte 


r 


nouvelle  y  &  combien  il  reilêncit  une 
avannire  par  laquelle  il  perdoit  pour  tou^ 
)ours  PefpefàHce  de  vousrevoii  :  &  par  la*' 

3uelle  ii  voyoit  Felixane  eja  la  poHeiSoi> 
'un  autre.  Sa  douleur  fttt  fi  jfbrte  que  fi  'fc 
TOUS  la  pouvois  dépeindre  ^  je  fuis  bien 
aduré  que  mon  lecic  vous  feroit  verfi»  de» 
larraes* 

D'abof  d  il  paim  plus  infenfibk  qu^aflUi-^ 

gé  ;  fbn  filence  ,  fa  pâleut ,  le  peu  d'émo-» 

cion  qu'il  eue  >  après  avoir  a^ris  cette  fi^ 

cheule  nouvelle  ^  &  (on  regard  immobile^ 

ne  me  permcttoiem  pas  de  pouvoîr  jugeF 

quel  ét^c  le  nouvel  malheur  qui  lui  étoit 

arrivé  :  car  cet  homme  avoit  parle  fort 

bas.    Mais  )e  n'en  doutai  plus ,  lors  que 

rompant  Con  filence  tout  d'un  coûp^  & 

parlant  avec  beaucoup  de  précipitation  5 

que  la  fortune,  dit-il ,  fàfle  de  moi  ce  qu'-^ 

elle  voudra ,  )é  fiiis  bien  certain  qu'elle  nef 

me  rendra  pas  plus  malheureux  que  je  té 

fuis.   Puis  le  tournant  vers  celui  qui  IvA 

aroit  appris  vôtre  perte  3  tout  tranfporté 

de  douleur  ,-&  tout  changé  de  vifage  ;  aî- 

Ibns^^kii  <itt-il,  mon  cher  ami ,  allcms  moi»-' 

lir  en  quelque  Beu  écarté;  ptrifquec'eft 

|iDur'jamaisqfre)efins  feparéde  Felixane. 

A  ce  mot  il  tomba  comme  mort  entre  mes 

bras  :  Sc]t  crus,  le  voyant  en  ce  pitoyable 

état  >  que  la  douleur  avoît  fait ,  ce  que  Ion 


âio  L'iLLtrsVn.»  Bxs^iJ^ 
defefpoir  vouloit  cjtecuter.  Par  bonheuf v 
nous  n'écions'  pas  fore  loin  d'une  naaiioii 
champêtre  >  où  l'ayant  porté  a vec  taide  de 
ion  ami .  nous  le  Bmes  revenir  de  ionéva« 
Hoihilement  :  mais  on  peut  cCice  qu'en  lui 
rendant  le  iènciinenc  ^nous  eûmes  <|uelque 
cruauté  ^  puifque  nous  lui  rendîmes  en 
même^tems  fa  douleur  &  fon  deièfpoir; 
Quoi  di/bit-il ,  Felixane  eft  en  état  y  que  le 
inieux*qu'elle  puifle  être  pour  moi  ^  eft  de 
n'être  plus  l  Ç^oi  Felixane  eft  entre  les 
bras  de  la  mort  >  ou  iou^  k  pui/Tance  du 
Sophi  !  Ah  non  ^  non ,  ne  ibyons  pas  alTez 
lâches  pour  fupporter  cette  douleur.  Si 
Felixape  eft  mortes  fuivons  lag^neréufe- 
ment  ;  &  fi  elle  eft  à  un  autre  ,  ne  fiirvi** 
Yons  pas  à  nôtre  intortune.  Puis  repre- 
nant tout  d'un  coup  y  après  s'être  tu  quel- 
que tems  i  quoi  la  PrincefTe  Ai&iamire  ^la- 
gloire  de.  (on  fexe  &  de  nôtre  fîécle ,  fera 
temme  d'un  homme  indigne  d'être  ion  ef- 
clave y  Se  nous* vivrons aprcslui avoir  tantr 
juté  de  fois  de  mourir  pour  fon  fervice» 
Se  pour  la  défendre  de  Ifinfolence  de  De* 
liment  !  Ah  cela  ne  fe  peut  ënnu'le  &çpm: 
Se  puisque  j|.e  ne  f^aurois. la  fe courir^  jj& 
faurai  du  moins  lui  témoigner  par  ma  mort 
que  la  crainte  de  perdre  la  vie  ne  m'a  pa& 
empêché  de  m'oppofer  à.  fes  ennemis. 
^  £n  dilàxit  cela  il  fe  promenoic  à  grands. 

pasj, 


JL  j  y  R I  ;  lî »-^  Miï  ^^^      lA  i 

!jis^  3c  i[cmbIoit.aY<& quelque  étrange  îçC 
^j      ein  iîir  lui-mêtnè.  Ma^s  v.epajat  à  s'^ppcrr, 
cevoir  qu'il  j^'avoit  plus  ibo  /dimeccrre  qui 
par  hazard  étoic  tombé  faos  que  nous  y 
eu/Iîons  pris  garde ,  lors  que  nous  Ta  vîons 
apporté  évanoui  i,  cette  oiai/çn  ;  penfea* 
yous,  noUs  (ïit-iJ  ^,  m'emppchet  c(c^pipu7 
fil  c;ri  m'ptant  mes  jarmé^s^  Ahnpn^^ion  ^ 
pouirruivît-il  ^  je., trouverai  aîseinçnt  de 
guoi  finir  ma  vie  &' mes  mifereç.  Géné- 
reux Ulama  ^liii  répondit  ion  ami,  npu^f 
n*avons  point  eu  dçlfein  de  vousotçx  jifp* 
trp  cimeterre  ;  puis  qu       coptjça^îré^^  cç 
l'ç!;at  ou  Je  voî^  Ifis  Gpqiîps^  :iI,^iTre,J(ç^ 
qu^ilTeroit  pjus'ài  pJ^^]^^  ji^  "cHerchJcr  des 
armes  pour  vous  vaoger  quepour  vousdé» 
truire:  car  iî  lPel>xâ;>€L  eft  iporte  voiisjiç 
iàuriez  vous  pçrdre  plp5  poblement,  qu'en 
la  yarige^nt  ae  ffU^  qui  ont  ^é  f]ps  ççnc* 
mis  pendant  /a^yie^&ïî.elle'nci^^^ 
qiie  |)eixfe2^  vbu^lq^plMfe  ^.1<?^^47^Ç 
fauraquelenenereux  UJama ,.  au  Upu^dc 
feiïejtpûjeverlepeupk^de  cîemîahclçrie^* 
*cours  à  quelque  Prince  franger  ljà*i\ïc/ij^ 


yeut  lui  'oter  lip  ^^I^aiç.  qui.  la  j>ei|t^^ 
//.Pmu    "    -^'  Ll       * 


riè,'  Eé'cbtiîTne  quoi  >^illei^-vous  que  jélît 
4éliVre ,  retirit-it,  A  je  ntdiis  pas  en  quel 
lied  de  la  terre  èilé  eft  ?  Il  faut  Seigneur! 
lui  réjiohdis-je ,  s'en  informer  avec  ïbiû  i 
înais  quand  vous  n'eh  découvririez  rien , 
il  ne  faut  pas  laifler  de  prendre  les  arnicii. 
Car  fiirbus  ignorez  où  eft  Felixàne  ;  Votii 
A^feonè^  pas  du  ïtiôin^  qui  font  [les  erine-* 
mi? de  la  PrinceiTe  Axiamire  &  dé  Felîi 
xane.  Jèn'auroisjamaîsfait^  Madafne ,  fi 
Jt;  v6hs  redilbis  tous  lesdifcôurs  d'Ûlàm'a. 
Tîafetôt  11  vouWit  aller  poi^nàrdel:  M- 
fepiçntv  <i^o\  'que  nous  lut  hCtiotis  (6]î(xmr 
tiré  que  ce  lui'  feiroit  ptéfque  une  cTiofé 
îrtfpôffifale  ;  tantôt  il  voulbit  s'aller  piréféii- 
ler  au  Sôphi  t  tantôt  il  Vouloit  aller  in* 
itbnnu  à  Ma;eandërOhv,  yinibrmer  luî-mç- 
ike  dé  vôtre  perte.  Màii  pour  c6ndufid4 
de  toutes  d^ofes*,  il  éii  tevenôit  tdîrjôuri 
Itiideflfeîn .de movOit.  Ebfîn  fansnous  op- 
lofer  ldli'càemeï^f;à  fa  dduleur ,' nous  m- 
mes  ïf  bîwlul  înï^er  ta  colère  dans  l*a- 
tfre,^tièlè  feul  deiSréin  de  vouij  vanèer  lui 
ètmfferva  ïa yieril  fe  reiôlutdonccte  is*en 
fH^intk  à  fotf  gouyernement  ^pour  fâ»- 

«èr  ciaék  màyctjîu'fâllôit  teiiir  p^r  eeïa/ 


qùtl  Uèù  on  v\jlxs  retçftoît  i.çar  11  i\e'4ou- 


il  \  < ,  I 


-M     k  ^    ;. 


t&ît  ffoint  du  tout  que  vom  ne  fuffiez  tncrft 
«i        les  mains  du  SophL        i 

Comme  nous  fun^es  arrivés  s  il  iût  qup 
^eliofienc  s'^oit  avisé  de  né  dire  plus  qpe 
jlfMis  aviez  £aac  naùftage  j  &  ^iif ^u  jçpntraf- 
-ce  ilâ^oicfàk  ai^érieCrifKle,  W^am^ 
érï&  jpete  jie  Felixane^,  /cdmmelçs;  fi>ufv^ 
ittt  de  vous  avoit  fait  eolev er.  Fal" 
Ëoudr  W  bntit  ^^'UianU  ppur^t 

tki^  atoir  quelqne  part  â  leujr  crime  :  éf, 
nteiàiâmeon  fe  priépotm 
œe  diiuL'ioki  gouvenianecM;,  çpfiuDç  ^4- 
|ÈHê3&:  d^ïbéïdraât  aux*  ivçJbtftMjida  ^^Ct^ 
^.  Mdn  tnditfe  aj^coa^ans  cetti^  npv^ 
"velle  feàmfifma  encore  davattitage»  gh 
]*opînioii  que  vôtre  perte  étoit  un, ^flfetdç 
l'artifice  de  Deliment  i.<]uipout^^^*çQ  juiïl^ 
&r  aux  yeux  du  pcupk,dbi  tàiiWfc 
ger  ridç  feu  propre  crioibi;  C^r^tl»^!^ 

iûreté  afin  deiêvangen  JËtj^f  Q«t  fm( 
!^&  retira  dans  qnej^la^eâti&ZffeiMiqUi 

ijUqs  jcbrfiflcacbéi  paki;&Qj^i  àiifii}^^^ 
.^voità&iiKri:mi^s  ailiirèt  fdfiiil^bfenjdkQ^- 
cber  ^iI.;kg^]iMdéiiniiiS£[f^^  ^Cfioil&  .4^  # 
/iemettre  ïous*  iia)'^i»tcâio»(^  ^Mt^iit 
ibrahim-^i  idont  lai  f^putiiâof)  ré^tl^^ei^ 

tout  ^lOxitni.:yG9âtih%}m^ 

LU 


^■y 


ii'4       L*iL-ÉtrsTki   Bas! A. 
Vtt(é ,  pour  aVoilMin  preiteiccc  fpccient'df 
recommencer  la  guerre;  il  efpiera  que 
l'aCurailt  de  fesâmis^^  &  defes  intelligent- 
ce^ ,  il  pour rdr  pcuc-être  l'y  pottcr  : .  fl^ 
d^aùtant  plus  qu'il  i^^oitr  que  aepuiiqust 
que  tems  ,  les  Géorgiens  avoîènri&kipi» 
iGteurs  courfes  da^s  la  Coma^enr;  'ichi 
'-Meiopôtamié.  II  me  dépêcha  vers  Ibrahàai 
à Gohftantinople  ^ ,avec  um lectreiaplus 
obligeante  ;&  k  plqs*generçufè  du  mott- 
ide  y  6ù  ii  ti4  mafi^bniauejpourcon^^ 
ie^  £:hofe$  qu'il  toi  cbioit^  (k  coa&ànt:  èsL 
ia  gMerofite^  41  s-allcât  r^mbbà  BkiH&l» 
qui  eft  (bus  la  domination  de  Solimaii^  igp 
qui  â'eft  qu'à  quatre  journées  du  gouver^ 
nement  d'tJlamà.  En  effet ,  )e  ne  fus  pas  fi 
tôt  parti  que  mon  maître  après  avx»r  écrie 
aux  -plus  ^eles  de  (es  ^ mis  pour  entretCf 
Kir  ^^U^  iht^gence^veç  eax  ;  ^ncsfi 
qu^l^èn  \éàt  be((Mii^  partit  auiE  prar  Biti!- 
life^  &  s*'alla  remettre  entre  les  mains 
d'pi^iiomtné  Serefbeg  ^  à  qui  cette  TiUe 
a^pyrt^n^it  I  comme  vallàl  de  r£mp|rc 
OëlK)tnAtf;  M^IsquiÀqu'UlamaJui  dit  qu'il 
"^fi^ii  chèlèheir  la  proteâiottde  Soliman^ 
&  '^e  pûur  cet  iiJSbttiia^iroit'dépêcIié  vers 
Ibrahim  ?  coitime  cet  homme  tcoit  cruel^ 
ic  poitfiSpar  un  zfleindifcret^  brutale 
au  lieu  de  s^fiurêf  fimplçment  dèia  ner* 
^ruti^  en  lui'dûiipant  dbsgarde^  ^  |uiqu'à 


^ 


M  qulil  eàc  eu  des  noavelles  de  Soliman^ 
iUe  fit  prendre ,  le  fît  lier ,  Ss.  l'envoya  en 
ce  déplorafale  eut  à  Ccn^bnçinople. 
.  Cependantj'avc^sfût  taionvcyjrageheiM 
lenfiitnpir.  ::t8c  ayMitiiendu  ma  kttreÀ 
Ibealiia  ^  )e  vis  ïÀaïj^'û:€a  eut  be^uoéup^ 
éBij^e^'^que.  la  réputation  de  nion  maiitte> 
éticiti  venue  jnfqu'à  loi ,  de  que  £i  haute 
naJÀnce  ne  lui  ôoit  pas  inconnue.  En  peu 
dèfoiin  il  c^inc  pour  Ulama  tout  ce  qu4l 
aariQft  j  demândç/  £i  jcomaie  il  fe  préparoit 
iri^mvx^erèecetQtr  aiee  liomieur  ;  âc 
^aeine  conaocyânt ^  H  parloit  à  moi  dans 
b  place  de  JrHippodrome  »  devant  la  por** 
te  de  ion  pelais  ^  je  vis  arriver  mon  mai-* 
ti!e  lié  fiur  tiii  .cheval  3  les  mains  chaînées 
deicfa^neçj;  bâille  vtfage  fi  changé  que  je 
pen&i  lé  SDréoQtviQSifie.  ^a{s  me  Tétjuit 
xèmis.entîéi^ment  >  fims  fin^er  au  rd^eâ: 

ui  >  &  m'appr^cbdot  d'Ulàma^  Seigneur» 
disnje  à  Ii>r#hîi»  y  neiônérea^pes  que  celui 
qae?yi)iB  ivtmlf?!  protéger  toit  .fi  indigpe^ 

Uh  k  gf^^  Y«&riPu>(gfnc»àilJU^^ 
pQi^iuivis-^  3 IIW^  vp]K^  cfi  vaiUaiNt  Ulart 
WA  >  qui  in-a  démodé  pxtKeâdon  qu'à  vou» 
f(^ement^  Jen*jqji$  pas.ikôt  parlée  qir'if; 


cherniaicré  ;  &  xegardaat  ceux  qbi  hâ^ 
çompagnoicm  avec  fuieuf  ^  il  mlqtdûniia 
de  lui  aidex  5  ce^ue  )fe  -£5  airèc  bien  d9 
Ici  )o)re.  Pour  Ulasna  ,  il  avotb  camt Jde 
tfooftifidn:  de  fi^  voir  :cb  vcetiicatvi^alit  eut 
preique:  vouhr^ijUisjjfe  ne  l*éiiâc(  pasixioiMil 
xné.  Mairda  ebofe  écaqt  ifaite  3p4D^9i^ajdb, 
enteflida  qxie  :1e  . grandi  Vii^)paTlDic:4^è 
luigaë  Perâeane  ;  ces  chaînas  3  lutifit-îl 
^nereux  ibtaiuci;  carilavisk  {nisgardè 
que  je  F^\Eûisii]K)a»ii!)^)aidll^imiant  écé^^ 
oeuks  ppudiqufdksine^xiD&oéaefpumé . 
nt^m û^luâMé*  £f  Vo^'ieva^'iaidieMé 
dèr  i^ôae  preunefe  Mnoohtite^^^^^^  A 

tout  1  le  reftedewafviir^  )e  ne;  dépendrai 
pas  ahibluinetit  de  ym&î*  Il eft  wki>irei^ 
piqui(  Ifasipalum  tn  J^^embiràâànt  ^««ès'i'aib 
voir  ditacfaéj  iqifc  cesdtaânes  Jie  font  Hiiâ({ 
traies  que  pmr  <eQx  qui  tous  ks'Ocic  fttîe 
Mrta::  &  par  un  IbrttoM  contraire  ik  ce^ 
lui  de  :  tous  les  libetateuc^  3  il;  ^ut  qu'a-^ 
près  airair  »mpu  vm  fers  ^  )e  veuskkman^ 
dep^rdondu  mau^ej^trftitctnmt  qàe^vùvif 
a^res^  reçui  ii&i$€ux  i  M(ctla  au  âltsto^^ii^ 
^e  vmiû^fùc^tifs^cn^piimtieéSo^ 
limàn  ;<^i  ^)e  ne  ineirdiilpéy  fei^  ienci^ 
M'^fibncciiupvé^  i^os  chaSiie^  ;  à  ceux  quî[ 
TOUS  enencGhàt^*\Ji^màïéfQnik^^  cela: 
ate<?ix&ahtcom>  dccivUitll^  &  enfin  le  gra^ 


,  LlVAC  PRl¥îiBJL»  rii7 
fiûaf  étions  fb|t  proches;  or^oQuant  à  ^e^ 
^ufs-uns'ides  fiens  de  s>flurçx:  de  ceux  qui 
^vpif  ac  accompagna  Ul>ti|^  >  <iç  pieur  qw 

f5uclqu*iHj d'cu)t ne iê ^faoblt ,  ppuraU^  * 
a^'prw  S^ijefbfg  i  ^îie  i^  î^ete  ibdifcitÇ 

^   Ç9çunc  ces  deux  ilii^ftce^^efiowf  s  6^  . 
^enc  jç^tréps^^  Xbraliinii  fit ^oir  à  Ul^ap^  1^ 
l^trequ'il  lui  é^^t^  v.li»  p^ire^i^lfl 
f yçîjc  4MBe?;  3  ^1  WfW  Vii^ôft  ^ec<^>i<iit» 
4Cj japrff  JN  f v.oii;  difi^iii^fouviîit  ;OWf 


#4çl9tta  hauçiB|ivQ|it  ^  cotmpe.  ji^0H3  ffta^^K^ 
ajpi#.  C!cp«4?î«:  te  Bafl&  i çvint  quecir, 

.ft;  cojip#  îi }[  ^  quelque  riytnpaue  xpm^ 
J^kgtm^ik^mM  ,fquî  feit  ^eiicRqfl^^ 


>(ai$  enfila  tÉûbifélbmgcb^  i)à6|Ke^I«ioum« 

.SoHinaii  carétiT^  cxtraardinaîf eitlifitit  t9|fH 
sni  3  luiju^aqiB^il  puÉiroicceïui'qui  Ktf^flc 
««nokàîni  pqi^i^ub  mon  nuitre  f  mpl^j^ic^ 
4âutdExap(»uyqiir  poui  obt^f  f^gra^^^  fe^ 
i%ea.  magnifii^^        iiitlfi^  ^Ok  Wk 


train  piroporcionné  à  fa  condition  5 '&  èûHh 
ilqî  dorittatôuS  les  fu jets  dii  moiide  de  ffe 
Jouôyf  d(f  lai<  Et  cJonutie  iS  k  fertwne  tât 
:Toute  fecoiïd^r  les  iîeffeiiï^  &Vl^i,  tt 
^jOùÉ  ÀiénW  ^ae»^  éeëk  attivé  à  CoïiftiritK 
liople,  la  guerre  de  Pè^rft  tfvoit  étércffokië, 
ioie4^fcàûfe4c'<^  ^li^avbîènt^âit  les  G^r- 

5icîiS  >  ^  ou  qirè  les  '  levées  qu'avoh  fifc 
;â(Cbtna^^  ^(le^  donné  ^e  ^6rTft>ra|ei 
tSâtimaâ^  bU^^q«0qtk$<aùt^ë$>ki!toM^ 
^ej^^n'^f  f atMcn  fu^fc'Deibrtél^rfi*- 
*iîàhîtti  râf«ttrlaii(t  i  Ulam^  i  &?  lufî^dë- 
Utefidant*  ril  y  Voudroit  feien  fervfr  i  îl^li 
iÈUt  iine  )o)^tqu^)e  ne  Vouslaurois  ftirfe 
cômprem^e.^  lie  Bafla  ayant  recc^i^  1^ 

~  ïie^çitift  die^gôeir^  le  fcJruieAt  >  Ulàiîïa 
liéttfiirfîâe  ^^j?  là  frontière  ^^  pour  ^iitret^ 
*|di;  piu3:»Uén|cntircs  intelligence^-  Mais 
pçSir  l'y  SÊure  retoùfûer  avec  gloirp  y  df: 
-4jt«wt:^  ce  qif ié  aroic  refbl»  y  IbfabM^ 
Jit^m^  (iédbarânSerefbetr  cf  ioiiiiiBi  de  léseU 


^arefté  y  qu*i^  dopiiô  Bitflifejqiïe  l'aotit 
^ptife^r^ayecîtourle  reffedc  Tes  fcicnsâ 

UUnta^  ^u^H  lui  aflftira  cèntmilte  fuka». 

:iut)s  de  çmfi^rx  ^  Si  qu 'fl  le  gratifia  An  goiK 

^Jtemelne^t;  4e  Çatenemide^  viUe  ftontic^ 

jeilù  Piarîi'i|(ibi»  ouMeic^mnie*  La^gë^- 

itero^c^  de  mon  maicre  le  porta  à  xefmer 


i»  dépouilles  de  ion  ennemi ,  aïKantquil 
lui  ftic  poflibk  s  maïs  il  fallut  pourcaacfui^ 
vte  la  votoilté  cU^  Sùkàn. 
'  >  ÇetÈe  dédaration  étant  faite  ,  Sefdbd^ 
^n  fut  a^effi  pat  quelques  aniis  qu'il  avoir 
à  O^iftàiftiniople  ^  fi  bien  que  pouflî  de 
'^ete  û  Te  ciér^a  des  /fens^  ôc  paffoir 
:dlns  les  teirres  du  Sophi  3  alla  lui  ojfl^ 
liofï  fervice-  De  forte  qu'il  eût  fenblé  que 
►ces  xieox  Pjrinee;s  a voic?nt  fait  un  échange,"^ 
ou  s'étdem  dcxnnédes  otages.  1)  éft  ViA[ 

2ue  la  cbofe  n'étoit  pas^égale  pour  lespe»- 
)nnes^  ;  Strel1>eg  ti'^ayant  rien  dCvpIus  re* 
commandable  qi/une  geneiofité  brutale  , 
^ui  le  pondt  dans  les  périls  fans  les  con- 
-mottÉS^  Mats  enfin  Ukma  fe  rendit  à  Biti- 
MCe  ,  olii  d'abord  il  trouva  dequoi  exercer 
'ùf  genexofité  )  car  laiemme  &  les  enfansf 
de  ScieSteg  ^  vinrent  fe  jetter  à  Tes  pieds, 
&toaacouvert5deIarines3  lui  demandé» 
jrent  là  erace  de  leur  père  &  de  fon  mari: 
4Jlama  k»f  f épondit  quov'il  fê  fiit  mis  en 
À^de  i»  aecevojir  »  ilanroit  fait  tous  ks 
^K^Sbroi  p(Mtr.:>hîbteQtf  ^ki  Sultan^  :  mais 
^ùfejvA'étatoàîétoicji:  les  thofês,  c'ctoit 
4BQpiopo&io|i^u*rJii1orerôit  faîte«  Après 
cela  il  le  ftipplierent  du  moins  de  ne  les 
pi9Att0ittt  pi>infeUlftma  qui  n>Vott  pasce 
iMTein  ,l€i$dvm  q^'^xc^é  BitUife  qn^il 


Seigneui  »  il  ne  voubit  rien  detout  le  Mt' 
&Ç'.  (k  leurs  biens  ^  quoi  qu'ils  éullent  dch 
trefbrs  immenfes  :  &  leur  dft  encojre  que 
^^Todgienc  reftcr  4ans  Bicilire  ^  jls  y  k^ 
metA  refpeâez  :comiiiii  ki-méme^  où  qtie 
Ifils  .en  Youlmenç  %cir  ^  il  obtiendroic  cbi 
Ciund  Seigneur  la  'par ini^arde  les  £lire 
conduire  6ù  boû  leur  fembleroit*  Cette 
fdmBS^f  affligée  6c  genere^e ,  v6yant  là 
.wurtcifte  d  Ulâma  j  le  fopplur  de  faire  en« 
Jhme  qa^a  Lai  fit  permis  de  iui^r'e  la  fôrn 
•Dwe  de  Ion-  inari;  :  tre  qùlJlâinalul  pr<>« 
-nàt  ôclfA  tint  quelque  terifif  ^P^^*  Câtr 
ayant  obtenu  du  Sultan  la  chofe  qu'il  dc^ 
«andaipour  eUe  Se  pour  Tes  enlaos^  il  fit 
charger  tons  leurs  tré&rs  daM  clcs  cha^ 
:a:iot$  y  ôc  les  ayant  auriez  M  lar«ffticudbii 

jreCbeg  rentrât,  en  grâce  [ajupjrçs:^  Grànd- 

^igneuF  >  i Iles  fit  efcorter  parj^uatre  ceiis 

Janillàires}uiqu'à  ce^qu^ilj  fuflent  dans*  les 

.terres  du  Sopn»:  carofi'liiiaTAitdéj|a.ènk 

.v«y é  qîIclqL^  ^«»to€5î  ïW»  Ùl  fiïrokéç  & 

Solrman  a  voit  n»eme  Jaiti  commande  1 

tous  les  ^angiacsd^v  Keux  drco^ydllt^ 

dei^archer  par  toi»  bu  jei  vdudfdti^XM^ 

duireUlama.      ^^>  :    -  '  v '^  \    ' 

>  Cependant  comme  ifcas  &;  Felî«aM' , 

itiez^  Ia<:anïe  dç  tout  <:?  qii'îl^îlbic  ^  it  a^ 

^itdii  laas  ffsiâ<ailfÀr:t&è^ilaift^d^ 


ir  11  on  n'^voïc  point  de  vo^Houvdh 

ccfivic  même  fecrétement  à  l'an-^ 

cij^  G<f^y)èxnçût  du  Prince  Mahamed  « 


^Wi^itSH^i^^  '^'^^^^^"^  pour  vangcr  la 
P^OfiXç , Aj^i^niue  ^  Felixane.  Mais 
i'^piénant 'rien  de  vçnfSj  ccjalemit  ei^ 
u^  xelle^&rcur  ^  &  en  un  fi^rànd  defcfi 
fxuf  .»^<^uè  ia  valeur  ptdinaire  eh  j;edoubIa 
d&la  moitié ., commet  bien'  aux  6c^ 

çiu^  qui  |e  preieûterent  pqu  de  lout^ 
ag£çs, ,  Xjiç  Ipraliifn  cqp4uifant  I  avant- 
gvç!e  itej'arméé  Iri^  i>ollmaii( 

etbiç  en.jperibnne3  vînt  trouver  yiama  au 
eudez-vôus^  ou illui  donna. trente  millcf 

if?â^  qu'il  allât  faii^, 

l^jÇ^jÇQ^^çjrtç^  cojfïime  fâchant  njieux  If 

g\^fiqasf^^  Je  ne  vous  dirai  poirtri 

,  a^^iuft^lc  ./accès fie, éçt te  guerre^  puis 
qgiC^  imppflihj^  âW*^A  quelque  lieu  dq 
lai/rjrc,qw  v^;iy  e^  vicM  ,  vous  n'^y  eç 

€çpcg^  kvq^  Jf^^^  delà 

qui,  s^cimf^  ^W,  i^y ez ,  n'en  cfl  dijtantfi 
quç  ji'ç  i(j^  jf^9:s j:,  Je.  çpi^ro^inejçncnc  dij 
Sc^p?^n>J8fgd^  ^^        cfaujtre^jf^^j 


iji  JL'  Il  t'v  s  rAt'  ÉÀs  SA. 
guerre.  Mais  je  vous^rai  feulement  qt^tH 
Une  occa/ion ,  où  Ulama  écoit  aUé  iccCkP^ 
Àoi^ré  les  ennemis  avec  denX  nfiUtér  clrc-J^ 
y^nx  ,  îl  ic  dçtàçha  rfe  Yispijc'ctihemie 
^n  gfQS  de^Cavaierie  ^  â  |>eupi^âe^j|fa- 
rcil  nombre  ,^ui  yi  >t  ifa  fehcoÀ^é^kVècr 
tant  3'arflleur  (Ju'yiama  éùt  béfcih  itetbiK 
ée  ion  addrefiTe  8c' dt  tout  ^ti  courage  pour 
le  ibutenir.  Celui  qui  contmandoit  les  en^ 
àjeinis  j  rayant  dcmclé  d'ayecT  les  auciçs^^y 
fiii   demanda  en  affez  rhâdVajs  lahèiM 


Periîen ,  s'il  n'étoit  pas  Ûlîrha  B  Sctàoîi 
linaicre  lui  ayant  dit  que  c^étoit  ïuî  qui  pôcw 
toit  ce  nom  j  il  faut ,  pour  fui  vrtt^autrief  i 
lue  {k)ur  te  rendre  h  pi^rfeflfon  de  Bitîli- 
|ç  légitime ,  tu  êtes  ta  yîé  S  Sereffceg  :  ôii 

que  pouf  tVpiteïri^etVl^^^'^^^^ 

phe  de  la  tienne'.  Et  alors^f^  attéii&e  lar 

i'éponfe  d'Ulama  ,  îïtafttâ^ar'i'vec  toute 

la  fureur  d*tih  brutal  dccermînè,  trialgré  lar 

gçnerofité  que  mon  maître  avoit  eue  poirr 

Ta  jfcmme  &  pour  fts  fenfens.  Auflîl'éve'-^ 

nçment  du  contbat'ïutfifia-t1^çie  qùe')€ 

dis  :  car  après  aVôfr  combàtta^lus  dfe* 

èeixx  heures ,  ians  Tê  fepar^ jamais ,  qdôf 

Îulls  te  fiirent  aa  ifîilieu  d^  quatre  miHë^ 
ommes  qui  fe  battoîèiit  aufiï  tien  qt^^euxï* 
enfin  Serefbeg  perdit iaTÏffpàr  la  valeur 
dijîami.  Mais[  £pths  cette  ridfoire  prti^ 
ié^As^^o  ii^vctoiui^OTèttré  Aàîvolr  liriége- 


Mmlej^  de  tfiii^  cens  qui  tmo\Qt4  atta^^u^ 
il  anima  xioap  d'une  celle  iojrce  couf  |ep 
1(îens  par  Gm  exemple  j  qu'à  peipe  reftar 
<li  un  des-ennemis  en  vie.  £c  paujr  jcémoi« 
^cs  ùfr  geneto^cé.  tocU^tçs  cbores  ,  Û  j^ 
:cimponeriie  jco^dez^erç^èg  ,  ne  vour 
iahc  fas^  du(9Î&u;i.i^>^  ^  }f^illanc  lipm* 
.tMl£uK  enceiré:ciaiDS.^i]ip^XS  quiluiétpif: 
icrangec*  Ët^udquié  Sêi:çi|)e^  jfut  aimir 
4iel  3  il  obtint  pourtant;  de  Spliman  qu'il  Ip 
:feiiokinett3Sjaù:tx)Bci^§^ude  fçs  perp  ^ 
^idlife^  caqit'îl  fixia^e(ftcpp;ela  ceréi^p* 
i»e{aocoâciiiiiéfijcAi  (çfm^i^es  açcaJCcn^ 
itwx\  qne  ictttc  ffiÉ3J^§  à^j»  ,  Vl^a^  fit 
xe  qufâ  but  pour  ref)CQnjt|ex  Peliinçnc  : 
-fnâis^iqùelqQ€^in<)u'il  y  avDpftit  «  la  fbt* 
•«Oise  ne  yaujut  point  jqu'iQe^coinbattir. 

-«an  aiipiineLjparti(^i^9'/f9iM:oupes  engaJ> 
-«â)^iv>  Ub  &  sêijirâ  à;CQ9(î^i>tipople  avep^ 
IbraMnislaîiraDt  Ulaoi^  ^ir  lairpnciere 
loù  il  voQpbtidem^ilW  >'  :i^eppi;yant  ^  à  ce 
<iîi>'ilwe  ililàitqiijb|gçfeiç>$'âiçigçç)r  d'iinp 
tcern;  oùiîLxi»]^'^  VQ9$  étiez  encqre^; 
t   Aqueliquetem^dchlàjiÙJi^n^aajr 

^isqtœ:te  SoipUi  p»ft€iii;4e  SuUan^e  ;,^cÀ 

d<9^oitl:etise4 ;34f  Toinblpk •  ^ V^i^^^^^T 
^e  grand  deflèin  ?  U  Âc  iort^pr  prefq>  c 
contes  les  troupe)  da$  garni(ons  ^  6c  hi:-* 
^lant:  uavcorptflV«rmée,xil/Rf  pour  i'c^jcf* 


tfenaut  eniîemis.  M^:le  Sophibi\d'niÊt 
Idt  laUer  Ulama  >  plàtoè  que  de  Jecoro^ 
tattre  3  ne  le  vit  pas  plutôt,  en  can^pagnie 
^u'il  commença  de  reculer  ^  le  toater^ 
tant  d'occuper  tous  les  paflà^  ) .  de  i# 
.  ôter  les  ^vrèd  'i-  6c  s^eta^pèchÊtiibhim  ^^ 
Ideféendre  disfns  tesplaibes^dc ^^snfjàêt' 
tre  contiraint  d'eii  venir  aux  moins.:  Gct 
artifice  qui  venoit  de  Detiiiyent^  }ui  eik 
]^urtant  été  inutile  $  6c  la  valeur  de  li^m 
^n^aître^  auroitfufmoiiti cette rufè>£lft 
êblere  dadel  i  lîcA^^Ût  }otût&  à  hàdolà^ 
Yé  des^^hbnfmies^i  &^n'4^JcxiinbaCtu»pDur 
les^Fdrfeé.  Car  il  âdvitic  qu'Ulan|>3  ajfâSt 
'été  mal^  averti  y  alla  camper  dam|6ette 
grande  plaine  qu'on  voit  auprès  de  filtikat* 
nie  :  &  qui  comme  vouif  favez.^  eft  eni!À« 
ïonnéede  qUàtlretïioïkcagne&^dbatte&fâh 
Inet  efttoùjfoùrsf  couvert  dejmfféiipsi^ 
#xfipderneht  céll6»  deCalpicÀ  ttNipha- 
tts:  Ulama  croyant  xionci  que;  le  S^hi 
'^'étoit  retiré  di&mere  ces  inûntagiies  ii  ^au 
^ied  de/quellesfimt  les  plus  belles  plainçs 
dû  mohil^t,  6c  les^^phi^proprerjàilivceritras 
l)ataTllr3  y  fat^conîmè  ;e  vous  ifti'  dé)a/di t^ 
^ais  ie  S(^fiV^vdit;pris  wniattarfet^hemiir; 
*3$c  s^étoit  rétiéé 'M  |uiy,sodes  Ckwaji^enjsL 
^omniè  Ulamà  ^étoir  donc:  eh  èelftru^i^^  ' 
11  s'éleva  &r  le  iômaiet  de  ces  mcÉitagnes^' 
>mdfitfibyalUet«empéte>^açie.v^ 


fort^ttoibccf  grands  moncéaiailîncjg^^ 
dont  elli$  écûifm  chiSLt!gte&  ^  les  {ogi&  f  a 
celle  aboAdd&ce  «  &  avec  tant  d'un|>eu^ 
£té  {lu  le  çatnp  d^Ulanm  que  toutes  Içf 
-Tentes  enfuient  renversa,  preique  toui 
ks^  Ch^MMitM  ètoviSkz:,  tous  les  Ibld4ts 
Italatles  a€cab}ez.i  «jueJques^nis  des  auf 
IKS4e|if€Îyefiis  virais  auili  bien  qu'eux»  £i( 
tfomme  la  neige  àvoit  éteint  tous  les  feui( 
de  l^ai^ée  >  robfcàrité  )mnte  au  bruit  de^ 
renb ,  à  ^elui4^e  failbit  cette  neige  ea 
jkbbâft^  ^ieS"  tentes  yaux  ais  deslbldatsi 
dii^cdÉhtâLfidèmènt  ^ue  (sdQncàt  les  ciie6j 
pkir^tÂ^rh^t' 4'}r '<c^tther  01^       S<jiu%, 
plaintes  des  mourans^  rendit  cette  nuit  û, 
eâi?G^able  3  ^que  )e  '  ne  penfe  pas  çpx'on.  Ce 
fvnlTe  trouVer  en  une  occaâon  plus  capa^i^ 
bie  d'inipircr  de  la^erréur^  La  coûftancisi 
d'Ufenbà4^nfot  pourtant 'poiiit  éhranléei 
Sç  qù0i((j^  fa^  tente  ibt  r  env  ersée  eomm^ 
fes  au  tu»  "i  iï  iie  perdit  poiht  le  )ugeraen| 
6c  fe  faidib^  entendre  le  mieux  qu'il  put  ^ 
.dès  le  commencement  de  l'orage  «  U  cQm*i 
manda  ^ue  J'on  fi)rtrt  des  pavillens  :  &: 
u'apiès  cela  i  ducuniiè  tint  en  fa  placej 
o^ptof^^^n  pienfant  iwitet  Utn^iî  ,91? 
ne  la  cheicfak  ékis^ffvocken^  des^  n^oç^ 
tâgitèSw^ BnSKpU^jWiti  retenant  y.  la  ^tempêi 
t^  fiâr.y^  jk  jÉleil  nous  fit  >^r- 1^*  plu^ 


f 


yeux.  Cette  fîinefte  vue  tctpaUc  d^actie*: 
Mr  l'ardcùr  de  tout  autre  qije.dl'UJama  / 
ibgmçnta  la  fienne:  ôcil  reiolut  de  /e 
vanger  fur  fes  wnemisde  Ja.  perce\que  Ja 
tempête  lui  jaû/mcwséj^>  Jfl  ftsdpiic.çh 
^iligeûcela  revue  4e  £>Q;axinie^  &trcp-. 
▼ant  qu'il  a'ay^  perdu  ^ue  dwic  0)iH# 
Jkommes  çn  cette  miît  i  il  ibrma  le  profect 
Ae  pcuiïèr  les  ennemis.  Et  .ây^ijt  pris  un 
pofte  avantageux ,  il  y  demeura  )ulqu'à  Cje> 
iju'il  eut  fa  que  le  Sophi.  vehoit.  t^tç  fcaiA 
iée  à  lui  :  car  cpmme  le3  Bj:ui^s'i^ug9ieiVp; 
tent  par  !l*ik)ipneiwnt  ^  -ôO:  l(ii;  ^m  àk 
^u'Ukuma  avicHt  perdis  j>Jusrde  q^iru^^  miU^ 

'   MoA  maître  ravi  de  ce^^  f  cçaiioa  quoi 
que  fort  af  mée  eût  ibuffert  die  Ja  fejtigue, 
he  laifla  pas^  de  Bcxboaici  k  cSpifeattrej^î 
Mais   Madacw.3  ians  patcîieidarire]:^  >ùn> 
éomb^ ,  doïic  révenemcBt  ne  fiififft5>h^Ur> 
jreux  à  mon  theç  maîup  ^  jéi  y  w$  dmii 
qu'après  avoir  presque  y ai»cu  les  enner 
mîs ,  ie  laiflant  emporter  à  fto  extrême 
courage ,  il  fut  enveloppé  d^;plqs4«i:e»t' 
.     tomniei  ,  qui  le  recoiiiKMïrani.f»ur  leGer. 
^     lierai  de  i*ârrtiée  ennémije  ^,  l'iitîtaquereiît 
àvéc^  tant  d'atdeur ,  qfx'ilyii^  kktîèjîmn 
gpreufement  en  quatre jcndtoîrs^  ï>i9^Çot<a 
eue  tout  ce  qu'il  put  faijre  *  Ait  de  fç  d^ 
mêler  desenaeoùs  en^omlsf^à^ttoii/our^/ 

)uiqu'à' 


îft^*à^  ce  qu'il  fuit  pâf  mi  te»  ^^  r  où  il 
nttiitf^û'tàt  #mvé/qu^il  toftiba  cotr^' 
t%t  itibrt.  Cet  iakrddentfit^hângelrcbpar-w 
tft  à  là  viâoîfe  q[ui  Ce  rangea  entièrement 
d&côté  dés  Perles  qui  demeurèrent  maî- 
tres du  cbarmpde  bataille.  Cependant  les 
bicfllires  d^Utama  (t  trouvant  grandes  & 
dangereiifesV  on  ie  porta  à  la  Ville  la  plu^ 
ftbcke'rSê  àqiiélqaés/oecr^dc'-'làà  BitiUre> 
éii  il  a  toûjfciUrs  Àé  ^  pendant  quête  So^ 
j>hi  profitant  de  Ion  malheur  8c  de  fen  alv 
iènce^  a  repris  tout  ee  qulbrabim  i&  lui 
4ivQÎeiit  ^âi^^  V1b33^'' ft  i'OurtajQ^  été 
lot^'<eks'{àm^tkhû,v<iit<ée  tt>à^è^  ees 
«hofes  )  aâ:$llsble(rtu«sle*rédtiifirélftàun 
û  m^utàis  état  «  qu'on  ne  lui  parlûkd'au^ 
cuiie  ai&ire.  Et  comme  )''étoistoÔ}our»âfu<* 
ptès  de  hii  j,  toutes^  les  fois  qut  ta  violence 
de  lôa  înalKii  permettent 'die  p^le^^  ce 
Wéiok^fHi^  ^r régféttèlFletoo^rir  ùm 
irouâ  àVoîr  "^aâgée  t^  mbi»  ko»  qu^ih  Mt-^ 
deciri  Aràlie  ql^i  Ici  trakôit.  eut  atfuré  qu'il 
^oic  hor$  de  danger  t  là  pfemiere  choie 
qo^il  apprit  fut  4a  déJfake  de  ibn  armée  ^  la 
Inerte  de  Tàutis,  vAtf e  pdifon ,  &  celle 
ié  F6lixâA«i^7lifô(>  â^fo  iktr  dts-bruiés  S' 


J/^P^nù"  M  Toi 


> 


ps  en  Hifmf(^nfic4^$^f^ 

il  pou^oit  «(pér/&tMîY0^^*çyo|rr  M^^  çg^ 

premier  mouvement  écanç  paâ^,^  â  'fçiir^ 
dans  UQ  a^re  tsHit  cpiicraire>  .ÇjpiMfçV'r^ 
i^y  )e  combati  contie  mon  pr^>ç^  jegiitî^, 

Axianrfre  &  Reli«aw^oçp©i^^  i^l^iri» 
&  taiîjiisjqpie  fjc  |iia;^^r4ei  ma:>Bç::pft Éfe:ie| 
incem*».  i  il  fe  trouve  ^jb  |ç J(^pot4  mo» 
Ùng  poM^  le  fçryiç^  d'iia  PriiKç  ^ui  Jèsf 
li<$ntpi[iiibliiûejre5  j  :  Par (knnfrinoi  >  pour^ 

tmiÇmyfift  ^es^bleiïuresqwçjî^jr^W?^ 
i>É|  fer  vaut  ^  ton  e^Q^,  )'ai  ftw<»ç  airpj^ 

Jç  n>iîJ|^i?  jïnj»^  6|it>^MMdf||îf|f  jj,  jg  }8r 
c«IW  fifi€^w^îMa^/^§ï^ftpWSW«i«^ 

Il  fut  <f«urai^  <fe  ^Sicuç ^çr:;,  àiJçi^xjttW:^ 
faicA^'Wjîyic  cp»'îJ^|ï^ttei  4€Jsatt«tuiiç  # 


/ 


#• 


'    LxVRB    PRBMI TR,         Jf^ 

^^^Ighwjî»  fi©  «B  , 

^^c<yoWl!«W  lettre  <picjt  tousdi 
retidiS?  !  m'ifluranc  qu'aufli-tôt  qoHl  pour«> 
!xoît  finifirir-le  voyage  ^il^vfciidroit  lui- 
jnême  4$mAdei  vpufi.libfiiiti^i.  Grand- 
Seigneur. 

Çtt  >fclspe^î^nj|vq|f  qiclinom 
auprès  de  ion  pfiaicre  > ayant  çeâe  de. par- 
ler ,  IsiffkAxiaameSy^t  contcntf  i^  Fe- 
lixane  ^é£  be«çou£  de  ^tfsfâj^n  ^  de 
connoitrequlllama  avoit  confervé  ton 

[uietude  ^  a  came  de  les  blcflures  ^la  pye 

lais  comme  il  étoit  de)a  auez  tard  ^  Iz 
Princcflç  -» jxHîge^  cPcc.efehy^ï  &  j>rk 
refblurion  ,  en  quelque  état  que  pût  être  .If 


-t  •  -•     , .     ■•  -i     -f  '  «i .  I J    1  ■  ^  !  i    •  •  1  1 

•    I   .  '        <■'  ••      '    ,  '.       ■  - 


îl\aii 


'J  /* 


V 


<Uft^ 


-     fl L l  U  s  TRE 

.      LJrXB   SECONDv 

B'EsPïRANCï.  (fane vie plii» 
■J'ttanCTiriltt  ayant  tedonii^  qoet» 
l^que  force  à  la:  PtinceUê  Axù^ 
1  Hiirc,  U  ne  fut  pas  plutôt  jour, 
^le'^étant&it.habiilet,  elle  envo}r«lup- 
plier  le  gtand  Vifit  dfe  la  Tenir  voir.  Ibra— 
hiin  (é,  rnidît  ^  ^appartement  de  la  Prin- 
cef&  1  man  d'abopa  filial  la  vk  ,  H  demeiK 
va  aitfll  fuspris ,  qa^l  l'avoit  hk  autrefeif^ 
]h5  c[u1i  avoît  vu  fôn  pocrrait  :'  étant  cei- 
lainqn'encavoit  beaucom de  re&mblaiK 
ce  avec  IfàbeHe.  Le  refpeâ  fit  pourtant 
«vaux  l'ilnAse  Bal!»  de  cette  agxeabi* 


'  L  f  v^K  r  Sec  o^  jt.  iP4i 
fapri/e  :  il  falua  la  Princcfle  avec  beau* 
^ëo«p  rfe  foèmiflîoûn  ,&  l'àlfiita  qu'^ 
pouvoit  dtlpbref  de  lui  ~  abfolumetic  ^  qu'il 
ae  venoic  que  pour  lui  offAi  coût  ce  qu'il 
pouvorc^  &  Ittf  témoigner  le  regret  qu'il 
a  voit  de  k  ^i£tct  en  uik  lieu  indigne  d'elle^ 
Jtd^il  tâcheroit'dela  faire  ibrtfr  th 
peu  de  tem$.  La  Princeflè  répon£t  à  tou-*^ 
tes  ces  cho&s  avec  beaucoup  d'efpri't  de  db 

fraadeuf  de  courage.  Mais  lors  qu'Ibrah- 
im voukit  adroitement  l'engager  an  recft 
•de  fes^aryaMrures  ^  cHe  tefuppua  de  trouver 
bon  ^e ÎFc^îsrafiè  qui  hif  en  av^.t  déjaap* 
pris  une  partie ,  continuât  de  lui  en  dire  lia 
fiil^e.  Legrand  YlHi  fe  tournant  alors  vers 
Feii^ané^  Isr  conjura  de  luMUtconter  pon^ 
âuellement  tout  ce  qui  étoft  arrive  à  là 
-Princeflè  Aociamîre  &  à  eOe  «  depuis  feur 
naufrage  ^'jforce  que  pour  leur  intérêt, ji 
étoît  miportant  quilne  f^iioritpars.  Fe«- 
lixané  qui  depuis  le  difcoùn  que  fui  avoit 
i5iir  l'eickrve  dIJIama  ,  ^dit  encore*  plus 
tffeâionnée  à  notre  iUuftre  fiafiâ ,  n'a  voie 
garde  de  lui  refu&i  ce*  quil  defiroit  d'eller 
qu<»  qu'elle  (ut  certainement  que  ce  récit 
téiioiivelleroit  toutes  fé§  dbuleui^.  Aprè^ 
tfoMèi  qu'elle  en  eut  re^u  té  comma^de--^ 
inéht  delaPrinèe(Ie:i  &  qôltarahinTfeiut 
idU  m^iès  «^AximutCi  efie  parja  aii^^ 


jjL^        Vrittt:  srAM  BA,$tAé 

i 

Ht  S  T  6  i  R  E,  DE  à  i  A>î'^ïi 

Kion  îmàginauoni  ^e  preferït.aiït  à  ]^ 
fcis  tout  ce  que  je  Vous  dois*  faço^^fj:/^ 
me  remplit i'fipiii;  fie  taqcdc ç€fn^uéfytv4^ 
^de  douceur  ^ue;)^  doute  ît  jfe.ppuf rajk  yov^ 
jdire  préç^émentles  chpifs  ^  comme  eU^ 
iious  io»t  arrivées  :  ôc  Ci  î^  n'^auraipa^  i^e« 
Jbin  qo&  la  bosité  de  k  Princell^  VSCfib 
..faife  reilbu  venir  ^  fi  je  manque  à  vous  a^ 
^pirepdjre  quelque  çîrcçq^wicc  ^Iç  jce  iqjysf 
,tqus  dfifi^ez  fevQÎ!:.  \.  ;  :  ^  ,  •  -^ 
, .  J e^  ac  yous»  par Jerîii  p^ç  de  ,qïie|ïç  /^{E 
/lous  fîmes^  4||iufrage  ^  )ç  voq^;  cfirai  feaiq- 
menc  que  lors  que  îe.juge:aipaiir les  cfisidi^ 
^aceJocs  ^  que  ncnis  étions  cç  <îan^er  à^ 
jperiîj  )e  (m^^pprocW  d^  U  Prinçelfe  r^ 
^dif^t  le  ffSLf^foput^ps'é^^z^n^  fP 
4;ette  pccailÎQn/:;^  &:;qui  ati  contti\XQ/Çfjàk" 
jgqoit  pi^s^lje^pç^queJe  iraùfrag^ê/  M'îr 
x^pt  )ettée  à  les  pieds  ^  )e-Uri  depfmnc£ai  lef^ 
iar  Pies  aux  fei;i,x  ,  la  gracjs;  de  mourir  au* 
près  d'elle?    Cette  gençrçi|^(e;;Princelè^ 

quitta  poûftj5|HÇ  lous^r^çilçy^i^ê» 
Ijouflc  P3f  Je?  VjÇM,&;paç;ieçyîig9es,a,>5ftf 


Jt^  l  T  «  »  jSnAO^M  »>  J      141 

)^.mMi^^^;H^^,  J^  (devins.:^. m^x mhtr 
ppiirtajB^  pas  twt-jà-frit;  ifppHOj.abk  y  f ai 

(ut  rio^ï^  à-jtr^çe  jpa^  du^liéu  ,e4  les  y_a^ 
|Bi^a5^ien^ imijk^^y W  Axiamir^ l^m 

lilH^lf  fi©|np|Cii,f«ffi(B|i^^^W  ^lijBflqu^sfoilî  df 
lc)0gup^  i&i: 4€'iia^f cuf?»  faites!  vou| 
^pus  /ppy4i>e?  bfco^.^iie  ic^Ypus  (fis  hiçi^^ 

mm  qpTi,^*Pçii«*s«  f  Ci  vousiti'fiv^zfliç^ 
  ieiM.ipe  t<pmt>?.>iquiç  vous  iavicxqu^ 
fi^mHcimé  s'étf  ne  afewsé*  eo;  vendant  un? 
îe  cf^|»rtfa(itfe  à.$plî«iiai ,  Ud  ayQit.don^ 

fùnçH  Qi^^:^  klfs,1fwàt  mm  F:$c^^ 


144      L'f  f;tùSTRB^BA$»7U 

$é  Vmkréham  âè  la  Pirihcéire ,  h  fèëèli- 
lie  fie  «recjufe  ydiisp  alkz  ^mendife.  Le  )obr 
que  muis  firnes  »auftage^  le  piinceO^iv. 
jgit  5  qui  cûmm«  vous^  (avez  ^  demeufoiç 
par  l^^<{#eà')JeSôiiâtIi^^i^^  4âl 

lieu  où  ht»cf  nèiis^âvék)eai:es  >  éta^t 
allé  fe  promeiîer  ,  vînt  feft&kcîweàt'àj 
l'todmit  oà  )'€Côi^  étOkbe'itif  k&Ue.C^ 
accident  k  mrprk  ^  naKm  ftxe  ^  mon  âge  ^ 
mon  Jbabic  c[ul  étoU  al^z  rich^e  y  &  alTeç 
cxtraordinaime'  3  Sc^u%<jàeuM  tcta  ^  kl 
tïtié  4btit  ce  VeïWéux  PriiT<ie  èttoit  caf][)a- 
Ue  ;  ^rest  qv^A  s^^)pto€ba  de  iRoiy'fi^ 

Ïu'ilneme  jugea;  pas  indigne  <le  &ti  affi«> 
ance.  Et  puis  j,  <}uoîque  Fétat  eèr  j^étois  ^ 
jto'eût  infimment  changée^  il  s^itnaginsf 
Qiae  }e  ne  lui  écors{])asftout4-^ak  cacotmuër 
ic  qu*H  aVûit  ^u  lràelqu«^holfeqdh^»6iei^ 
fémbkiit.  Mais  il  ne  m'eue  pas  fk^e  &it 
^Dter  kf  fable  qui  s'étoit  moKAicËXÈmm 
tiiâge>  que  fa  tnemoirehii  «appelle  ùioti 
portrait  iqu^il  a  voit  aKrheté  de  ce  maichànd 
&  qu'il  croybit  être  celui  d'Àxiamîre.  Et 
cornue  par  hasard  il  le|)bnioit  et  )ët>]Mà  f 
^ùixftitU^  k)â:e  bù  Mwk  ^d&r^  #ttm«fa 
qiânt  tous  tes  trairsPd&^c^  vmge^3  q^ôl 
que  l^âîr  lefi  ft&bidnPchi^é'^  il  âi$  âéàm 
{dufi^que  }ê:ne  fi^  U^Pkkic^ïk  de  P*i<^  i 


£b  confimïwt  encore  ^n  cctccoplnicmpax 
mon  Jîabillemcnt  j^y'iLvoyoit  cure  tput 
femblabfe  à  celui  qu;e  j'avob  en  mon  por«^ 
itrait/Car  le  Sophi  ayant  tfojuvc  querha-r 
}Àt  d*An!iazoneque  le  i?einrre  nous  avoit 
donné,  étoit  plus  av^nugeux  qqe  le  notre, 
avpif  voylvr^que  la  PrinçeiFe  &  moi  iç  ppr- 
taÎEonjs ,  tdujours  deguiç  cel^. .  JLe  Prince 
fGianbr're^cjuSla  jfo»  ipii;^  : .  &  voyant  que 
J'^voiiï?tit  un  ipupir  qui  luiifaifoijt  cqn- 
nbître  que.  j'écois  encore  en  vie ,  iline  fiç 
fimporier  à  la  plus  proche  maifbn  du  lieu 
où  yétois^:  .&  commanda  à  quelqujes-un| 
ides.  fiens'd'aUer  le  long  ^u  rivagi^^  voir 
$*ils  nip'^tioj^vçroient  peu     quejqi^e  autrç 
|)crfomije  qpi  eut  tejoiix  4c  fecouis ,  Js'ir 
ma^nantpîen  que  Je  ii'aypis  pas  fait  naur 
ftage  /eule.  A  peine  a  voit-il  donné  cet 
ordre,  qu'iin  de$  liens  vint  lui  dire  qu'à 
prentc  pas  i^^iliiJ  y  avolt  unie  femme  na^ 
biUpeiae^a  nîjcfpjç.^^rte^  &dans  Içmo^ 
ine  qtat^ oJîTj'à^^is^^/qui  /ai:^  doute  li'ctou; 
pas  inorte^  p^rce,  qu'ils- ïui  avoient  vu 
quelque  mouv£tnênt  de  reipiration  à  là 

,  I,e  Prii^e  M{^y apf  jeipi^        çpnduftè 


>< 


Éj^        L'-f  t  Ltf  s  T  R  E^  B  a  s  SAf 

jpreflK  d^Un  défit  extraordinaire  dé  làpoiw 
voit  filùver  :  &  la  compàilîon  <ju*i|  eii  eui 
ajoûita  tant  de  chatmçs  à  fa  bcaiftc,  cjw'iî 
ïn'a  )uré  depuis  ne  f  avoir  jamais  ti"Ouvéè 

{ïlas  beil^  qiren  tç  déplorable  état.  II  aida 
tti^mçnreà  la  JkJtcet  ai;  Jieuoi  I*onmVvoi{ 
déjà  rhift  :  Sc  quoiqu^il  eût  opinion  que 
j'étois  la  ^riiiceire  de  Perle ,  &  qu'Axiàj 
ftîirc  étoit  une  de  rn^s  fiUcs  d'hohileur ,  Ij 
avbit  jKJtir  le  radins  autant  de  Idin  d'elle 
^ue  de  moi  :  &  l'on  peut  dite  qtfiî  he  rnc 
mvoit  que  par  refpeâ  Se  pat  tatetêc  ^  fit 
ju'lli'aiffiftoît  déjia  par  inclination.  Enfîij^^ 
>ei|nftir  ^  s^étant  rencontré  dçs  fçmtné$  i 
]a  inkiibn  tù  ton  nous  poita ,  elles  pritèiat 
liaht^  4t  foin  de  nous,  qu'elles  nous  fiteiii 
ïevenit  de  nôtre  éva^oUiflcmentJ  Je  fui 
3a  première  qui  ouvrit  ïfs  yeux }  5^  àqùî 
la  raiîbh  commença  dd  iPai^é  feheir  tios 
Itialhfeuirîspàr  l'étohitiVifeit'  doût  je  fiisfaîv 
Ce 3  éï  mtyùy^tckixk^ét^^^        tant 
^epérform^îl  incphfiàës.  Kîaîs'lrfëiits  vit 


jfàges ,  leuts.  habits  ,^  &  lètit  fengagè  m* 
iurprenoîent  3  ïteiiirt  fbîîris  oîSciéu^  itie  don» 
Bpiçnt  quc^quje  elperance. 
!  Cet  étoQnerfient  'étatit  6kM  ;  tt  a  ptemie* 
irfe  péi$é^  fût  J)0dr  Aiiaîkjirt.  ^élas  paii^. 
^xe  l>tîiic^ffc ,  drs-îe  ttiuf  tiéht  'l 'irncï  ^e^ 
ÏÏinéft- ifetfeii  i  I^  l>rinceéfangir  ni'^ 
tcudkkt  j^aifer  i  car  WfÈâl  favoif,  ï;^  Ut^ 


mxe  Perfiennc,  crut  qu€  par  ce  pfcu  de 
mots  ,  je  déploxois  mes  propres  malheurs. 
Pe  forte  que^uitcanc  Axiamirepour  me 
jendre  ce^u'if  penibit  devoir  à  ma  cpndi- 
tioEL ,  il  s'approcha  de  mpi  pour  ine  confe- 
1er,  &  m'auuraquej'étois  en  lieu  ^  6Ù  r<m 
me  rendroit  les»  pxème&  defUgin  Sc  losmi^ 
xncs  honneurs  que  fîj'étois  à  la  Cour,  dv 
iSophi  mon  pere^  Jefu$  également  (u^prife 
d'entendre  que  Giangir  me  parloic  enisqu- 
gue  Perfienne.,. §f  qft'Âl  me  prtmoit  f«ir 
Axiamire.;  Me  t^fouv^aK^  jtputtettfci^  entate 
ie^  mains  de  jge^  qujroi'écoie^t incoinnui, 
je  refolus  de  w  le^;défabufejr  point  nef- 
perant  que  cette jpp^ûon  im  t^wftÈtnc 
avec  plus  de  sûreté  parmi  ^^^  i&.letir 
donne ppir  vins  de  r^^eât^iMais  jençn'stif 
Ips  pas  auml'ayou^rfcédsdéni^pocr 
te  que  )e  nie  cpncentai d^iuîdire  qiieHalis 
rétat  où  i'écds  »  Jic  mieuK  i^ui,  me  p&t  ax- 
jriver  fejoi^de  mourir  ;  que  mMmwns.  fc 
uc  re&lbis  pas  ion  aff  fl;a9Qe  6ç  (k  procec- 
.tion,  pui%i'jj  a,vpit  la  genwofilié  de^mc 
•S'oârir.  Ce  ppu  de  ps^ole^  nue  AcrprdCple 
retomber  en  fdblefle]^  ^'^çmei  items. qae 
la  Prince/Te  cpmmfi^it ^tea  ûxtkii .  t& 
4^'ouvxant  les^yeu^  ^:i^mj^r)'aftifit(âcpiis4 
^Ue  ne  laiAa  plusdioM^er :<|u'an)iieia'4i£Lt 
.  encore  fecou^ir*  M^ia^^&^telie AR:df|in 

tf'jPS^W^P^^PÎ^^PiW  rifciioftic 

Nui 


\ 


X4S  L- ILLUSTRA     BASSA, 

3trc  la  mer  l'eût  plus  agitée  3  elle  for  plus 
c  quatre  heures  fans  pouvoir  parler  ;  & 
c'étoic  ce  qui  empêchoit  que  )e  ne  m'ap- 
'percevois  pas  ^  que  nous  étions  en  même 
chaitibre  5  quoiqu'une  toile  de  coton  qui 
&iibk  un  retranchement  dans  cette maiion 
champêtre  où  nous  étions  ,  fut  U  ieufe 
cho(ê  qui  nous  feparât. . 

Cependant  le  Prince  envoya  quérir  un 

'Chariot  pour  nous  porter  au  lieu  de  ion  se- 

.  joudT  ôrdmaire  \,  afin  que  ^  nous  y  fuHtoqs 

.mieux;  affiftécs  :  y  ayant  un  Médecin  Juif 

qui  it  câuie  de  fa  vieillclTe  népouvpit  ve- 

xiic  où  nous  étions.  Nous  prouvâmes  de- 

"  puis-quHl étoit  un  des  plus  layans  hommes 

.  du!^  monde  en  cette  profeffion.  Ce  fut  alors, 

-Seigneur,  que nioiî  étonnement  fut  grand: 

-xiàr  ces  gens  m'ayaht  mffèdans  ce  cnarifl| 

i ieiPrince^me  vint  demander  fi  je  trouve- 

-  lois  bon qu^une fille  qù*il  croyoit  çtreà  moi, 

'  parce  qu^on  l'ayoit  trouvée  au  bord  de  la 

'  mer  au  même  état  qu'il  m*avoit  vue ,  en- 

'>txât  dans moQ  chsiriot^  je  le  fuppliai  avec 

'.'beaucpup  d*impatreftc'e  de  la  feire  venir*: 

•rin'ima^nant  que  c6  pourroit  être  Axii- 

mire.  Comme  en  éflFeb  ;il  n'eut  pas  plutôt 

,  commandé  qu'on  me  l'amenât  que  )e  vis 

Aeux  hommes  qui  la  (butenoient ,  pendaht 

X  que  deux  autres  portoienr  un  fiege  où  elle 

:.^if.;^t  c^ptei^a  cette j'erièontre il  fSç 


\À9nk  propos  pour  le  deflem  que  nous  piii- 
mc$  depuis  >  que  Giangir  ft  fôc  an  peu  tixA* 
goé  3  &:  qu'il  n'y  eût  peiibnne  auprès  de 
nous  qui  entendit  mon  langage  :  car  aui&M 
tôt  que  )e  ia  vi^  )e  ne  pus  m'empêcher  de 
aicr  V  hc  ,  ma  Princeflè  >  vivez-vous  à^ 
çore  ?  fc  la  ibnune  a-c'elle^iê  aâèz/pi-»» 
toyable  pour  ne  feparer  pas  mon  deftîn  du  : 
vôtre  ?  Ma  voix  ranima  plus  Axiamirc 
que^  tous  les  remèdes  qu'on  lui  ^voic  fait' 
jfifqués  alors  :  &  aniE-tôt  qu'elle  fut  dans; 
le  cnariot  oùj'étois  >  elle  m'embralf^avec. 
tant  de  )oye  qu'elle  en  recouvra  Tufage  de 
la  voix  3  pour  me  témoigner  la  coniblation 
qu'elle  a  voit  de  me  voir  auprès  d'elleé 
jÇfais^  pourfui vit-elle^  ma  chère ^Felixa^ 
ne^  en  quel  pays  Ipmmes-nous  ?  Qui  font 
ceux  qui  nous  ailiftent  3  Se  quels  intérêts* 
ont-ils.  à  notre  confervation  ?  ne  prétends 
dent-ils  point  nous  forcer  de  vivre  >  pour> 
nous  contraindre  après  d'avoir  retours  à  la 
mort  en  nous  remettant  entre  les  mains  de! 
Ruftan  ^  Car  enfin  ,  dit-elle  3  je  leur  vt)i* 
des  turbans  ^  dont  la  couleur  me  les  fait» 
conooîcre  pour  Sujets  de  Soliman.  Ma<i^ 
dame  ,  lui  dis-je^  je  ne  puis  répondre  à 
tant  de  cfiofes,  quoi  qu'il  y  ait  plus  de 
deux    heures    que    j'oblerve   avec  un 
juge.neiit  aflcz  fain  totit  ce  qui  s'cft  fait 
ici.  Mais  je  vcus  dirai  bien  que  c^Iui  qiû 

'  Nn^ 


paroît  lé  *maître  de  tous  ceux  que  )*af  vS  ; 
eft  extrêmement  dvil  5  &  qu'il  doit  être 
homme  (ie  grande  cpndîtîon ,  à  ce  que"je 
pûs/ugerpar  kprc)fend  refp^ît  ijue  les 
aittres  lui  tendent.  Mais  ce  qui  irt'cmba- 
î^ék^  û(t  ^u^il' me  Jjfend  poui:  vous  :  Se 
^il  ^m*4  2Llîùri  en  nôtre  langtie  que  l'on 
me  reïidrrtt  ici  les  mêmes  honneurs  qu'à  ' 
la  Cour  du  Sophi  mort  pefe.  Je  ne  fais  , 
dit  la  Pfincdïe ,  fi  jè  pourrois  mé  ïônVe-*' 
lâr  4e  quelque^  mots  que  )*ai  appris  autre-» 
fois  de  la  lafigue  Turque  ^  par  une  vieille 
efclave  que  j'avois  durant  mon  enfance» 
fit  feifant  alors  /îgne  à  un  de  ceux  qui 
nous  âccompagnoicnt  ^  qu'elle  vouloit  lui 
dire  quelque  chofe  ;'  comme  il  fe  fut  ap- 
proché ,  &  qu'dle  eut  rêvé  quelque  temsj 
aile  lui  demanda  avec  bien  de  la  peine^  & 
^pn«n  hngage  fort  petiintelligible,  le  nom 
de  cdui  qui  les  commandoit.  Cet  homme 
ne  comprit  pas  d'abord  ce  qu'elle  vouloit 
lui  dire  :  mais  enfin  joignant  les  fignes  à  la 
parole ,  elle  fefit  entendre.  Il  lui  répon- 
dit alors  en  fà  langue  que  e'étoit  le  Prince 
Qàngir.   Ce  nottt  rfeCiangir  toucha  la 
Princelïèfenfiblement:  Se  feifantfîgneà* 
c?fct  homme,  qu'elle  n'a^oit  plusrienà  lui 
dire  ;  }e  fàvoîs  bien ,  me  dit-elle  ,  que  ta 
fortuné  né  m'avoît  fauvée  que  pour  me 
perdre:  Si  qu'elle  ne  m'avoit  empcctié 


nei^  purle  avancagq^feme9t  '*  mzifi  toOr 
;pur^  i|xftjils'  d'mi  hqnaçQ.e  qui  19'^  f^if 
énjevef.  .         t 

|l^ç,a^vec  t^t^d'appaf  enf;e  4.e  raMîjn  qw  )ç 

.4ç  Ja  pajpioii  quç  j'^yois  dc  laf^rviri  )e  lui 
lîis  que. pour  é\ï\èr  le  malheuy  qu'elle 
craigiiok  ^  il  f^lloit  ne  d4iàb^^r  ppjnt  1^ 
grince  <?f  angif  dg,l'9piqion  q^•U  avo|t  qup 
jjp  fufle  U  Pi^ippe^  4e  Pcç£e»j .  q«ç  c^»- 
4ahf rfpj^^)lchfir|€|qs  4c ^ypwpqmfqupi il 
jinç  pfP9PitpçMrsq,^e  je  n'êtes  {>4s;  ôp 
jqu'^dTfty^rv;  de  dççpuvrii  ics  dçïTf  ias ,  nous 
£oîmçiitiqv\Si  les  laçctes^  Aii  cfl  qije  flçws  en 
^çpre^f ofistf  I^  Pmç^^ .  «f pit.  A  affli- 
fiéç^,  qutç/^rns  e^api|ï«Ji^$  ice  iq«ç  J0>liû.di« 
iws  étpijc^  Mil^TO^jWfei  file  y  ^ppieft^'c  en 
:Wê9î^-^Ç?P?;qvje,  Je  «Prince  qtlifV.i^fpe^ 
.ay9it.tfûj[0ij^i|i-4<chfdev^nt;j.fp  ri^|?ra- 
ch^  du  çiîaiipt.;Cepfn^.t  p§»#  jmvi- 
jnes  au  Palais  de. Giai?giri.qtti  n»fii^<mdiii. 
£t  en.pn^^fugffl^ %pf^^m^^A^^im 
youliitjdpçni;r:im  auïfiçi  Axaimjffeiparc^ 
^^foitril , 5!u -elle  n'4coic  pa;s  ©liii^ê  et  jmt 
ier  y  in  ^^aisr  l*3y  api-  %plié  :4à  1*  kiflk 


«u^ès  dç  moi  ^  il  nous  quitta  &  fôrtit^ 
!a  chambre  ^  at^ffi-tôt  que  lé  Médecin  juïF 
^  fut  entiét  qui  après  noufs  avoir' dôn'néc^ 

3u^ilf}'géa)^éiémi!i  pour  lioàs  f emcttte 
e  l'accMeht  qui  nous  étoit  arrivé  ,  nôui 
iaifla.  enfinjdans  la  Itbenédeparîcrrfe  fé^ 
tat  de  nôtre  fortune.  -* 

'    Je  hê  voiiS  dirai  point V^Sefg^^ut  ,^ics 
ïbins  ;,  îès  ciViHtéz  .  ôc  lés  àcvpirs  que 
-G^â^ir  iné  tendit  dès  ce  nièrae  fefr ,  *jh^ 
quàiiêéy'iAxiàmife ,  piùilqùc  et  feroit  fct-^ 
^rc  le  tems  inutilement.  Maïs  vous  làu- 
^jrez  qù'étatnt  venu  me  voirie  lendemaiJTi 
*4éjui  deritandafi  deux  cliofes  :  ^tt^e>  de 
Tihe  ditéplàr  qttëltè^tyfe  ir&        <^ue  yé" 
Itc^s  b  Ptinc^fle  de  Perfe  r  &i  loutre  de 
»e  pubfie^pâsque  )ëi!iJB[e  entre  fes  niairè 
-que  )e  h^eufle  eu  le  tem^  &  la  force  dé  l'en* 
tretéhir  de  mes  malheurs.  A  la  première 
-il  m e^répondît  en  m  e  fàii&nt  voir  la  boët c 
•oè^éccât  mon  portrait ,  que  je  n*eus  pas  fî- 
itôtJVÛë  que  )e  la  reconnus.  'Mais ,  Sei- 
i^neur ,  lui  dis-je,  qui^ous'à  dîtqùe  ce 
«portrait  étoit  celui  d'Axiamiire  ?  Le  mar- 
chand ,  me  dit-il  qui  me  l*a  vendu ,  &  qui 
•long-tems  avant  en  avoit  auf$  vendu  un 
•autre  à  l'Eirtpereurmon  père ,  qu'il  dilbit 
itre  celui  d*iine  filte  nbminéè  Felixane  ^ 
que  ie  Sophi  eftimoit  très -fort  &  que  vous 
iâmitz  extxêmepicnt  i  Se  qui  faiis  dottCè 


arok  beaucoup  de  mérite  6c  <(e 
beauté  ,  puif^ita  et  marchand  m'aprk  <^% 
tûC'  fat  cmaromiéc  aufli.bien  que  l  yoasj 
mmme .  I  a  plùsi  h^ùt  da  tou  t  c  k  .Perfcè 
Cette:  FelixanCi»  lui  r^ndiis-je^^freide-y 
ment  ^  avoic  (ans  douté  une  beauté  aflfêz 
ex  tracrdinairè>pour  obliger  us\  aufli  grand 
f  f^c2r<|iic  Soj[imaA  j^  à  acheter  i(>n  |k)C« 
trait.  Or  Seigneur ,  il  eft  certain  que  tt 
ifiicoiirs  nie  mtfm  :  car  )eicomv«}^uê  c^ 
flBtaf  chaud  ào^ukl  en  a  voit  douné  nos  vÇêJi^ 
traits  sTéxck  ttompé  ^  &  n'avoit  ps  bien 
xntendu  le  Sophi  :   Tégalité  de»nabilJer 
fhens  >  ayant  fans  doute  encore  aidé  beaur 
«oup  à  cette  ejrreur.  Je  vis  bien  que  So^ 
liman  avoit  eâSrâivement  aiméAxiamtre 
par  fa  peinture  >  mais  fous  le  i?om  âe  F6' 
bxàî^'f  ce  qui  avoit  causé  fon  enlèvements 
Se  que  la  même  erreur  de  le  même  chanr 
gement  de  |)ortraits  >  étoit  ^aufe  que  le 
Pris  ce  Giasgir  me  prenpit  pour  elle  » 
coipme  l'Empereur  l'a  voie  déj^prife  pour 
moir  Lalèooiidc  chofe  quej'avoh  demati*- 
dée  auiPiince  ^  il  me  l'accord4  aisément  t 
•car  cotnme  il  ^oit  devenu  éperduemenc 
amoureux  de  la  Princeire  Axiamire  >  il 
fut  bien  aife  de  n'être  pas  obligé  de  nous 
jnenfitrii-tôt  à  Soliman*^  commeles  maxi- 
mes d'Etat  le  voùloient  :  Etant  hors  d'àp- 
J^^ICDCC  que  la  fiUc  d'un  grand  Roi  fut  ^^ 


1^4  î-'  ^  1^  t'Û  f  T  H  ^  tA  i!s  Ar 
If  e  Tes  mains  3  &  quil  lîe  la  retmt  pas:  cil 
€flks  dp-l^Empeieur  foa  peré  5^  l'inftaod 
^^'on  le  fauroit^  AroA  .pour  me  ootited'^ 
m^-poujf  Te  fàtisfairé^  il  défpnciitjà  ceua 
gui  avoient  eu  quelque  çpnnoiiTanbé^rde  là 
qualité  qu'il  me  donnoîc  d'en  rien  témoin 
gnet  :  &  pout  gagner tcàjours  du  tems  j  jaf 
hë  dur«r  mùn  maXle  plus  .qu'il  mifâu rpDi{< 
£ble^/  -'' •  Ji  .  :..  jf  >  .  ^ -jO  .iiî,-!i 

Gepaidaïît  k  Prince  ^i^^âboifdîayiDiS 
éké  puiflam^ment  couché  îde la  bëaucéxl^^* 
tiamire  ^  ne  pouvoir  s'empêcher  de  luiear 
donner  des  marques  :  •  mais  avec  tant  :dc' 
fefpeât^  que  quand  elte  eut  para  ce  qui*- 
leile  éteit  Vericablemeiit  y  dk  R'eûç  pâ 
«*en  ofl^ier/  Ce  gerteriéuic  Prince  nous  i 
tlic  depuis  3  qu'il  eiFajra  de  combattre  cettfr 
paflion  naiflànte  ^  autant  qùil  fut  en  fôn 
pouvoir  :  &  que  contre  la  coiituthe  de  fa 
nation 3  qurne  confiderepaslanobielledu 
iang  3  la  pensée  qu'il  avoit  que  celle  qu'iï 
âimpit  rf  ctcçt  pas  de  nàifTance  rbyale  5  lui 
tionnoit  Une  inquiétude  qu'il  ne  pbuvoit 
^vraificre.  Il  y  avoit  pourtant  quelques  hcu«« 
tes  où  fon  imagination  lui  montroic  la  vé- 
rité :  8c  où  elle  lui jpcrluadolt  qu'Axiami- 
fe  que  j'appellai  limaïde,  tant  que  nôtre 
-fourberie  dura  ,  itoit  quelque  chofc  de 
plus  que  ce  iqu'elle  paroillbït ,  en  cette 
pensée  il  s'engagea  fi  puitfammcnt  à-l'a^- 


iKïet  qu^il  ne  pou  voit  s'empêcher  de  lui  en 
en  donner  des  témoignages  en  ma  prefen- 
ce  :  QUOI  qu'il  me  rendît  néanmoins  tout 
h  reipeâ:  qui  étoit  dû  à  h  PrinceiTe  dont 
j'emprumois  îé  nom.  Nous  vécûmes  quel- 
ques jours  de  cette  forte  avec  aflez  de 
douceur  :  c'eft  à-dire  tant  que  les  vifites  du 
jt^fince  noias  empcchoientdefbnger  avec 
âttehtion  à  nos  malheurs.  Car  lors  que 
nous  étions  feules,  le  fou  venir  du  palTé,  Sd 
a  ctainte  de  l'avenir  ne  nous  dofirioient  pa^ 
beaucoup  de  repos.  La  prefence  dft  Prin- 
ce m'étoit  auffi  quelquefois  alTez  fôcheu- 
fe  :  lors  qu'il  me  preflbit  par  fes  prières  , 
de  lui  dire  par  quelles  avantures  j'avoi^ 
fait  naufrage  fur  ces  côtes.  L'amour  de 
ce  Prince  même  comimânça  de  donner  de 
l'inquiétude  à  Axiamire  :  dans  la  crainte 
qu'elle  eut  "que  l'ignorance  de  (a  condi- 
tion né  le  portât  à  quelque  deffein  qui  lui 
fut  defavantageux.  Mais  pour  moi  qui 
voyois  en  ce  rrînce  tant  de  vertu  &  taniî 
de  fagefle  ,  je  ne.  craignis  rien  de  lui ,  6C 
je  fis  cofinoître  à  Madame  que  cet  amou^ 
qui  lui  donnoit  deTapprehenfion,  lui  de-; 
voit  donner  quelque  afliirance  5  puis  qu'é- 
tant retenu  par  le  refpeft  qu'il  penfoit  me 
devoir,  &  par  l'afteétion  qu'il  avoit  pour 
elle ,  il  n'entreprendroit  jamais  rien  qui  U 
pût  fâcher  iii  me  déplaire. 


/  Cependant  ma  ïànté  écant  revenue  pj4- 
tôt  qucj-e  ne  la  iouhaitois  3  &  ceJic  d'A- 
xiamixe  étant  trop  bonne  pour  fç  âifyçnCçi^ 
de  faire  un  voyage  ,  le  Prince  Giangif 
craignant  que  malgré  fa  prévoyance,  J'Em- 
pereurite  vint  à  favoir  que  la  Prinçeffe  de 
rerfe  étoit  en  fes  mains ,  me  propofàaveç 
le  plus  d'addre/Te  ôcïc  plus  de  civilité  qui 
lui  fut  poifible  de  me  conduire  à  Conftan^ 
tioople  ;  afin ,  me  difbitril  >  que  l'Ëmpe- 
leur  vous  rendant  les  honneurs  qui  font 
dus  à  une  peribnne  de  vôtre  naiilance  j 
puiflê  vous  renvoyer  au  Sopivi,  avec  un 
équipage  proportionné  à  fa  grandeur  ,  & 
k  votre  condition.  Seigneur ,  lui  dis  je 
toute  (ùrprife  &  fans  confulter  Axiamire, 
/aices  que  vous  devant  la  vie ,  nous  voiis 
devions  encore  la  liberté  :  &  que  fans 
nous  conduire  à  Conflantinople ,  vous  nous 

Îermettiez  de  retourner  inconnues  dans  la 
*erfe.  Giangir  n'a  voit  garde  dem'accor- 
der  cette  demande  :  car  outre  que  la  jrai* 
Ion  d'Etat  »  Ôc  fâ  propre  confervatfoi^  ne 
le  lui  permettoient  pas  -y  fbn  amour  ne  pou- 
voît  confentir  qu'il  perdit  pour  toûjourç 
la  prefence  d'une  perfbnne  qui  lui  étoit 
aumcherequ'Axîamire.  Etla  pensée  qu'il 
avoit  eue  de  me  conduire  à  Conftantino- 
pie >  lai  avoit  femblé  d'autant  plus  )ufte, 
que  par*!  à  il  arrctoit  dans  fon  pays  Iaper« 


Liy  RB  Second^  ij^ 
ïbnne  qu*il  aimoit,  J0  pris  bien  garde  îoré 
ique  je  lui  fis  cette#priere ,  qu'il  regarda 
la  Prince/ïe  ;  &  qtf^^nc  changé  de  cou* 
leur  i  il  fpupira  deux  ou  crpis  fois.  Mais 
enfin  après  s'être  efforcé  pou^:  n^e  réppni 
"drc ,  il  me  dit  des  rai/bns  û  prenantes  ', 
pour  me  faire  connoître  l'injuftice  de  mçi 
de/irs ,  que  ne  pouvant  îcs  détruire  ^j^  lui 
demandai  du  tnoin$  quelques  jonrs  jpout 
m'y  re/budre  ,  ce  qu'il  m'accorda  avec 
beaucoup  dje  douceur. 

Nous  ne  Ames  pas  fl-tpt  en  liberté  que 
la  Prince/Te  mt  regaj^dant  les  larmes  aux 
^eux  ;  8c  bien  •  me  dit-elle ,  Fclixane ,  fa:- 
véz'vous  un  autre  chehfiin  que  celui  de  la 
mort  pc)^r  éviter  les  malheurs  qui  nous 
font  preparpz  ?  la  rigueur  en  eft  f|  grande 
«que  je  p'ai  pas  même  la  fatisfaâion  de  trou- 
ver quelqu^n  que  )'en  puifle  accufer  : 
car  enfin ,  Giangir  ne  fait  rien  que  ce  qu*n 
doit  faire.  Madame ,  lui  dis-)e ,  il  faut  ft 
fcrvir  en  cette  occafiop  dç  l'erreur  du 
Prince  ;  8c  par  les  pierreries  qui  font  à 
vos  habillemens^iûborner  quelqu'un  des 
Gardes  qui  nous  environnent ,  afin  qu*fl 
vous  conduilc  8c  vous  ftlFe  échapper  i 
foit  ici ,  foit  pendant  le  voyage  que  nous 
allons  kiite ,  où  I*on  ne  vous  obfervera  pas 
comme  moi.  Hé  ma  fiUc ,  me  ditia  Priii'» 
xcffc  j  en  ^ucl  lieu  tic  la  tcrrc^is- j  e  trou'» 


ver  un  a^Ic  }  fLje  vais  en  Pcrk^yy  teth» 
iconcre  unpcre  cruel  ^irrité  >  un  infamç 
pour  mari^  &  je  m*v  verrai  fans  autre  pro» 
teûion  que  4e  celU  d'un  fr^re  aveugle  , 
puis  (ju'Ulama  n'cA  plus  à  la  Cour.  Si  jjp 
vais  àÇonftantinpplç ,  )*y  trpuvc  un  Pxin^ 
ft  qui  m*a'  fait  enlever  pour  m'enfermes 
4ans  un  ferrail  commje  une  elclave*  Si  )ç 
in'écfaappe  des  mains  de  Giangix ,  ce  qup 
|c  ne  jage  pas  fort  ai^é^  pour  errer  comme 
june  vagabonde,  /ans  favoir  en  quH  liey 
>phercher  un^  retraite  ;  à  quelles  étranges 
i^vantures  ne  m*cxpoiai-je  pas  ?  £t  ppis, 
croyez- vous  qu'Axiamire  ,  quand  cî^p 
j)oùrroit  trouver  fa  fureté  par  fa  fuite  ^ 
voulût  vous  abandonner,  6c  vous  laiflejr 
^u  pouvoir  d'un  Prince  qui  témoignant 
avoir  de  raffe^aion  pour  moi ,  vous  mal^ 
traiteroît  après  ?  Àh  non ,  non ,  Felii^ane! 
ïa  mort  a  quelque  jchofè  déplus  doux  qu^ 
tous  les  remèdes  que  vous  me  prefentez  $ 
^ufE  eft-'Ce  lefeuf  que  je  veux  cherche;^ 
Madame  ,  lui  dis-)e ,  quant  à  ce  qui  mp 
iregarde,  ce  me  fèroit  trop  de  gloire  dp 
fnourir  pour  vôtre  fervice.  Et  fî  je  voyoi^ 
que  la  fuite  vpus  put  ,être*ayantagjeu£p ,  jj? 
vous  en  pr eiferois  d^vantagç.  Mais  pufg 
que  jpar  vosraifbns  ,  V43us  me  faîtes  cour 
noître  la  grandeur  de  vôtre  infortune, nç 
y  auiirpit-jf  j^m  mieu:i{:  fç  fier  abfpluxnf^njt: 


^  /•  1 1  ▼  rV  5^  c  o  iï  tr  \  ir  y^ 
ivt  Prîrice  Çîangir  ?  ^  lui  dire  pott  (culc» 
ment  ^02  c'eft  vous  àui  êtes  véritablement 
Ja  PrincelFe  de  Perïc  ^  mais  que  SpKman 
(on  père  eft  amoyreux  de  vous  fous  moi) 
nom ,  que  Ruftan  vous-  avoir  enlevée  poujr 
lui  :  fli:  qu'enfin  vous  avejç  fait  naùfi:a:ge  ^ 
tomme  on  mous  nrénott  à  ConftantîuojJW 
Ce  Prince  vous  ^imc  ardemment  :  et  ii  fi 
he  me  trompe;,  la  raiibù  d'Etatlè  trdcr^ 
k  fôn  amour  ^  qui  fans  doute  s'augmçntcr4 
encore  par  la  connoiflance  qu'a  aura  dç 
vôtre  condition ,  par  Î4  confiance  que  vous 
9ure7  en  lui ,  &  par  la  jalou/ie  qu'il  auri 
de  fbn père.  Enfin^ Madame, )e  ne  crois 

fiint  du  tt>ut\jue  Gîàiigir  vous  icttiduife 
SoUmait,  quand  il  faura  h  vérité  de$ 
thofes  ;  èç  j*elj)ere  que  le  regardant  com* 
me  fbn  rival,  &  non  pas  comme  ion  Roy 
&  comme  fon  père;  u felaifleratouçhet 
à  Vos^^larities ,  '&  à  Con  propre  itfterêc.  Ëé 
jarîors,  Màclame|fi  la  vertu  de  ce  Prince  6f 
ïbn  amout  nôds'  tcfufènt  la  liberté,  je  fe» 
rai  la  première  à  vous  montrer  le  chemin 
de  la  Wort  p^r  mon  exemple  :. trouvant 
auflî  bifcn  que'VQus  qu'elle  eift  plus  doucj^^ 
i^*uÉic:yîe  travtrsé^e  de  tarit  de  indheur^» 
IMâis.  Cô(i6mtht  penfei-vous  ^  tne  dît  îà 
'i?rînèefl6',  plètïûader  à  <f  {^gir  que  vbtii 
n'êtes  pas  Axiâ'mîre  ,  <jpié  )e  fiirs  yerïca- 

Wmie«tïa  fiifeftluSopîiif  &  que  Solimâà 
i 


f 

9  .eu  dc(Ccin  de  roue  faire  çnlevex .?t  JLa 
y  erite ,  lui  xqpc>ndi57j.ç^,  a  des  lupiiejr.esquï 
la  font  poniiqïcre  ziséa^çxxt  :  âç  la  {i^axchiÇè 
&ringeiiuicc  avec  laquielfe  jcpretênspar' 
1er  à  Giangir  ,  lui  permaderonr^  fi  je  ne  me 
trompe ,  ^que  )ç  ne  fuis  gue  Felijii:ape ,  & 
que  vous  êtes  A^j^^y^c.  Poux  Je  feconil,  il 
n'eft  pas  poffiBle  que  cePrincene  conjioiiîç 

.  Jiuftan  :  &  lor^  que  nous  lui  marq^eron^ 
le  tems  qu'il  vint  à  Mazanderon  ^  il  ponrra 
te  reffouvenir  s*ij  écoit  alorsà  la  Porte  3011 
s'il  n'en  /ait  rien ,  s'informer  adroitemenç 
(pn  quel  lieu  ij  ctoit  ç;^^  ce tems-là.  Joiqt 
gué  s'il  à,  péri  par  le  naufe^ç  que  ijou^ 
fcinidfi  j  ja  mort  Juftifiera mpndifcotïcs  :  fi^ 
s'il  en  eft  échappé,  il  eftimpo/Eblç que Iç 
|>r\iit  de  cet  accident  ne  fe  foit  répandijf 
parmi  quelques-uns  3  &  que  ckj  moins  l'on 
n'ait  pas  entendu  dire  que  peu  s'en  eft  fallu 
qu'il  o'aiî:  été  noyé  ;  quoi 'qu'on  ne  fachç 
jpas  pour  quelle  occafion  ^ni/enquejf  voyar 
ge.  Mais  3  Ma  dam  e,  fans  chercb,er  tant  dç 

.preuves 3  pour  confirmer  cç  gue  jédoi^ 
dire  j  )'ofe  aflurer  que  je  n'aurai  pas  pjûtôç 
dit  à  Gîangir  que  vous  çt^s  la  Prînqelfe  dç 
Perfe  ,  qu'il  trouvera  d an?, vos  .yeux ^ 
^uftihcatipn  de  mou  iiicoax^^j  qii ;ls'etonj- 
liera  de  ne  vous  ^voir  pas  connue  ii&q 
4p  repentant  de  fon  erreur,  il  vous  en  de- 
W aadçrapardpa.  Car  enfin .  ]Viadame  >  11 


Livre   Second.^        rtfr 

y  a  quelque  chofe  de  fi  augufte  dans  votre 
yifage  que  je  ne  doute  point  que  vous 
VkdLjci,  eu  plus  de  peine  a  vous  cacher  ^ 
que  vous  n'en  aurez  à  vous  faire  connoi* 
ue.  Et  puis  «  le  plus  grand  malheur  qui 
nous  en  puifTe  arriver^  eft  de n'ctre point- 
crues  3  éc  cela  étant  ne  reftons-nous  pas  au 
même  état  où  nous  iommes  maintenant» 
&ç  dans  la  même  liberté  d'avoir  recours  à 
la  mort  ?  La  Princefle  voyant  quelque 
raifbn  en  ce  que  je  difois ,  me  permit  de 
parler  à  Giangir  ^  pourvu  qu'elle  fut  danJ 
un  cabinet  pendant  nôtre  çonverfation.  ^ 
J'envoyai  donc  à  l'heure  mèmt  Ilipplier 
le  Prince  que  je  le  pufle  entretenir  :  il  ne 
urda  pas  long-tems  à  fe  rendre  dans  ma 
chambre  :  &  comme  il  voulut  avoir  pouc 
moi  les  mêmes  refpeâs  qu'il  avoit  accou'^ 
tumé  y  il  n'eft  plus  tems  ^  lui  di^jc^  Sew 
sneur  3  d'abufer  de  vôtre  bonté*  Ilétoits 
â  propos  les  premiers  jours  que  nousfuf^ 
iions  mconnucSj  pour  de^raifpos  que  vous 
faurez.  Mais  ajourd'hui  qtiç^nous  admi^ 
rons  vôtre  fagerfe  ,  vôtre  vçrtu  &  vôtre 
genero/îtés  il  eft  juflc  auÛi  que  vous  nous 
Connoi/Hez  ;  Se  que  la  franchife  dont  nous: 
liions  en  vous  apprenant  nps  infortunes 9; 
âcen  nous  confiant  abiblument  à  vous;: 
nous  obtienne  le  pardon  que  nous  vous  de* 
(iiandcms  de  vous  avgil  ttOQipé.  Le  Priixcer 


t6t       Vittvsrkn   Bas^a. 
j,  demeura  fort  furpris  de  mon  difcours  :  Si' 
comme  )o  m'en  apperçus  ^  je  vois  bien  J 
Seigneur  ,  hri  dis-)e  ,  que  ritTîpatiencd*dc 
Avoir  ce  ijue  je  vous  dois  dire,  vous  in- 
quiète y  &  pour  vous  làtisfâire  en  p^u  de 
01OCS,  lâchez  quc}e  ne  fuiâ  point  Axia- 
mire.  Vous  n'êtes  pasAxiamire!  médit 
le  Prince  tout  étonné  !  hé  Madame  ,  ne 
eâchez  pas  de  mt  peritiader  Je  contraire  , 
puiiqoe  ce  feroit  inutilement  Non ,  Sti* 
gâeiwr^jx^urfuiyîs-je  ,  )e  ne  fti^  point  la 
f  ciiccttc  de  Ptrfe  :  &  vous  voyez  feule^ 
^  jncnt  déviant  v«  y  eux  cette  Felixahé,Wonr 
^aou^avezotii  pâdei^  tropavantagcufcment, 
H'C  penfe2Hpas  néanmoins  que  je  vetiill^ 
âter  hors  de  votre  pouvoir  la  Princefler 
Axiamiffc  :  elle  y  cft ,  Seigneur  ,  &  elle 
y  eft  en  état  Savoir  beioin  de  vôtre  pro-^ 
^dAotUiC*MÛ:  de  vous  feul  que  dépend  fa' 
bonne  ou  fa  fHa^ïvaHe  fortune  :  on  pour 
inieu*  4ire^  c*eftde  vous  qiie  dépend  bu^ 
&  vie  0X»  fa  mort.  Et  pour  vous  tirer  en-^ 
Hertment  de  la  peine  où  je  vous  vois  5  fa-^ 
chea  3  Seigneur,  que  cette  încômpatable 
|k€rfonne  que  vous  avez  eftimw  fous  le. 
j»om  d^rimayde ,  eft  Véritablement  Axia-* 
^ire,  &  ta  plus  excellentePfiiiceflèqm' 
&k  au  monde.  Ge  dernier  étonnementdtr 
Prince  fot  bien  auflî  grand  qitc  l'autre  t' 
iHaif^  aveeceuîe  4îffcFettce'  qije  parmi  Ir 


K  ^ 


F 

tîouble  de  ion  ame.je;  visque^ue  )oyê 
dans  Tes  yeux.  Il  ne  me  crut  pourtant  pas 
4'abord  ^  mais  je  ne  laillai  ^as  de  cpfux)î4 
tre  ,^ie  ç'étoit  une  chpfp  dont  il  /èroic 
bien  aife  d'être  pci;fiia4e,  Éft-il  pôiEble, 
ine  dit-il  >,  que  vous  me  lii fiez  la  vérité  ? 
&  ne  trQuverc;j-vîous  point  mauy^âs  que 
jfc  vous  croye  ?  ou  que  n^  pouv^pt  ,m*af* 
iurer  ^  vos  paroles  3  )t  vous  conjure  de 
mediré  quelques  citqo^id^^ 

J^fte,,4l^  dis^jç^  Sft^y9yf>V^,cioyc?ipji^ 
ij4i  Je  fim>|e  .rapppxï  de  mes  Miolcs' .  8c 
que  vpt|;e  ration  y^iis  p^iuadc.  Je  lui 
contai  nonieùIemrôtrarriyécdjeRuftah  • 
a  M^z,zn^tofilj:f^  lufes  pi^  ine  vpir  ad- 
orçS:.de  la  Jpf  }nfi?<fc  ,^^9jtx<i.ip1pt^emçx3t  ^ 
lç$  ^iftoHtf  qi^4  s^mtr  tc^  à  j^ianiire"^ 
cçmfin^  ^J}^h^Ym',^j^is€^  SoUmai| 
étoic  4ev9jpp^  ,i^,aiol;ceux  de  ion  i)ortràic  ^ 
dopt  il  àpit  çhargè^^^  &quee  «^^^  pour 
cela  quil(  l'avoift  eqa^evée  :  ,maîs  pour  lui 
léni^gner  jçpicprji  gi^f  de  cpfafiancç , J  e  lui 
f ïîfKfe  jÇ»  PM?i^.*  pqar  quelle  capfc  nati^ 

t^*>  ôîjAfj^fifiw  <*«  jf^^nccfle  pour  De- 
Jfm^u  It  £$/çe  recît  avec  tajut  de  fince^ 
J^e>i54^ae  Xjjia^çgir  la .  connue'  Et  ce  qui 
^'«^a  «içpfp  I  lui  perfuacfei;  qùç  jé  tiç 
«IP«I»S m  * CmaKU re fouvmtqju'^ avoic 


■  •  •   « 

fu  que  Ruftan  qui  étoit  ion  ennemi  aùflî 
l^ien  que  de  Muftapha  Con  frère  ,  étoit  par- 
ti delà  Porte^pour  quelque  expédition fe* 
crette  :  &  que  pour  cet  effet  il  s*étoit  em* 
barque  à  Pera  clans  un  vaiflTeau  chargé  de 
marchandifes.    Cette   confideration   lue 
ayant  éclairé  l'efprit ,  je  lui  vid  une  grarr- 
de  joye  fur  le  vifâge  :  &  les  queflions  qulk 
me  fit  depuis  cela  ^  ne  furent  p}u&  que  de» 
témoignages  de  fa  perfîiafion. 
"    Mais  pourquoi ,  me  dit-il  après  s'être 
tu^  quelque  tems  ,  ne  vois^je  pas  cette 
Princefle  à  laquelle  }e  dois  demander  par- 
^n  de  mon  erreur?  Efl-ce  pour  me  punir 
àt  la  faute  que  j'ai  faite,  en  ne  la  con- 
ioilTant  pas  y  qu'ejle  me  veut  priver  de  ùt 
ficfcnce  ?  Seigneur  ,  lui  dis-je ,  çettf 
grande  Princeffé  a  voulu  vous  laifîer  la  li- 
berté dé  douter  de  mes  paroles,  &  s*efl  re- 
tirée dans  ce  cabinet  où  nous  lirons  trou- 
er ei  ifî  vous  Pavez  agréable.  En  dîfant  celar 
j'en  ouvris  la  porte,  &  Axiamire  s'étant: 
avancée  toute  confufe ,  le  Prince  alla  fef 
Jetter  à  fès  pieds ^  ah  Madame,  fui  dit-îl,- 
iue  }c  parois  coupable  à  vos  yeux ,  Se  que? 
/inon.cœur  eft  innocent  !  étant  certain  qu'il 
in*a  averti  pFus  d'une  fois  de  ce  qiïc  vou» 
itiep  !  J*ai  eu  pour  vous  âcs  reipeds  fiss- 
iles fèritmi  ens  de  vénération  que  je  h*ofoisf 

7oiWli9X)igncr  dftiipS  i'grieuj^oài.éeUédtf 


'  L  I VKE  s  E  caN  Dr  lâf 
ce  marchand  ,  &  vos  dilcours  m'avoienc 
mis.  Seigiieur ,  lui  dit  la  Princcire  en  le 
relevant  ^  vôtre  erreur  eft  d'autant  plus 
pardonnable  >  qu'en  prenant  Felizane  pour 
Axianriire  5  vous  ne  vous  trompiez  pas 
beaucoup  :  pui (qu'il  eflr  certain  que  c'eft 
une  autre  moi-*même*  Mais  pouriuivit-el- 
le  3  Seigneur  ^  faites  que  la  ccmâancc  que 
nous  avons  eue  en  vôtre  vertu  ne  nous  lok 
pas  inutile.  Ah  ^  fep]iqtia*t*iJ  j  Madame, 
faites  que  le  ibuvenir  du  paifê  ne  me 
ibic  put  deiâvantagéux  ;  croyez  abiolu- 
menc  qo^il  n^eft  n'en  que)e  ne  ibis  capable 
de  faire  pour  vôtre  Ccxvicc.  Car,Madame, 
puiique  mod  bonheur  a  voulu  que  vous 
m'ayez  été  inconnue  quelques  )ours  >  afin 
de  me  donner  la  hardieflc  de  véfus  mar- 
quer quelque  chofe  de  la  paflîon  que  j'ai 
pour  vous  5  ce  que  je  n'aurois  peut-être 
osé  faire  autrement  ^  quoi  qu'elle  ibit  très- 
pure  &  très- innocente  :  fâchez  qu'àujouiw 
^Miui  que  je  fais  que  cette  paf£on  efl  cligne 
dû  fils  de  Soliman  ^  rien  n'eft  capable  de 
Weieparer  cdévos  intérêts.  Commandez 
donC2»ifbhiment^  &  tenez  pour  ailuré  que 
ivous  ferez  ofcéïe.  Je  n*aij)cànt  eu  de  pei- 
né à  me  perfuader  ^  pourfuivit-il  y  qu'une 
perfbnne  qufi.)e  )ugeois  diene  d*être  reine 
de  tout  le  monde  »  f&t  fille  du  Sôphi  de 

'J?tsi0  rSi  )emfécooaç  i^iejiflusde  inof 


xtf(f     L^i tttstKn  Baûèà. 

àveuglemcnc  ^  que  je  tfai  été  (iir|Mristïe 

ûvoir  que  vous  êtes  en  eiFei ,  ce  que  )'ai 
.  tant  fouhaité  que  vous  fuffiez. 
Puifque  vôtre  generoficé.rae.pel'met.c^ 

parler  ^  incèrrompic  lai  PriQce|le  s  ne  fouf' 

frezpasiSeigneur^qjue  ie$ihc^h3ftsfdeâc}i!is^ 

de  RAxèzn  ioient  exécutez  par  le  Pf  iac£r 
*Giangûr^  queceibicde  famamqurjeiois 

conduite  a^u  ferrail  ;  &c  que  la  Princeflede 
,Per£e  ait  le  defti»  desËfclaves*  Car  Sei-* 
Lgneur  3  .pour  né.  vous  :  cacher  p^  «ria  peur 

<éé  5  je  mourrai  plutôt  mille  foiin^e  ;  de 
JEaJre  rien  qui  ibit  dindigne  de:  ce  mtt  ]c 
,jfuis.  Vous  iâvez  y  Seigneur  que  ;  Sdimâtn 
avant  épousé  Roxeiane ,  ne  jteutplus  avoir 

ielon  fa  loi  de  femme  légitime  >  de  fbïte 
-que  il  .ftms  me  conduirez  entre  /es  maitis, 
:&  que  je  ne  iiifle  pas  allez  genertruiepoudr 
îa^oir  recours  à. la  inort^xettc  P^rioce-f" 
•fe  qui  toute  fa  vien^a  e!u  amreipaffîon  que 
-celle  de  la  gloire  &  de  l'iratuieur ,  feroic 
iaplus  infâme  de  ià  condition.  Jugez  ^  Stiy 
tgneur^.fi  mes  prières  iont  juftes  ,  Scû,)t 
ji^ai  pas  rai&n  d'cmpbyex^n^es  larares^pMT 
t)bteiiirde  vousjce  xjuâ  )e  demandé  b  Us 
•Prince  écoutai  Axiaralre  àySc  de  igrandes 
agitation^  d^élpriti  Hétoèt  ravidçyoilqut 
ia  paflîoh  avoh  un  ob)et  fî  noUe^j/igTianc^ 

mais  Pamotir  du  Sultan  ne  lui  cbdnait 


qu^l  devoitfaire ,  il  fut  quelque  tems  fan^ 
parler.  Errfin  reprenant  la  parole  ^  ne  pen-* 
fez  pas  ^  Madame  ^  lui  dic-il  3  que  mon  fi-' 
lence  foie  un  effet  de  mon  irrefoliition  :  je 
ne  fbnge  pas  fi  je  vous  dois  fervir  3  mai» 
aux  moy  ensrque  je  doi^  prendre  pour  cela* 
Ne  craignez  donc  point  que  je  vous  con- 
duife  à  Conftaminople  5  &  croyez  qo^ch 
cette  occafion  je  ne  me  fers  pas  moins  qu^ 
}e  vous  fers.  M  ai»  Madame,  quand  je  fe- 
rai rcfolu  de  fuivre  exaûement  vos  vo-» 
lontez  3  fcra-t^il  jufte  que  pour  vous  avoir 
fauvéédû  pcrîl,  jcdemeure  le  |dus  mal- 
heureux des  hommes,  que  pour  vous  avoit 
délivrée  des  violences  de  Soliman  ,  vous 
m'abandonniez  à  la  violence  de  mon  defef» 
poir ,  en  m'ordonnant  de  vous Jaifler  re- 
tourner eh  Perfe  >  Car  Madame ,  défor- 
mais mbh  deftin  eft  inicparable  du  vôtre  , 
&  je  ne  voi5  ;point  de  milieu  entre  mourir 
i  &  vous  abandonner. 

Le  Prince  fit  ce  difcours  avec  tant  de 
témo^âges  d'afFcdlion ,  que  la  Princede 
en  fut  touchée  ien  quelque  iorte.  Seigneur, 
Jbidit^fie  /  je  m^flimerois  bien  infortu-? 
liée  y  fi  ma  rencontre  vous  avoit  été  fti* 
iieffe  j^&  qtrepar  un  deftin  tout  particulier 
V  mon  malheur  f&t  fi  grand  qu*il  fê  commu- 
niquât aux  perfonnes  qui  m'afliîftcnt.  Mais 
|e  Yçux  cx:oir e  que  la  <kof^  tfm  pas  atufiir 


t6i        V  IhLVSTKE    B  AS9A. 

je  fouhaicc  de  couc  mon  cœur  que  vous 
ayez  toujours  autant  de  profperité  que  j'ai 
de  malheur.  Et  pour  connoirre  combien  je 
vous  deHre  de  félicite?  3  con/îdercz  àquel-* 
les  rigueurs  de  la  fortune  je  fuis  exposée. 
Te  vous  demande  de  ne  me  conduire  point 
a  Conftantinople  3  pour  éviter  la  violence 
de  Soliman  >  &  je  vous  demande  auiE  de 
ne  me  conduire  pas  en  Perfe ,  pour  éviter 
la  violence  d'un  père  >  Ôc  l'infolence  d'un 
brutal  qui  veut  tout  à  la  fois  ufurper  TEm- 
pire,  &  me  forcer  d*être  fa  femmc-^Mais,. 
Seigneur  3  (îjevou^  demande  ces  deux 
choies  3  je  vous  en  demande  encore  une  ^ 
par  un  fentiment  de  gloire  &  d'honneur, 
qui  font  les  deux  plus  puiiTantes  inclina* 
tions  de  mon  ame.  C'eft^  Seigneur^  que  je  . 
ne  demeure  pas  davantage  entre  vos 
mains,  (^oique  je  ne  craigne  rien  d'un 
l^rince  iî  vertueux,  je  ferai  pourtant  bien 
aife  que  l'envie  ne  trouverien  à  dire  à  ma 
réputation.  Faites  donc.  Seigneur ,  qiie  je 
n'aille  point  à  Conflaatinople  ,  que  je  no 
rétourne  point  en  Pcrfc  ,  que  je  ne  fois 
plus  entre  vos  n)ains;que  je  trouve  un  a(îler  > 
oh  la  bienfeance  me  permette  de  demeu-* 
rer ,  ou  que  je  meure  à  vos  pieds,  Giangir 
fut  fi  ravis  de  la  vertu  &*de  la  iàgeire  d'A^ 
pciamire  3  que  fe  tournant  vers  moi ,  il  faut 
j^ygUçr ,  i»e  ^^-il ,  ^uç  cette  Princeireeft 

incgniparaUç  è 


\ 


îttcoiwaraWe  >&:^i|ué  ^âi  été  tiéfi  avciglfe; 
de  ne  la  €Oûn<rfciepà«  ^  h&  de  rcfifter  àux^ 
fcntimcas  fecr^ets  ^lui  'cn'^vertkïbieiic  de 
mon  devokr.  '     ' 

Après  cda>  il  fut  <pe^ue  tcms'fahs  parr 
Ut  c  puis  reprenâfie  U  p^ofe»  ^  tfefat  d'im' 
coup:  fi  j€n'*vois  tf èiive  ;  lui'^^t-îf  y  Ma- 
dame ,  les  in<^>eïisde  TOUS  irhettre  en  fu- 
reté 3  jeferoismôirt  de  douleur.  Mars  pou- 
vant vous  olfrir  la  compagnie  d'imè  Prin- 
ceffe  dont  la  vertu  eft  fans  tâçhe^  chez  qui 
vous  commandei?ez  aWbkuiftcnt  ^  &  <jui  eft 
femme  du  Prince  Muftaî^ha  monftere,  je 
penfe^e  voas  aurez  4ïêù  d'être  iatïsfâire.  " 
Axiamire  iut  une  )ôfC  extrême  de  cette 
propofîtion  :  ayaift^déja  entendu  parler 
peaucoupde  fois  de  la  vertu  de  là  fcmmede 
Muftaphï  qu'on  lui  a^dt  dinétre  deicen3u<î 
des  aiuiîens  Rois^^Capadooè.   Dé  forte' 
que s'adreffam  au  Prince-  avec  bien  àç  lai 
iktisfeâion  5  paurrâi-}c  efpérer,  Sèîgnetiry 
lui  dit-elle^que  le  Prince  Muftapha  Scfonf' 
^joufe  me  veuillent  permettre  de  vivre 
iaconnuc  dans  kur  palais ,  jusqu'à  ce  que' 
la  fortune  étantlaflfe  de  'Âe'|jer(ectitcr  ,^ 
ne  me  défende.  îplus  de  rfetoQfrier  en  mort"'* 
pays  2  Vocre^feulevcrtti  pourvoit  obligea ^ 
la  leur  à  vous  fecourir  3  répondit  le  Prince  :  ^ 
mais  quand  cela  ne  ieroit  pas ,  l'étroite  ^ 
amitié  qui  cft  entre  no^  fe|  y  ôbligéroSt  * 

Il.Pan.  Pçr 

i 


les  imens  «  cç^mf?  /i9ar|%cîi|ie  eu  Ja  iîeat. 
ne  :  &  cènes.  ©o»s  ioprunes  bien  çloigne» 
de  ces  fentimens  d'état ,  qui  depiiis  tant 

de  i^îowiik'eâci^f!c1iifçUç$enf^^ 
de  j^^  /a^iJi4oQt^Pçi^Cii^çc>mmè  des  tii' 
gre^civage^  ;ifc)e  ^is^tnenaiGii^qucû 
MtiftapÊa  «wi  aw  «f ¥èej3ti;iài*tmpî«e  ^^ 
il  me  taHiSbra  )pm£  W .  la.  feligicé  de  fou 
règne  -,  &  ne  m'envpj^era  ni  fxawts  ni  cfr 
îçlaves  pour  ^'^rangler.  J^.voùadîs  tou^ 
tes  ce^  ;çh9ffPiMjM;âaiM  5.  afin  que  vou^ 
uc  dçùtçe;^  f  ^Sjque  iJ'airflc  qiit'je  Voua  dv 
•fte>if,jfiràt  ijayipfebtef  Am  4:«ftiB>fjepnimc 

3 ue  cette  ville  cft  la  capit^e:de  la  Capa« 
oce  que  ifous  appelloois  auffi  Amafie  , 
yqns^  jijg;;?]^^  i^^ie.  voiwlfttrcaf;  ailez  loiii 
^e  Ç^n^mif^j^i  ^  qâiQiopiisne  \fi  kt^ 
pas  tant  de  la,  P^Ie  >  qui?;  vmisinepuiiHe:p 
ai^é^ent,  avQ^jdes  n^Mciil^i  4^  ce%)i<  qui 
ViiQs;  font  aâ^âionniee. 

Toutes  cç«  choses  m'ayant  femblé  fort. 
raifomial^ej;  j|)|e  ^tj&xvtm  jencoieja  Pxmt . 
cedfb  da^s  |e  dj^m  <]^!ellf^!axpk  ide Jiesl 
accepter ,  j^pquj:  /ônmiÎQrêt>:  &^jslet 
mjien  :  éui||:  isertaiiique)fi  né  craigïoxsfmsj 
moins  l'ampyf  du  Sophi  >  qu^éUe  craignoie 
célljs  de  J/eliment.  Cette  refolùtion  prife, 
i'Qnne;lbngea  plus  i^àJL'fx^cuter  5  Glan« 


-    Livrp^Sjbcond.         171 
gît  dépêcha  un  homme  qui  lui  étok  fide- 
\c  y  poiiir  faire  favoir  à  Muftapha  ce  qu'il 
4efîn>i€  de  lui  :  mais  avec  des  cejrmes  fi 
preflâns  qu'il  eue  été  impoffible  à  G)a  6:ere 
de  le.refufejr  :  &  donnant  ordre  au  dépairc 
de  la  Princellè  qu'il  traita  devant  le  mon^ 
ide  »  aûtfi  cfx'k  l'ordinaire  ,  à  deux  jours  dé- 
jà nsKès  nous  mîmes  en  chemin  pour  Ama- 
/îe  3  avec  4e  inoÎQS  de  gens  qu'il  nous,  fut 
jpofliblie  {  ayant  pris  des  habits  à  Ja  Tur- 
que »  pour  être  moins  Immanquables.  Je  ne 
vous  dirai  point  >  Seigi;ie]ir  >  avec  quelle 
generpfit^  le  Prince  Muftapha  &  Sarray (fe 
Ja  femn\e  reçurent  Axiamirç  ;  Sc  il  fuSt 
4e  vous  dire  que  Giangir  nous  ayant  laifô 
à  deu:ic  milles  d'Àmafie  ^  fous  la  conduite 
d'un  vieuif,  Gouverneiiu;  m  <pti  il  fe  fioi£ 
l>eaucoup  y  Se  ayant  iiiftruit  Sm  frère  &  ht 
^>e^e  Ibeur  de  notre  fortune  >  iis  rendirem: 
en  particulier  à  Axiamtre  tous  les^  hôh« 
oews  qu'elle  ^ût  pu  recevoît  eh  &n  pso!j 
pre  pays, 

A  peade  temsde-là^  cequenousavioiit 
dit  hK  pleinement  jûftiâé.  Car  J4tiftapl:4 
i^t  le  reiQur  de  Ruftan  y  de  fi  dij^race  i 
j^  quelque  ;ours  après  on  lui  dit  que  i^ 
PriQçeiTe  ^  moi  n'çti(^s  fhs  àia  CoBr  dd 
j^pKi  y  qu'on  difoit  que  nous  nous  étion»^ 
noyées  j  &  que  d'autres  croyoienr  que* 
Tachmw  &  Dciiment  iious  avoient  fait 
^ever.  Pepuij  ççh  ^  nous  vécûmes  ^n^c 


171        UitLV  STKt.    BasSA. 

aflcz  dé  douceur  :  les  foins  de  Muftapha; 
la  complailance  de  Sarrayde,  &  l'afFeâion. 
refpeûueufc  de  Giangir  ,  nous  r endoiejit 
notre  exil  aiTez  iupportable.  A^Liamirene 
pouveit  néanmoins  être  en  repos  :  elle 
écrivk  plufieurs  fois  à  di verfes  perfonnes  j 
><]ui  lui  croient  afiëâiionnées  en  Perle  ^  fans 
qu'elle  en  eut  jamais  nulle  réponfe.  Et 
comme  elle  ne  voyoit  point' <fe  terme  à 
Tes  malheurs  ^  elle  ne  pou  voit  être  fans  i^- 
quietud^  :  ce  qui  enfin  lui  donna  une  ma- 
ladie qu'on  )ugea  lui  devoir  être  mortelle. 
Sa  fièvre  n'étoit  pas  fort  violente ,  mai$ 
elle  étôit  continue  :  &  auoi  qu'elle  ne 
fentit  pas  de  grandes  douleurs  ^  elle  étoit 

Surtam  fi  foible  de  fi  abbatuë  ^  qu^on  n'ov^ 
c  cfpcrer  qu'elle  pût  furmonter  le  maL 
dont  elle  étoit  attaquée.  Sarrayde  ni  moi 
ne  Tabandonnâmes  jamais  :  &  les  deux 
Princes  la  vcyoient  ayifi  long-tems  que  la 
Boceffité  de  leurs  affaires  ^  &  la  bienfean- 
ce  le  leur  permettoit.  Mais  quoique  Mti^ 
ftapha  n'eut  que  de  l'amitié  pour  Axiami* 
fje^  ilpàfoifloit  preiqua  auffi  affligé  que 
Ciangir  :  tant  ce$  deux  èxceUens  Princes 
avoient  de  fympathre  en  toutes  chofes. 
Kous  fiinies  trois  mois  de  cette  «forte  >  fans 
&voir  et  que  nbus  devions  attendre  de  la 
vie  de  la  Princcfle  :  car  bien  que  h  fîevre 
la.  q^iittât  enfin  q^elquesibis  ^  c'értlt  pouj^ 


L  I  V  H  E    s  E  C  O  N  D.  Ijf 

E  peu  de  rems  que  cela  ne  noiis  permet* 
ceit  pas  d'ei^erei  de  la  revoir  en  famé. 

Durant  que  }c  répandois  des  larmes  pour 
elle  3  les  Princes  &  Sarrayde  f  apporte* 
renc  grand  foin  à  cacher  àlaprincefl^  6c 
à  moi  auili ,  que  Soliman  aveit  porté  Ja 
guerre  en  Perfe  :  ce  qui  fiit  caufe  que  )e 
ne  fus  point  qu'UIama  fe  fit  mis  de  fon 
parti.  Et  ce  qui  faifoit  que  Muftapha  ne 
nous  en  diiôit  rien  3  étoit  non  feulement  la 
crainte  d'affliger  Axiamire  ^  mais  k  crain« 
te  que  Gi^mr  avoit  qoe  iî  elle  venoit  à» 
le  lavoir  j  elle  n'eût^  l'averfon  pour  un- 
Prince  dont  le  père  afla^  deibler  ion  pay&. 
Nous  vécûmes  donc  dans  cette  ignorance 
plus  de  deux  mois  après  que  la  JPrincefle 
iiit  hors  de  danger  :  car  c^mmâ  ïMki  n^ 
voyions  perfcmneque  Muftapha>  Sarray** 
de ,  &  Giangir  qui  entendît  notre  langue, 
il  leur  étoit  bien  aise  d'empêcher  que  nous 
ne  TùfEons  que  ce  qu'ils  vouloicnt*  Maig: 
un  jour  que  nous^écionsTçules  la  Pfinceile 
&  moi , que  )e lui pjrloisde  l'affçftionque 
Giangir  avoir  pour  elle  5  &  qu'exagérant 
ks  vertus ,  je  les  oppofôis  aux  vices  de 
Deliment  j  )e  la  voulus  en  quelque  façon 
preflér  de  me  dire  les  fentimens  qu'elle, 
avoit  pour  lui.  Voyez-vous ,  dit-elle  Feli* 
xane^  j^eftime  Giangir  autant  que  fa  vertu  _ 
k  niçrite^  )'ai  autant  de  reconnoiffance 


^74       1*  1  t  t  II  ^  T  It  1     B  A  s  ^  A. 

pour  Ces  bons  offices  qu'on  enpiiiile  avoir; 
&  je  fens  en  mon  cœur  aucanc  d'amitié 
pour  lai ,  que  j'en  ai  pour  le  Prince  Ma-* 
liamed  mon  frère  :  mais  pour  cette  palfion 
qui  dérègle  f  eiprit^qui  détruit  la  tziSotiySc 
qui  trouble  le  repos  de  l'ame  de  ceux  qu'* 
elle  poilede ,  je  n'en  fuis  point  capable  î 
fc  je  ibuhaiterois  que  Giaogir  eut  pour 
Éx>i  une  aftëétion  plus  tranquile.  Cette 
ibiblefle  eft  une  tache  que  je  voudroi3  qui 
lie  fat  p^  dans  les  grak^s  âmes.  îx  ce 
ll'efl:  que  l'artifice  des  hommes  qUi  nous  a: 
aperuiadé que  cett<|^paflîon  n'cvoit  point 
vicieufe ,  puiiqueioutes  les  autres  le  fonr^ 
&  que  chacun  les  croit  telles  y  quoi  qu'el- 
les ne  prodttilem  pas  d'auffi  funeftcs  éve- 

nÇ!".eîî5:  Et  j?0"jr  ccniioitre  combien  elle 
^  plus  dangereufe  que  les  autres  j  il  ne 
fiiut  que  ccnfiderer  jju'elle  les  excite  pres- 
que toutes.  La  haine  ,  la  colère  ^  l'envie 
&  l'ambition  même ,  font  quelquefois  à  fa 
fuite*  Ne  penfe^  pas  néanmoins  que  je 
veuille  être  ingrate  à  l'égard  du  Prince 
Giangir  ,  &  fache2  que  quelque  averfîon 
que  )*aye  toujours  eue  pour  le  mariage ,  je 
me  refoudrois  pourtant  à  devenir  fa  fem- 
me y  plutôt  que  de  le  rendre  malheureux^ 
It  le  Sophî  &  Soliman  y  oouvoient  con- 
fentin  Car ,  pourfûivit-elle ,  j'ai  bien  pûf 
m'oppofcr  aux  vokntcz  du  Sophi ,  mais  )c^ 


\     1 


■Hé  pauftois  pas  xne  ttiCankâte  kJdffùCdx  4c 
moi  fans  ijbs  ordres.-  ' 

.  Con»mej'adl0is  Rendre  le  pi^tiieGiâifr- 
^vi  illèmitiudiÂi^  1^  çfaambte  de  te  Ptin- 
%câ&  ^  &istécaiK  app^fidié^tte^i^ctout 
ie  ic^£â  qu'il mrroit  -MCO^tii^é^e  lui 
-rendre  \,  il  commença  ^e  lui  parler^dir^ibii 
^eâion  i  Se  lui  reprefenu  la  grati^tof  cfe 
ion  aYnouf:  ^  le  pei»  de^  ténd^îgfiag^s  «{U'^f  Ife 
lui  avost  domyé  ^e  t ^^Âr  a^t^ble  s  le  dâ- 
:plora{de-^^ate>ifi^^natie^  ^if  ^»ir^^ 
cpa  veric^c^^")^  assoit  pa;^^)^aiit  de  Itltrt^ 
«{tt'^le  avoir  inutitefvi^tit  éct'^^^  «A  Petm 
&  3  ^è  les  amis  qu^eUe  j  a^ôit  laiflé^  f«i£> 
^nt  lîncoriâi&^génereU'x  fûarMf^^U 
i^â  Tâ^it  Que;'  le  Sôphi  étdic  teûjôut? 
4^iai&^{>k  poâr  Deii^efit  i  STque 
A»^»r§bâ^âinrtf  l'fe^^^^  Btfôi^  qb'il 
W/afl^  f  lu»  «^^r  ;  ni  ;dëtfi«ifc{r  Deli. 
^ftft  i^ft!  4èfâ4»e  %l¥âi>)ger4à-fé^ftiH(m'dù 

«Ojphî  ^  qui*  ||»|à  hecfefiîté  dîé  (è  rbfààétt 
jkî  cè^qâ^il%  ^ie«ôb^bîé«rtrtif^^vaéi:i  jfe 

iefàn^ë  ï]^  4iie^'%rprft*lÉ!  }rtliii^(ttH«ai?  Vk 
ikôix>îey^{>l:évoît  de  <ln^u 
îiefte:  tat  lî  j^^d^^flhèftiflfêhPgrfef, 
'f  en  ai  atfffi *  ÊftWtàhtSèô^-  "^M^ft  ^^t 
tépuî^re  âf^i^  0ëîfl?eS'  «ie^^ôfels^Kifék  «fe 

Pp4 


i^prèi  .célf>  yotts  ix*êtes  pas  fatiçfaic  ^  j'avpSc- 

rai  que  la  forcune  ne.in'avoic  pas  encote 

I^k  f^tlt^ ie^  fim  cruelles  riguouis*  Hé 

^Mndarrtet  mitMompitU  Piince-,.fbuiE  ex 

;^^e  v>e  YÇM?  ^difeiftapaBavanc  qur >fi  Vous 

ni'ôibzofi'iefoistimeci^  î^  ;  mon  >  extrême 

aotoârjiri'a  mie  concevoir ,  rien  ne  fera  ca»- 

paUkde  mé  conferverU  vie. -Seigneur >, 

ièpric  Axiit9Mi:^.>.  donQczr-^i^rpatieace^ 

^  ne  me  con^Amnez  pas  fansiriu  entendre. 

.£t:  poui?  c^i^ipçoQ^  :parile$:x>b]igaeiins  q^ 

'^0t  h  #eipe^  q.uç^i»u$  avez  ^u  pour  *moî 
.ea.uii^teips^  où  vf>iis  ne  me  coniaotffii^  paii 

rgée ,  qjiejiU  ^^rierofiti  qufe>vtluantydz  eifti* 

^^^n^f  4oiip«j4  ui^  |(ye(j.^64e$i«cG3fjerrœep 
liiiitf  |ê^f)à5«J.3[i  4^ft:âitnteife  i^mj^if^ 

yous  avie^  delafFèâÎQn  pour  moî  :  9C  fcn 
^is45Mi/&nfi|nent  peV&f  dée  xjue  vo^j  n^ 
ÂM^es  M«f  q«Ç:jÇ  Jftfii0'^4aywtag^ 
jïWSi  ^%p^u|c ,  s'il j^'^dl.  fp?f Riilî ;4^ t^çw 
^çlgçiweç  ifrajM^yfè  i^  'jC*  V^uS)  cuirai  quç 
J'j&{yi«€  que  )e  faiSf4e  tast  de  rares  quaU* 
ce!s  qoi  font  en  yous*  ^,  jointe  aux  obliga- 
Uoj^  quç  je  yoiw;  ai  /  n'a pu)  tte^nwoîns-  &i-* 
4ne  nait:;ve. d^aijiS'Tnon  cœur  u&c^  alFeâioç 
iÇQ^nftf  I^-y,9U5evNfi.peufi?z,  pas^p^urtanjc 


f 


^;  '1 


Livre  ^jEeoND.  177 

^je  je  fins  ingrate  ni  infcniible  :  an  con- 
traire 3  )9  vous  SLimc  d'autant  plus  "fzfbi^ 
reinentque)e  le  puis  dire  iàiisroueix.  Oiîi, 
Seigneur  ^  )e  vous  aime  d'une  amitié  û  £>• 
lidement  établie  ^  €|ue  les  fens  ni  la  Abtu- 
ne  n'y  ont  poin^  de  part.  Je  puis  la  publier 
/ans  honte3  Se  la  con(êrves  fans  crime  :  & 
vous  aimant  comme  iî  voci^étiez^monfrere^ 
je  ne  vois  pas^que  vous  ayez  droit  de  vous 
plaindre.  Je  <onnois  pourtant  bien  que 
rVous  n'êtes  pas  fatisfait  ;  mais  que  voulez^ 
vous  c|ue  )y  faile,n  l'amour  eft  unepaffion 
dont  je  ne  luis  point  capable  j  &  (île  nu>  ' 
jria^e  a  toûpurs  paiTé  dans  mon  eiprit  i 
pour  une  captivité  qu'on  devoit  éviter  3 
autant  qu'il  croit  poflibie'-?  Je  vous  pro- 
jCcfte  par  Je  iaint  Prophète  que  nous  rev  c« 
ions  y  que  K  je  pouvofe  kxz  touchée  de 
jcette  pa£[îon  >  ce  feroit  fans  doutç  pour 
vous  :  n'ayant  jamais  eu  pour  aucune  per- 
Ibnne  la  même  inclination  que  j'ai  pour 
la  vôtre.  Mais  de  gr^ce,  qiie  cette  im- 

K/ïibilité  qui  fb  trouve  à  me  donner  de 
jnpiir  jrç  vous  inquiète  pas  \  puis  que 
Tamitié  queje  vous  promets  eft  incompa.- 
jrablement  plus  excellente  &  plus  parfaite.. 
£t  pour  vous  témoigner  que  jefais  touc  ce 

2ue  je  puis  ;  fi-  vous  n'avez  pas  aflez  cjc 
^rcepour  obtenir  de  vous  cfene  tbnger 
|dfusàm'époufer  j  j;e  vous  permet  d.e.chcr'* 


178  L' ipL  t*  i  ta  B  t-Â-^l Ai 
cher  les  moycils  de  faircf  c(ué  fc  SopM  St 
Salimail  y  coiifentent;  Se  cda  itant  ^  Je 
Vous  eiigage  ma  parole  <le  lié  m'crppoiek 
plus  à  vos  defirs.  VtMlà ,  Sefgiieuf ,  tout  ccf 
4jur)*âvois  à  vox»  dite  /  î8r  n'éfpêrez  pafs 
davantage  de  riioî*;  cai:  là  Vèh^r  ^'Axia- 
mire  ne  peut  avoir  plus  d'indulgence  pour 
vôtre  paflîon.  Trop  yûrtueufe  PrineefTe  > 
jfèpfit  Giangir ,  enfé  jettant  ^  fes  pieds  j 
^ue  vous  me  donnei  tout  à  la  fois  d#(ù)ets 
de  doiileûr  &c  de  fatisfeétion  !  d'une  main 
Vous  me'tiréz  du  péril  ;&  de  I*aiiti^e  vokS 
ine  donnez  la  mort.  Vous  ne  pouvez  ré^ 
pondre  à  ma  pafîît^  ,  &  vous  m'aimei 
pourtant  plus  que  tout  le  refte  du  nionde4 
Qui  vit  îamafe  une  atvahture  cBallê  à  la 
Wiënne  ?  Ma  maîtrclFe  me  rlfofc  foà 
amour ,  mais  d*uhe  façon  ^ui  nç;  the  peJ?^ 
înet  pas  d'avoir  le  foulagement  delahotii^ 
mer  cruelle  &  impitoyable  :  au  contraire 
Il  faut  que  je  lui  rende  grâce  des  outrages 
qu'elle  me  fait  :  &  que  j'adtnîre  eaellë  la 
vertu  qui  s^oppofe  à  mon  amour.  t 

*  Giangir  en  diiant  toutes  ces  dHofes  if è-^ 
gàrdbit  Axiamire  avec  tant  de  douleui'  \ 
qu'il  m'en  fit  pitié.  Et  comme  la  bonté  de 
la  Princefïe  m'a  toujours  accordé  beau- 
coup de  liberté  auprès  d'elle  3  je  pris  ce  lié 
3e  me  mêler  dans  leurs  difcours.  De  forte 
que  m*addr  elFant  au  Prince;  il  me  femblci 


Sdgtieur  ^  lui  dis  )e  ^  que  la  permiiEocr 
que  Ton  vous  a  donnée  ,  devroit  vous  inC- 
pirer  d'autf  es  fentimens  qu«  ceux  que  je 
vous  vois  :  hé  ma  Princefle,  me  mc-il: 
car  il  m'avoit  toujours  appellée  ainfi ,  de-» 
puis  la  tromperie  que  nous  lai  avions  fai-j 
te  ;  ce  que  la  bçncc  d'Axiamire  m^accor* 
de  ,  la  fortune  me  le  refîife  :  y  mettant 
des  obftacles  qui  ne  font  pas  aifez  à  vain*' 
cre.  Et  dans  l'état  où  font  les  chofes  «  il 
feudroit  une  puilFance  fornatureJle ,  poujf 
changer  mon  inauvais  deftin  :  fi  cen'étoit 
que  vous  m^aidaffie?  àperfuader  Axiami^* 
re^  de  me  permettre  de  l'cpoufor ,  puis 
que  alors  n'étant  plus  en  état  a'êrrefemme 
de  Deliment  ni  maître/le  de  Soliman,  cet-** 
t^  nouvelle  leur  fcroit  peut-être  tombe/ 
les  armes  des  niains.  Comment,  repriÉ* 
Axi^fpire  toute  furprife  ,  le  Sophi  &  So- 
liman ont-ils  quelques  intérêts  a  démêler 
enfemble  ?  Sait-on  que   )e  fuis  en  vcsf 
mains  ,  &  ferois-jejîien  ailez  malheurei  * 
fe  pour  être  caufe  de  la  défolation  de  me  n 
pays?  Giangir  fut  bien  fâché  d*èii  avoir 
tant  dit  dans  fon  tranfport  ;  mais  voyai  c 
que  la  chofe  croit  faite  ,  &  qu'auflî  bien 
l'on  ne  pourroit  pas  toujours  cacher  cette 
guerre  à  Axiamire  ;  il  lui  conta  que  peu 
de  tems  après  fon  naufrage ,  la  guerre  s'é- 
toit  allumée  entre  le  Sophi  S<.  Soliman  ^ 


lans  qu'ion  cri  vît  <îe  cau/e  apparente  :  n- 
tion  (ju'on  luf  avofc  die  que  voqs  feul  ta  luf 
àvie:&  fait  emrcprehdrc.  QWe  les  Sujet» 
du  Sop^t  àvdient  xieanmoins  Contribué 
quelque  préteirce  à  cela  ^  par  dc^  aâesf 
d'hoftiliçez  qu'ils  avoienc  commis  en  b 
Comagene.  Ec  enfîtite  il  toi  apprit  les  vi- 
ûoires  que  vous  aviez  rempoftées  fur  le 
^ophi  ^  &  les  conquêtes  que  vous  aviea^ 
faites.  Il  lui  )uf a  que  lui  ni  Ukx  frère  nV 
voient  en  rîen  contribué  à  cette  guerre  i 
<5u*elîe  avoit  été  reloluë  avant  qu'ils  crf 
euffent  été  avertis  :  que  n*ayant  point  de 
plus  pùilïant  appuy  que  vous  a;uprès  diï 
èraiid  Seigneur ,  ils  n'aVoient  pu  s'op- 
pbfer  à  ce  deflein ,  dont  vous  étiez  la  prin- 
cipale caufe.  £c  que  tout  ce  qu'ils  avoieitt 
^ù  faire ,  avoit  été  de  chercher  des  pre^ 
textes  pour  ne  s'y  trouver  pas.  Enfin  Gian^ 
gir  lui  dit  toutes  chofes ,  excepté  ce  qui 
regardoit  Ulama ,  dont  îlnelni  parl*a  point 
du  tout,  Et  à  ce  qae  }*en  puis  juger ,  ri  en 
uA  de  cette  Ibrte  ,  parce  que  ne  fâchant 
pas  l'afFedÊlon  qO'Ulama  a^foit  pour  moi  f 
&  croyarft  qu'il  (eroit  bien  aife  de  retour- 
ner eii  ion  pays,  s'il  en  trou  voit  une  oc- 
_  Cafion  :  il  s'îmagîna  que  la  PrincelTe  qui 
lui  âvoit  fbuvent  parlé  du  zèle  &  delà  fi- 
délité d'Ulama,  lui  donneroit  auffi-tôt  de 
fes  ûoavelies  :  Si  qu*Ula^ma:  pour  rcvcâr 


XiTiiB  Second.  iSi 
wa£n  (a  patrie  ^  6ç  pour  y  être  bien  reçû^ 
perfiiaderoic^  la  Pjrin/cetfe  d'y  rentrer.  E^ 
peut-être  mêmç^  cçmmft  toMs  les  amans 
]bnt  /bupçonneux ,  s'çtoit-U  imaginé  pax 
les  difcour$  d'Ai:iamire  qu'ij  /ivoit  ma) 
jexpliquez  ^  qu'Uiàma  en  etoft  amoiir^u^ 
du  moins  n'en  ai*}e  pu  concevoir  de  meit- 
jeure  r^ipn  >  mai&  enfin  il  ne  lui  en  apprît 
auciu^^  chpi^. 

Jp  ne  ypus  dirai  foipty  Seigneur  ,  quel 
fuit  l'étonnement  de  ^a  Princofle ,  d'^p-» 
prendre  la  défblation  de  Cçn  pavs  par  un 
Prince  dont  Je  /Us  l'aypit  tajçit  ooligee  j  6c 
que  legitim^Qif  elle  ne  pouypit  haïr» 
^uili  fîit-elljp  allez  ju{l,e3  pou^  n'^ccufer 
de  Ces  malheurs  que  Soliman  Se  )a  fyttn-^ 
ne.  Ce  n'écpit  dpnç  p^s  a0è^ ,  dit-pU;  en 
pleurant^  queSoJiman  m'pûtf^it  enleyeri^ 
il  falloir  encore  qu'il  defojât  nôtre  Empire^ 
f  t  cen*étpit  pas  alje^  que  la  guerre. eut  un 
commencement  injnfte ,  fi  )p  ne  m^  tfou- 
vois  dans  le  parti  pnnemi  ;  mais  dç  teljç 
force  >  que  je  nfi  4oi^  jpas  même  defirpr  d'en 
for  tir.  Et  monm^.lhfsurpft  tel  que  )ene 
puis  feire  de  vœ^x  pour  je  Sçphî  ^  que  Je 
n'en  faffe  pour  Deliment  qui  combat  pour 
lui  ^  quoique  )e  Je  hailfe  avçc  tantje  rai* 
fon  :  ni  faire  des  vpeux  cpntjrc  Soliman  , 
/in?  qi^  Muftapha  &  Giangiren  foienc 
pffçnfc^t  Çnfiu,  Çeigneuf,  dic-eile  ,  ic 


I 

l8i  L^rt LUSTRA  BXssA^ 
toujmànc  vers  Je  Prince ,  puifqae  je  fuii 
"tti  état  4e  pe  pouvoir  feire  de  fcuhaits 
fans  ÎDjutticc ,  ij  fiiut  que  }e  me  rcfetve  à 
pi^  mettre  en  état  de  ne  poirrok  plos  lien 
idefîrer  5  s*îl  eft  vrai  <jue  k  mort  foi taffeiç 
buiflantp  ppur  mP  délivrer  de  tant  demi" 
jferes, 

•  Tels  for^rticen  cette  renc<mtre  les  fentL 
inens  d*Axiamîre-:  &  pour  moi  ^  )'ayouë 
encore  avec  Confbfion ,  qu'il  eft  certain 
ique  le  difcours  du  Prince  me  donna  une 
inquiétude  qui  m*ctoit  particuBpjre.  Car 
jn'ayai^t  eu  xjulles  nouvelles  d'Uiama  de^.^ 
jpuis  que)*avpis  fô  qu'il  s'étoit  retiré  de  I^ 
Cour  \  je  n^  poavois  juger  ctcçâ'il  auroit 
firh  pendant  un  fi  grand  defordre.  Cette 
jpensee  me  troubla  fi  fort  qqe  je  ne  pus 
in'empêclier  de  demander  à  Giangîr  s'il 
pé  fa  voit  point  ce  qu'étoit  devenu  Ulama, 
jfe  comme  l'eus  peur  que  la  Princcflc  ne 
condamnât  un  fentiment  qui  me  fei/biç 
plutôt  fonger  à  ylama  c^ï  la  confoler  ; 
|e  fa  regardai  en  même-tem^ ,  ce  qui  à  ce 
que'jp  penfe^  confirma  encore  Giangir 
dans  i*b|ânîoaqae  je  vous  ai  dit  y.  que  je 
croyois  qu'il  a  voit.  Car  après  m'avoir  coi> 
fiderée»,  &  la  Princefleenfiiites  ri  médit 
g.ue  cette  guerre  lui  ayant  donné  b.eaucoup  * 
d'afïlrâ:ion  ^  il  ne  favoit  pas  trop  bien  ce 
qai^'y  écoi tpaflfé.  Muft^iia  &  ^arrayde 


ferait .  ^^[^pelllez  ;  tant  popr  rop/bly  U 
ftinccSè  ^  quj^  pour  àviTer  à  çc  qu'on  au* 
isole  i  faire.  St tomme  (jiangir  epc  iùpplié 
^ilLourç  de  kii'petmèttre  dedire^^Mib 
^phajCisq  qa'étte|lmrarotc  acccMrdé  ;  elle 
lui  f  i^jpniut  :qne  nei^f^itt  niàe  4iûnt  )a-^ 
mais  lien  ^i^'e^e  ^on|at  être  caché  >  U 
nouYpit  loi^p^endre  tout  ce  ^ui  lui  pla$« 
raie» 

.  AtiiE*tot  <^e  Muftapha  parut  ^  elle  ^'as» 
Tança  vers  lui  $  â^  bien  >  Seigneur  »  lui  dit«» 
d' e  > .  ferea^rvou^  encore  a^r  généreux  ^ 
pcsir  ne  haïr  pas  une  perionne  ijui  pleure 
)es  vvi^^oires  dé.^liman^  âc  qui  répand 
des  larmes  quand  elle  vpit  reculer  }es  borg- 
nes d'un  Empirip  qui  vous  eft  deftiné  ?  Ma* 
d,ame ,  lui  répondit  Mjuftapha  ^  c'eft  à  moi 
à.vpus-  demander  ii  vous  ferez  z0kz  jufte 
pour  ne  confbndre  pi  {'innocent  avec  la» 
coupable  f  Ôf  poi^  (biiffirir  encore  la  vûe^ 
d^un  homme  qui  eft  Çls  d'un  Prince  emtei«; 
mi  du  Sophi  votre  pere^mais  fâchez  que  fi 
par  mon  fang  )e  pouvois  épargner  celui  dp; 
Tos  fujets  9  pour  iàire  tar;r  vos  larmes^ Su 
celles  deiÇiandr^^ue'j'aime  plus  que  mit: 
vie ,  je  le  vcrferois  poyr  If  amour  de  vjpu^^i 
&  de  lai.  Maisipv^^ueoe  remède  ne  peut; . 
être  utile  à  vos  douleurs^  receye?s  la  par 
rôle  que  )c  vous  donne ^  de  i^'oublier  riea 
de  tpucce  wldkçiitttiixi  ^iLvcit  X  ]^M 

1 


i  *.  ■ .  y"  ' 


r94        V<  tLUÎTRB    fi  A  s\  A. 

c^rwnei;  cette  guerre  Jieureufement«^ 
Dans  récatque  font  lescix)fe5j  je  tiensU 
paix  plus  aisée  à  faire  que  ii  les  armes  de 
iSoliman  avoient  éxi  moins  heureufes  ^  âc 

aue  le  Sophi  eût  moins  perdu  :  jparce  que 
'ordinaire  le  pard  viâorieux  ne  prétendi 
à  autre  gloire  qu'à  ceUe  de  faire  une  paix 
avancageufè  :  &  que.le  fbible  par  la.  crain-^ 
te  de  tout  perdre.,  confent  aisément  à  ce* 
der  quelque  chofe  pour  cônfcrverlerefte. 
Le  di/cours  de  Muftapha  étant  fini  ^  ilr 
cherchèrent  tous  enfemble,  après  avoir 
encore  bien  examinç  les  chores  par  quelle; 
Yoye  ils  pourroient  faire  /éiifitr  leur  def^ 
lèin  :  &  les  deux  Princes  refbjurent  de  fe 
confier  abfblument  en  vous.  Pour  cet  effet- 
ils  choifirent  un  vieil  Officier  de  Giangir, 
qu^iU  envoyctent  à  Conftanrinople  :  avec 
Ofidre  de  vous  dire  la  vérité  de  coot es  chot»* 
(es.   Mais  par  malheiu:  vous  édez  dé)a 
parti ,  pour  une  expédition  fecrette  ,  où 
Soliman  vous  avoic  envoyé  :  quoicjue  ce 
ne  fut  que  quatre  ou  cinq  jours  après  le 
t^ioinphe  qu'on  lui  fît,  à  vôtre  retour  de 
PetCe*  Cependant  pour  faciliter  les  cho-  > 
fis  de  toutes  parJts  ,'î1$  crurent  qnîLne  fc/ 
roit  pas  hors  de  propos  ,  d'écrire  encore 
une-fois  à  quelqu'un  des  anciens  amisd'A-f 
xiamire;  &<jue  p^r  cette  lettre  il  faJloit . 
obliger  celui  àqui  eUes^addrei{ëroit^d^ap« 

prendra 


JLiVRt    Second,        185 
prendre  au  Sophi  qu^elk  étoit  vivante  r 
^  àe  jfavoir  adroitement  fi  par  un  mari:i« 
ge  d'un  fils  de  Soliman  avec  eile  ,  l'on  ne 
pourroic  point  pK^fcr  ta  paix.  Ùt  Prin* 
cède  dit  à  cela  ^  qu*eUeVne  ferok  jamais 
cette  proportion  :  mais  Muftaplia  lui  té^ 
pondit  <}u*il  fuflifbiAia'elle  écrivît  une  let- 
tre qui  Bt  fa  voir  qifeUe  étoit  y  i  vante  i 
&  qui  aHurat  que  celle  qu'il  écriroit  étoit 
d'une  pei^nne  alFez  confier able  &  slScz 
poiilante  pour  traiter  d'une  aflàire  de  cet-^ 
ce  importance.'  La  PrinceiTe  après  y  avoir 
un  peu  rêvé  3  écrivit  au  Gouverneur  de 
Sttlcanie  ^  qui  lui  avoic  toujours  été  fort 
affeâionné  :  Se  pr  cette  lettre  ^  e41e  le 
con)ura  de  pcmer  te  Sophi  h  la  paix  au<- 
tant  qu'il  pourroijt«  Mais  qu*afvant  de  piH 
bHer  qu^eile  étok  vivante  ^  6c  que  de  faire 
la  proportion  qu'il  tfotiveroit  dans  lalec-^ 
tf  e  qu'on  lui  écrivoit  ;  itkii  en  mandât  (on 
fcntiment^  &  lâî  apprît  en  quels  termes 
étoit  Delinïenr  auprès  du  Sophi  ,  qu*^elle 
lui  défignedt  fans  le  nommer  :  enfnite  de 
quoi  elle  t'afiuroie  que  la  lettre  qui  lut 
ctoît  écrite  ^  vtfnoit  d^ne;  perfbnne  qui  ' 
pouvoit  tout  cequ^elle  vouloic  entrepren- 
dre 5  &  celui  qui  la  porta ,  eut  ordre  de  lui 
nemmer  même  Muftapfaa,   Les  Princes 
choifirent  un  homme  pour  ce  voyage  qui 
avoir  demeuré  long-tcms  en  Perfe  :  &c^ 


lt6  JL*1LLUSTRE    BaSSA. 

en  fâchant  la  langue  Se  les  coutumes  , 
n!eut  point  de  peine  d'arriver  à  Sukanie, 
*  quand  il  en  eut  prit  l'habit* 

Ce  Gouverneur  apprit  avec  une  pye 
extrême  que  la  Prînceflc  ctoit  vivante  : 
Se  aei  liant  plus  par  zèle  queparprudence. 
Se  lans  faire  rien  de  tcAt  ce  qu'Axîamire 
lui  avoLt  mandé  ^  il  fut  trouver  le  Prince 
Mahamed  qu'on'avoit  mis  en  liberté  auifi 
bien  que  mon  gpre ,  voyant  qu^Hi  n*ap- 
prenoit  rien  contre  eux.  Car  j'ouUiois  de 
vous  dire  qu'on  lès  avoir  arrêtez  >  dans 
Tppinion  qu'on   avoît  eue  ^  qu'ils  nous 
â voient  &it  enlever  :  cet  homme  >  dis-je^ 
ciiiponé  d'un  zekinconfideré^  alla  trou- 
ver le  Prince  Mahamed  >&  lui  lilant  la 
lettre  de  la  Princeflè  j  &  celle  de  Muftaf* 
pha  3  ils  dirent  que  c^te*  proportion  ne  fc^ 
roit  qu'aigrir  les  choies  ;  fâchant  bien  que 
}  amais  Deumeut  ne  confèntiroit  à  une  paix  : 
^i  jnettmit  Axiamire  au  pouvoir  d'un' 
autre  :  &  que  de  cette  ibrte  ce  feroit  en  • 
tore  allumer  la  guerre  en  peniânt  l'étein- 1 
tire.  D'autre  part  ^  le  Prince  Mahamed  ; 
qui  n'ignordt  pas  la  fbrte  ^verfiôs  >  qite  ^ 
Ja  Prince/Iè  a  voit  toujours  eue  pour  ie; 
mariage ,  ne  puvoit  croire  que  le  con- 
icntement  qu'elle  apportoit  à  la  propofî* 
lion  de  Muftapha^  ne  fiit  contre  /on  inc-i- 
na^aon.De.i^ne  quejpenfunt  la  ièrvir^^ 


-  ,\.\. 


. .  L  i\rR^  $  Bço  ^  D.  187 
f^ùg^^nt  quç  a  elle  deveiv>it  femme  d'un 
fiis4^  SoUmau^  il  la  perdroic  poux  toujours 
&me  pcrçUoic  auûi  i  puisqu'il  fa  voit  bien 
que  je  ne  rabai]i4onnerois  jamais:  &  qy'U** 
lama  ayam  changé  de  parti  ,  il  n'y  auroit 
plus  ripft  Jk  U  GpUI  àçiPçtCc  qui  m^y  pue 
fti«e:  lî^Wurwifi  iUî^t;,  4is-}e^  qu'il  tel- 
ïoîc  lâich^  4V:>  ^J*f  i^éveiiir  la  Princeflc 
en  la  «ompuof.  Âin^  ayapt  gagnçun  Se* 
cretairè  4iiSi>plû  j  ils  lui  firent  écrire  une 
lettre^  .W^Pjçinec  Miiftapha  w  nom,  d,ç 
l[acjir9at^,^yec  le  fceaq  de  }'£fnp^e  ;  pat 
M^ïpteïfeUjéioei^îOU  ce  fn^iagç  $ 

Siïl^  ^np&eçH  C4rpa^lô4ç  lui,do<^«yc 

ççw  vivante  i  par  Je?r4ffQf  c  de  quelque 
pçrfQiuieq^  la  connut  j  &  qiii'kH  fôt  fi« 
ckle,  »<3|jïR  pptir  ceç:  çiet  il  1^  fît  yeiiir  à 
un^pft^te;  viypfi;wti^rç»op'^prççs^tr,e 

g^r^e<  Cette  lettre  hmtt  refile  i^;^e  les^ 
malAsrrdc  celui  qu'on .^voit  çiiypy é  \  éc  çtt 
l^oifufit  étant  pairti  j  il  vim  un  rçrupi4e  siu 
Prince  ,  &  ime  crainte  qp'Axiamiire  ne; 
lue-  irrifé*  cwtçfi  iw4e  ce/qu'il  l'^^rpîç 

ij^mp^e  :  4f  iQij^  qp*à  l'înftantn>çfli,ei,ûj^ 

d^êc^^jUiJgqnelhpfliinçqui  hi  kmt  fidçt 
le,  pour  yetiif  trouver  laPrinçefle  ^  Arfî^^ 
fie;  afin  de  l'avertir  de  la  vérité  deç  ch<H 
4è$  :  &  lui  dirç  fi;  eUç  youlQiyt  ^etoHoier  eJ4 


i88  L'iLtwsTRÊ  Bas^a. 
Perfé ,  que  (on  deflein  km  dè1àit6'dr<îip 
fer  une  ambufcade  par  le  Gouverner  ii 
Sultanie  /pour  la  tirer  des  mains  de  Mu^ 
ilapha  ^  s'il  la  conduifbit  k  cette  ville 
Ironttere  ^  dont  la  lettre  qu'il  lui  av^c  fàh 
écrire  au  nom  du  Sophi  lui  parloft.- 

Mais  pendant  que  celui  que  l'on'  z^k 
envoya  à  CoaftanttnoplerevGnéit  Gxt  iW 
fas,  pour  nous  dire  que  tous  n'y  étiez 
point  t  &  que  ceux  qui  venoient  de  SuU 
tanie  ^   avec  de$  mdTages  £  dStferens  « 
ceoiénc  en  chèmin^  pour  vous,  v^it  tiou'- 
^er/i  r<^  tràmoit  d'étranges  chéfi^  <Ian;^ 
îe  fcrrails  &  kcrutlfc  Roxèlàftë  profit 
tant  <te  votre  abfence  ^  m:e^^tdk  de  bàfke^ 
ftcs  aVanturei*  Màispeut-êue  ySeignesry 
}es  f^vcz- vous  mieux  que  }e  ne  vous  Icsf 
pQurn>is<ibre:  étant  impo/fibleiqire' depuis 
tbcre^  retour ,  en  ne  vous  le»  ait  pâs^  ap-^ 
]k'^/e^.rt|^hii^  voyant  que  Felixane  attei^** 
Aek-fi  Éi^^fc  y  h  conjura  encore  une  4èAs^ 
àfpcf^  en  avoir  demandé  permi/Iion  à  la 
]^rir»ce0e>  decôotiim^r  à  lui  apprendre^ 
HÉHit-  ce  i|u'elle  favoit  des  aVantures  des 
Princes  :  &  de  ne  craindïe  .pas  de  lui  paiv^ 
ier  i^cl^^inent  des  chôfés^  où  Soliman 
tfvbft  <|uelgu!e  part:  parce  qu'il  étoit  n^^ 
ceflarré  à^'il  /ut  toutes  les  particulariteâr^ 
dé  cette  fiiftoire ,  qu'aucun  n'avoit  osé  lut 
éîrei^  PHi%uè  voui  nae  l'ordonnez ,  dk  fe^ 


JLiVRe  S^covv^  >8f 
lixaâe  ,  &  quelt  ^enc^  de  la  Priirceflc 
m'allîire  qo^etlc  y  conkni:  l 'ys  yoQS  dirii 
cpie  vous  ne  fikés^as  plutôt  piti  que  Ro* 
xelane  i éprenant  fon  premier  empire  fut 
refprîc  de  Soliman ,  obtint  de  hii<]ue  Rii^ 
ftaa  rentreroit  en  quelque fà^on^  en  grace^ 
Se  que  du  moins  elle  aaroit  la  KbeYté  dé 
luiparlert  Car  comitie  vous  favez^  elle  n'a 
jamaisécé  afl«i}ettie  aux  rigneurs  du  fcp« 
ra0.  Vous  h^gnorezr  pas  ncfi  plus  lans  dou-^ 
te  j  la  haine  qu'elle  a  toAjOun  eucrpour  le 
Prince  Maftapha  y  purfqne  vous  avez  ét^ 
fi  long-tems  M{  proteâeur.  Mais^icouteZi 
Seigneur  j  i*artince  le  plus  exuaordjnairej 
donc  0»  fe  fbic  )âmais-  fesvi  pour  perdrr 

quelqu'un. 
•   "  Rox^lane-  fuivam;  l'es  aticiens  deiffein» 

Qu'elle  dvoireus ,  de  ruiner  le  Prince  Mu- 
apba  >  ne  vous  vie  pas  iirtoc  parti  ^  que 
£iilàm  agir  Rufiair,  el'ene  parloît  pW 
que  du  mérité  de  Muftapha^  de  &  va- 
leur 3  Se  dé  ion  esprit  à  Solimao.  £t  pour 
arriver  au  bucrqâ^eile  s'écoit  proposé-,  elle^ 
6t  que  Ruftanpiafr  fes  artifices>obligea  tous^ 
les^Sangrads  dela|icovince  d'Amafie  donr- 
Mufta|%a:â^i€  eouveitieue  gênerai  ^  tous^ 
ceu}rqiii  oi»tlimatidcâemd<rsgensdrguerrt< 
JSxK  lui^  '5s  que)ques«uns^e$i  lieux  circoiv* 
Toiiîns^  d'écrire  à  ce  méchant  homme  de* 
Ifandes^cliog^  de  Muftajpha.^ 


15^0     L'xLtust>B  Sassa* 

Ces  gens  n'eurent  {>as  grande  peine  ià  fe 
laiiTer  perfuader  une  choie  qui  recondok 
leur  inclination  :  Su  qu'ih  croyoient  devoir 
être  avantageufe  au  Prince  Muftapha^ 
qu'ils  aimoient  ardemment*  Ils  écrivirent 
imc  feloales  delFeins  de  Ruftan;  ^  Tans  s'4> 
loigner  de  la  vérité  :  aui£  jamais  Prince 

ne  l'emporta  fur  lui  en  boime  miné.  ^ 
en  eiprit  »  en  bonté ,  en  grandeur  dé  cou^ 
rage ,  en  magnificence ,  Se  en  generofitéè 
Il  n'y  eut  jamais  un  Prince  fî  generaJe-t 
ment  aimé  ^  il  on  ne  }ui  veut  comparer  lé 
prince  Giangir  ion  i&ere  ;  quî.quoique  plus 
jeune  3  ne  Uifloio  pas  d'avoir  4^$  mêmes 
qualitez  qu'on  yoyoit  cclatt^r  eiï  l'autre.  > 

Toutes  hs  lettres  dont  )'ai  parlé  étai^ 
tombées  entre  les  mains  de  Raftan  ,  iljes 
r^mit  en  celles  de  Rojcelatie  :  qui  avecuno 
feinte,  ^nccrité ,  )  Se  une  joyc  apparent^ 
fiitle  vifagCi  les]mottliroit:à  Soliman  k 
comme  /e  JréjjbuiffaîilL  dfe  lui  :  voir  juti».& 
digne  ràccelTeur.  Le  Sultan  pçÊnpit.plai-î 
Cit  »  non  reulemem^  à  entendre  les  loiianr 
res  qu'on  donnoit  à  fon  fils  ^  mais  eûLCore. 

l'âffeâîou  que  Roxplaaâ  .timpigi)oici 
avoir  p6ur  hàa  De.iaiteiqu$  c«t^  lAechaA^ 
t^ifemme  ^ÎMgeftftajquciitowiî^ci^qî^^^ 
roit  ne;pour.r<|itjplu«i  eire  iuipeci  ;  ^ita  ^owri 
qu'elle  mpotfoit^à  Solinaan  une  dfe  ccstet-r 
très  qui louoient k ^MViçç'^ ^iff^^UfUÏuii 


Ll  V  KE     s  f  CON-fi.^  t<)l 

dk^tle ,  à  ce  qu'Acfamat  nous  a  conté,  lui 
qui  a  lu  toutes  ces  particukricez  ,  de  la 
bouche  de  Soliman,  oferois-'ie  bien  te  doiv 
nerune  marque  de  mon  amour,  en  t'en 
donnant  une  de  ma  crainte  ?  tout  ce  <]i  I 
vient  d'une  Ci  noble  cauf^ ,  lui  répondit  Ici 
Sultan,  ne  ptutque  m*être  fort  agréable*. 
U  feut  donc,  pcurfuivit-elle ,  que  je  te" 
dife  une  pensée  qui  m'eft  venue,  en  voyant 
les  éloges  continuels  que  tu  reçois  tous  les 
jours  à  la  gloire  de  M  uilâpha.  tf  e  n*eft  pas. 
Seigneur  ,  que  )e  lui  porte  envie ,  &  le 
ciel  m'eft.  témoin  que  fe  l'aime  mieux  que  - 
rae^propres  cnfans.  Mais^  Seigneur,  h  Iz 
gloire  de  Muftapha  m'eft  chère,  la  tienne 
me1*eft  encore  davantage.  Et  je  me  refbu- 
vicns  en  cette  occafion ,  que  l'Empereur 
Selim  ton  père ,  ufa  dû  cette  même  rufe  à 
l'égard  de  ton  Ajreul  Bajazct  :  s'acqutrant . 
avec  le  temsujoe  telle  créance  parnûilwn 
ibldats  ,  Se  parmi  le  peuple ,  qu'à  ta  fin  U  ' 
fe  trouva  allez  puiffant  pour  le  depoCeder  : 
de  Ipn  Empire.  Ce  n'ett  pas  que  je  ne  voye 
bien  qoe  lameme  chofe  ne  peut  guère  ar<- 
rlver  :  car  notre  Saint  Prophète  te  garde/ 
il,  cher^tnMti;  rque  jâ  ne  ddisirien  crain^> 
di-e  de  ce  coté-là^  Kiais  il  m  e  icmble  nean4  - 
moins  que  fans  ôfbnfèr  Muftapha,  ta  Hau-^  ; 
telle  pûurroit  ordonner  à  quelqu'un  de: 
freadre  garde  klks  aâions  ^  puiique  d  el- 


les  font  belles  8c  finceres^  Tes  efpioû^  fe^ 
lont  de^  témoins  <}ui  parleront  à  la  gloire; 
&  fi  ellè^ne  le  ibnt  pas ,  ta  Hatyceile  pouf 
ra prendre  Tes  furetez*  Car^  Seigneur, 
toute» les  fbis^eîeme.fbuviensdescho' 
iès  que  tu  m'a  dites  de  la)ecineile  de  Se^ 
lim ,  il  me  femble  que  )e  les  vois^toutes  en 
Muftapha  't  ^vec  cette  différence  toutefois 
que  Muftapha  eft  plus  beaa^  mieux  fait  5 
[dus  libéral  >  &  plus  civil  :  en  un  iliot  ^  dit« 
elle  en  (ourlant  ^  pkis  dangereux  que  Se- 
lim  j  s'ilavoit  la  même  volonté  >  ce  que  je 
xre  croirai  pas  légèrement  :  auffi  n*en  ai* 
je  parlé  à  ta  HautefTe  que  pour  ne  rien  fie-^ 
g^iger  de  tout  ce  qui  regarde  .la  felidté  de 
2on  règne  ôc  le  repos  de  fk  vie.  Cedii^ 
cours  artrficietnc  ne  fit  pas  une  grande  kn-^ 

EeiHondans  l'ame  de  Solknan  ;  mais  il  f 
iflà  néanmoins  un  fbupcon  qui  s'accrut 
avec  le  tems  :  Ôc  ce  futime  diipofirionà 
loi  faire  croire  en^ltc  plus*  facilement  y 
tout  te  mal  qn'on  lui  dit  de  ion  Bis.  lire-» 
mercia  Roxelanedu  foin  qu'elle  avoit  (ikt 
bten  de  Ces  Etats  :  &  l'afHira  qu'il  ne  pou*^ 
vt>it  jamais  trouver  rien  mauvais  de  tout 
ce  qu  elle  lui  diroit.  Que  pour  Mufbpha  , 
il  le  cro)^oitirop  bien  né  pour  vouloir  lui' 
arracher  le  fcfeptre,  &  le  dépoiiiller  d'un 
Empire  y  qui  lui  étoit  deftiné  après  lui. 
Roxelane  voyant  que  cet  artificjï  ne  fsd^ 

loi* 


fiir  pas  tout  ce  «qu'elle  en  aVoit  ^attendu  j 
conluk^  iciie  ntaiveati  le  Maître  Riifhm ., 
qui  lui  dit  qu^à  'quelque 'prix  tpxe  ce  fik  j  il 
niUcMC  ;  perdre  Muftapha  avant  que  vous 
&ffiezxevenu  à  la  Porte  :  ôc  yxt  le  plus 
Msc  feroit  de  tâcher  ded'empoilonner.  Que 

Etui  cet  effin  il  falloiC' ienvoy er  un  homme > 
avdi  â:  fidèle  avecquantite  d^argèfit  pour 
ibborhdr  quplquf uiiides  officiers  du: Prince 
^ui  le  ferviâent  à  tâèîle.  Mais  voyant  beau- 
coup de  hazaxd  à  œcte  entreprife  >  elle  ne 
s^yi  reibivoic  qu'àpeinét  elle  y  eût  pour- 
canq «cpnivnti  ÛAii  une .choTe  qui  uû  fic^ 
changer  délefolutûm.  >   i  i  : .  •  .; ,  .   ; 

•  Tandis  que  Elqxelanle  Sci  Ruftan  cher-; 
chent  les  moyens  > de  déti uire  Muftapha  ;i 
&que  tojate  leur  milice  n'en  peut  trou- 
ver qui  fatîsfafTent  pleinement  leur  cruelle 
haine  ;  le  zèle  &  la  fidélité  d'un  des  an- 
ciensoffiders  dé  ce  déplorable  Prince  Jeur^ 
en  feurriit'1'occa^onl  Cet  hohinte  avoit  été^ 
ion  premier  GoQs^ernetir/,  loriqufil  ibrtic* 
du  ferrail  :  8c  le  feul  àqui  Soliman  dans 
la  jeuneiTe  de  Ton  fils ,  avoir  ordonné  de 
hii  rcnxAre  compte  de  Ces  aâions.  .Mais 
conUne  |c  Pnnceii^^n^àviit  îamais  fait  que^ 
de  beilei  ^îi  n'avottcjam^^  eu  rieniman-I 
derqui  n&£3t  à  tayaocag[eide>iQQ  maître.  > 
^^r  depuis  que  Page  oc ,  Muftai^a  la- * 
voie  difpense  de  PobcïHance  qu'il  avoir 
Il.Pamc.  Kt 


T94        L*rxi;ir«T3L  E  ,^XisJ  A, 

rendue  à  cjet  hommes  ûl'^y oit  loàfpisiA 

ï^]âè  ch/Bz  lui  'à  Aniaiie  :  araicaoïc  mui  ptiD 

moias  familiierejn^m  avecJai^'aiyecib) 

autres  donieftK|ues  j.  à  caufe  jqu'il  écoît 

d'une  kumeur  ailèz  attftere  ^  âc  ^^ue  cette 

prepaine  autorkrronïèrvmc  jencoreifjueiK 

•  V  ^e  ci^aiince  &  ^dcjue  re^eâdaos  Fe^ 

y  pi^ç4e  Muftài>ba^  C^^mfflcidmoit>^ 

^  tanc  Mtffêmenient  le'Pidiice  ^  i^  tifail«; 

leufl:$  ie  eoGnbloit  xl^  iâens  fi^  de  ielideCi ; 

lui  fzifait  cfoite , xjaeiefi'il ne smt tous W 
biiin5i)iifî4  avaidaquieide  Muftapha^^'^ 
les  devoit  tous  ï  Soliman. (^iéni^a^ok  mâu 
auprès  dç  luL '  De  ibrie  xp^  £ms  $ûn£3e« 
Rf  les  îutérécsdu  Pribcci^  aiiiSrtit  x^ub 
ceuK  da^  SoHman.  y.étoitm  mêlez  y.ii  fyL 
raitgeiDk  du  parti  du  SluJtan.   Cethomniç 
de^htiàieor  doQc)e  ivdu^ileinprèrçme  .^. 
éton:  donc  1  Abmfifubtandis  xpb  li: jRrmpo 
ce({ei£iP^'axin'7!édaB»s^  £t3Î)uoi  jiJU'ilrrettiP^ 
^'jiry  tf^iQM:  d)ièU(?c{^fetnm^c4àns.  Je  palaiî 
de  fôo;  mai^ire.cpi'^a  lie  connoiilbitrpas  ^  & 
qiton  ne  Vo^oic  point  ^  il .  n^â voit  |>oitrt4n(i. 
pas  &itaiifeaâkt2iè  d'État  .dexetosciSDUii^l 

lui  avoft  4it  ^  Qoâtme  i^iis  ^  alicié$  offloièc^ 
duiPdflce;>qde*4ioa8' étidns  déuacpairenrf. 
tes  de  Sairay de  ^  qui  '  pour  certaines  rain- 
ions ûe  vouliQRI  ittQ  vues  d^np^rionnef.' 


Irfais  si  arriva  pour  nôtre  malheur  que  cet 
homme  s'écaiK  ^ié  ptomeiiei:  hors  de  la 
^Ue ,  6c  une  r encoaere  <jui  caufa  toutes 
iios  infertunes.  Vous  faurez  que  cdui  que 
ia  Princefle  avoiteûvoyc  à  Stutatiie,  ayaiott 
télé  joint  par  cefcû  qaè  le  Prince  Mahamed 
:avoit  lait  jpa^tlr  auffî-tot  après  «  ils  avoient 
^t  leur  chemin  ^uSarMc  y  fans  favoir 
iqi^ils  venaient  de  mêm^lieu^  Se  qju'ik 
aU(K«iic  «fim^nae  isnârdt.  Deiortequ^ 
«reiiiantâ  parler  -de  choft^  indififerenres  ; 
car  le  Periîcn  CkyxAt  aflèzèien  lailaiigue 
Turque ,  Se  la  guerre  qm  étoit  alors  entre 
ie  Sophi  ôc  le  Sultan  ^  étant  le  fujct  de  la 
converiàtion  de  tous  eeui  qui  ne  fe  con- 
tmâbient  guere$  5  ^Isen  parlèrent  iî avant 
}e)our  outils  dévorent  ^rtiver  à  Amaiîe^ 
eue  h  Pcrfien  ne  pouvant  dégûifer  feS 
tentimens  comme  Gm  langage  &  Ton  ha^ 
bît^  s'emporta  àctire  queSofiman  ètoituj^ 
uiorpateur  :  ce  que  l'autre  neppuvant  en- 
durer^ étant- devenu  plus  auçÉcxeux^paiT- 
ÊC  qu'il  étoît  proche  d'un  Jîea  oà^il  Êvoit 
fcl^ft  qu'il  feroit  piK>t^ ,  U.  mit  le  cime^ 
refrei'la  main.  Se  attaqua  fe  Perfien  fert 
brufquemeat  ;  celui-ci^  trouvant  plus 


^^brequile  firenttcmîicrrtfiort^ 
Ceb^fut  feitji^  témoins  î:  te  Perficii 

arv 


ï^       L'ILL  us  TJIE    B  A  St  a; 

continua  fbo  chemin  :  &pre/que  un  mo- 
ment après  p  qu'il  fut  hors  de  vue  ^  cet  atv 
xien  Gouverneur  de  Muftapha  arriva  au 
.lieu  où  s'étoit  fait  ce  combat  j  fie  recon- 
BoiiTanc  auÛvrôccet  homme  >  pour  avoir 
été  au  Prince^  il  s'en  approche^  tâche  de 
remarquer  s'il  ne  donne  pçint  quelque  fir 
.gne  de  vie  î  &  en  port^int  la  main  iur  l'enr* 
droit  du  cœur  ^  il  y  trouve  ]e  p^quçt  qui 
s'addreilbit  à  Mu^apha^»  que  cet  hcHnme 
avpit  mis  dans  un  petit  faç  de  coton  qu'il 
!avoit  pendu  ^  Cqn  cou.  Cette  vue  donna 
quelque  curiofité  ^  cç  Gouvçrneur  ,  qui 
ne  voyant  nulje  marque  de  vie  en  ce  malr 
heureux  ^  &  au  cqntrairç  y  ren^arquant 
tous  les  lignes  de  mprt  que  Ton  a  accour 
tumé  dç  vpir  en  pçu^p  dont  la  fin  a  été  vior 
lente  I  fe  çetira  de  ce  Ijeu  en  diligence  , 
emportant  ce  petit  fâc  ;  Ôç  s-ctant  mis  en 
vn  endroit  alfez  éçart^  ^  il  l'ouvrit  >.  Ss 
fuç  bien  étonné  lors  q^*il  reconnut  le  iceau 
4ti  Sophi.  Je  vous  jhufle  à  jfuger ,  S^îgneu», 
a  cette  exaâe  fidélité  qu'il  avQit  toujours 
gardée  à  Soliman ,  lui  pçrmit  de  délibérer 
wng-tems  ftù  ce  fujçt  ;  il  n*hefîte*donc 
point  davantage  >  £ç  pour  témoigner  ion 
xe^eâ  dM  grand  Seigneur ,  aufli-bien  que 
fa  nJSité  )  il  prend  la  reiblution  de  lui  en« 
■f^  yoy er  ces  lettres-fans  les  ouvrir.  £t  voyan^ 
par  le  dellqs  d.ç  celle  qui  s'add^c/Igit  à 


Âxiamire  «  qu'elle  dévoie  être  dans  Ama--^- 
ÛQ  î  il  fit  réflexion  fur  ce  qu'il  y  avoic  deux 
femmes  cachées  daûsk  palais  de  Mufta- 
|»faa  :  Se  rappellant  cent  petites  circonftan* 
ce$  dans  4  mémoire  3  qui  lors  qu'elles 
éoc»ent  arrivées  j  n'avoient  point  fait  d'im*' 
preflion  en  (ôti  ame  ;  il  crut  certainement' 
que  la  Princeflè  de  Perftf  était  entre  les 
Oiains  de^uftapha.  De  ibrte  que  per fua-^ 
dé  de  cette  venté,  il  rentre  dans  la  ville 
par  une  autre  porte  ^ue  celle  par  où  il 
étoit  tonï  3  &  /ans  rien  témoigner  de  ce 
qui  lui  étoit  arrl vi  3  il  dépéché  lêlende^ 
main  un  homme  à  Conflantinople  ,  Ini  cr^ 
donne  de  s'addrefTei  à  quelqu'un  des  Ba  A 
fks^  pour  le  preient«  au  grand  Seigneur  5 
&  lui  commande  fur  toutes  chofes  ^  de  fai-< 
re  grande  <tiligence. 

Cependant  le  Perfien  étant  arrivé  à 
Amaue  y  Se  ne  craijgnant  pas  d'être  accusé 
delà  mort  de  celui  qu'il  avoit  tué  y  puis' 
que  leur  combat  n'avoit  point  eu  de  té- 
moins ,  vint  hardiment  au  palais ,  dema&^ 
de  à  parler  à  MuAapha,  &  après  lui  avoir 
£ut  connoitrd  qu'il  étoit  Perfîen;  fie  lui 
avoir  dcmnédes  marques  afliiréesqullvo* 
ttoit  de  là  p^rt  du  Prince  Mahamed  ;  il  lui 
demande^  voir  la  Princellè ,  ce  qui  lui  fût 
accordé/Et  comme  il  Te  Ait  acquitté  de  /a* 
'^     3  Axiamire  demeura  ibii^fttr<* 


prife  :  cac  elle  cotmut  ^ar  ion  difcousr^ 
iyie  celui^'ils  avoienc  envoyé  à  SukaDit^ 
t;ur(kik  tMp  4  leveair  :  pui^e  cet  bom* 
me  qui  »^c»  écoit  pani  aiifuB  )ouv  apte» 
lui  j  était  déjà  M^fîvf»  £U«  eipera  neai^'' 
sioias  3  auffi  bîea  ^que  k$  Pf iûces.que  cct^ 
(e  io^etuile  cfsti^fek  bien^Ât  :  fc  cztft 
cjue  quelque  ify€Ommoàrtè  ajant  empeciié 
cet  Aoinme  de  yemt  {tuffi  vide  c|Ue  l'astre  y 
ilairivefoît  enfin  3  pour  fetre  ceâtirlew 
e^raintt.  Mais  ^  jfour  ittivaiic  j  ic  coffps  do 
4ielui  i)ue  le  Pei:£cii>a¥aît  tué  ^^  ajiadtitété 
tiouvé^jpar  qGfe^bsei:geiu.qui  pailàient^Rit 
appone  dansla  yidte  y  Se  reconnu  pour  être 
et  la  iftaiibn  du  Pf iàcc  qui  en  fttt  afuffi^tot 
avcJTti.  El  coiBme  k  choie  ctcit  hripor^ 
tante 3  il  fut  en  ptriome  fsèut  chctchtt 
hs  letiresquc  nous  cjwyiotts  <|u^il  atifoît 
çaciiéigs^  eA  queli)«î(  p^xt  de  ie»  babils  t 
ÉskSihS  u'f  en  ayant  poimusoiivé  »  laPsb»» 
celi^  eil  tut  fort,  affîgce  r  craignant  avciCr 
beaucoupd€irai£m  que  ces  lettres  ne  visfi 
£9nt  emre  tes  mai&s  de  gea»  qui  ^fent  £zm 
yî^%  à  ^Un«4in  ou'dle  éeoit  àms  (es  Etats^i» 
^ifing^r'fe  coA^U  pouitafic  lett  qii€l<pie 
^4  r&kipcfftttKbquo  cet  homniie^  qui 
ice  qu'iûl  ditoît  éfok  fitfr  &  adboif  ^fe*  voyant 
engago  dans  un  conibaït  ^  les  aurûit  fan^ 
4oute  jjettées ,  et  pour  qu'oone  les  trcta^: 
¥|t  fiu:  lui  j,  »'il  fiiccomMit  en  cetse  qqg^ 


lit  Ri  5ficoitD.  199 
èbn.  Enfin  iie  pouvant  kite  aiiirê  cfaofe^ 
rtUe  £^•  trompa  en  ^elqué  ^vu  :i&>apm 
arok  fengé'ai^e^^â^r  «voir<à  feitsè  ^-eUe 

'^aâbââoii^  iSc  <)i/il  aoioit  (^  peu  lie 
^s  Aouv^k^;  n^ofimt  plus  hasarder  cke 
i(mr«^3  li^cÂi?  après  €!e«!«  âcivtoià  arTamu- 

-lé^ries  refelimcmi  3  ^tiraiiJ  o^  a;tïr»bi%oe 
^*<Mi'pcbvoi€  i^iéhd)?ê4eYôi».>X4ai^k9s 
t|ue  aous  af^rim«9  après  <]u^u«s  jours  , 
par  te  retour  de  c«tei  qu'on  avait  envoya 
a  ConftantHfiople  que  vous  n'y  éùcz  pas  » 
^^inquietiide  des  PrteecSi  d^î^  Pri>K?Sf΀^ 
'fe  de  iifk>i  i  reck)àblâ*  éekngement»  Noas 
'B^  l^tioiH  pas  n^asinoîiis  ceûf^lés  &jets 
q<ie  aoiiWÀiHk^  é^en  aVôir  :  car  la  faulïb 
leKre^  Au  Sapfei  à  Muftapha  ,  Se  ceMèqui 
•i*îidd#efloit  àf  la  P^inceffe  Àamniirc  ajant 
•lt?é  retidttë54  Rwftaii vp^ir  fa  GJ&if licite  tfe 
'^luà  <^^iî  n^  le^  (feveic  dé»ne4rq\iTiu grandi 
^îg^e  ^r^  /  (^  péat  ^tc- qtie  te  iéftf  Èfeot*- 
^id^éfit'  erF  cette  bccafiôn  ce  que^  tOut  1%N 
¥i6ce  dé  léiiftan ,  &  la  méchancccfdeRdw 
>elane  li'âui^ôîéiïf  Jaittàis  pu  fii ire  fans  Sri. 
^  Raftto  ôlk  la  erèuvèr  à  Wieure  hiêWft 
«  ôùv^ràn^ 'ces  lecties  en  prenait  ftîn^d'en 
conferver  lé  tachet  :,  ils '7  trôli^érent^cte 
^aei  Crtis&ire tous  lèui^  «fin;  «d  flotc-  • 

R  r  4  ' 


^OO        Lf  I  t  L  V  s  f  R f    Bf  AiS  A. 

Une  (c  cbaigcl  cfce  CCS  lotcf  es  ave<^  jove  : 
<&  aujSî^cotqu^jeUj^s  Jlireiic  recachjecces  » 
éUe  ficidire  à  SfoUct^miqii^e^eayoit^acL' 
>que  ciiofei  d'imjftoriimfiÇià  lui  comiDmv- 

paitemenc  à  celvii^d^  la  Strlcane  :  ellr  alW 
audevaotde  lui  ayec  le  reipeâ.accoiicii^ 
-mé  »  mais  ave^c.  ynieiJrift£i[e  es^cr^prdifiaii'js 
4îir  le  virage.,,^giqijq^e5i»wi<»j<cc^i:;€^ 
jcucuoe  efluxcmierîpîrie-  tir  Siilw8:qui  Pai- 
.  snoit  touyottr&yliti  4^m^ji^  ave<*.l>eaQ€PW 
,4'inquiecude  ^  <]uelle  chofe  khponvoit  af- 
fliger ?  elle  lui  répondit  qu'étant  ibrcée 
pour  le  bien  de  ,fbn  empire  >  &  pour  la 
€cn(e£Y^tioft  de  fa  perfonne ,  de^  h'i  dér 
cQuy r)r  unp, chefequi  lui dQnnpj?QÎU>c^H" 
coup  4'etonç^i^nt &ç  àp dpu^eii^;,  f Jftcj^ 
.  pou  voit  pas  être  fans  aflîiâioii4Cedifccws 

;obrçur  ayant  rçdouUé  la  curiofîtédu  SvAr 
tan ,  &  excité  même  d^ja  quelque  trou- 
ble en  ion  ame  5  elle  continua  de  par !je$. 
,£Ue  fuppli^  Spiiman  de  fe  ibu venir  d^ 
.iQi^pÇCjis  qu'yUe  avoit  eu  de  Muftapbai^> 
^cQmbieiv  il  les  avoit  négligez  ;  Se  cnSsfi 
.après  avoir  mêlé  les  louanges  de  ce  Prini^ 
ce  j  avec  les  accufations  qu'elle  iàiibil 
-contre  iH.ij  elieprcfcnta  à  Soliman  lafauf 
.fe  lettre  gui  .s'addrellbit  à  MuOiap^a  ^  lt)j 
.dit  »  çc^m^  iiéicftc  vrai  >  que  ion  aticitei» 
Gqu  Tf  ri^eujr  la  lui  enyo^oit  i  Sç  apr ç&  ^và 


Livre  Second*  jloi 
en  avoir  fait  coniiderejf  I'im|x>rtance  ^  lui 
reprefenta  que  Ci  une  fbis  Muftapha  fe 
joignoic  à  Tachmas  »  il  lui  feroic  aisé  de 
s'emparer  de  Ton  trône.  Qu'il  ne  falloir 
point  attendre  de  fecoufs  des  Janiflaires 
contre  le  Prince  :  que  /à  libéralité  les 
avoît  tous  gagné  i  que  le  peuple  l'aîmoit , 
que  les  Bauas  le  craignoienc&  l'eftimoienr^ 
&  qu'çnfin  cette  affaire  étoit  fî  imponan- 
té  ^  qu'il  y  alloit  de  /on.  Empire  &  de  /a 
vie.  Soliixiah  connoifTant  la  ndelité  de  ce^ 
loi  qui  lui  cnvoyoit  cette  lettre,  y  voyant 
k  iceau  de  Tachmas  j  &  confiderant  que 
Muftapha  avoit  évité  avec  adreiSe  d'aller 
à  la  guerre  de  Perfc  ,  ne  douta  plus  qu'il 
fie  fut  coupable.  La  tendre/Te  qu'il  avoit 
pour  ceTrince,  fit  pourtant  que  dans  fbn 
Vœiî'r ,  il  chercha  de  quoi  expliquer  favc-' 
tablcinent  pour  lui ,  les  accufations  qu'on 
fai(bit  contre  /on  innocence.  Mais  les  con- 
jeftures  étoienc  /î  fortes ,  &  les  pcr/îià/îon'S 
de  Roxelane /îpuJilantes  que  l'affedèica 
paternelle  ^  céda  à  la  raiion  d'Etat.  Il  eiic 
i)îen  vodFà  meçtre  cette  afFairc  en  delibe- 
ïatîon  en  (on  cdn/eil  fecrec  i  0)aîs  cotnm« 
vous  n'étiez  poii?t  à  la  Porte ,  il  ne  /avoit  à 
qui  fe  fi^r.  Il  propofa  Achmat  à  Roxela» 
ne  3  à  qui  It  vertu  de  cet  homme  fàifoic 
jfrajréut  :  mais  die  lui  feprc/enta  qu'il  étcfc 
trop  affectionné  aaPiinctfj'pburélpcrcj;  ifi 


loi  L'^itLvsf**  ÉÀ^^^Jt^ 
lui  un  confcil  fidèle  en  cette  ïcncoàxtèj 
Enfin  elk  iuc  conduire  Tef^it  du  Sukaô 
avec  tant  d'adrelFe^:  tant  de  malice,  que 
Solim;an  lui-même  conunanda  ^110  l'oi^ 
fit  venir  Rurtan. 

n  ne  fut  pas  fi-tôt  arrivé' ^W  le  graûxf 
Seigneur  lui  dehianda  ibii  avis  fur  l'afiairer 
dont  il  s'agiflbit.  Il  répondît  d'abord  avec' 
une  feinte  fpumiflien  3  que  c'etoit  feule^ 
mène  à  lui  à  exécuter  ks  reiolution^  che  fa 
Hautefle ,  &  non  pas  à  donner  desconfeils» 
Mais  après  s'ctre  fait   comnvander  plui^ 
d'une  ft»s ,  de  dire  fbnfentiinenryil  cxagc^ 
ra  la  chofe  avec  tant  d*art ,  &  fit  voir  de  & 
dan?«retifes  cojifequènces  en  ce'teafl&rj* 
xe  non  là  negiigcoiti-que  Soliman  abfp;- 
lument  refôla  de  fbnger  à  fa  con/êrvatiotf,, 
lui  comrîianda  de  (e  tenir  prêt  àpardr  avec 
fix  mil  hommes  qui  marcheroîcnt  fur  fe 
'prétexta  de  les  envoyer  a  Ulama  comme 
^une  r^cru?:  (^ecependant  cnpaflaMpar 
/A:>iafie  ,  il  s'aMur^roîtde  la  pcrfonne  de 
'Muftapfia  avec  le  moins,  d'éclat  qu'il  lui 
feroic  poUible ,  de  peur  de  caufei  quelque 
levoke  en  cette  province;  Ruftan  ayant 
f  eçû  cet  ordre  ^  ne  fongea  plus  qu'à  l'exé- 
cuter. Et  comme  les  troupes  qu'il  devoir 
JconddureécQieiM:  prêtes  à  marcher  ^  il  paît}- 
jit  en  peu  de  jourVî  après  avoir  reçu  dç: 
KôxèlSne  toutes lésïnftruÛîdasneceaaï- 


fe^  jpeur  fkirt  réiiffir  le  deflem  qu'elle  aToit 
it  perdre  Muftapha.  Comin^  en  efïec  j 
Ituftan  ae  fbt  pas  plâtâc  iux  les  frontières 
if  Amaâe  ^  qu'il  écrivit  à  Sofimaa  que 
Afoftapha^  atoir  gagné  tous  les  foldats  j 
^!s  ^e  "Pùciwm  plus  fccevoir  de  xom^ 
mandemem  ^[utf  de  loi  :  que  tout  étoit  pieii» 
ée  €e&*^râtiofi^:.qtte  le  peuple  étoit  tout 
prie  ât  (t  MfTOker  :  qtufil  n'étoit'pas  etf 
téfar  tfe  s^dppofin:  à  tant  d'enoemis  ;  £f 
({u^enfin  ^pre£m^e  ét^t  at>ibluinent  ne^ 
ceiTaire  pour  cak»er  ce  grand  oragé«  Ce 
^  f^i/bk  que  Ruftan  mandoic  toutes  ces 
th^es  au  grand  S^ïpiem ,  c'eft  mjfcfFejfti^ 
^em^fit  îl  connut  que  la  vertu  et  Mufta- 
|ha  cte^k  figenttakmeat  aiinée  ^  ^nt 
terne  cette  province  ,  qu«  s*il  cntrepreiw 
jfKHt  ^'en  venir  à  k  force  ouverte  coiirrv 
jh&i  ^  it  potirKrit  rûkaer  emierement  les 
ée^eins  de  Raxehine.  Joint  auffi  qu'il 
confidera  que  s*il  concdurfoit  te  Pi^ce  k 
Conftantinopte^  tourtes  Ba(£iS3  tous  les' 
Janiflàiro  ^  Se  tout  le  peuple  £e  jo^ans 
en/emile^  pDirrroJ^iil  peiit4f  r  e  caufer  unir 
i^evolution  genfera^k  fi  l'on  emreprenoit  de 
faire  perdre  la  vieàMuftapha.  Ce  raif^» 
ibnnement  ne  fucceda  que  trop  bien  :  ca^ 
Soliman  ne  lut  pas  plâtât  cette  nutiveUt* 
qu'il  refelut  feiïVôyaM.  Mais^  ce  qui  Ir- 
porta  puyiàmmtM  i^piitc»  ^[uf  SLuftaft 


lu 


204  L'iLLUSTltB    fi.ASSA. 

voaloit ,  fut  ^*il  lui  m^ndà  qu'ilaY&it  (u 
ar  une  féconde  lettre  du  Goaverneur  de 
udapha  y  qu'il  croyoit  que  la  PnflceiTe 
de  Perle  étoit  en  Tes  mains.  JDeierte  que 
Soliman  rempli  de  colère  &decjàlouuei 
dans  la  pensée  que  puis  qu^.Ruftan^'éeoit 
bien  fauve  du  naufrage  ^  il  pourroic  être 
qu'Axiamtrè  n'étant  pas;  morte  ferok  enr 
tre  les  main$  de  km  fils  qui  en  ferok  dête« 
nu  amoureux  ;  panir  auifi-TÔt  aT^eç  c<i 
qu'il  aYoit  de  troupes  Se  de  Janiffaires  aih 
près  de  lui  ^  n'en  laifTant  que  ce  ^pill  ea 
falloit  pour  là  garde  ordinaire  de  ion  Ceî^ 
rail.  Mais  avant  qu'il  s'éloignât  de  Ro^re- 
lane  3  elle  lui  fit  promettre  qu'il  oublie- 
fait  tputes^chofes  pour  penfer  à  fa  fureté. 
Xe  vertueux  Acbmac  nous  a  dit  depuis 

3ue  Soliman  ioutint  un  étrange  con^bat 
ans  fôn  cœttr  ;  Se  que.k  nature  Se  la  rai- 
fon  s'oppoferent  long-tems  à  la  méchance- 
té de  cette  femme.  Mais  en6n  elle  lui  fie 
voir  le  péril  fi  grand  &  fî  proche^  qu'en 
ie  lèpairant  de  lui  5^  elle  lui  fit  promettre 
deux  cKofes  :  l'un«  qu'il  ne  y errpit  poin^ 
Itfuftapha  *y  &  l'autre  qu'il  le  facrifieroiç 
à  fon  propre  falut.  Avec  cette  funefle  se^ 
Solution  3  il  alla  joindre  Ruftan  :  ces  cho« 
ics  ne  purent  Qtanrtioins  ^tre  faites  fi  fcr 
:Crétement ,  que  la  Balfa  Achmat  ne  fi^t 
amti<|uc  ccc  orage  aUçit  fondre  for  k 


LiynB  Sbcokd;    i     ^f 

tête  de  Muftapha  :  de  forte  que  dans  lo 
même  temsqae^Solim^ après s*être  cam-t 
fé  proche  d'Alep»  eu^cnvoyéuncoInman-( 
iciemeiit  aa  Prince  de  le  venir  trouver  j 
pour  lui  rendre  compte  de  la  Princefledfi 
Perfe  *>  Achmat  dépêcha  un  courier  pour 
l'avertir  qu'il  ie  trarooit  quelque  grand 
dellèin  contre  lui  ;  qu'on  l'accuibit  de  quelr 
tque  chore^)à  1^  PrinceiTe  de  Perfe  étoit 
mêlée  4  mais  que  ne  pouvant  dire  précisé* 
ment  cc^ue  c'etoit  ^  tout  ce  qu'il  pouvoir 
faire  en  cette  occafion  ^  vu  l'état  où  il 
voypit  les  chofes  ^ .  étoit  de  lui  con  feiller 
de  œ  venir  pas.  Je  vous  laiife  à  juger  ^ge^ 
nereux  Ibrahim' ,  fi  recevant  en  même* 
téms  ie  commandement  d.e  Soliman  .  .& 
f  avertrflement  d' Achmat ,  les  Princes  & 
les  Prînceflès  furent  dans  une  grande  fur-* 
prife.  Et  d'autant  plu^  qu'en  ce  même)ouc 
l'on  ramena  à  Muftapha  ce  Periien  qu'Aie 
llamire  avoit  renvoyé  à  Mahamed^  âc^ 
qu'on  avoit  pris  fur  la  frontière  pour  un 
eipion.  P^r.lui  ^  il  crut  que  c'^étoit  par^e 
qu'on  avoit  découvert  qu'il  ^voit  tué  cet 
officier  de  Muftapha ,  qui  étpit  revmu  de 
Perfe  avec  lui;  de^forte  qu'il  ne  vit  pas 

Îiùcôt  le  Prince  ^  qu'il  fe  )etta  à  fes  pieds» 
ji  confc(]&  fi}n  crime  j  jji  en  demat^da 
mrdon  ^  &  lui  raconta  le  combat  de  ce 
Toic  &  de  lui  >  comme  je  viens  de  vqu$1^< 


1^6     L'^Mi^nTâr  Ba^èa. 

dire.  Mais  ^uoi  qjston  hà  pût  icxrmniet  g 
âfmtint  toujours  qoe  cekni^'Ha)!^  cu^ 
fi'avoit  point  jette  tie  lettres  pendant  U 
combat  ^  comme  iioiis  l'arions  oru  i  ce 
4^ui  nous  fit  Œaindreettooispltts  au'aupa«- 
jravant  ,906  >q«elqi?iiti  ne  ieslin  eut  prifef 
âpres  fa  mort  pour  ks  envoyer  à  iioBman* 
iLc  Pxmce  Giangtr  étpk  au  és&ffok  ctï 
«soir  ion  fteie  en  peine  pcuir  J'amour  de 
lui  :  Ai^tamire  avoir  ime  affliâionijiie  jf 
ne  &uxçis  vous  rcpre/entaer:  la  crainte  d« 
tbm^r  entre  les  mains  lie  Solmian  jla  ià> 
ibit  reiôudre  à  la  mort .:  &  la  pctîs^d'êr 
(re  caufê  de  laxuine  de  deux  Princçs  ^ 
aui^uels  elle  avait  riint  id'ofasligacion  ^  ai^ 
menca  encore  Ql  doulenr.  Sar rajrde  qui  jàu 
mcjt  ûm  naari  plus  qu'elle  mht^  >  étok 
toute  en  larmes  y  dan^  la  crainte  du  péril 
où  elle  le  voyoit  exposé  :  Muâapha  qutoî 

2ue  plus  Qonftant  »  étoit  néanmoins  len^. 
blement  touché  des  larmes  d^  autres; 
3c  pour  moi ,  s'il  m^eft  permis  de  me  nom*-^ 
mer  ^  enfiiite  de  tant  d'iUufbes  peribnnes^ 
f'j^tois  jS  affligée  ^qus  jamais  mes  prop^e$> 
malheurs  ne  m'ont  été  fi  fènfib^fes.  Ci^peni» 
dant  on  ne  favoit  quelle  refi)lution  pren^. 
dre  :  Giangir  youlpit  aller  fêpye (enter  aiji 
grai^d  Seigneur  ,  pour  jtiftifier  (bn  frère  SC- 
re  confeflfer  feul  coupable  :  mais  auffi^tot 
qui]  pen&it  qu'il  ajbandonnoitÂxi^re  à 


4^^lr&lkith  ktffiwr  r«tpu£nct  en  Pcf^^, 

,àx>k  foxxp&tc  Se  hn  mal  tout  -tnlkmblt  i 
^  ne  s>  poHv^ic  re£)uike  ^  deiltttomhoit 
4^ns  iméi^d^^0  A^iamirc  ic  £onc6té. 
m  ttmt^  ^«1  mojren  djfécbapper  ide  eçr 
f€^  :  èUe  mt  votikit  iau^emoes  deux  Ptùh^ 
0Ç5. ,  A:  &  Kàuyiçr  t^k-jnênip  ;  mais  nç 
pouvant  ni  Met  en  Perfe,  ni  voir  Sebr 
xmn  9  ni  refter  en  filcecéxbiis  un  Ueu  ^  ou . 
ésm  M%ok  pHis  inpcmnnië  s  e)k  trou  voit 
^^ue  la  feule  mpJEt  Ja  pouvoic  titet  de  tant 
4*inSntm€s.  Pour  Mufta|>ha«  fa  plus  gcan* 
4e^4oiiicifiir  éocjt  de  voir  J^aS^iâion  de  ion 
Aerei;  :&  decraindre  que  fon  Palais  ne  fôt 
^  un  fiiHle  ja^lable  a  la  PjrinceCe  Axia* 
;nire  riur  duiSefte  >  lui  difoit-il ,  )e  ne  m'e» 
mets  pas  beaucoup  en  peine.   Si  SoUrmn 
me  traite  zvpç  tigu^ur ,  ce  fera  toûjiouf$  : 
^ecit^ufij£:$.r£^.qiiûn'a£lige3  pouffiîiî**^ 
w)it-^il^  tfeft^a  crainte  que  fi  je  vais  me 
|a:eient!^  kSdàmsaï  ^    1'^   ne  vienne 
vous  faire  quelKj^exKitragef  n  mon  ai^Ten-^ 
ce:  &  ï^éioà^c  ne  vois  pas  que  ooua 
iniï/SfuisilimivIét  4ei:«miede.  Sarraj^i^^en^i 
tendant  fiarliei:£}n[maH  4e  cette  forte  j%r 
)èttia  ,à  fescpjfedsL  teoiir  le  dilluaolw  (h  v^. 
dejlïein  c  &  pour  le  prier  de  fe  &juy«m,J^^ 
4it-elle  :-,  epjès  avoir  dçiîïatKlé  pardon  à: 
Cia^^  j  Q9m|>ieii  f^rdemm^ot  {Ui;K:téap9i 


loS        L'I  t  L  V  s  T  R  e    E A  SÎ6  A 

avoit  cherché  un  prétexte  pour  le  pêrdli?^;^ 
'que  Payant  trouvé  ^  il  devoit  êcr«  afluri^ 
qu'elle  s'en  ferviroit  à  fa  ruine  ï  &  qu'il 
valloit  mieux  refter  dans  Amafie  3c  s'y 
ilcfendre  ou  s'enfuïr  ^  que  de  s'expofer  à 
un  péril  (i  évidente  Mais  la  generoïîté  de^ 
Muftapha  ne  pouTant  fe  r«fî)iMlre  ni  à  l'un 
ni  à  l'autre  ;  il  c&  de  votre  aâfeàion  >.  lui 
xtpondit<4l ,  de  me  eonfeiller  de  cette  forv 
te  :  mais  il  eft  du  courage  de  Muftapha  ^ 
ne  vous  croire  pas  ^  &  piiîs  que  )e  mis  in* 
nocent ,  )e  ne  fuirai  jamais^  comme  un  cou«> 

Sble.  Quoi  qu'il  paroifle  que  j'ai  manquéj 
Ion  la  rigoureui^  &  l'exaét  politique  3  en 
n'avertiilant  pas  Sôiimân  que  la  nfle  de 
ion  ennemi  écoit  en  mon  pouvoir  ;  je  pen(e 
lie  m'êcre  pas  éfoigné  de  la  rai  ion  en  Cèt-^ 
vant  une  fi  excellente  Prince/Ie  Se  mon 
ftere;  Ôc  en  ne  contribuant  pas  à  rin)ufte- 
autour  du  Suit  ah  :  fi  bien  qu'aprèç  cette^ 
latisfaâiion  intérieure  ,  je  veuxreaîettr«' 
mon  innocence  à  la  conduite  du  ciel  qui 
en  eft  toûjoun  le  protedeur.  Giangir 
voyant  (a  refblution ,  iùpplia  Axiamiredie^ 
ne  trouver  pas  mauvais^  s'il  alioit  mourir 
aveGfon&ere  :  mais  Muftapha  fansjdbm^ 
lier  loifir  à  la  PrincelTe  de  «pondre ,  .4uî 
dit  qu'il  ne  le  ibuffriroit  pas  <&  qu'il  lui 
laifloit  en  p;arde ,  Se  la  PrincelITe  Axiami* 
rci  &  ia  caere  Sarr^de.  Jen'auc^  îa«' 

mais 


.  mm  ùk.  û)^  voulois  vous  rapporter  tout 

ce  que  l'amour ,  U  crainte  ^  Ia.gbneroiîcé^ 

^  &  le  defeipoir  firent  dire  à  ces  illuft|-e| 

^  peribnnes  en  cette  trifte  converfarion* 

.  Pour>moi)'écoutoic  tous  leurs  difcoursiani 

parler.  Lors  que  tout  d'un  coup  le!  d^ût 

.que  j'avois  de  les  Tervir  ^  mln/piia  ua 

moyen  par  lequel  je  crus,  poavoir  iauvei 

Muftapha  »  mettra  Axiamire  fulfuTeté'^ 

eûliyer  les  larmes  de  Sarrayde  ,  rendre 

Ctangir  plus  excu/able  ^  fignalér  J'aâe* 

âion  que  pavois  foat  la^  Princdll}  ^^  àt 

détruire  tjaus  les  tliaùvaisctefleifitdestei^ 

nemis-de  Muftapfaa.  Ilieft  certaiirqàe  cco^ 

te  pensée  nteidomianiie  yiyc  b  extradai» 

nairc  qu'elle  parut  aufS-tot  dans  mes 

:  y.eax>  à  travers  les  larmes  ^ue/e  répàn^ 

idois  :  inàis  comme  ^e  craigipt^  que  i^sgt^ 

neiûlîcc  deia  Priiicefle  nk;fiki^^abftaf^ 

de  à  mpn  deâ[eiii  /)eiine  /ectai  àibs:pief{^ 

'Se  idL  cQOfunÀ^  me  di^èrrIaipa2X)fet 

qu'elle  né  xefufîeroit  pasuomoyeirqueif 

penloîs. avoir  trouvé  de  les  tsrer/téus  d«ifc 

Î6iniSi&  du  pciil  oàjeks  ifojois^itè  ,iaÙL 
lle^  ine(dit*^e  V  veux-^xu  qfa'titie^cli^ 
jie  qoirxetfviciidla  jasoFt  jàvec^^oyie^^elk 

^j^it0msi^^làmnc  t'abu&  :  âc*  que  Ifevt^ 
trémie  caYÎA  auc  m  u  doutneiervittie m 
J/,Fam  %i 


f»  Vi-zt^sT^m  Bas  s  A. 
^ifle  croire  (on  abé  ce  que  )ç  tiens  kné 
poi|ible.  Point  du  toiac  y  Madame  >  luirez 
pondis-)e  >&  pourvu  que  vous  me  promet» 
tiez  de  se  vous  oppofer  pos^  à  ce  deâèin  ^ 
îe  vous  afliire  que  voui-mSme  y  tsoii¥e« 
lez  beaucoup  d'apparence.  Sarra^da 
voyant  qu*Axiamirc  ne  fe  liâiok  pas:  dû 
me  répondre ,  l'en  prell^  6  fiut  iquf  eiie  m« 
^onna  ià  parole  dc£ike  ce  que  j«  vou^ 
ihroîs.  . 

•  EUe  n'eut  ms^firtottckevi  or  dilcours^. 
l|uc  kit  rendau  gtace  dr  la  peniiffioa 
^'ellè  ne  doBnoitvcle  h  ârvii^y  ^  lai  fii 
«cendreparqacUr  :toyé  j'eipecoiî  kimet^ 
«De  ea  i^reté^  Ex  fnm  le  Ibi  faire  inif os 
xomprenilre  >  )e  la  6s  içoyenir;  ^ue  or 
tnéme  maicliandjqui  avbk  ven^.^npoiV' 
«ait  à  Soiiman  coqmne  étant  le  imet^  i 
«iDok  anifi  «endu  le  mien  au  Prsace  Gîas^ 

{[tx  cqrnœe  ècmi\  le  iîeç.  De  forte  que  t)oas 
eitur^r^deia  peine*  où  jelesi^^oift,  1t 
ppoc  iarimettre  en  aAurânce  ,  il&Uoit  ^M 
ÙHftapfaa^me  coaduifit  à  Soliman^  nùf 
ùm:  féiiblant  <1g  croire  qnej^étoi^  Ihônf 
«eâe  xiePerif  :  ce  qu'il  ccmstntBDic'^al' 
ièkpcÉMa^ri^e»Ie  Pjriace  Giangir^avc^t  de 
fB0i;&  par  ^fe  t(h(iaîgnagei  dU  ittâj»db|^ 
^|àii>le  liii  Wof t  vendd^  |otnf  àiifB^q«ie'So^ 
jfin'a!!^  paria  propre>experience>  it^'auroie 
|9|i)de  peine  à'Ciàîjceqisegke^Prûice^aiUJ^oiit 
■     1i  i.:.iA  Ai» 


C>35  àt  cette  fonc  ,  Muftàphk  p6urfok 
iiiier  d*avok  en  fes  mains  la  vemabJ^ JPriiif 
1t^êti^€  <i€  Perfd  ;:&:  par  con&^ient  ifuteHf 
^ok  cn^fiitëcL  Que  poàc  lukil'fôUèA  qa^il 

Tn  êr  après  n&cre  imq&age  ^^^n  tn'avoic  prg^ 
iehtéc  à  S^attayde ,  ^ï  par bçostsé  m'ayoil 
àreçùë  en  ion  pakis  ^o^  )^avs^s|irci^4  coat 

Pfieure  m|ifi4  iiavditvfcy  d^eâeiii  dcrmis  ni«^ 
lie^  à  GciBlla^tinople  ^  écaiic  tbui:  ptlk  i^ 
partir  pOi«f  t»  yfàf^^&i  hr&vidAyfÀt  («é 
]|u  k^W#e5  iiriSdli^aQl:  JfôleQiîiiA  eor 
cof  d  cjttie^iip^ii  «albràrlks.le<f  1^  deilf  «^ 

iRstinniù  Sakan  ;  i  iii  ftîlkk  ^iràl  niât  aVec 
jlAi^titâe  ^  tié  iii^iKbi^C-  ce  i^e  ç^éiôîc  ^  pyi$ 
|«^  ptr^f  e  aie  i*ctzpomibk  cobYftiitol» 

IfouirpN^  aj'O^ 4^  {k$i ennemis  qui) ^7091; 

«il^;j^^r,Uj|teiaqdIHxîp.porfc  Étf>ij;V'eii 
ifeâ  pcu^rv  ^oienc  Àoncrc&i£  ce^jeCr 
trd^  pGor  teiMfrdreauftrès  diî  SolHn,$iV  Ec 
fiât  Vftoî  y  di^ijfe  àiIa:'PriB^irè>  :»^/XPMf  * 
iM^^mieetem  ^a$  ài|f  ijic'iJ  Iqi  «iel  :^vi^J?^j| 

QÏV 


iii      L'xiiustRt  BAsf  a; 
infpiifé  ce  deiIein^»  linc  faura  bien  coaAf^ 
ver  il  }e  fuis  digne  de  fa  proteâion  ;  fym 
)e  moariai  tomDurs.ivec  joye  >  /î)e  mçiîrs 

£ûaiii|e  fakic  de  tant  d'excelleticcs  pecftmf 
eSf^Aii  Felixatkel  me  die  U  Pmcelle  ^j^ 
ne  ^eux  pbincmefauYeir  par  vocre  perte; 
&  fi  vôtrb  zèle  vous  porte  à  ^ette  re^lu*. 
tion  ,  la  rai&xrne  veut, pas  que )'y  jconfeii- 
te.  Vous  inç  l^ve:^  pigmisi  »  Madame  ^  lui 
tf  ft^jp  eit  Pimcrroi^ppaiit  f[6c  je  i^  ptn]^ 
pas  ^\ine  «rand»  l4ineeflk:d9iim  tfskfbféf 

Ïas  que  ma  ^erce  ^oiif  i^uokftblf  :)iC4r  j^ 
n\^  pourj(ùivss-)e»fdHii)aii  ne  {^eutin^jiô:  " 
cufer que  d'avoir  reça  poar  qutJ^iiîs  jou/f 
ï§^  hmnçtàsiïCpii  l^ofi  i^^  rendue >  tom? 
me  à  kPrin^eflè  dciSii^i^^^A^^ 
Stella  foâSrpakMals^â  celdiV4|iil^î4^^^ 
^li  e  font  être:  èn^  pbsL  de  iuireté  >  cpa^  t| 
»e(^âqûe  i'oacioiroic  devoijt  à  ms^eor 
ititipn  s  )^  n<^^  Jpf  s  dcftiNisé  ht  Çrinee^a^ 
i^ndaar  à^  mê  teire  ootiéokre  poMce  qjnf 
yélbi^qM9es£|ttfêftuxJjf«çds  de&  HtfU^ef 
^  :  pçiur  luidemandèe^aft6» 
ivif^kr  èè  me  dcmneriadibcttSi^LSarf^dl 
%éyl»ilt4)eai]eoupix{fappaieacc  à^chquerjf 
4ifi>)S,  conjuroit  Axiamir^  dene  re(iftelr 
j^luf  à  ce^etfeiiu  :€taî^r  me^nompoie  f% 
ii^krttfiaej  6caaeJdtiQKtfes;dipfe»^f)|^ 
|;eai^cs  ^ue  j^  ti'Qa.ff  tcbrakj|nidi9dkinMI^ 


*, 


,    tivi^B   SicpN%rU       irj. 

moire.  Pour  Muftapha  ^  quoi  qu'il  vît 

S'  |uelque  ajpparcncc,  à  ce  que Jepropaioif^ 
on  grand  cœur  ne  pou  voit /e  reibudrei 
déguifer  la  vérité  :  Se  s'il  n'eût  connu  cer« 
tainemenc  que  c'étoic  la  feule   vojt  qui 
.permetcoit  a'efpcrer  de  mecue  la  Priû^ 
celle  Ax(amire  cnfùreiéj  il  n'y  auroic. 
.  jamais conicnti.  Mais  cette  con(ide ration^ 
jointe  à  rextrême  amitié  qu'il  avoit  pour 
.  ion  frère  ^  fit  qu'il  fe  refblut  enfin  à  tout  ce 
.que  j'bu  dciîra  de  fuL 
.^No^:s)^oîlS  préparât  k  part/r  dçs 

Je  |én4ç*naïiii-  jç  ne  vous  dirai  point  quelte 
./épuration  tiic  celle  delà  Princeffe  Se  de 
jnçï^dc  Çîangi.r  &  de  Muftapha,  de  Mu* 
ilapha  6c  de  Sarrayde  ;  pui/que  ce  ne  fèf 
j^i^t  quexçnouveller  toutes  nos  douleurs^ 
p0in:  une  .choCc  qui  n'eff  pas  ab/blument 
^n^geflàirç  quç  vous  lâchiez.  Mais  je  vous 
mtai*ieulemçnt^que  jarnais  là,  feparatic&ï 
Jdè^l'i^mè  &  du  cor^s  ne  fe  fit  avec  dç| 
douleurs  fi  violentes  que  furent  les  nôtre; 
^utrîfte  moment  de  cefunefte  5c  dernier 
^çdjei^"!  je  fiis  mift  dàils  un  chariot  ,aveV 
AÇiiiJtmmçi^  que  iarrayde^  ihe  donna 
fçax  ^cj^vir  ^  &  Muftapha  accompii<» 
vgné  de  peu  dç  moncîè  /m^choi't  Icneval 
'^uelqpe  cinquante  pas  devant.  Nousar« 
^jrivâ^ès  au  camp  d^  l'Empereur  un  joiif 
'.vlus  x»d  Q»t  npus  ioii  t'avions  pensé  ^  pâfe- 


\^ 


tfeauc  le  chariot  où  ji'écois  s'éraiit  rortijnr, 

'il  fuHi*c  ce^tems-là  pour  le  racommoder^ 

&  vous  connokiez  >  Seigneur  y  dans  fa 

fuite  de  mou  difcouïs  <jue  ce  n'eftpas  ians 

^(îijct cjuc yt  yqus  f*is  cette  remarcjue.Nous- 

.  »e  fumes  pas  Stôt  deiîfendus  à  une  tente 

'  qu'on  noûs.'avoit  préparée  , qjue  le  PrincjÇ 

'Muftapbaqui  croyoit  m«  devôrr  cônduiise 

.  i  Soliman  ,  ^at  ordre  d'y  attendre  fts 

command^emeiTS ,  &  de  me4?emtctre  entre* 

.IfS  mains  /d'un.  Balfa  q^ûi  liie  dtV6itpté* 

'ientcr  à  VxHs^rkciTt.  yi^^ 

/procédure  m'éconiw.  :  isè  cjfuc  je  cckiànén* 

Jçai  4e  craindife  ppur  te  Pritkre^  En  Ceàiè-r 

me  inftam  ,  il  reçut  divers  avis  que  (i 

perte  étok  re/okié  de  indufbitabte  ,  s'il  ne 

^repoullbk  fci  force  par  là  ferceriés  pÈin* 

mce^^l^Agad^  ri- 


/auvcrejierit  la  vie  qti'îf  ailbttpefdië,;nîiiîs 
Jui  mettroîem  ja  couronne  fur  fâ  tête.  A 

IcHllpottv'&fee?»^^  '^ 

^quc.  régner  mjirftement  :  &'qJu^»nitl^iNr 
2e^  aîrarrt, trop  ^'9'  ponr  r^ÀÀde  l'u?^ 


^ftKOt  moi  hrfejpc  ),c  Conis  de  Gl  tente  Icf 
larme»  aux  yeux  ^  il  me  eoniiura  ^  pui/qu^ 
fc  devok  voir  SoUmaa,  d'obtenir  de  lui 
cu'il  fe  pik  juftiSer  en  pei(bnne  des  acoK 
fations  qA'on  faiibk  contre  /mi  kinoceiH 
xc  :  &  qa'il  eât  la  bonté  de  ne  le  condamr 
ner  pas  fans  l'entendra.  Je  lui  promis  cp^ 
^u'il  voulut^  fans  iavoirpreioue  ce  que 
jt  faiims  ,  tstnt  j'aTois  de  trouble  dans  Vsl^ 
me ,  pai  la  crakite  où  j'éîoî»  que  mon  deP 
iein  ne  tèàfsk  pas.  }e  fis  pouitant  un  ef^ 
^rt  fur  moi-même  ,  ponr  raflurcr  mon  vi^ 
/âge  ayant  que  pasokre  derant;  Soliman.r 
LcBzSkqm  meIcohdui(bit  eu.t  la  bonté 
iene  me  pre^rpas  trop  s  ce  qui  fit  que 
T'eus  le  loffirdeme  remettre  en  quelque 
fit^onr^ 

:  L'on  me  fit  paUEer  par  trois  tentes  avaiLt 
^iiexS^acrivef  à  cei  e  éik  Sxât^u  \ms^îs<QmL 
db  tnonckque .)^  TÎs-me  parut  fi  crifte^  jfct 
-j^entendis  nommer  tant  dk  fois  MnAapha. 
à  demi  bas^  ^  que  )e  connfis  bien  dès-lors 
qïr*on  le  voukxit  perdre.  0'abord  que'îe 
«parus,  SoMma»  nir.fembla  ét!Fangf9ieQt 
•fiij^ris  i  £1  me  regarda  d'un  ail  irrité ,  Je 
tdemanda  an  fiafia  qm  m'avoit  cindxfiffi 
^vaat  lui  >  oàiétoit  la  PrincrieJde.Petff, 
'JJdgneur ,  lui  dîr-il ,  le  Prince  JMuftapl^ 
-ée.m*à  remi^que  cette  perionrie  entrctlfs 
«aisis  ^ jque  )c  .lui  ^.^4.  tsai(4ï>sc»n«%C 


^nc  Princeâc.  Je  n'<(u5  pa^  Ckoz  enteff» 
iàn  cecce  fcponfe  j  car.)c  iavois  dé)a  uA 
^eu  vôtre  langue»  que ^e  me  jettaiaux 
pieds  du  Sultan ,  6c  le  vifage  tout  couvert 
'de  larniei'fjeie  fupplîai  de  m'écouter.  Je 
n'^ccoute  point  le  menibnge ,  me  répondis 
il.  Seigneur  »  lui  repliquai^^îe ,  ce  n'eft  pas 
|>Our  empêcher  ta  HautelTe  de  le  punira 
que  )e  te  demande  la  grâce  d'être  écou- 
tée ;  mais  pour  t'empêcher  de  confondre 
l'innocent  avec  le  coupable  :  car  enfin  , 
"Seigneur  ,  )e  iîiis  feule  criminelle  ^  Se 
•Mu/lapKa  cft  âbiblumenc  innocent.    Je 
'  votlclrôis  ^  me  réjpondtt  Icgrainrd  Seigneul^ 
TaVoir  dôiiné  la  moitié  de  mon  Empire ,  & 
^ge  MuftapJia  ne  fkt  pas  coupabe.  Sei« 
gneur ,  lui  repliquai-jc  avec  plus  de  har- 
^efl*c*qù'àùparavianti  je  ne  te  demande 
<^iie'deù3(  ùhcfci  pour  ce  dcmnex:  cette  ùfh 
^sfâtftibii  i  l'ane  quc^  tu  r^'enceitdes  fanti 
%n'interrbmprej&i*aatreque  tu  pcr  m  di- 
ctes au  Prince  de  fe  juftifier  en^erfôaine. 
^êtte  dernière  choie  eftimpouible^  me 
^répondit-U  »  mais  pour  l'aigre  je  l'accorde^ 
^J^  te  promets  de  pliis  que fî  tu  )iifti^e  Mîû 
Iftapha^  cèqne/e  irexrois  pasque  tupuifle 
f  faire  ^  il  h'eit  rien  que  tu  n'obdeime  de 
^fn0i.  Jene  me  irendjs  pas  d.'abord  >  )e  Ib 
''  fuppli  ai  de  vottlpir  voir  le  Prince ,  )e.  îit^ 
Miai  ie^'k^vaincreparohes^ xsà&^^imiis 

enfin 


Livre   Second.        117 
ifin  voyant  que  )e  n'avançois  rien ,  jcléi 
_clis  la  chofc  comme  nous  l'avions  re/bluc", 
'  ^  lui  fis  ce  récit  avec  tant  de  naïveté  , 
[ue  je  m'apperçus  bien  qu'il  me  croyoit. 
e  tepris  cette  niftoire  depuis  l'arrivée  de 
uilim  à  Mazanderon  ;  ôc  venant  à  par* 
1er  de  nôtre  nau^age,  je  plaignis  la  per- 
*^te  de  la  Princefle,  je  parlai  d'elle  comme 
la'  croysnt  cnortc  ;  Se  contai  encore  coni« 
^  ment  Sarrayde  m'a vpit  reçue  ;  de  ceux 
qui  m*a voient  trouvée  au  bord  de  la  mer; 
^  Se  enfuite  comme  depuis  peu  de  jours  le 
■  Prince  Giangir  m'ayant  vue  aujprès-de 
^  Sarrayde,  où ^'avoi^prcique  toujcurs^étc 
^  malade  ;  avoit  crû  que  j'étois  la  Princeflfe 
'  de  Perft ,  à  caufe  d'un  portrait  qu'il  avoit 

*  de  moi  ;  •  ôc  ^u'un  marchand  qui  l'avoic 
trompé  >  lui  a^oit  vendu  comme  étant  ce^ 

*  lui  d' Axiamire.  Je  lui  dis  encore  qu'auffi- 
;tQt  qiie  Miiftapha  avoit  cru  que  j'écois  4a 
*^  Prînçeflè  de  Perfé ,  il  s'étoit  préparé  pour 
^fhé  conduire  àfaHauteffe:  &  quepout 
"  jnoi ,  je  ne»l'avois  pas  défàbusè,  tant  poM 

*  être  avec  plus  de  sûreté ,  que  pour  c^  que 
'  j'efperois  obtenir  plus  aiséthentipa  libellé 
'-'  lors. que  je  la  lui  demanderois  ;  par  la^ne- 

*  moire  de  l'infortunée  Axiamire  Solirtian 
^•^Irchi^  de  mèSpâibtes  'i  fit-  un*  grand  -  foM- 
^î)5r'  :  & 'témoigna  par  ion  aâion'  &  par  /es 
^'SfcûàiSy  êtreaffligé  de  U  perte  de  JaTPiin- 

JLPartk.  Tt 


>i8     L' ILLUSTRE   Bas  S  A. 
cette  ;  Se  coutesfois  avoir  <]uelque  joye  ic 

fKiyoir  e/pcrerque  Muftaphan'étoitpas 
coupable  qu'il  Jravoit  crû ,  &  que  peuc^ 
être  à  la  fin^  pourroit-il  fe  iuftifier.  En 
cette  pensée  le  Sultan  me  pana  ave^beau* 
coup  de  douceur  ,  Se  certes  il  faut  que 
|!avpiie  queje  n'ai  jamais  vu  une  majefté 
plus  charmante  que  celle  de  ce  Ptince. 
;      Mais  j  généreux  Ibrahim  «  que  ce  bien* 
,  heureu^l^  inftant  fut  d'une  courte  durée  î 
car  i|  faut  que  vous  fâchiez  que  Ruftan  le 
plus  Àiéçhant  de  tous  les  hommes  «  étoit 
parti  du  confentement  4e  Solim^  ^  en 
.  même  tems  que  celui  qu'on  avoit  envoyé 
à  Muftapha  >  lui  porterie  commandement 
de  venir  au  camp  :  mais  il  étoit  allé  à  Am^^ 
lie  par  un  chemin  détoujrnéj    iuivi  de 
ynille  archers  à  cheval  :  ayant  envoyé  deux 
_cipk>ns  dans  cette  ville,  pour  l'avertir 
•;  ijuand  Muftapha  en  feroit  parti  :  afin  d'at^ 
<.  Jer  prendre  Sarrayde  dans  ion  palais  pour 
-^  en  favoir  la  vérité  ^  en  cas  que  le  Prince 
la  vou}ûi  nier  ;  cet  artificieux  eiprits'ima^ 

fjinant  qu'une  femme  jalouie  feroit  capa* 
le  de  tout  dire.  Mais  le  principal  fujet 
de  ce  voyage  étoit  pour  prendre  la  Prin* 
cefle  de  Perfe  >  fi  le  Prince  ne  ramendc 
pas  :  ëc  pour  chercher  dans  le  cabinet  ae 
Muftapha  quelques  autres  lettres  du  Sçh 
phi  qui  puiïenc  encore  le  convaincre  d'in- 


Livre  Second.  nj 
telligcnce  avec  les  ennemis  de  l'Etat.  De 
ibrte  qu'un  jour  après  que  nous  fumes  par- 
tis d'Amafie ,  Ruftan  y  arriva  avec  un  oi^ 
dre  abfblu  à  celui  qui  commandoit  dans 
cette  place  en  l'abfence  de  Muflapha  , 
d'obéïr  à  Ruftan  comme  à  ia  Hauteilç. 
Vous  favez.  Seigneur,  que  ces  /brt^  àc 
<ommandemens  ne  trouvent  gueres  de  rcs 
belles  en  cet  Empire  :  &  puiiqu*il  s'eft 
tîouvé  quelques  fois  des  Baflas,  qui  ont  en- 
voyé leurs  têtes,  quoi  qu'ils fu/ïent  Géné- 
raux d'armée ,  &  quoi  qu'un  homme  fùivi 
.  feulement  de  quatre  muets  la  leurdeman- 
dât ,  je  penfe  que  vous  trouverez  moins 
étrange  que  le  Gouverneur  d' Amafîe  quoi 
qu'afîeâionné  à  Muftapha,,  ouvrît  pour- 
tant les  portes  de  la  ville  auflirtôt  qu'il 
eût  vu  le  pouvoir  de  Ruftan ,  '&  ïans  con- 
fulter  le  Prince  Giangir  là-deflus.  Je  vous 
laiCe  à  peni%r  ce  que  devint  ce  Prince  ^ 
lors  qu'il  vit  Ruftan  à  la  Porte  dupâ}ais  de 
Muftapha  ,  fuivi  de  ce  grand  nombre 
V  d'hommes  armez.  La  première  chofe qu'il 
.fit  fiit  d'aller  en  diligppce  ^  ji^pp^rtement 
:  id' Axiamire  >  oif,  ,pour  j^4cner  dç  ^la  faif e 
fauver^  ou  pour  mourir  .en  Jq  defenjdant. 
,  Mais  ce  fentiment  d'affe<^^JfaEcegui  ja 
fit  prendre  plus  (àcilement  :  oar  ^uftiin 
n'eut  pas  plutôt  remarqué  le  chemin  qqe 
prenoit  Giangir  ^  que  Uilfantame  partie 


*220        L*IL  tUST  RI    B  ASS  A. 

*  de  ks  compagnon^  à  la  porte ,  il  fc  fit  Cii* 
"vre  de  l'autre  ;  Se  fuivit  le  Prince  ayec 
"Beaucoup  de  hâte  juf^ues  à  la  chamtrc 

*  d'Axiamirç  ,  où  il  entra  de  force  avec  lui. 

Jugez  ,  illuftre  Bafla  ,  ce  que  devint  la 
rincefle ,  lors  qu'elle  vid  Ruftan  qu'elfe 
reconnut  auflî  tôt.  Ah  lâche,s'écria-t*el]e,  ■ 
viens-tu  encore  m'enle ver  une  féconde 
'  feis  ?  il  faut  avant ,  reprit  Giangir ,  avec 
beaucoup  de  fureur  >  Qu'îl  m'ôte  la  vie, 
tout  déiarmé  que  je  mis.    Je  ne  ferai  ni 
l'un  ni  l'autre ,  reprit  le  méchant  Ruftan, 
qui  ne  vouloit  pas  être  contraint  d'en  ve- 
nir à  la  violence  contre  le  fils  deRoxeli- 
-  ne  ,  mais  j^executeraî  feulement  les  or- 
dres du  grand  Seigneur ,  qui  veut  que  je 
lui^rte  tout  ce  qui  fe  trouverade  papiers 
'  dans  Iç  Cabinet  de  Muftapha.    Sarrayde 
'  qui  étoit  auprès  d* Axiamire  >  &  qui  (a voit 
'  bien  qu'on  ne  trouveroit  rien  qui  pût  nuire 
'  î  ion  mari ,  en  fut  elle-même  montrer  la 

*  porte. 

Cependant  pour  feparer  Giangir  de  la 

Princefle ,  Ruftan  lui  dit  qu'il  avoir  quel- 

'  ^ue  chofe  d'important  à  lui  communiquer: 

mais  ce  Prince  lui  répondit  que  n'ayant 

•  point  d'intérêt  séparé  d* Axiamire ,  il  pou- 
voir parler  devant  elle.  Ruftan  fiirpru  de 

'  là  liberté  de  ce  difcours,  commença  d'a- 
'Wr  d'autre  forte:  &  fe^int  voirèGiaô- 


Livre     Seconit.         ihv 
gip  le  pouvoir  abiblu  qu'il  avoit ,  il  remit 
Je  defeipoir  dans  l'ame  de  la  Prince/Te ,  & 
Ja  fîireur  dans  celle  de  Giangir  :  qui  fans 
ccnfiderer  que  fa  refîftance  le  rcndoit  cou* 
pable  ,  ne  laifla  pas  tout  défarmc  qu'il  ctoit 
de  faire  de  grandes  chofes  ,  pour  s'oppo- 
fer  à -l'enlèvement  d*Axiamire.  Il  voulut 
arracher  le  cimeterre  que  Ruftanportok 
pour  js'en  fèrvir  confre  lui  5  &  il  Tauroit 
lait,  fans  doute  ^  ii  ceux  qui  l'accompa^ 
gnoicnt  ne  Yen  enflent  empêché.  Il  cher- 
cha de  tous  les  côcez  de  la  chambre  pour 
voir  s'il  n'y  trouveroit  point  quelque  cho- 
ie dont  il  fe  pût  défendre  5  mais  enfin 
voyant  que  tous  fcs  eflbrts  étoierit  inuti- 
ks  ,  il  pafla  d'une  extrémité  à  l'autre  ;  & 
après  avoir  fait  cent  outrages  à  Ruftan^ 
tout  d'un  coup  il  le  con)ura  les  larmes  aux 
yeux  d'avoir  quelquepitié de  lui  en  laper* 
xonne  de  la  Princelle  Axiamire  ;  de  fc 
fcûvemr  qu'il  éroit  fils  de  Roxelane  jdont 
il  avoit  épouse  la  fille  ;  qu'il  étoit  afluré 
que  fi  la  Sultane  fa  mère  fàvoit  fes  def- 
feins  3  elle  Içs  approuveroit  y  qu'il  fe  fbu- 
"vint  que  Muftapna  devant  régner  un  )our 
il  ne  pouyoit  trouver  une  meilleuçpocca- 
^on  pour  rendre  fa  fortune  aifurée  j  que 
de  l'obliger  en  cette  rencontre  ;  qu'au  rc- 
fte  3  fâchant  combien  les  intérêts. de  la. 

Sultane  Reine  «  lui  étoient  confiderablcs  ^ 

■  "  ^  '■■■■-  -  ». 

Tt3 


222       LMllusI'RE  Bassa. 
iltrouvoit  qu€  cen'étoit  pas  lui  rendre  rÉH 
fort  grand .lervice ,  que  conduire  une  Priii- 
celTe  à  Soliman  donc  il  écoit  éperduen)ent 
amoureux. 

A  toutes  ces  choies  ^  Ruftaa  répondit 
avec  une  froideur infblente ,  qu'il  fefbu- 
renoitfm  bien  qu'il  étoit  fils  de  Roxela- 
ne  :  âc  que  pour  cette  feule  rai/bn  y  Soli* 
inan  né  (autdt  tien  de  là  refiftance  qu'il 
apportôit  à  l'exécution  à^  Ces  con^nian- 
«temen^.  Qa^aureftc,  il  ncrcraignoit  pasr 
de  deibbliger  Roxelane  >  en  coiidlufant 
Axiamire  a  fà  HauteiTe  ;  puiiqu^Iie  no 
pouiroft  être  que  ion  efclave,  &queRo- 
xelane  feroit  toujours  Sultane  Reine.  Soil 
efctalre  î  lui  répondirent  tout  à Ift fois,  & 
Gi^i^fy  Se  Axiâmire  furpris  d'une  paro«^ 
fe  il  iniôlenté-,  c'eiè'cè  quinepeut  jamais 
être.  J'abuferois  de  vôt/e  patience,  fi  Je 
vous  rédifois  tout  ce  que  Tamour ,  la  hi- 
teur  ,  St  lé  dèifeipoir  firent  dire  au  Prin* 
ce  Giaiiéir  en  cette  occafion  :  &  tout  ce 

Sue  la  douleur  &  la  generofité  mirent  en 
i  bouche  de  la  PrincelTe ,  en  une  fi  fô- 
dieufe  rencontre  :  mais  enfin  pour  con- 
dufion  ,  il  fallut  céder  à  la  force  &  obéir. 
5arrayde  tut  aùffi  commandement  d'entrer 
dans  un  chariot  avec  Axiamire ,  ce  qu'elle 
fit  fans  aucune  refiitance*,  auflî-tôt  qu'elle 
eut  obtenu  qu'un  fils  unique  qu'elle  avoit 


X  I  V  R  £  *S  X  Ç  O  K  D*  11^ 

l\e  l'âbandonneioit  pas.  Au  contraire  tût 
lembloit  avoir  quelque  coniblation  dans  la 
pensée  qu'elle  allotc  rejoindre  ion  cher 
Muftapha.  Pour  Ciangir  y  Ruftan  lui  dit 
qu'il  pouvoit  faire  ce  qui  lui  plairoic  :  mais 
ce  Prince  n'étoic  pas  en  état  deraiiônner 
fur  ce  qu'il  avoit  a  £iire.  Il  votis  eft  aisé 
de  comprendre  le  déplorable  point  où  il  fè 
trouvoit  ;  8c  quelle  leparation  fiit  celle  de 
ce  Prince  &  de  la  Princeflè.'  Il  la  conjura 
de  longer  à  fà  confervation'j  iS^  pour  là 
<onibler  en  quelque  forte  ^  il  lui  ditoull 
efperoic  que  Soliman  ne  pourroit  rernler 
hfçs  larmes;  qu'il  avoit  rame  grande  & 
gêner eufej  &  que  pourvu  que  l-amour-ne 
le  trouvât  pas  plus  fort  en  lui  que  là  rai- 
Ion  3  il  étoit  trcs-afluré  qu'elle  en  feroit 
îbrt  fatisfeite.  Que  cependant  il  lui  pro- . 
jncttoic  de  faire  toutes  chofts  poŒloles 
pour  la  fervir  :  &  aue  fi  par  malheur  il 
voyoit  les  chofes  defeiperées  ^  il  fe  defeP 
pereroit  lui-même  ^  &  mouroit  du  moins 
pour  l'amour  d'elle  ^  n'ayant  pu  vivre  pour 
elle. 

Un  difcours  fi  tendre  fit  tomber  des  hr- 
mcs  des  beaux  yeux  de  la  Princeflequî 
me  l'a  afiuré  depuis.  Elle  lui  tendit  la  main 
en  détournaht  la  tête  pour  lui  cachet  fcs 
pleurs  ;  &  Taflura  que  quoique  la  fortune 
pût  faire ,  elle  ne  détruiroit  jamais  l'cûi^ 

Tt4 


-    •  ♦ 


124         LS  L  L  V  s  T  R  E    B  A  S  S  A.  , 

me  &  l'amitié  qu'elle  avoit  pour  lui.  Qu'- 
elle lui  promettoit ,  pour  lui  témoigner 
qu'elle  n'étoit  pas  ingrate  de  ibnger  au- 
tant à  la  çoniervation  de  Mullapha^'à  la 
iîcnne  5  Se  de  n'entreprendre  rien  lur  fa 
vie  y  fi  l'on  n'entreprenoit  rien  fur  ion  hon- 
neur. Leurs  difcours   eufTent  duré  plus 
long-tems ,  fi  le  le  cruel  Ruftan  qui  s'é- 
toic  amusé  à  ranger  fts  gens  ne  les  eût 
fcparez  >  &  n'eût  fait  partir  les  PrincefTes 
&  le  petit  Prince  qu'il  mit  au  milieu  des 
mille  archers  qui  î'avoient  accotnpagne. 
Giangir  ne  voyant  pas  qu'il  pût  rien  entre- 
prendre pour  /àuver  l'inconfolable  Axia- 
mire ,  fe  mit  du  moins  à  la  fiiivre  :  &  mon- 
tant à  cheval  à  l'heure  même ,  il  ne  per^ 
dit  jamais  ion  chariot  dej  vûë.  Or,  Sei- 
gneur, je  vous  ai  déjà  dit,  ce  mefemble^ 
que  Ruftan  arriva  dans  Amafie,  le  lende- 
.main  que  Muilapha  &  moi  en  fiimes  par- 
tis :  de  ibrte  que  nôtre  voyage  ayant  duré 
un  jour  plus  qu'il  ne  devoit ,  à  caufe  de  ce 
chariot  rompu  ,  duquel  fi  )e  ne  me  ti:om- 
e,  je  vous  ai  déjà  parlé;  &  Ruftan  ayant 
ait  partir  les  PrinceiFes  deux  heures  après 
ion  arrivée;  le  hazard  ,  ou  pour  mieux 
dire  nôtre  malheur  ,  fit  que  la  chofe  fut 
conduite  avec  une  (i  étrange  jufteiTe  que 
dans  !e  même  tems  que  je  conjurois  Solî- 
Aianpar  la  mémoire  de  la  PriuceiTe  Axià- 


î 


Livre    Sêconô.  izf 

ihîre  jque  jeplaignois fa  funcftemortî  8ç 
que  je  paroiilois  coûte  en  larmes  y  pour  la 
douleur  que  je  difois  avoir  de  fa  pçrte  'x 
ye  la  vis  entrer  fuivie  de  Sarrayde  y  Ôa 
conduite  par  Ruftan  ,  qui  la  nomma  d'a- 
bord au  Grand  Seigneur.  De  vous  dire  , 
généreux  Ibrafiim  3  ce  que  je  devins ,  ôc 
ce  que  cette  vue  fit  en  Tame  de  Soliman 
&  en  la  mienne  y  c'eft  ce  qui  m'eft  abfb- 
lùment  impoflible.  Le  Sultan  me  regarda 
avec  un  œil  d'indignation  &  de  fureur, 
&  fe  tournant  vers  moi  avec  une  vdix  forte 
&  imperieufe  s  c'eft  donc  de  cette  ibrte  ^ 
mê  dit-il ,  que  tu  juftifie  Muftapha  ?  mars 
fâches  y  ]^urfuivit-il  j  qu'on  te  rendra  ju- 
ftice  au/îi  bien  qu'à  lui.  Sarrayde  enten- 
dant nommer  ion  mari.  Te  jetta  aux  pieds 
de  Soliman  pour  lui  protefter  qu'il  étoit 
innocent  :  mais  lui  fans  l'écouter  &  fans  y 
prendre  garde ,  fe  tourna  vers  la  PrinceUc 
avec  un  peu  plus  de  civilité  ,  &  lui  dit 
d'un  vi (âge  qui  fè  reflentoit  toutesfois  du 
trouble  de  Coti  ame  5  cen'eft  donc  que  pour 
Soliman  que  la  Princefle  de  Perle  a  fait 
naufifage  !  cie  n'eft  que  pour  Soliman  qu'- 
elle eft  morte  ,  ou  pour  mieux  dire,  ce 
n'eft  que  pour  le  bienheureux  Muftapha 
qu'elle  eft  échappée  de  la!  mer  ,  &  "qu'elle 
eft  vivante^  Je  fais  bien ,  pouriuivit-il-> 
qifé  la  violence  de  l'amour  que  j'ai  eui^ 


X3L6         ViLtV  &rfLÉ    iAÈBA* 

poui  Cx  beauté ,  m'en  a  fait  coipmettre  unt 
envers  elle  ,  qui  femble  me  rendre  indi-* 
gne  de  ion  affection  ;  mais  les  larmes  que 
l'ai  répaAduës  pour  f^  perte  ^  ont  bien  c(^ 
&cé  ce  crime.  Cependant^  6 impitoyable 
ennemie  ^  tandis  que  je  me  ccmiiime  en 
regrets  ^  l'heureux  Muilapha  rit  de  mes 
larmes  &  de  mes  ibupirs  ^  devient  mon  ri- 
val ,  ou  pour  mieux  dire  mon  ennemi  ^  &; 
Tennemi  de  l'empire  :  en  retenam  une 

Î>eribnne^ue  j'aimois  î  ou  pour*  regarder 
a  cbofe  d'une  autre  Èiçoa  y  £ix  retenant 
la  fille  de  mon  ennemi  ^  en  failànt  des 
traitez  fecrets  avec  lui  ;  &  en  voulant 
/ans  doute  m'arracher  du  trône  ^  pour  vous 
y  mettre  &  pour  sy  placer.  Car  de  pen- 
&r  que  Muftapha^  n'ait  pas  iu  dç  vous  paj: 
quelle  avanture  vous  fîtes  naufrage  ^  c'e$ 
ce  qu'on  ne  me  perfuadera  jamais.  De 
croire  qu'il  ait  traité  de  ce  mariage  ,  fans 
vouloir  m'ôter  la  couronne  ,  c'eft  ce  qui 
n'eft  pas  vrai-femblable.  J'en  ai  des  preu- 
ves qu'oft  nç  fauroit  détruire ,  &  rien  ne 
peut  me  faire  croire  le  contraire. 

Il  fàu\  pourtant ,  Seigneur  ,  que  je l'eiv 
treprenne ,  lui  dit  la  genereufe  Axiami- 
re  y  à  laquelle  il  ayoît  toujours  parlé  en  /a 
^langue  ;  &  quête  faiiaotun  difcours  où  h 
vérité  paroitra  toute  pure,  )e  te  feffe con- 
IKtttre  que  Muflapha  n'eft  point  coupable  j 


L  X  y  R  B  Second.  I17 
que  Sarrayde  e(l  innocence  -y  ôc  que  cette 
pile  que  ta  Hautede  regarde  avec  tant  de 
colère  y  dit-elie  en  parlant  de  moi^  merir 
te  une  extrême  louange  pour  s*être  expo- 
sé au  péril  où  je  la  trouve  3  feulement 
pour  me  fàuver.  Enfin  ^  Seigneur  3  )e 
pretens  te  montrer  que  fi  ^ette  tempête 
que  )e  vois  qui  s'élève  en  ton  ame^  ne 
peut  s'appaifèr  faiis  tomber  fur  la  tête  de 
quelqu'un ,  il  faut  que  ce  /bit  fur  la  mien- 
ne y  puiiqueje  fuis  la  feule  caufe  des  trou- 
bles de  ton  efprit.  Mais  ne  crois  pas  lors 
que  )e  t'avoiie  ce  crime  innocent  ^  qtte> 
) -aye  oublié  le  tien  y  00  que  je  fois  aflèz 
lâche  pour  le  flat;ter  :  non  ^  non  ^  je  me 
fbuviens  encore  que  je  fuis  fille  du  Sophi  -y 
Se  que  par  un  traitement  indigpe  de  nuk 
copditioD  y  un  de  tes  efclaves  iti'^  enle* 
vée.  Mais  comme  le  falut  des  perfônnes. 
que  j'aime  y  m'eft  plus  cher  que  le  mien> 
)e  ne  te  parlerai  en  cette  occafion  que  de 
ceux  en  faveur  defquels  la  naturete parle 
aufli-  bien  que  moi. 

Ruflan  craignant  que  Soliman  ne  fe  laif^ 
sât  toucher  aux  larmes-  &  aux  difcours 
d'Axiamîre  y  eut  l'audace  de  l'interrpm- 
pre  :  &  de  demander  au  Sultan  >  quelle 
plus  forte  preuve  il  vouloit  avoir  contré: 
Muflapha  ^  que  la  fuppofition  qu'il  lui 
avoit  ^te  «  en  lui  amenant  Felixune  pour 


li8*  ViLLV  STtLE  Bassa. 
Axîamîre  ;  mais  il  n^avoic  garde  dans  lel 
defleiri  qu'il  avoit  de  perdre  ce  dépl(Jrabief* 
Prince ,  de  dire  qu'il  avoit  connu  en  pre- 
lianc  Axiamîre  ,  que  Giangir  enécoit  feul 
amoureux.  Ce  difcours  remit  la  colère 
dans  l'ame  de  Soliman  :  de  forte  que  quel-' 
ques  larmes  que  répandît  Sarrayde^  quel- 
ques  râifonsque  pût  dire  Axiamire^quel^ 
ques  fupplications qu'elle  put  faire; nous 
ne  vîmes  plus  que  des  marques  de  foreur 
&  de  jaloufie  dans  les  yeux  de  Soliman. 
Il  commanda  que  Ton  nous  donnât  des^ 
gardes,  fans  vouloir  permettre  qu'A xia-* 
mire  entreprît  de  juftifier  Muftapha  :  & 
défendit  exprcflemcnt  que  perfonnc  ne 
parlât  à  nous.  Ruftan  vint  lui-même  faire 
obfeirvér  cet  ordre  s  mais  comme  nous  for« 
tions  de  la  tente  du  grand  Seigneur  pour 
aller  à  celle  où  l'on  nous  conduifît  3  nousr 
rencontrâmes  Giangir  que  les  Capîgîs  n'y 
avoient  pas  voulu  laillèr  entrer,  lors  que 
l'on  nous  y  avoit  conduites. 
Ce  Prince  nous  voyant  toutes  en  larmes^ 
s'approcha  d'Axiamîre  5  hé  bien ,  Mada- 
me, lui  dit-il ,  que  dois-je  refoadre  de  mat 
vie  ?  Vous  a-t'on  maltraitée ,  &  Mufta- 
pha eft-il  convaincu  de  mes  crimes  5  eft- 
ce  au  ferrail  ou  en  prifon  que  l'on  vous 
mené  ?  Enfin  apprenez- moi  quel  eft  vô- 
tre deftih  ,  &  celui  de  mon  cher  frère  \, 


X 


-  JLiVR£  Second.  ^t%% 
afin  que  je  règle  le  mien  parle  vôtre  ^  ^ 
que  Tur  cela  je  forme  mes  deflein$  \  3c 
prenne  mes  refblutions.  Kuftan .  qui  ne 
vouioit  pas  ibuffrir  cette  conver/ation  ni 
irriter  Tefprit  de  ce  jeune  Prince ,  avant 
4]ueres  intentions  fiiilcnt  accomplies  ^^  de 

f>eur  qu'il  ne  feportât  à  quelque  violencp, 
ui  répondit  que  la  colère  de  Soliman  s'ap- 
|>aireroic  ^  que  la  patience  Je  vaincroit  ; 
&  que  de  peur  de  le  fâcher  ^  i|  étoit  àpro- 


Giangir  >  l'amour  ou  la  colère  a  fait  faire 
ce  commandement  ;  ôc  de  quelque  f^çon 
que  la  chofe  ibit  3  )e  fuis  égaliement  maU 
heureux.  Confblez-vous  ,  lui  dit  la  Prin- 

-neefle  >  &  vous  fouv^jtje:?  qu'Axiamire  ne 

-  fera  jamais  rien  d'indigne  de  fa  nai/Iance» 
deibn  cœur,  &  de  l'eftime  que  vous  avez 

'  pour  elle:  mais  cependant ,  s'iji  eft  polJi- 
ble ,  tâchez  d'aflifter  le  Princp  Muftapha. 
Ruftan  voyant  qu'en  marchant  c$tîte 
converfation  curitinuoit ,  remit  les  Prin- 
cedes  &  moi  fous  la  conduite  de  ceux  qjui 
i'accompagnoiem  ;  mais  Sarrayde  le,  con-> 
jura3quedumoiiisibnfijisM  fiit rendu  : 
car  il  n'avoir  pa$  voulu  que  Soliman le  vît, 
de  peur  qu'il  n'en  fût  touché  :  ce  cruel  lui 

'  a<îporda  x;ctte  grâce ,  .df  c^.aiflte  ^ujp  {es 


cris  &  fes  regrecs  ne  caufailènt  quelque 

'^émotion  parmi  les  iolclats  qui  les  éncen* 

doienc.  Pour  lui  ^  il  demeura  avec  Giaa- 

gir  3  auquel  il  die  tant  de  chofes  pour  Tap 

paifer  y  &  lui  iaire  croire  que  plus  on  au- 

-roit  de  patience  3  plus  on  auroitdecon- 

'  fiance  à  la  bonté  du  Sultan ,  plus  il  la  ferojc 

'  paroitre  y  que  tout  autre  que  Giangir  y  au<* 

^  roit  été  trompé.  Mais  lui  qui  xpnnoii|oit 

"l'artifice  de  ce  traître  y  n'eut  fis  fi^ivi  les 

'  confeils  ^  fi  le  vertueux  &  prud<ini;  Ach* 

mat  qui  les  joignit  en  ce  meme-téms ,  ne 

^  lui  eàt  confeillé  la  même  chofe  ^  quoique 

'  ce  fut  avec  des  intentions  bien  différentes. 

^  Jl  kii  promit  d'aller  trouver  Soliman  pour 

"  tâcher  d'appaifcr  fa  fiirenr  :  &  le  pria 

'd'aller  danis  fa  tente ,  fans  permettre  que 

•'  pèrfbnne  le  vît  ;  tant  parce  qu'il  étoit  vc- 

«:  nu  au  camp ,  fans  les  ordres  de  l'Empe- 

^reur,  que  de  crainte  que  quelque  efprit 

*  violent  ne  lui  fit  changer  derefblution  : 
-^  l'aflurant  qu'après  qu'il  aurok  vu  le  Sul- 
tan 3  il  iroit  lui  en  rendre  compte. 

Giangir  eut  bien  voulu  parler  en  parti- 
'  culier  à  (on  vertueux  ami ,  pour  lui  décou- 
'  vrir  fon  amour ,  &  l'inirocence  de  /on  fre- 

•  re,  mais  il  lai  fot  impoffible.  Ne  pouvant 
donc  faire  autre  cho/e,  il  alla  à -latente 
d'Achmat  attendre  (on  retour  avec  beau- 
coupde  douleur  Se  d'impatii^nce. Il  vojroic 


LïvftE   Seconp*         iji 

^ibn  (rcre  accusé  &  en  danger  pour  l^atnouf 

de  lui  )  ùl  belle  ibeur  en  prilbn  ^  tSc  ia  mai* 

treile  entre  les  mains  de  (on  père  &  de 

'ion  rival  5  &  d'un  Prince  qui  ecoittouci 

la  fois  amiahc  &  ennemi  d'Axiamire.  Il 

craignoit  également  la  faaihe  &  I^amoujr 

de  Solim'an  :  Se  de  toutes  les  paffioiis  ^  il 

"^n'y  en  avoit  autune  ^  dbnt'  il  ne  redoutât 

les  effets  dans  une  fi  fichéufe  rencontré» 

^Auifi  regnoient- elles  toutes  Tune  après 

Tautre  dans  l'ame  de  Soliman  :  &  jamais 

ïé  cœur  d'un  homme  ne  fut  tdurmenté 

d'une  fi  étrange  inceititude  3  à  ce  que  nous 

jidît  Achmat.  t'aniour  paternelle  luiinfi 

piroit  quelquefois  la  clémence  &*  lapitié^ 

jHiis  tout  d'un  coup  l'amour  d'Axiamife 

accompagnée  delà  jaloufie^  lui  remettoit 

la  ftireur,  la  haine,  là  colère,  &  la  cruatt« 

té  dans  l'efprit.  Lorsqu'il  regardoit  Mii- 

'ftapha  comme  fbn  fils  ,  il  cherchoit  à  l'ex«* 

çuier  :  mais  auffi-tôt  qu'il'  le  confideroic 

comme  Ion  rival  ,il  fe  refôlvôit  aie  per* 

dre.  hsL  raiibn  d'Etat  lui  en  fburnifibitles 

moyens  ;  Ife  ce  cgté-là  il  le  vbyoit  tout 

wirci  de  crimes  :  il  âvoit  un  commerce 

iecfet  avec  les  ennemis  de  l'Empire  j'il 

.  avoît  traité  de  fbri  mariage  avec  Taçh-» 

ipas  \  il  en  avoît  retenu  ia  fïlk  long-tems 

en  Cts  mains  5  &;  pour  dèrriierç  faute  ,  il 

avoit  çu  là  hardie^  dp-lui  faire  une  fiip* 


!X}j.     L'illustre  Bassa; 
jpoficion.  Toutes  ces  chofes  neanippins- J 
quoiquetrès-puifTantes  contre  Mùffajphk 
puis  qu'il  les  croyoit  toutes  véritables  5  ne 
J'auroient  pourtant  point  perdu  ,  lans  les 
mauvais  confeils  de  Ruftan;  Le  généreux 
.Açbmat  fît  tous  Ces  efforts  pour  s'y  oppo- 
ier  i  il  reprefenta  à  Soliman  raffèaiou 
',qù*il  ayôit  tpmoUfs  eue  pour'cê  Prince  5 
les  belles  chôfes  qu'il  avpit  fàîf es  s  les  rai- 
jces  qualitez  qui  étoient  en  lui  j  le  peu  d*ap- 
!parence  qu'il  eût  voulu  ternir  une  fî  belle 
vie ,  par  une  trahllbn  fi  déteftable  5  qu'aA» 
.  fùrément  il  y  avoit  quelque  choCç  en  cet  A 
;  affaire  que  l'on  ne  çomprenoît  pas.  Que 
du  moins  il  falloit  la  bien  examiner  ;  Se  ne 
'^  condamner  pas  le  légitime  (ùccefïèur  de 
/on  Empire  3  fans  entendre  (es  excufe^  ok 
Jks  raiions.  Qu^il  f^loit  l'obliger  à  Cç  con- 
damner lui-même  par  l'avjcu  de  ion  crî- 
^hie.Et  que  Ipiii  de  Ie)uger  fans  l'oiiir  en  fe$ 
juftificatipns  ,  il  trouvoit  qu'il  étoît  de  la 
grandeur  y  &  de  la  bonté  de  fa  Hauteffe , 
iupposé  qu'il  fut  criminel,  de  lui  pardonner 
lia  feute  3  pourvu  qu'il  l'avouc^vec  refpen- 
[  tir  :  &  qu'enfin  en  fe  fou  venant  qu'il  étoit 
^oi ,  il  n'oubliât  pas  qu'il  çtoit  père. 

Ce  fut  avec  dé  femblâÙes  rai  ions  , 

qu'Achmat  eflaya  de  toucKèr  lé  tcèiitcte 

*,  Soliman  :  mais  le  traître  RuftaÀ  ;  fans 

'  4ônner  loifil^  au  grand  SeigneuJ:  dé  tipoi'^ 
'  - '  ^     "  '-  *  'die 


.Livre    Second.  xyy 

dre  j  perdit  Hnfbrcuné  Muftapha  par  les 
mêmes  raifbns  dont  Achmat  i'avoit  défèn* 
da.  Il  lui  répondit  que  plus  Soliman  l'a* 
voit  aimé  3  plus  il  étoit  ingrat  de  l'avoir 
iraiiî  y  que  les  belles  choies  qu'il  avoit 
i&ites  wétoient  bien  moins  pourleralut  de 
rEmpire  que  pour  (a  ruine  ^  puifqu'il  ne 
fe  fervoit  de  la  réputation  qu'il  avoit  ac- 
quifè  >  Se  de  tant  de  rares  qualitez  qui 
etoient  en  lui  ^ que  pour  fuborner  les  chefs 
&  les  foldats  >  ôc  les  tenir  préparez  à  la 
révolte  y  quand  il  en  auroit  beuiin  i  corn* 
me  Soliman  en  avoit  été  averti,  ily  avoît 
déjà  long-tems.  Qu'au  refte  ,  Muftapha 
n'a  voit  point  cru  noircir  fa  réputation  en 
voulant  fe  mettre  la  couronne  fur  la  tête  j 
ians  attendre  que  la  mort  de  l'Empereut 
la  lui  donnât  légitimement  :  qu'il  y  avoit 
des  exemples  don^ediques  de  fembiable^ 
chofes  dans  la  famille  Othomane ,  qui 
fembloient  l'autorifer  :  &  qu'enfin  la  vie 
des  Rois  Ôc  des  pères  n'a  voit  pas- toujours 
été  facrée  ôC  inviolable  à  leurs  fils  ambi- 
tieux :  &  par-là  ce  méchant  homme  defï- 
gnqit  fans  le  nommer  le  cruel  Selimpere 
dé  Soliman  y  qui  avoit  fait  mourir  le  iicnit 
afin  qi*'i|n exemple  &  fî  proche  &  fifènfi- 
ble  >  fiv  plus  d'impreffion  fur  ion  ame ,  Se 
lui  donnât  une  plus  forte  &  plus  jufte 
crainte  de  foa  fils.  Qu'au  rcfte  y  cette  af-- 
JJ.Pan.  '  '     y'u 


154  L'iittrsTRE  Bas  SA* 
fair^  n'étoic  point  du  cou:  embrouillée  potir 
ceux  qui  n'avoient  que  l'intérêt  du  SuU 
tan  en  recommandation  :  4}ue  laconnoif^ 
fance  de  la  chofe  étant  i;  certaine  ^  Soli* 
man  ne  devoit  poinç  s'expoier  au  hazard 
d'écre  vaincu  par  les  fentimens  d^a  na-» 
ture  en  voyant  ion  fils  :  de  peur  d'être 
vaincu  d'une  manière  plus  dangereufe» 
Qu'il  n'étoit  point  néceflfaire  que  Muftâpha 
fe  condamnât  loi-même  par  /on  aveu  t 
puifqueles  loix  te  condamnoieiit.  Que  h 
clémence  étcttt  vcritabletnent  une  grande 
▼èrtu  ^mais  moins  nédeiâfairet^ie  k  jufti<* 
ce.  C^'ilhe  s'en  falioit  jamais  fervir  à  l'é- 
«rd^es  feibtes>  &  employer  toujours 
l^tftre  contre  les  puiHans.  QueMuftapha 
ane  iVpoiiVoit  fauver  /ans  mettre  l'Em» 
^rç  en'dahger.  Qu'il  oublieroit  la  grâce 
f^ti'bn  luiauroit  faite  j  Se  fç  /ôuviendroit 
toujours  des  outragesquilpenferoit  avoir 
ifcçus.  ^e  n'ayant  agi  par  le  paâé  qu^ 
^r  ^mour  Se  par  ambition  >  il  agicoit  de- 
•jKJnrnais  ipax  armonc^par  aihbkion  ,.  par 
Jtaii^ej  &  par  vaneeance*  Qi£enfîn  il  n'y 
«voit  point  à  chomr  ^  qu'il  htiloit  /àuver 
l^uftaphra  ôc  perdre  Soiimaa^  ou  perdre 
i^u Aapbà  pour  fâuver  Solitnan  ,  ce  qui , 
ièlojorwn  fèns  ^  étoitle  plus  jufte.  Qui! 
jrejf{dk  ^autte^  fiisau  Sultdii  pour  renv* 
liËrla^place'de  .Muitla&ha^  mais  qu'il  n^ 


Livre   Second.  255 

ftvoit  per(bniie  i^ui  pàc  bien  remplir  la 
place  de  Soliman  fi  on  t'avoit  perdu. 

Achmat  ne  Te  rendit  pas  à  un  difcours 
fi  prelTant  :  ôc  quoique  ce  fut  prefque  fe 
déclarer  coupable  que  de  finit enir  la  can» 
fe  de  Muftapba ,  après  ce  que  Ruftaa 
avok  dit  ^  il  le  4k  neailmoins  avec  ardeur^ 
CHiôlque  ce  &t  inutilement»  Car  la  )aloi»* 
he  troublant  le  jugement  de  Soliman  \  Se 
étouflfant  tous  les  fentimens  que  la  natu- 
re &  la  vettu  lui  dônnoient  ^  comme  il 
croyoit  Con  fils  abfi)lumem  coupable  >  la 
fureur  le  trahiporta  d^une  telle  ibrte  que 
l'étant  approcné  de  Ruftan  ^  &  lui  ayant 
Jparlé  bas  y  il  prononça;  le  fiunefie  &  fan- 
glanr  arrêt  de  ce  déplorable  Prince  s  6c 
lui  donna  l'ordre  de  l'aller  faire  exécuter. 
Je  vous  laifTe  à  juger  ,  S^gneur ,  fî  ce 
méchant  homme  donna  le  tems  k  Soliman 
de  fe  repentir  d'un  cotnmandement  fi 
cruel.  Achmat  vit  bien  à  fon  vifage  que 
Tordre  qu'on  loi  donnoit  né  lui  déplailoic 
pas  :  mais  il  ne  fbupçonnà  pourtant  point 
que  la  choie  dut  aller  fî  v^e.  De  £)rte 

3u*il  voulut  profiter  de  fon  abfence ,  & 
emeùrér  auprès^  de  Soliman.  Il  ne  fe  vit 
/pas  fî-tpt  fèul  auprès  de  lut^u'il  voulut 
reprendre  la  dcferire  de  Muflapha  ;  lors 
queSoiinian  encoleré^  lui  ordonna  de  ne 
iui  en  parler  plus» 

V  ua 


.1^6      L'i  nus  TRI  Bas  S  A.       . 
A  ces  mots  Achmac  voulut  fe  retirer  i 
:  mais  le  Sultan  lui  commanda  4e  n'en  rien 
.  faire  î  &  fe  mit  à  marcher  ,:tîUitôt  avi?c. 
une  précipitation  extrême  ^  tantôt  fe  pro- 
menant plus  lentemenjt  :  ils'arrê|ok  queU 
^uefiiis^  à  regarder  Achm^t  fat^  lui  ^i^a 
dire  :  une  autre  fois  UJ^yoit  les-yeux  ^u- 
ciel ,  puis  tout  d'un  coup  il  Je$  baiflbit  vers 
la  terre  :  enfin  après  une  agitation  fi  vio^ 
A  ente ,  &  du  corps  &  de  Vefptit ,  il  s'ag- 
.  puya  ftir  Achmat  ^  &  leregardaQt  av^ 
L  plus  dé  m^^uçs  de  douleur  que  de  colerf; 
:  raut-il  >  lui  dit-il ,  qu'après  avoir  vécu  jt^ 
qu'ici  exempt  de  tous  les  crimes  de  mes 
.  ptédecèfleurs  ,  Muftapha  me  contraigne 
,  de  mettre  une  tâche  à  ma  vie  ,  &  qu'on 
'  puiflfe  dire  de  moique  j'ai  trempé  mes 
mains  dans  le  ftng  de  mon  fils  ^  Achmat 
ibrpris  de  ce  diicpurs  3  &  voulant  profirçr 
d^un  fi;bon  mouvement  3  fe  jetta  à  fijs 
,  pieds  y  &  lui  dit  tant  de  chofes  que  fes 
;raifons.&  le  bon  naturel  de  ce  Prince  , 
n'étant  plu&  combattues  par  la  malice  de 
:  R^uftan^  il4)oûta^  les  larmes  aivx  yeux,^ 
qu'il  craignoit  qu*Oi>  ne  lui: eût  trop  bié;n 
dbéï,  &  qiiç  ion  repcntirncjvint  trop  tard. 
AIor$  après  lui  avoir  avaiié  l'ordre  qu'il 
avoir  donné  à  Ruftan , ;  il  lui  commanda 
d'aller  en  diligence  le  révoquer.  Mais^Séi? 
gneur  ,  iln'ctoit  plus  tems  :  parce  qu'aul^ 


fî-tôt  que  Ruftan  ^voit  eu  la  permiflîdii 
4'exercer  fa  cruauté ,  il  avoit  pris  quatre 
muets  3  ayant  chacun  une  corde  d'arc  à  la 
njain,  car  c'eft  de  cette  font,  comme  voàs 
'  faycz  ,  qu  on  fait  mourir  ici  les  enfàns  4e 
la  famille  royalle,  &  ce  méchant  homme 
,  lies  avoit  conduit  à  la  tente  de  Muftaphrf  , 
auquel  on  avoit  demandé  /on  crmecerfe 
dès  l'abord  par  le  commandement  du  Sul- 
tan, &  qu'il  avoit  donné  fans  refiftancè. 
Ce  tigré  demeurant  hors  de  la  tente  avec 
ceux  qui  l'avoient  accompagne  3  pour  em- 
^  pêcher  que  perfonne  n'y  entrât ,  &  pour 
^  écouter  ce  que  diroit  ce  miferable  Prmce 
'  çn  expirant  5  ces  bourreaux  fc  mirent  ca 

*  devoir  d'accomplir  leur  charge. 

Dès  que  Muftapha  vit  entrer  ces  quatre 
^jmuets ,  il  ne  douta  point  quil  ne  fut  per- 
du •  mais  comme  il  étoit  fort  &  courageux, 
il  ne  put  fe  re/budre  à  fe  laiffer  étrangler 
uns  le  défendre.  Le  premier  qui  lui  vou- 
lut pail#r  le  cordeau  au  cou  >  fut  abbatu  à 
(es  pieds  j  il  fit  la  même  cRofe  au  fécond  j 
&  s'étant  mis  en  état  de  ne  pouvoir  être 

*  pris  par  derrière ,  il  né  donnoit  pas  peu  de 
peine  à  fes  bourreaux,  fl  avoit  déjà  arra- 

*  chéJes  cordes  à  trois ,  &:  peut-être  fe  fut- 
il.défenduiî  ldng-tems,quepar  ce  moyen 
Achmat  eût  pu  arriver  ^flez-tôt,  lî  }e 

'  traître  Ruftàn  n'eût  mis  la  tête  daiis  la 


•■•^ 


,138       L'iLLVSTRB   BASSJk. 

tente  y  ôc  menacé  par  des  fignes  ces  efck* 
Tes  muets  ^  s'ils  ne  fàilbient  leur  devoir* 
Mttftapha  quitta  ces  bourreaux  pour  aller 
k  Ruftan  :  ôc  cela  fut  caufe  que  ptus  aisé- 
ment  ces  quatre  hommes  fe  Mettant  fur  lui 
.  Tabbatirem  à  terre  >  &  lui  mirent  la  cor- 
deau au  cou.Ce  déplorable  Prince  eift  en- 
core le  loifir  de  dire  en  Cs  débattant ,  à  ce 
qu'ont  rapporté  quelques-uns  de  ceux  qui 
accompgnoient  Kuftan»  fais  au  moins  ^ 
cruel  3  que  je  ibis  la  feule  viâdmeq[ui  ap* 
paife  la  rage  de  Roxelane  :  Se  que  ma 
mort  obtienne  de  Soliman  la  vie  de  Gian« 
gir  ^de  Sarrayde  j  &  d'Axiamîre.  Avec 
cette  dernière  parole  qui  intercedoit  pour 
la  vie  d'autruy  ,  Muftapha  perdit  h  Henné» 
Ainfî  mourut  un  des  plus  grands  8c  des 
plus  cxcellens  Princes  du  monde.  Le  peu- 
ple a  fait  courir  le  bruit  que  par  pne  con> 
mumcation  qu'il  y  avoit  de  la  tente  de  So^ 
liman  à  celle  ou  étoit  Mullapba  ,  ce  Prin- 
ce avoit  eu  la  cruauté  d'exciter  les  muets 
à  étrangler  ion  fîls  :  mais  bien  loBi  de  cela 
Achmat  arriva  un  moment  après  que  Mo- 
(tapba  fut  expiré  ;  qui  comme  je  vous  ai 
dit  3  venoit  pour  chaîner  Fordre  funefte 
que  Ruftan  n'avoit  que  trop  bien  exécuté. 
Ce  Prince  ne  fut  pas  plutôt  mort ,  que 
Ruftan  cotiftne  s*îl  y  eût  eu  quelque  gfcï- 
|e  pour  lui  ^  à  une  zdàsa  H  barbare  ^  allât 


en  rendre  compte  à  Soliman  »  fans  Czyois 
rien  du  changement  qui  étoit  arrivé  en 
lui  :  car  Achmat  avoît  été  Ci  fitrpris  &  fi 
affligé  d'avoir  trouvé  que  ce  Prince  à  qui 
il  venoit  apporter  la  ne  étok  dé)a  m^  » 
qu'il  ne  lui  avoit  point  dit  une  chofe  qui 
lie  pouvoir  pkis  fervirde  rien.  Ce  premier 
mouvement  de  doiileur  étant  pafiè  ^  le 

Îertueux  Achmat  cmt.^'il  devoit  la  con«r 
ervation  de  Giangii  à  la  mémoire  de  Mu- 
^pha  :  il  s'en  alla  donc  en  diligence  au- 
près de  lui;  de  peur  qu'apprenant  cette 
nmeâ:e  nouvelle  par  un  autre  y  il  ne  prit 
quelque  étrarsge  refolution.  Cependant  le 
bruit  de  cette  mort  fe  répandit  auffi-tôcpar 
2e  camprtous  les  Janiflaires  vinrent  enfoiK 
)e  à  la  tente  de  Muftapha  ,  où  le  trouvant 
mort»  ils  lui  rendirent  tous  les  témoienage^ 
de  douleur  que  des  foldats  affeâlonnez 
peuvent  rendre  à  leur  général.  Tous  les 
xhcfe  firent  la  même  chofe  »  ce  n'étoîent 
que  cris  ôc  gemiflemens  ;  les  uns  fe  )ét- 
loîent  fur  fi>n  corps  &  l'embraflèîent  en  le 
moiiillant  de  larmes  v  les  autres  diibient 
lout  haut  qu'il  feUoit  vanger  fa  mort  ^  ar* 
vacherie  cœur  à  Ruftan  ^  oter  Soliman 
idu  trène ,  aller  brûler  Roxelane  dans  fou 
icrrail  ;  &  déclarer  le  fils  de  Muflaph» 
Empereuf ,  quoi  que  ce  ne  fut^u'un  chp- 
fant.  Lt$  autres  amas  ^olens.  &  aotoias 


140       L'.l  L  LU  ^f^R  S    B  A  SSA. 

séditieux  ,  jetcoienc  leurs  armes  >  faifbient 
•vœu  de  n'en  porter  jamais  \  &  en  ayant 
fait  comme  un  grand  trophée  ,  qu'ils  cl e-?^ 
yoient  à  la  vertu  de  ce  Prince  ,  ils  mirent 
/on  corps  delTus  3'  &  demeurèrent  tous  à 
i'entour  à  pleurer  )a  perce  qu'ils  avoient 
iàite.  Jamais  on  ne  vit  une  confternation 
plus  générale  :  tous  les  fbldats  furent 
vingt-quaêre  heures  fans  manger  :  &  (i  la 
prudence  d' Achmat  n'eût  agi  en  cette  oc- 
caHon  ^  le  troue  de  Soliman  auroit  été 
renversé.  Pour  nous ,  Seigneur ,  nous  en*- 
tendions  bien  un  grand  bruit  >  mais  il  nous 
étoit  impoflîble  de  comprendre  ce  que  ce 
pouvoic  être  r  &  ceux  que  Ruftan  avoit 
laidèz  à  nous  garder  ^  lui  furent  *fi  fidèles 
qu'ils  ne  voulurent  jamais  nous"én  éclaif- 
cir«   Nous  nous  imaginions  que  peut-être 
le  Prince  Giangir  ayant  feit  fbûleverune 
partie  des  fbldats ,  faifbit  quelque  effort 
pour  délivrer  Muftapha  •,  ahn  de  nous  ve- 
nir après  délivrer  toutes  deux  enfemble  : 
&  en  ctx.  état  nous  étions  çntre  la  crainte 
&  Te/perance, 

Cependant  Ruftan  étoit  allé  retrouver 
Soliman  ,  qai  le  voyant  entrer  feul ,  lui 
•demanda  ce  que  diibit  Mufliapha  de  fa 
clémence  >  Seigneur ,  lui  répondit-il  tout 
iurpris ,  Muftapha.  n'eft  plus  fn  état  dé 
rieii  dire  à  ta  Hautelfe  qui  lui  puâife  ja- 
mais 


XiVKE  Second.  141. 
éiais  déplaire  :  Ah  infortuné  que  je  fuis  ^ 
Se  lâche  que  tu  es  ^  pourfuivit  Soliman  i 
que  tu  m'as  promptement  obéï  en  une  mé« 
chante  aâion  I  il  lui  demanda  s'il  n'a  voit 
pas  vu  Achmat  y  ôc  ayant  /u  qu'il  n'étoit 
arrivé  qu'après  la  mort  du  Prince,  il  en  ^ 
témoigna  une  douleur  fi  exceillve  \  que 
jamais  l'on  n'en  vit  une  femblable.  Ruftan 
étonné  d'un iî  fubit  changement  y  voulut 
lui  représenter  combien  cette  mort  aflù- 
roit  le  repos  4^  ^n  Empire  :  mais  le  Sul« 
tan  cput  ému  de  coler^,  le  chafla  de  fa 
preience ,  ^  lui  défendit  de  fe  montrer 
)amais  à  lui*  Cependant  ^liman  ne  fa- 
çhanc  à  qui  fe  plaindre  de  Con  crime  8c  de 
ion  malheur,  commanda  qu'on  lui  fît  rc-» 
venir  Achmat.  On  le  chercha  &  on  le 
trouva  auprès  du  Prince  Giangir ,  bieJi 
occupé  à  modérer  la  violence  de  fà  dou- 
leur }  car  il  lui  avcjt  appris  la  mort  de  fon 
frère.  Ces  deux  Princes  s'étoient  toujours 
fî  chèrement  aimez  3  que  jamais  il  n'y  a  eu 
une  amitié  plus  parfaite ,  ni  plus  deflnte^ 
reiTée  ;  de  forte  qu'il  eft  aisé  de  s'imaginoc 
le  defç/poir  de  Giangir  ,  de  fâvàir  noi^~f^-> 
lement  que  Ion  frère  étoit  mort;  d'une 
mort  vidente  >  mais  ce  qui  lui  touçhoit  le 
cœur  avec  plus  d'amertume  ,  rnort  feule- 
ment pour  l'amour  de  lui  :  fans  être  cour 
pable  d'aucunechofe.^ijue  de  l'avoir  trop 
r/.  Partie,  Xx 


X^X        L'iLItTSTRI    BaSSA* 

^mé.  Ah  Seigneur  3  que  ne  puis-je  vous 
redire  tout  ce  que  ce  Prince  affligé  dit  en 
une  il  funefte  ayantnre  ;  mais  vous  ne  ver-, 
rez  que  trop  le  rel&ntiment  qu'il  en  eut 
par  une  feule  de  fcs  aâions  3  fans  que  je 
m'arrête  à  vous  raconter  Tes  difcours. 
Felixane  prenant  garde  qu'Axiamire  ôc 
Ibrahim  avoient  le  vifaee  tout  couvert  de 
larmes  au/fi  bien  qu'elle  ^  leur  dit  qu'ils 
n'étoit  pas  encore  tems  de  les  rendre 
toutes  :  car ,  Madame  >  dit-elle  à  la  Prin-» 
ccffè,  vous  ikvez  qu'il  me  irefte  dès  cho- 
fes  à  dire  qui  ne  font  pas  indignes  de  vos 
pleurs  ^  Se  qu^fans  donte  donneront  de  la 
pitié  Se  de  la  douleur  à  cet  illuftre  Baflà. 
Elle  fe  tut  alors  pour  effiiycr  Ces  yeux  ^  Se 
pour  donner  loifir  aui  autres  d'en  faire 
autant  :  Se  lorfque  fes  foujpirs  Se  les  leurs 
éùcent  eu  toute  la  liberté  qu'ils  deman-* 
doiènt>  &  qu'un  morne  de  trifte  filence 
tat  renouvelé  leur  attention  ^  elle  conti- 
nua de  cette  forte. 

Achmat  ayant  reçu  le  oommandement 
du  Sultan  ^  de  fe  rendre  auprès  de  lui  » 

1*ugea  qu'il  étoit  à  propos  d'v  obéïr.  Il 
aiiTa  donc  le  Prince  Giangir  a  la  garde  de 
cinq  ou  fix  des  fiens  ,  avec  ordre  de  l^b- 
ferver  fbigneulement ,  &  de  ne  le  perdre 
point  de  vue.  En  allant  de  fa  tente  à  ccU 
du  grand  Seigneur  j  il  vit  le  commence** 


LivuE    Secorx).        141 
Qt  du  tumulte  des  ibldats  s  il  entendit 
1  feulement  leurs  pleurs  &  leurs  cris  ^ 
is  encore  les  propofitions  qu'ils  feifoient 
lire  Ruftan  ,  &  même  contre  TEmpe» 
ir-  De  ibrte  qu'étant  arrivé  auprès  de 
3  ôc  ayant  reconnu  par  ks  larmes  Sc 
:    fes  difcours  ^  le  véritable  repentir 
il  avoit  de  les  Violences  y  il  lui  repre- 
Ua  qu'il  étoit  à  propos  pour  la  fureté^ 
21  le  bien  de  ion  empire  ^  qu'il  fit  pa- 
ître à  tous  Cts  foldats  le  regret  qu'il  avoit 
H  -mort  de  Muflapha.  Qu'il  ne  le  pou-* 
it  mieux  faire  qu'en  prenant  foin  de 
nftrv.er  ce.  qui  lui  avoit  été  cher  durant 
vie.  Q^e  pour  cet  effet  il  fàlioit  donner 
lieu  de  retraite  à  Sarrayde  ,  avoir  foin 
f\.xi^nire^  &  tâcher  d'appaifer  Id  dou« 
jir  de  Giangir  qui  étoit  venu  avec  eux 
i  camp  3  &;  dontj'affliâion  étoit  fi  fbrté 
i^'eile  éioiç  capable  de  le  porter  audefef* 
»}n  Soliman  ne  fâchant  que  faire  en 
tte  occafioa  3  retint  Achmat  auprès  de 
i  :  &  envoya  offrir  à  Giangir  par  l'Aga 
;s  Janiflair^s  tous  les  Gouvernemens  de 
[uftap^a^  M^is  tçt.excellem:  Pdiiccrte 
mltot  pas  s'enrichir  des  :dépouillcss  d^uh 
er^qiii  étoit,  mort  pour  l'amour  "de  lui  , 
s  refufa  gençreufement  ^ne  demandant, 
ibit-il  j  autre  partagea  Soliman ,  que  le 
lêiue  qpfiiBau  qui  avoit  étranglé  ibafre- 

Xxi. 


'144  t'iLLU  ST  RE   BA  ss  A. 

re.  En  ce  même  tems  le  Suican  fiit  avefti 
que  les  fbldâts  qui  ne  fàvoiene  pas  tous 
que  Sarrayde  écoic  dans  la  tente  de  Rû- 
ftan  ;  poulFez  par  la  fureur  quilesmaîtri- 
(bit  3  le  preparoient  à  y  mettre  le  feu.  De 
forte  qufe  pour  empêcher  ce  malheur  3  So- 
liman envoya  Achmat  (aire  fàvoir  aux  iôjl- 
dats  que  Sarrayde  ctoit  en  cette  tente  i  & 
qu'en  voulant  vianger  Muftap^ha^  ils  le 
mettoient  en  état  de  brûler  fa  femme  ^ 
ion  fils.  Mais  pour  leur  ôter  un  objet  qui 
pouvoit  aigrir  leur  douleur  ^  Achmallrôâ- 
i  va  à  propos  de  ne  lailler  plus  dans  le  çàtùp, 
:  ni  Axiamire  ,  ni  Sarray<le  ^  ni  le  iîls  de 
Muftapha  ^  fi  bien  qu'après  l'avoir  (ait 
agréer  au  grand  Seigneur  ^  &  avoir  em- 
pêché les  foldats  de  raire  aucune  violence 
au  lieu  où  nous  étions  ;  il  vint  trouver 
Axiamire  pour  l'alTurer  de  la  part  dé.  So- 
liman qu'elle  fèroit  traitée  de  lui  avec  le 
ireipeâ  qu;  étoit  du  à  fa  condition  :  ^ 
qu'en  attendant  qu'on  pût  s'arrêter  à  ce 
qu'il  feroit  à  propos  de  faire  ^  il  la  con- 
îuroit  de  trouver  oon  qu'on  la  conduisît  à 
^Conftantinople.  Pour  Sarnayde  ^  il  lui  d!c 
les  larmes  aux  y^eiix ,  que  le  grand  Sei- 
.gneur  lui  permettoit  de  choifir  une  re- 
traite en  quel  lieu  de  ion  Empire  i|  lui 
plairoit  :  l'aflurant  qu'il  auroit  autant  de 
ibia  de  la  protéger  ^  qu'il  ^voiMu  d^  vio« 


LivïiB'  Second.  245 
Itncè  en  la  peribnne  de  Muftapha.  Sar» 
xayde  ne  doutant  point  de  la  mon  de  ion 
cher  mari  après  ce  difcours  ;  &  Axiamirc 
m  étaùc  alTuréé  auffi  bien  qu'elle^elles  di-^ 
i;ent  toutes  deux  des  chofes  ^ui  furent  plus 
fertes  que  la  confliance  du  venueux  AcIk 
mat.  Il  pleura  avec  ces  deux  grandes 
PrinceiTes ,  &  leur  contant  la  choie  com- 
me elle  s*étoit  paflee>  excufànt  Soliman  aur 
tant  qu'il  pouYoit  ;  il  leur  fît  comprendre 
que  Ruftan  étoit  la  caufe  de  tout  ce  mal- 
heur. Cependant  Axiamire  au  milieu  de 
£>n  afHiâion  ^  demanda  des  nouvelles  du 
Prince  Giangir  :  Se  après  qu'elle  eut  été 
aflurée  qu'il  vivoit  »  &  que  le  grand  Sel- 

Êneur  n'avoir  que  dé  bons  fentimens  pour 
ùy  elle  demanda  pardon  à  l'intetunée 
^rrayde ,  d'avoir  été  la  caufe  de  fcs  in- 
fortunes :  &.  Jît  ce  difcours  avec  tant  de 
tendrefle  &  de  douleur ,  que  Sarrayde 
même  fut  touchée  de  Ion  reflentimenr!. 
Le  fîls  de  Muftapha  augmentoit  encore  le 
déplaifijr  des  Princefles  :  catquoiquç  cet 
enfant  n'eûtpas atteint  fa  dixième anàée^ 
il  paroi/Ibit  fi  affligé  de.  la  perte  de  fon  pe-» 
re  j  &  difbit  des  chofes  fî  genereufes  &  fî 
raifbnnables  3  qu'oit  p«it  dire  qu'il  lui  au-* 
roit  autant  reilemblèpar  les  belles quali<r 
tez  de  l'ame  que  p^ar  les  traits  du  vifage^ 
fi  la  fbr^unq  lui  eut.»permis  d^  vivre,  lî 

Xxj 


2#ff .      L*.l  1 1  V  s  T  R  E    B  A  ^  S  A. 

aiîuroit  Sarrayde  qu'il  vangeroit  un  )cmî 
la  mort  de  Con  père  ;  il  regrettoit  de  n'a- 
voir pas  autant  de  force  que  de  cœur;  & 
de  n'avoir  que  des  larmes  à  loi  donner  ea^ 
cette  occauon.  Je  n'aurois  jamais  fait  > 
Seigneur  >  il  je  vous  redifbis  toute  cette 
converfation  i  mais  enfin  Achmat  ayant 
aiTuré  à  Axiamire  que  ce  a'étoit  point  ad 
ferrail  qu'on  la  vouloit  mener  y  6c  lai 
ayant  fait  comprendre  qu^elle  ferost  mieux 
àConftantinopIequedansJe  camp^  il  fit 
auffi  promettre  à  >Sarray de  qu^eUe  fe  con* 
ferveroit  pour  fon  flk.  De  forte  que  s^ant 
lefolucs  à  ceiqu'eH  es  né  pouvoient  éviter» 
la  Princefle  confentit  à  ce  voyage  >  de  Sar- 
rayde choifit  la  ville  de  Prufle  pour  fe  re^ 
tirer  jise  ^pouvant  fe  reibudre  de  retour* 
ner  à  Amafie.  Achmat  fit  venir  des  cha-^ 
riots  i  commanda  des  gens  pour  les  efcor- 
ter  3  &  offirant  fon  affiftance  aux  deux 
Princelïè  ,  Axiamire  le  conjura  de  pren- 
dre foin  du  Prince  Giangir  y  8c  de  rafTu" 
fer  «qu'elle  s'efHmoît  inénîment  malheu* 
f eufe  d'hêtre  la  caufè  de  fes  infbrtune&t 
Après  cela  >  Sarrayde  de  elle  Ce  direne 
âdieu^  ou  pour  mi  eux  dire  3  elles  mêlèrent 
feulement  leurs  laMiès  en  s^embraiTànt  ; 
Se  par  ce  muet  &:  tfifle  langaçç  ^  fe  dirent 
cet  éternel  adieu.  Sarrayde  (Ut  mife  dans 
6n  chariot  prefque  évanouie }  Se  Axiami^ 


Livre  Se  caN^.  247 

re  entra  dans  celui  qui  lui  écoit  |veparéii 
hors  d'elle-même  ,  que  jie  crus  qu'elle 
fiiourroît  encré  mes  bras* 

Cependant  les  préparatifs  de  nôtre  ^é» 
jMitt  n'»oient  pas  été  faits  fi  fecrétement 
^e  le  bruit  ne  s^en  fiit  répandu  par  le 
camp  t  de  comme  les  nouvelles  changent^ 
à  mefure  qu'elles  s'éloignenc  du  |>remier 
qui  les  a  dites  :  le  bruit  fiit  parmi  la  pliî^ 
.part  des  fbldats^  que  l'on  conauiioit  Axia- 
jnire  au  ferrail ,  que  Soliman  alloit  repu- 
ulier  Roxelane  >  &  déclarer  la  PrincefTe 
Sultane  Reine.  Dans  cette  croyance  ils 
témoignoient,  tant  de  }oye  ^  à  caufe  de 
la  haine  qu'ils  avofent  pour  Roxelane  ^ 
comme  ennemie  de  Muftapha  3  que  quCi 
qu'elle  fut  mère  de  Giangir  ^  ^chant  oom^' 
bien  chèrement  il  avoit  aimé  fon  frère  j 
.quelques-uns  d'cutr'eux  furent  inconfîde- 
xement  lui  annoncer  cette  fauile  &  fu» 
.nef(e  nouvelle.  Il  ne  l'eut  pas  plutôt  en^ 
tendue  quil  la  crut  s  &  que  perdant  le  peu 
de  rai/ôn  qm  lui  reftoit  ^il  iortit  comme 
un  furieux  3  malgré  la  réfiftance  que  lui 
firent  ceuxqu'Acnmat  avoit  lailfez  auprès 
de  lui  :  Se  fans  favoir  quel  chemin  il  pre- 
noit  »  il  trouva  ce  qu'il  cherchoit>  cîeft^- 
dire  le  corps  de  Muftàpha  3  qu'bn  n'a  voit 
pu  encore  retirer  des  mains  des  fbldacs^, 
^  l'avoient  mis  ^  comnie  )  e  vous  l'ai  déia. 

Xx4 


Xà^.i        L'ilLU  STRE    B  A  s  SA. 

dit,  fur- un  graûd  amas  de  leurs  arme5. 
Auflî-tôt  que  Giangir  s*eri  approcha ,  ils 
fe  prellerent  pour  le  lailFer  palier  ;  ils  re- 
doublèrent leurs  cris&  leurs  gémiflemcnss 
quelques-uns  lui  offrirent  de  vai^er  cet§p 
mort  5  &  tous  enfemble  lui  témoignèrent 
vouloir  avoir  pour  lui ,  l'affeétion  qu'ils 
avoient  eue  pour  fon  frère.  Mais  lui  fans 
écouter  leurs  plaintes  ,  leurs  offres  ,  ni 
leurs  prières ,  Fe  jette  fur  le  corps  de  fbn 
frère,  le  moiiille  de  fes  larmes ,  puis  re- 
gardant à  l'tntour  de  lui ,  comme  cher- 
chant quelque  chofe  ,  il  vit  parmi  ce 
grand  nombre  d'armes  un  poignard  dont 
il  fe  faiïit  :  &  alors  hauflant  la  voix  avec 
un  vi/age  plus  tranquile  qu'auparavant, 
que  quelques-uns  de  vous ,  ô  fbldàts ,  dit- 
il ,  (î  la  mémoire  de  Muftapha  vous  eft 
chère,  apprenne  à  Soliman  qu'en  dbn.- 
nant  la  mort  à  mon  frère  ,  il  m'a  mis  ce 
fer  à  la  main  :  &  que  la  PrincfeflTede  Per- 
fe  fâche  au/Ii  que  )e  ne  meurs  qu'après 
'avoir  perdu  l'efperance  de  la  polFeder.  En 
difant  cela ,  il  s'enfonça  le  jx>ignard  dans 
le  cœur  ,  fans  qu'on  l'en  put  empêcher  , 
&  tomba  mort  fur  le  corps  de  fon  frère. 
Helas ,  Seigneur ,  je  ne  fais  que  trop  bien 
cette  vérité]  Car  pour  nôtre  malheur  le 
chariot  où  nous  étions  pafFa  fi  proche  c^ 
ce  lieu  là ,  que  je  pus  reconnoître  Giao^ 


Livre    Secokd.  z4ç 

gir  quafid  il  ie  donna  le  toup  de  poignard. 
.Cecie  vue  &  cette  aûion  me  fit  faire  un 
grand  cri  ^  quelque  nouveau  malheur  ^ 
me  dit  la  Princefle  qui  n'étoit  pas  tournée 
de  ce  coté-là^  nous  eft-ii  encore  arrivé? 
Ha  Madame  3  lui  dis-)e  y  c'en  eft  un  très^ 
grand  !  Nous  entendîmes  un  redouble^ 
ment  de  pleurs  &  de  gemifiemefts  :  &  les 
cris  des  ibldats  qui  faifbicnt  retentir  par 
tout  le  nom  de  Giangir  ^  &  qui  parloient 
de  ia  mort  3  ne  lui  apprirent  que  trop  quel 
étoit  ce  malheur  ,^fans  que  j^eujfle  la  peine 
dôle  lui  dire.  Elle  commanda  qu'on  ar- 
rêtât le  chariot  où  nous  étions  ^  mais  la 
confufion  étoit  fi  grande  ^  &  le  bruit  fi  et 
Iroyable ,  qu*on  n'entendit  point  fts  or- 
;^dres  :  )oint  auilî  que  ceux  qui  nous  efccr« 
rtoient  y  apportèrent  tant  de  loin  à  nous 
faire  ibrtir  du  camp  en  diligence  ,  que  je 
crois  que  quand  ilsauroient  entendu  ce 
qu'elle  difbit  y  ils  ne  lui  auroient  pas  obéi. 
Nous  nous  éloignâmes  de  cette  ifeçon  fans 
.favoir  plus  oarticulierement  la  mort  de  ce 
miferable  Prince  :  n'ayant  appris  tout  ce 
que  je  viens  de  vous  raconter  ^  &  tout  ce 
que  je  vous  dirai  enfuit e ,  que  depuis  que 
nous  fbmmes  ici ,  où  le  généreux  Achmat 
nous  l'a  fait  favoir.  Il  vous  eft  aisé  ,  Sei* 

Îjneur ,  dç  comprendre  quelle  fïit  la  dcu- 
euf  d'Axiamire  ;  cette  ame  toute  grand® 


&  toute  gcneixufe  qui  n'a  voie  jamais  fîic-' 
combé  fous  fcs propres  malheurs^^  fetrou- 
va  trop  feible  pour  fùpporter  ceux  d'au- 
cruL  Car  quoique  l'amour  n'eût  point  de 
})lace  en  fon  ame  3  Pamitié  3  la  compaiIi(Hi 
&  les  ob  igacions  qcr'elle  a  voit  au  Prince 
Giangir ,  produifîrent  en  elle  les^  mêmes^ 
effets.  C^e  ne  dit-elle  point  >  pour  témoi- 
gner ion  affliâion  l  ou  pour  mieux  dire  ^ 
que  ne  fk-elle  paspour  ne  fur  vivre  point  à 
ce  dernier  malbeux  ,  elle  perdit  abiblu- 
ment  le  foin  de  fa  cônfervation  ;  elle  ne 
vouloit  plus  manger  ;  de  j'oie  dire  qu^elIe 
Be  iè  fut  jamais  reibluc  à  vivre^  fi  par  me& 
larmes  &  par  mes  prières  >  je  n«  l^euilc 
^  con)urée  de  ne  me  laiffer  pas  entre  le$ 
'laaim  d'un  Prince  qui  j)OUvoit  me  traîtei 
comme  coupable.  Ce  n'efl  pas  que  cette 
irayeur  m'occupât  l'ciprit  :  mait  voyant 
cette  Princcflè  n'être  point  ienfible  à  & 
propre  coniervation  3  je  crus  que  cettie 
même  gencrofité  qui  lui  faifbît  méprîier 
la  vie  3  pour  plaindre  les  mtlheurs  d'au-^ 
trui ,  la  feroitrelbudre  à  la  confèrver  pour 
adoucir  les  miens.  Comme  en  effet  3  de- 
puis cela  elle  iouffirft  que  je  prifle  fi>in 
d'elle  ;  &  fans  abandonner  fa  dbuleur  3  elle 
rciolut  d'attendre  la  mort.  Nous  arrivâ- 
mes de  cect^  forte  au  lieu  où  nous  fbmmes  : 
où  nous  avons  fù  depuis  que  Giangirne'fc; 


fet  pas  plutôt  donné  d'un  poignard  dans  Je 
cœur  3  que  PafHiâion  ,  la  colère  3  &  fci 
fureur  des  ibldats  redoubla  encore»  Ceux 
qui  avoientjettéleurs  armes  ksreprireat 
malgré  le  vœu  qu'ils  avoient  fait  ,6c  té* 
moignerent  par  leurs  menaces  ,  qu'ils 
avoient  d^étranges  deâèins.  Il  leur  lem-^ 
bloit  qu'ils  avoient  perdu  une  (econdefois 
Muftapha  dans  la  perfbnne  d>e  Giangir  ; 
car  l'amitié  de  ces  d^ux  Princes  étoit  fi 
généralement  copnuë  ,  qu'ils  le  rega»-^ 
doient  comme  uii  autre  lui-même. 

Ce^te  tragique  nouvelle  fut  anifi-cot 
portée  au  Stutan  ^qui  la  reçut  avec  tant 
de  douleur ,  que  l'abondance  des  larmei 
qu'il  verfa  eh  cette  occafion^  a  preiquc 
effacé  fou  crime:  &  fi  Âchmat  n^eût  foar 
gé  à  fa  confervation  j  il  auroit  peut-être 
laifTé  agir  la  fureur  des  foldats  ,  lans  y  ap- 
porter aucun  remède.  Mais  il  lui  étoit  fi^ 
dele^  &ii'ayoit  pas  moins  de  prudence 
que  d'affeâdcm ,  il  lui  confèilla  de  ne  ca» 
cher  point  fes  larmes  >  de  fe  montrer  aux 
Janiflaires,  6c  de  calmer  par  fa  prefencç- 
Un  orage  qui  certainement  auroit  causé 
tJu  défbrdre^  fî  ce  fâge  ferviteur  ne  l'eût 
diflipé.  Car  la  chofe  alla  û  loin,  malgré 
la  prévoyance  d'Achmat  >  que  îesfcildata 
qui  vcu 'oient  vanger  la  mort  de  Muftapha 
éc  de  G^gic  A  voyant  uoe  partie  dftleitif 


t$t       L*  ILLUSTRE     BaS^A. 

compagnons  qui  fe  contenioienc  de  ks 
jjpleurer  fans  prendre  les  armes  contre  leuc 
Souverain  j  les  attaquèrent  avec  tant  dei 
violence  »  que  les  autres  étant  contrains 
de  fe  défendre  ^  il  /je  fit  une  confution  ft 
d&oyable  en  ce  combat ,  qu'on  nepouvoit 
diicernerles  deux  partis;  ils  s'encretuoient 
ians  fa  voir  pourquoi.  Dé)a  quelques-uns 
d'entr'eux  fe  preparoient  d'aller  à  la  tente 
au  grand  Seigneur^  lors  qu*il  fit  publier 
par  tout  le  camp  .qu'il  privoit  Ruftan  de 
toutes  Tes  charges  y  Se  qu'il  les  donnoit  au 
généreux  Achmat*  Cette  déclaration  fuf- 
pendit  la  fureur  des  fbldats  ^  qui  malgré 
leur  defclpoir  &  leur  rage  ^  quitrereût 
bien-tôt  leurs  armes  pour  recueillir  l'ar-t 
gent  qu'on  leur  jettaj^Açhmat  leur  ayant 
fait  faire  cette  largefle  de  lapartdùgrahd 
Seigneur  ,  comitie  pour  les  retompenlef 
du  zele  qu'ils  avoiçnt  témoigné  à  l'égard 
des  Princes.  Cette  libéralité  prefente  leur 
iît  oublier  celle  de  Muftapha  :  &  ces  mê- 
mes fbldats  qui  youloient  porter  le  feu  , 
jufques  dans  la  tente  de  l'Empereur  ,  crie- 
irent  vive  le  Sultan  ,  un  quart  d'heujrè 
après  3  lorfîju'il  fit  le  tour  du  camp.  Il  com- 
manda que  l'on  mit  les  corps  des  deux 
Princes  en  un  même  cercueil  \  Se  les  ayant 
fait  pofer  (ur  un  xhar  tendu  de  velours 
PQit^ji  voulut  qu'on  les  ;ipportâc,  à  Ço^ 


*  Livre  Secon»/  ^yjf 
ftantmople>  Jc^qu'onle^mît  dans  le  më^ 
me  tombeau  qui.  lai  eft  préparé ,  ftocbt 
de  la  mofquée  qu'il  a  fait  bâtir.  Il  voulut 
aufli  que  ce  char  fut  fui vi  de  la  moitié  de 
ion  armée  :  ôc  que  cette  pompe  funèbre 
-fut  faite  avec  autant' de  mâgnincence  quie 
fi  ç*éût  été  çf  JJc  d'un  Empereur  qui  fe- 
roit  mort  à  la  guerre.  Pour  liii^^  il  eue 
defleih  d^aller  à  la  Mèque  expier  fkfautt; 
&  prier  Dieu  &  le  iaint  Prophète  pour 
Tame  des  Princes  :  mais  lés  affaires  de 
Perfe  Je  preffant  ^  il  f^  -contenta  d'aller^ 
Jérufalem^  où  jl  donna  tant  dé  témoignai 
*de  &n  repentir  3  ôc  de-  fa  douleur  ^  qu'il 
ecoit  aisé  de  connoître  que  ce  Prince  n*«-. 
voit  pas  agi  par  Tes  propres  fentimens. 

Mais  3  Seigneur  3  tandis  que  Soliman 

donnoit  des  marques  du  regret  qu'il  avoic 

jde  ùl  violence  3  koxelane  ne  fe  repentoit 

pas  de  fés  mécfaancetçz  ;  &  loin  d'avoir 

'  im  fi  bon  mouvement  3  elle  fbnge  à  de 

nouvelles  cru^utez.    Je  vous  ai  £t  fi  )*ài 

^hçfxme  mémoire 3  que  Koftan  fut  chaffê  de 

la  tente  de  Solimi^n  :  mais  )e  ne  vou^  ai 

pas  dk  oe'qij'il  devint  après  cela*  Il  Êiut 

donc  ^ue  Vous  iàchiez  qu'ayant  execulé 

ce  que  'Ronelane  avoît  fi  ardemnfieift  de- 

firé  s  il  crut  qu'il  étoit  à  propos  de  ne  s'ex- 

.  poier  pomt   iiKonfide^tement  :    Sç  que 

-i)'ayaoc-p4à<  rim4'£iij;e  4a  «ce|ici^{our 


§LS4  L*ixi.usT|i£  Bas  SA 
le  iervice  de  la  Sulune  ^  ij  pouvoir  lui  en 
aller  rendre  compte*  II  partie  donc  àrheu* 
$t  même  le  plus  fècréteme^t  ^ju^il  lui  fut 
p>(fible  :  mais  il  s'arrêta  neamnoins  à  la 
:|tremiere  ville  qu'il  rehoontra  ^  où  un  des 
^lîens  à  qui  il  en  avoir  donné  ordre  ^  lui  ap- 
prit tout  ce  qui  s'étoit  fait  au  camp.  Ce 
rcruei  étant  {âeinement  informé  de  toutel 
chofès  ,  vint  retrouver  Roxelane  :  & 
comme  il  l'a  concé  lui-mêine  ,  à  ce  que 
nous  a  ditAchmat»  quoiqu'elle  apprit 
en  même-tems  la  monde  Giangir^  Se 
celle  de  Muftapha  ^  la  perte  de  ce  der- 
nier la-  conibla  (le  celle  de  l'autre.  Il  lui 
^efta  pourtant  une  inquiétude  :  le  iang  de 
Muftapha  h'avoit  ras  pleinement  fàcisfait 
Ùl  rage  :  elle  vouloit  encore  la  vie  de  ion 
fils  9  afin  que  la  race  en  fut  entièrement 
éteinte,  ^e  pour  contenter  cet  çiïroy^* 
UedeiirseUe  dit:  à  Ruftan  que  cdfinoil^ 


qu  u  lui  leroit  ai^ 
ile  rétablir  en  fe$,  charges.  Mais  qM'iTiàl- 
'  rloît  avant  qu'il  fît  enforte  que  la  race  de 
Muftapha  mt  éteinte.  Ruft^n  qui  n'a  )isi> 
'Siais  rien  trouvé  de  diâicilev^:  quand  il 
VeA  agi  3e  faire  des  crimes  i;  non  feu le- 
'inent  le  lui  promit ,  mais  exécuta  la  choie. 
\  uvi^péine  y  ^voit-il  dâuxau>is  que  ;Sarray^ 


Livitr  Sbconi>,  liSfj 
êé  étoit  arrivée  à  Pruilè  s  à  peine  avoicy 
elle  ca  le  loiiircl'elHiyer  Tes  ptttmcxtê 
larmes ,  lorfîjue  le  traître  Auftan  lui  don- 
na une  nouvelle  caufe  de  pleurer.  Il  alla 
déguisé  aux  environs  de  Prufie  ^  &  de*là 
envoya  k  Sarrayde  un  des  miniftres  de  Tes 
fureurs  qui  étoic  fim  efclave ,  &  qui  fei-* 
gnic  l'être  de  Solijnan.  U  fit  femblamd^é* 
cre  voiu  v«rs  cette  excellente  Princefle^ 
de  la  part  du  grand  Seigneur  3  pour  l'aïTu» 
rer  de  la  continuation  cie  fa  bienveillance 
Se  de  fa  proteâion«  Il  fit  même  des  prefëns 
à  G>n  fils  y  comme  étant  des  gages  de  l'a£* 
fcâàon  du  Sultan.  U  lui  dit  encore  que  fa 
Hauteâè  voubit  faire  revivre  Muftapfaa 
en  la  personne  de  ce  jeune  Prince  :  Se 
qu'il  lui  commandoitde  fa  part  3  d'avoir 
grand  £bin  de  ia  fanté  &  de  fûn  éduca*^ 
don.  Cette  mère  infortunée  qui  fkvoit 
par  la  voix  jpuUique  ,  combien  Soliman 
témoignoic  de  repentir  de  fa  violence  » 
fe  laiila  perfuader  que  les  chofes  que 
ce  méchant  homme  fui  difoit  étoient  ve« 
dtables.  Cependant  il  fongea  à  ej^ecutjpf 
ion  deifein  ^  de  quelque  manière  que  ce 
puiffe  être  :  &  voyant  qu'il  lui  étoit  affev 
4lifficile  d'éloigner  ce  jeune  Pnnce  de  Sar-' 
tayde^ni  de  trouver  lieu  de l'empoifcnner^ 
tii  de  &ire  une  violence  dans  une  ville  3  cù 
la  mémoire  de  MxiAapha  étoit  en  fi  gntndia 
^Mperaûon^  H  s'avi/a  de  perfuader  à  Sac« 


1|^'  L^itttrsTRE  Bas^a; 
rajrde  de  s'accoutumer  à  prendre  râir^da 
peur  que  fe  tenant  toujours  enfermée  ^  fa 
itfelancolie  ne  paflât  à  ion  fils  ^  ^  ne  fut 
pr^udiciable  à  faianté.  Après  avoir  fkic 
re/oudre  cette  Princeflè  à  ce  qu'il  voulut} 
il  lui  pfopofa  ime  chofe  qui  ayant  beau>- 
coup  de  rapport  avec  ûm  humeur  trifte&. 
iomore,  ne  laiilbit  pas  d'être  extrême-* 
ment  belle  9  6c  capable  de  divertir  :  ce 
fut  d'aller  vi^ter  les  tombeau  des  grands 
Seieneurs  3  qui  étoient  à  quatre  ou  cinq^ 
mille  de  cette  ville  ;  Se  dont  les  fuperbes 
mofquées  font  encore  très-ibigueufement. 
entretenues*  Or  Seigneur ,  ce  qui  oblii* 
geoit  ce  traître  à  donner  c&confeil  à  Sar« 
rayde,  étoit  qu'ayant  fuborné  celui  gui 
devoit  mener  ton  chariot,  il  en avoit  fait 
brifer  l'effieu ,  non  pas  entièrement  3  mais 
d'une  telle  forte  qu'il  prévoyoit  bienqu'ar-; 
rivant  en  un  palF^ge  trcs-diflicile ,  qui; 
éitoit  juftement  la  moitié  du  chemin  3  ce 
qu'il  en  attendoit^  ne  manqueront  pas 
d'arriver.- 

En  mettant  la  Princefle  dans  le  charioty 
Hperfuada  au  )eune  PjiPMce  d'aller  à  che- 
val :  fuivant  la  coûmme  des  enfans,  il  fut 
ravi  de  cette  propofitiotv  Sarraydepar  uxk 
(cntiment  de  tendreilè,  pu  peut-être  par 
uninfBnâqui  Tavertiflbit  de^fbn  malheuf» 

$y  oppoià  âtUtaiQt  qu'elle  pût  :  maïs  voyant: 

9f^ 


*»-  .  .  1  .*  «  i'  %  ■*• 


•   L  I  Vi  E     S  s  C  O  N  D«   -  2J7 

que  {on  fils  s'en  affligeoit^  &  que  cet  hon>> 
sne  lui  prometcolc  de  le  tenir  entre  fec 
bras ,  6c  d'âi  avoir  grand  Coin^  elle  y  conb 
Tentit*  ils  ne  furent  pas  plutôt  hors  de  là 
yille ,  que  ce  traître  qui  portoit  le  jeune 
Prince  j  commença  de  prendre  Je  devant 
Se  peu  à  peu  :S'éb>ig^ant  du  cliariot  ^  com- 
me s^ill'eiït  iait  fans defleiiÎL^  Sarraydele 
perdit  de  vue.  Cette  infortunée  PrinceiTe 
ne  voyant  plus  fbn  6k ^  conunença  de 
craindre  fans  favbir  pourquoi  :  die  com- 
nàahda  k  celui  qui  çQi^uubit  ion  cliariot 
d'allet  le  plus  vite  qu'il  pouuioit  :  mait 
iconime  il  ecoir  g^goè  i  il  ne  idi  obéît  pas 
d'abord.  Elle  te  menaça  enfin  avec  tânc 
de  (toléré  qu'il  fut  contraint' de  faire  c^ 
qu'elle  Voujoit.  Mais  cette  diligence  fuc 
ce  qui  retards-!  çncore  fon  delicin  :  cat 
l'eflicu  jxoo^me  je  vous  ai  dit,  étant.à  de- 
mi brisé,  &  lé  chariot  allalit  avec  vîo* 
Jericc ,  ilie  «rompit  plutôt qu'il m'eût  fàiu 
Sarràyde  le  voyant  reûversç,  &  ne  voyant 
plus  ton  'fils  y  ne  confuha' point  fiir  ce  qu'- 
elle devbit^ire  :  elle  abandonne  ion  cna« 
jriot ,  &>reineitanç  ànyiarcher,  fuiyiede 
lieux  jGsmmes  qui  l'aacQfçpagnoient ,  elle 
peiiritiyàlc^hemiiî  qw'!ç41e  avoit  entrepris^ 
fiVec  unfaifiHéinent  de  ixseur  ,  &  une  dou<* 
leur .  extrêiAe.  Et  comme  l'afFeâion  la 
loufloit , ,  elle  mdtcha;  avec  une  telle  di^ 
JI.Farn  Xl, 


%ji       VlLLVSTKB     BasSA. 

Ugericc  ,  qu'il  ii't  eut  qu'une  de  fts  ftni^ 
«es  qui  Ja  pût  uiivre.  Bile  arriva  donc 
proche  des  tombeauxdesgrandsSeigneursî 
niais  helas  quel  fut  l'objet  qu'elle  y  iea^ 
contra  !  elle  y  vit  foa  fils  étranglé  ^  tout 
chaut  &;  tout  palpitant  y  Se  prefque  enco« 
re  dans  les  dernières  douleurs  de  la  morti. 
Ce  Amefte  ipeiS^ade  ta  toucha  d?uné  & 
étrange  jnaoiere  >.  qu'elle  tomba  comme 
morte  Bit  le  corps  de  fou  fiK 
.  Cependant  ^elui  ,qui  avdt  conduit  le 
thatiot  ^  $arta)rdie  >  étant  setourné  à  k 
«ille  >  Se  le  semocs  <|e  ibn  cJSiine  lé  filfànc: 
xépondre  dipxs  dé  prmos  3.  à  ceux  qui  lut 
demandoient  oà étoit  la  Priaceffè  ,  ils  at^^ 
ieccxïi:  ^a  apprendre  dies  nouvelles*  Ushk 
txpuverimt  enoorei vanoiiie  «  ans  que  cet*, 
te  fensme^ui  la  fètvoit  >  &  une  autiie  qui 
fprtuiliemèii^  avoit  va  i^oudr  le  fils  d!e 
Mufftsi^fea  ^  l^euflènt  pu  faii»  revenir..  £es; 
iSoiins  qu'ils  y  apportèrent  toiis>  enfmibb  >. 
hfS^ca^nt  Couvrit  ïts  j^eux  ^  Se  de  re«^ 
coiivxerJ'uÊige  de  la  raiibn  >,  pour  appren^ 
dreréukméntdie^cette  femme  quis'y  étoit 
trouvé^>,  a^^ec  quelle  conft^ce  ce  i^eunt 
Pjrfece étoit  môtt.  EJfè  lui  conta  ques'wi; 
rifeçt  à  Pî^fle',  &  $îétant  trouvée  laflTei, 
«Ui^  ^'étok  aifife  dans  uneib^s  niches  de  Ik 
moiquée  ;  Se  que:  s'y.  étant  endormie  ^  elki^ 
s'^étc»!^ éveillée  parle  biwt qu'avoir  fait  ui| 


LivRB    Second.  z^c^ 

chçYal:  qu'elle  a  voie  vu.  un  homme  te- 
nant ce  jeune  enfant  entre  Tes  bras:  Se 
qu'auifihtôt  après  l'avoir  defcendu  ,  il  lui 
«voit  montré  lUie  corde  d'asc.  Se  lui  a  voie 
dit  qu'il  avoit  commandement  du  Grand 
Seigneur  de  le  làire  mourir.  Q^k  ce  di(l 
^cours  cet  enfant  avoit  dît  feulement  que 
ce  n'etoit  point  Soliman^ mais  le  ciel  qui 
te  youloit  ainfî i.  Se  que  cela  étant  il  ne  lui 
seftoit  plus  que  die  lui  obéïr  &  de  tendre 
te  cou  ,  ce  qu^^il  avoit  fait  arec  unecon-*^ 
ftance  merveilleuse.  Que;  pour  elle  >  elle 
ayoît  couru  pour  empêcher  cette  aâjon 
e&oyable  ^  mais  qu'if  lui  avoit  été  tmpoft 
fible.  Qu^après  k  mort  de  cet  enfant  >  ibn. 
bourreau  avoit  fui  avec  ime  diligence  ex>* 
trême.  Que  depuis  cela^  ellen^avoit  pun 
s'cloignerHecet  infortuné  >.&  qu'elle  étoit 
clemeurée  à  pleurer  £ur  le  corps  d'un  fî 
bel  enfant  :i  nf^Ant  pas:  l^abandcmner  ,.  de 
peur  que  quelques  bêtes  ne  le  devQra£r 


lent 


r 

Sarrayd'e  ayant  entendu  cette  femme  ; 

leva  les  yeuip.au  ciel,  fcsabaifli  fur  1^ 
corps  die  fôn^ls ,  puis  les  refermant  tout 
dfan  coup>  i'^s  jetter  une  feule  larme  ^, 
lia  douleur  h  •fu$)^a  dé  telle  forte^^  que 
tout  cequ^elle  put  dire  fut ^Muffaphaefl; 
mort»  &:fbn£Îs  ne  vit  plùs>  fulvons  les; 
dbnc  fans  regret  j»  puifqu'il  ne  nous  ^  xtdft 


2(f0       l'iLLUSTRfi     BAS^A. 

rien  à  perdre.  Depuis  cela  elle  ne  parla 
plus  3  &  mourut  au  même  lieu  où  ion  fàî 
avoir  rendu  l*ame  :  on  les  reporta  tous 
deux  à  Pruile  ^  où  cet  accident  catifà  un 
ïi  grand  deiîil  .>  &  toucha  fi  fènfiblemënc 
qu'il  n'eft  point  de  témoignage  d'amitié  ^ 
ni  de  marque  d'honneur  ,  que  ceux  de.^ 
cette  ville  ne  rendiilent  aux  corps  de  Sar- 
ïayde  &  de  fbn  fils  :  qu'ils  mirent  de  leur 
^autorité  dans  les  tomoeaux  des  anciens 
Empereurs,  chofe  qui  n'a  jamais  eu  d'e- 
^emple.  Le/  pi^incipaux  d'entr'eux  alle- 
irenr  en  diligence  pburfuivre  le  meurtrier 
de  ce  jeune  Prince  ;  mais  il  étoit  dé>a  bien 
Soin  avec  Ruftan^  quineiiit  pas  plutôt 
que  ion  commandement  étoit  exécuté  ^ 
qu'il  panit  pour  en  aller  porter  la  nou- 
velle à  Roxelane  qui  la  reçut  avec  une 
joye  indicible.    Comme  le  Sultan  devoit 
arriver  dans  deux  pnts  y  elle  lui  conieilla 
de  fe  cacher  juiqu'à  ce  qu'elle  eût  appai^ 
se  ion  eiprit.  Cependant  elle  lui  ordpnna 
de  faire  enibrte  que  l'on  crût  que  la  mort 
ou  Hh  de  Muilapha  étoit  arrivée  par  le 
Commandement  de  Soliman  :  de  peur  que 
fi  Wï  ftn  ibupçonnoit ,  cela  ne  lui  attirât 
}a  liaine  du  peuple  ^  qui  ieroit  aisément 
pèjcfuadé  ide  ce  qtfelle  vouloir  que  l'on 
jcrût  3  après  ce  qui  s'étoit  paflS.  Comme 
iîk  effet ,  la  ;plôpajç  le  lOEoj^tot  encoie  ain» 


LlVk£     S£CON]>«  ïdt 

ft  y  quoi  que  la  chofe  ioit  aucremenc  : 
.  cet  efcave  de  Ruftanl'a  confeffé  en  mou* 
ranc  depuis  peu  de  jouis. 

Soliman  apprenant  à  fbn  s^tout  la  mort 
du  fils  de  Muftapha  ^  en  témoigna  beau« 
coup  de  douleur  &  de  colère  :  mais  Ro- 
xetane  accoutumée  à  vaincre  l'efurit  de 
te  Prince  ,  par  Ces  rufes  &  par  Us  laj> 
mes  y  lui  dit  que  cette  aâion  n'étoit  peut* 
être  pas  trop  defavantageule  au  repos.de 
fon  Empire  :  qu'elle  avolt  iîi  que  depuis 
,  que  Sarrayde  éitoit  à  Prui(Ie,elle  avoit  fans 
cefTe  inipiré  à  ion  £ls  des  /encimens  de 
.  vanjgeance  :  :^e  tous  ceux  de  cette  villej 
'  Jorfqu'il  paroifibit  dans  les  rues  y  ne  fal-* 
Coient  que  lui  fbuhaiter  une  plus  longue 
Tie  que  celle  de  fon  p'ere  y  afin  d'en  van- 
ger  la  mort>  &  démonter  fur  un  trône 
qui  lui  appartenoit  :  ^e  fans  doute  quel- 
que homnie  zélé  pour  fa  tiaute^  y  avolt 
entrepris  cette  a,â;ion  hardie  :  &qucfe- 
:  Ion  ion  iens  ^  pn  ne  devoit  pas  en  recher- 
.cher  l'auteur  Ibrt  cxaâement.   Ce  dii^ 
cours  qui  devoit  faire  naître  quelque  ibup* 
çon  en  Tame  de  Soliman  y  le  periuada  y  Se 
.hit  fipuiilant  en  lui ,  qu'il  ne  fit  plus  infor- 
mer 4p  ce  crime  >  ce  qui  confirina  au  peu-» 
pie  l'opinion  qu'il  ayoif  été  compiis  par  ie$ 
ordres.  Depuis  cela ,  Roxelane  a  fait  tous 
/es  çf&rtspourobceiiarla^acçdeRuitan^ 


téz        Vl  LLUSTItE  fi  AS>SA«. 

mais  il  lui  a  été  impoilible. 

Cependant  le  vertueux  Achmar  ayant 

fil  plus  particulièrement  l'extrêniie  affe* 

âion  que  Itf  Prince  Muftapha  6c  le  Prince 

Giangir  avoienc  eue  pour  Axiamire»  afin 

de  témoignes  combien^  leur  mémoire*  Itâ 

étoic  cheie»  a  obtenu:  la  pecmii&on  de  h 

yfoit  :  ce  qu'il  a  fait  auffi  ibuvent  que  Tes; 

occupations  le  liii  ont  permis.  Et  c'éftt  pit 

lui  encore  que  nous  avons  £u  que  Solimani 

depuis  £bn  retour  ^  n'a  voulu  entendre  par* 

1er  d'aucune  afËire:  étant  dans  un  mélan>^ 

colle  a  profonde*  que  Bloxelanemême  ^ 

'  avec  tous  fes  artifices  >  ne  l^en  fauroit  di'^ 

vértir.  Voilà,  SeieneuJC>  quelle  a  étéja 

fortune  dé  Muflapha  &  Giangir  ;  quelle 

c(l  celle  de  la  Princclle  ;  ôc^t  qu'elle  m'i 

comtnandé  de  vous  dire.  C'isft  à  vous  après> 

"cela  y  pourfui^t  Axiamice,,  a  généreux 

Ibrahim^  noa  feulement  à  me  protéger  j, 

comme  vxais,  témoignez:  en  avoiic  envie^„ 

mais  àme  con(eiller  auffi.  Car  dhns  l'état 

que  fbntles  chofeSjje  trouve  mon  maK 

Ëéur  dt  grand! ,  que  )e  ne  fais  que  dbfirer- 

De  diemeurer  enpriiîm  comme  je  fîiis ,  j'ai: 

toujours,  l'efprit  en  inquiétude  r  non  pa& 

fimplement  par  laiprivation  die  ma.  liberté^ 

maïs  pai<  la  crainte  que  j'iai  quela  triileflc 

die  Soliman  venant  *  cefler ,  ili  ne  fe  fou^ 

tienne  qufautj^&is  il.  a.  tiouyé  q[uelquc 


cfiiofè  d'agréable  en  ma  peinture.  De  (oik 
liaicer  de  lécourner  en  Perfe  ^  Deliment: 
m'en  empêche  ;  de  ibcce  <]^ue  ne  fâchant 
pas  même  <].uelle  gcace  vous  demander  > 
jj.e  crains  bien  qipe  touce  vôtre  addrelfe  j. 
toute  vôtre  generoiîté  ^  &  toute  vôtre* 
Duiflànce*  ne  pui^lTent  trouver  de  remedji: 
ades^  maux  il  déférerez. 

U  eft  certain  ^  Madame  y  lui  répondit 
&rahini^  >  qu'il  eft  difficile  de  les  ^eric 
entièrement  ^  mais  non  pas  impoflible  die 
les  fÎQulager.  ^  l'ailîica  que  s'il  n'a  voit  per«^ 
du  (on  ctedit  auprès  de  Soliman  ^  ilobtien- 
droit  une  chafè:de  ce  g^and  Prince  yii|ui' 
ièlon  fbn  ayisjui  ferait  mener  une  vie  pW 
douce  ::  eh  attendant  que  lia  fortune  laffêe 
de  la  perfècuter  ^  lui  permit  de  pouvoir 
«ctoumer  en  Perfe.^  La  Princeffe  ne  cou- 
vant croire  une  chofè  ^  oà  elle  voyoït  ft 
peui  d'apparence  ^  le  conjuca  die  lui  dire  ^ 
par  quels  moy  âiîÉ^ll  ei^ipit  faire  ce  quMI 
difoit  ^  mais  nôtre  ilhmreBafIa>ne  voulant 
pas  lui  apprendre  ion  defTein  3  qu'il  ne  f&t 
en  pouvoir^  de  l'exécuter  ,  la  fîipplla  de 
l^en  difpenfér  $  &  de  lui  donner  feulement 
deux  jours  pour  lui  tenir  fà  parole.  (ï^ue' 
cependant  elle  vécut  avec  certitude  que- 
ce  qu'il  auroit  toujours  fait  à  la  feule  prie^ 
se  'd'Uiama  3  il  le  feroit  d'orénavant  à  lai 
&ule  confîderatioq.  de  Hlnaiilàncei^.dfcifk 


^    k  ^-    •      À       '-      ^..      -- »     -■ i-    -\       ^  A 


1^4  L'itLtrSTRfi  Bassa. 
vertu  3  &  de  fou  mérite.  En  fuite  àe  ce 
difcwrsils  Te  Teparerent:  Ibrahim  lailTanc 
Axiamire  &  Fclixane  avec  qelque  conib- 
<lation ,  &  lui  remportant  un  chagrin'  ex;- 
trême  de  voir  que  ce  Prince  qu'il  aimoit 
fi  chèrement ,  avoit  été  alTçz  foible  pour 
Ce  laillet  porter  à  la  plus  grande  cruaut^ 
fiue  l'on  paiHe  exercer  ^  lui  qui  étoit  par 
les  propres  fentimens  ^  un  des  meilleurs 
Princes  du  monde.  Cette  pensée  le  fai* 
fant  pader  à  une  autre  ^  l'image  des  mal- 
heurs d'autrui  lui  reprefènta  fi  vivement 
les  fiens ,  qu'il  rentra  dans  fon  palais  avec 
ia*ant  de  triftefe  3  que  s'il  lui  jfîit  arrivé 
'^ùclqu  e  AôUv  eau  liij  et  de  s'affligei:«. 


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BASS  A. 

■  SECONDE   PARTIE. 


L/rRE    TROISIEME. 


\  E)ourfîitvaiitIbrahitnaIlatrou<' 
li  ver  le  grand  SeighËur  ;  &  par 
I  uii  difcours  adroit ,  il  lui  fît  con- 
i  noître qu'il avoitappriscequ'il' 
n'avoÏE  osé  lui  dire.  Mais  eh  lui  donnant 
cette  connoiflance ,  il  lui  fit  voir  auflt 
qu'il  le  platgnoic  fans  l'accufer  :  Se  le  por- 
tant infenflolemem  à  parler  d'Axiamite  , 
il  le  conjura  de  lui  accorder  une  grâce  qu'il 
Touloic  lui  demander  pour  elle  &  pour  Fe- 
lixane.  Soliman  ne  donna  pasleloi/ir  au  ■ 
Ba{ra  de  lui  expliquer  ce  qu'il  vou!oit  ;  il- 
l'aHura  qu'il  pouvoit  faire  ce  qui  lui  plai- 
Il.Pttrtie.  Z  3. 


t6^         L'iLtUSTRE    BasSA 

roit  pour  Axiamire  ;  le  repentir  de  la  fau- 
te, &  le  fcuvenir  de  Tes  malheurs  ayant 
^abfblument  éteint  l'amour  <ju'il  avoit  eu 
pour  elle  3  que  s*il  vouloit  même  la  ren- 
voyer enFerfe^quoi  qu'elle  fut  fille  de 
Ion  ennemi ,  &  qu'elle  pût  fervir  au  biei| 
de  fes  affaires,  ilnelaiireroîtpasd'y  con» 
fencir.  Seigneur ,  lui  répondit  Ibrahim , 
je  ne  prétens  autre  grâce  pour  Axiamire 
que  de  lui  faire  changer  de  priibn,  en  ob- 
tenant de  ta  HautefTe  qu'on  la  mené  àBi- 
tilife*,  &  qu'on  la  traite  en  perfbnne  de  fa 
Baiflance.  Alors  pour  l'obliger  d'autant 
plps  à  lui  accorder  ce  qu'il  demandoit  , 
Ibrahim  lui  apprit  l'intérêt  ^u'IJlama 
avoit  en  Felîxane.  Il  lui  fit  voir  encore 
que  le  lien  dans  cette  oçcafion  fe  trouvoit 
)pint  à  celui  d'Axiamirc.  Qu'il  étoit  à 
projpos  qiie  par  le  bon  traiçement  qu'il  lui 
tèroit ,  il  ft:  )uflifiât  àibn  égard  de  la  vio- 
lence qucRuftan lui  avoit  Faite  en  Con  en- 
levementicontrela  volontédè  ùMfLxittffé. 
Qu'elle  feroit  auili  bien  en  fbn^poavoir  k 
Bitilife  qu'à  Conftahtinopie ,  mais  qu'é- 
tant plus  proche  de  fon  pays  ,  elle  en  re- 
çevroit  plus  de  coniblation  :  &  pourroic 
même  ménager  une  paix  avantageufe  pour 
ik  Hau(e/Iè ,  fî  elle  en  étoit  fatisfaite. 
'Après  toutes  ces  railbns  ,*  Soliman  lui  ré- 
f  oiidit  qu'elles  é^oienc  inutiles  ^  pui^ue  ù^ 


Livre  Trois  ie*mb.      tè'f 
feule  prière  fufiiibitpour  le  faire  confen- 
tir  à  tout  ce  qu'il  pouvoit  defirer  :  n'y 
ayant  qu'une  chofe  qu'il  ne  pourroit  ja^ 
mais  obtenir  de  lui.  Le  grand  Vifîr  n'o* 
fant  être  curieux  en  cette  rencontre ,  de 
peur  d'en  recevoir  du  dcplaifir ,  fe  con** 
tenta  de  remercier  Soliman ,  &  fans  per- 
dre tems  y  alla  donner  ordre  qu'on  dretlat 
un  fîiperbe  équipage  pour  Axiamire.  Com- 
me il  étoit  exaâ  en  toutes  chofes^  il  y 
apporta  tant  de  diligence  ^  que  le  jour  d'a- 
près tout  fe  trouva  en  l'état  qu'il  le  défi- 
roit. 

Il  alla  au  château  des  fept  Tours  le  len- 
demain au  matin  >  où  en  peu  de  mots  ii 
popo(a  à  la  Princelfe  d'aller  à  Bitilife\^ 
dont  Ulama  étoit  Gouverneur  ;  &  où  elle 
n'auroit  point  de  plus  étroite  prifon  que  les 
iriurailles  de  la  ville,  ni  d'autres  gardes 
que  fa  foy  &  celle  d'Ulama.  Il  lui  dit  en- 
core qu^en  ce  lieu-là  elle  trouveroit  tout  le 
moncfe  dilposé  à  la  fervir ,  &  à  lui  rendre 
toute  ibrtè  d'obéilfance  par  l'ordre  qu'il  • 
en  donneroir.  Quon  luictabUroîtuntond 
pour  la  faire  vivre  en  pcrfbniie  dé  fa  con-t 
ditîonrque  là  elle  feroitallfez  loin  dé  Con- 
ftahtihbple  pour  ne  craindre  pas  Sôlirtian  : 
{c'aflezprésdefon  pays  .pbitr' donner  de 
Çts  nouvelles  au  Prince  KîaKamed  ion 
£percj  &  pour  caufcr.  peut-être  unepaix 

Z  X  2. 


l6S       L'  I  t  L  U  s  T  R  E    B  A  S  S  A. 

générale  entre  ces  deux  grands  Empires* 
Que  pour  lui ,  il  lui  promettoit  de  pren- 
dre toujours  fes  intérêts  auprès  du  Sultan  j 
^  de  ne  fbufFrir  pas ,  s'il  arrivoit  que  le 
Sophi  envoyât  feire  quelques  proportions 
pour  la  retirer  des  mains  de  Solimaii  ^ 
qu'on  les  lui  accordât  ^  /î  ce  n'étoit  d'une 
manière  par  laquelle  elle  n'eût  plus  à 
craindre  les  violences  de  Deliment. 

Axiamire  ravie  de  la  generofîté  &  de 
1^  prudence  d'Ibrahim  y  lui  rendit  mille 
glaces  y  ôc  le  conjura  de  lui  donner  quel- 
que moyem  de  n'être  pas  tout-à-fait  ingra-- 
te.  Vous  pouvez.  Madame,  lui  répondit- 
il ,  non  feulement  me  payer  les  fervices 
que  )'ai  deflein  de  vous  rendre ,  mais  me 
fiire  encore  vôtre  redevable  toute  ma 
vie,  pourvu  que  vous  veUilliez  vouslailFer 
perfuader  que  fa  Haut efîè  n'a  jamais  eu 
intention  de  faire  enlever  la  Prince/Te  de 
Perfe  :  qu'elle  n'a  usé  de  violence  à  Pégard 
de  Mùftapha  fbn  fils ,  q.ue  par  les  fenti- 
mens  d'autruy  :  que  le  feul  défaut  de  ce 
Prince  n'eft  qu'une  facilité  d'efprit ,  dont 
l'amour  &  fa  douceur  font  les  caufes  :  & 
qu'enfin  il  a 'tant  de  rares  qualitez  ,  qu'il , 
n'efl  pas  indigne  de  l'eftime  de  l'incornpa- 
jrable  Axiamire.  L'affeékionque  vous  avez 
pour  ce  Prince,  lui repliqua-t'elle ,  jufli- 
£ç  fi  mu  tout  ce  qu'il  a  .fai{  3  du  moins 


LiV. RB  Yroisie*m'e.  iSy 
toutes  Ces  intentions.  Et  bien  qu'il  /bit  eh 
quelque  façon  la  caufe  de  la  plus  grande 
partie  de  rties  malheurs  ,)e  vous  promets, 
ô  généreux  Ibrahim  ,  de  croire  plutôt  vos 
p;^rolcs  ,  que  ma  pxoprè  expérience  :  8ç 
tic  ne  parler  jamais  de  ce  Prince,  que 
comme  voiis  en  parlez  vous-même.  Je  me 
plaindrai  de  la  fortune ,  fans  murmurer 
contre  Soliman  :  ôc  quoique  )e  fois  rèfo- 
luë  de  pleurer  toute  jna  vife  la  perte  de 
ïes  illuftres  ènfens ,  )e  n'en  accuferai  que 
là  cru  elle  Roxelane,  &  le  perfide  Rùftan. 
Cette  converfation  dura  encore  aflfèz 
long-tems ,  &  fe  pafla  toute  en  civilité  dé 
part  8c  d'autre.  Felixane  en  fon  particu^ 
Ker  fit  fes  remerciemens  à  Ibranim  j  & 
tàflura,  qu'elle  reridroit  un  compte  exaéf 
à  Ulama  i  de  ce  qu'il  avoit  feit  pour  elle, 
afin  qu4i  lui  aidât  à  le  reconnmtré  en  le 
publiant  j  puiiqu'ils  ne  pouvoient  jamais 
s'en  acquitter  autrement.  Enfuite  de  cela 
le  grand  Vifîr  prit  congé  de  la  Princelïè  ^ 
&?;lùî  dit  que  le  lèfidemain  matin',  elle 
pouf  roit  paîrtir,-  fi  fa,  fanté  le.  lui  pérmet- 
toit.  Coîtime  en  effet ,  tout  fon  équipage 
xiè  mailqua  pasdefe  trouver  prêt  :  mais 
avec  autant  de  magnificence ,  que  ïî  elle 
eât  été  en  Perfe.  Cette  Priricelfe  s'étoit 
tellement  fait  aimer  dé  ceux  quila  gar-. 
«teîèn^  >  qu%  iae  4a-  virent  paTrir^u'âvéc' 

2*1,  \ 


170        L*ILLlrSTltï     fiAlSA« 

beaucoup  de  larmes  :  quoi  qu'ib*  euflefil 
jgourtanc  beaucoup  d«  joye  de  lavoîf  que 
la  priibn  ne  feroïc  plus  Ci  étroite.  Mais 
tntre  les  autres  ,  Haiima  en  étoit  fî  affli- 
gée ^  qu'elle  n'écoit  pas  confolable  :  elle 
lui  donna  deu^  efclavcsqui  Tavoienctoû- 
îours/ervie  durant  fa  priion  :&  Axiamire 
en  recpmpejnre  lui  donna  une  chaîne  de 
dianians  .q^î  lui  étoic  reûée  dans  tqus  fes 
^ailleurs.,  , 

Cepeiidatit  JtbraJbini  ayoii;  feit  partir 
l'cfclavç  d'Ulama  quïl  avoitianfiené  di| 
château  ^e;çrept  TTours  dès  /e  jour  d'aupa- 
^rayant  ,"çQi;ir  aller  avertir  Con  nçjaître  de 
ïe  trouver  à  Bitiliiè ,  fi  les  forces  le  lui 
permittoiept  ,'px)ur  y  recevoir  la  Prin- 
ççff^.  Mais  en  casque  cela  ;ie  pût 4trç^ 
il  dëpjpcha  ux^  autre  homme ,  aVic  œm- 
^âp^dernent  de  ia  part  du  grand  Seigneur 
d'aUêr  ffir  la  jroute  qu^Axia^iiire;  de  voit 
tenir,  ordotmer  à  toupies  Gouverneurs 
dçs  villes  par  où  elle  pafleroit  ,  de  lui 
Rendre  autant  d'hojnneur  que  fi  elle  eut 
ccc  la  Sultane  Reine.  Et  .le 


pour  n'oublier  rien  qui   pût  mettre  la 
î^rincçiïc  de  Perfe  en  fiireté,  avoitauili 


commandé  cinq  cens  Janiffaires  pour  lui 
Élire  efcorte  ,  qu'elle  trouva  à  une  jour*- 
née  de  Conftantinople.  Le  voyage  de  cette 
SrittcçiTe  cpt  un  luccez  ai#  heureui 


J-IVRE  Troisie*mb.  lyt 
.qQ^Ibrahim  Tavoic  fouhaité.  Elle  fut  re- 
çue avec  beaucoup  de  magnificence  pdt 
tous  les  lieux  où  elle  pafTa  :£c  fansavoSi: 
eu  autre  incotnmodité  que  celle  que  la 
laflitude  d'un  £  long  ^chemin  Icû  ppuvoit 
caufer^  elle  arriva  à  Bicilire  ^  où  Ulanu 
quoique  nrès-ibible  de  Tes  bleâlires  &  de 
la  maîladie  j  n'av<(it  pas  laiflé  de  fe  rendice 
pofur  l*y  teccyok  ,  &  pour  jouir  de  U  vue 
'de  ia  ciiere  Felixane.  Comme  U  fut  aver- 
Lti^qu'dUes  ctolextt  proches  delà  ville  ,  il 
Alt  au  devant  de  la  PrinceflTe  avec  lamoU 
tic  de  la  garni^fbn  :  les  p^rincipaux  Jiabi- 
tafis  de  fiidii£e  la  reçurent  à  la  porte  ^  6c 
Ja  conduifirent  au  p^ais  d'Ulama^  qu'il 
liiî  a  voit  lailTépar  refpeâ  :  de  forte  qu'il 
fembloit plutôt qu'Axiamire  étoic  gouver- 
nante de  BitiJife ,  qu'il  paroîflbit  que  Bi- 
tilife  fut  la  pri/bn  cr Axiamire.  Ilefl  aise 
de  s^imaginer  quelle  fut  la  joyede  ces 
trois  illuftres'perjfônncs  en  cette  entrevue; 
mais  trçs-difiicileac^  1^  ^^  exprimer  : 
principalement  celle  que  refTentit  Ulama 
de  retrouver  Felixane  vivaate  &  fîdelle  , 
après  l'avoir  crû  morte  ou  inconfiante. 

Mais  durant  que  la  generofîté  d'Ibra- 
him foulage  la  douleur  des  autres^  ibd 
amour  le  rendôit  tous  les  jours  plus  mal- 
heureux. Plus  il  voyoit  Soliman ,  &  wioi^s 
il  coiicevoit  d'apparence  d'obtenir  de  lui 

Zz4 


3." 


1^1  L*ILLUSTfLe     &ASSA. 

la  liberté  qu'il  avoir  refolu  de  lui  demander 
en  partant  de  Monaco.  Ce  Prince  ne  cefle 
chaque  jour  de  lui"  dire ,  qu'il  fut  mort  s'il 
ne  fût  revenu ,  qu'il  eft  l'ame  de  ion  Em- 
pire j  que  fans  lui  i]  ne  fauroit  fubfifèer  , 
ue  fix  mois  d'abfence  lui  ont  causé  plus 
malheurs  qu^il  n'en  avoit  eo  en  toute 
la  vie ,  &  qu'enfin  ne  pouvant  vivre  fans 
lui ,  -il  faut  qu'il  fe  refblve  à  mourir  avec 
lui.  A  toutes  CCS  chofes  ,  Tilluflre  Bafla 
ne  répondoit  que  par  de  profondes  marques 
de.  ibumiflion  :  mais  par  Ces  fbupirs ôc  par 
Ion  ^lence ,  il  témoignoit  alFez  au  Sultah 
jju'il  n'expliquoit  pas  toute  ik  pensée  :  & 
que  la  vue. de  fa  maîtrefTe  avoit  plutôt 
'Aus^menté  fbn  amour  3  que  diminué  Ion  in- 
-quietude.  Néanmoins  comme  le  grand- 
Seigneur  vouloit  éviter  les  occafions  d'ê* 
:tre  contraint  de  refufcr  Ibrahim  ,  il  fei- 
ibit  femblànt  de  n'y  prendre  pas  garde, 
&  de  ne  s'appercevoif  pas  de  fa  trifleirej 
fe  contentant  d'eflayet  de  le  gagner  abfb- 
■lument ,  &  de  le  détourner  de  ion  chagrin 
^pat  tous  les  honneurs ,  par  toutes  les  libè- 
jalitez,  &  par  toutes  les  car eifes  qu'un 
^grand  Pxince  peut  faire  à  un  grand  Mi- 
miflre.  Mais  plus  le  BalTa  fe  voy oit  obligé, 
plus  il  avoit  d'afHiftion.  Il  recevoit  lés 
prefens  du  Sultan  comme  de  nouvelles 
i:haines  qui  l'attachoient  auprès  de  lui.: 


LiVRi  Troisie'mê.  17J 
fes  (kveurs  lui  étoient  des  fupplices  5  & 
quoi  que  dans  ion  ame  il  aimât  chère-" 
ment  ce  Prince ,  iLeûc pourtant  voulu n*en 
être  point  aimé  ;  tant  il  efl:  vrai  qiie  l'a- 
mour eft  plus  fort  que  l'amitié.  En  ce  dé- 
plorable état  y  Ibrahim  vivoit  avec  une 
extrême  contrainte ,  il  n'agiflbit  plus  dan# 
les  affaires  comme  à  l'ordinaire  5  il  fuyoit 
le  monde  autant  qq'il  pou  voit ,  là  vue  mê- 
me de  Soliman  lui  devenoit  infupportablc. 
Et  n'ofant  lui  demander  la  liberté  de  s'en 
retourner  ,  dans  l'opinion  qu'il  avoit  d'en 
être  refusé  ,  il  ne  cherchoit  plus  que  la 
feule  folitude.  Ce  n'étoit  pas  que  fa  doui 
leur  lui  çn  fiic  moiris  fenfibie ,  mais  il  n'i- 
gnoroit  point  que  la  liberté  de  fe  plain- 
dre ,  eft  quelque  forte  de  confolation  aux 
'peribnAes  affligées.  Enfin  après  avoir  bien 
confiilté  en  lui-même,  ilrefblut  de  parler 
ouvertement  aaerfnd  Seigneur  ,  avec  in- 
tention ,  s'il  étoit  refusé ,  comme  il  n'en 
doutoit  prefquc  points  de  s'abandonner 
d'une  te|le  forte  à  la  douleur  ,  que  la  mort 
le  fecourût  :  mais  il-  ne  favoit  pas  qu'il 
prenpit  une  refblutipn  qu'il  ne  pcurroit 
exécuter  :  car  toutes  les  fois  qu'il  alla  au 
.ferrail,  Soliman  évita  avec  tant  d'adrefle 
tous  les  difcours  qui  pouvoient  porter  Iç 
Bnlla  à  lui  parler  dlfabelle  -,  &  apporta 
toujours  un  fi  grand  loin  à  lui  faire  con« 


174       VlLtXÏ$TVLt    Ba^sA* 

noîcre  la  neccllité  qu'il  avoic  de  fa  pit'* 
(ence  ,  ^uc  le  grand  Vifir  ne  pouvant  plus 
douter  que  Soliman  ne  le  reliisât  5  s*il  lui 
^emandoit  fa  liberté  ;  n'entreprit  point 
^L'augmenter  encore  ion  déplai£r  par  la 
xercituded'un  mal  dont  il  n'étoit  déjaque 
nrop  aÏÏuré.  Il  demeura  donc  fàris  parler; 
&  renfermant'tous  fes  fèntimens  aans£>n 
cœur  ^  il . devint  le  plvis  mélaiKolique  de 
tous  les  iiommes.  Il  abandonna  le  foin  des 
affaires  ^  &  fè  faifànt  une  pifbn  de  foa 
palais  ,  il  ii'en  fbrcoit  plus  que  pour  aller 
quelquefois  au  ferrail  ,  encore  étoit-ce 
aflTez  rarement.  Sa  preJfence  qui  avoit  ac- 
coutumé de  eharmejt  toutes  les  inquié- 
tudes de^oliman  3  neluidonnoitplusque 
de  la  douleur  :  car  il  le  vo^it  fi  changé, 
les  yeux  fi  abbattus  ^  le  teint  G.  pâle ,  Vm* 
meut  Cl  fbmbre.  Se  l'cfprit  fi  inquiet,  qu'il 
ne  pouvoit  le  regardl^r  fans  une  extrême 
déplaifir  :  mais  defdaiHr  qu'il  croyoit  d'au- 
tant plus  jufte ,  qu'il  favoit  bien  qu'il  étoit 
la  caufe  de  celui  de  nôtre  illujjre  Bafla. 
Il  chercha  néanmoins  durant  quelques 
jours  à  fe  tromper  ,  en  tâchant  de  fe  per- 
fiiader  que  peut-être  le  changement  qu'il 
voyoit  en  fbn  cher  Ibrahim  aoit  une  ma- 
ladie du  corps  auflî-tôtque  de  l'arfie.  Il 
confulta  pour  cet  effet  un  Médecin  Juif 
:  ^  un  Arabe,  qui  ayant  obfer vêle BafTa 


'  L  1  V  R  B    Tro  ISI  B*M  B.     a7f 

pendant  quelques  jours  fans  qu'il  y  prît 
garde ,  jugèrent  que  le  changemcût  qu'ion 
voyoit  enlui  devoit  avoir  une  caule  étran- 
gère :  ne  voyant  nulles  marques  ni  nvl^ 
indices  d'a^e  maladie  connue.  Sesibupirs 
freque^is  ,  4*iiidifference  qu'il  tcmoignoit 
avoir  pour  la  vie  ,  &c  quelques  mots  ii^- 
terrompus  qu'il  avoit  dit  Içrs  que  par  |es 
ordres  de  Soliman  >  ils  écoient  allé  le  viii-< 
ter  3  leuîf  iperfuaderent  que  la  mclancclic 
qui  parciijipit  çn  ^ui ,  n'éroit  point  un  effet 
de  Ion  tempérament  ^  mais  de  quelque 
afflidion  qui  troubloit  fbn  ame  ,  &  qui 
fans  doute  deyoit  procéder  de  quelque 
pafKon  violente.  Ap^^s  un  raiipnneinent 
il  jullc  ^,  iiMw.fcijitè;^  ils  dUeot  fratiçhe- 
ment  au  grafld  Seigneur  qu'ils  ne  pwr 
voient  re^pçndre  de  la  vie  d'Ibrahim ,  qu'il^ 
étoient  Me4ec^ns  des  douleurs  du  corps  S& 
non  pas  de  celles  de  l'ame  :  qu*en  l'étaç 
qu'étoit  le  Bafla ,  il  falloit  qu'il  fut  fba 
Médecin  lui-même  :  que  tout  ce  qu'ils 
pouvoient  feire  par  leurs  remèdes ,  étoic 
de  fortifier  la  nature  autant  qu'ils  pour- 
roient  :  mais  qu'enfin  une  mélancolie  & 
longue^  fi  violente  la  feroit  fuccomber: 
&  d'autant  plus  que  le  Bafla  pour  fe  dé- 
faire d'eux  ,  difoit  qu'il  n'étoit  point  ma^ 
lade  >  Se  qu^par  confequent  il  n'a  voit  pai^ 
beioin  de  remèdes.        '       , 


'ly6  •       L'iLLUSTRl    Ba^^A. 

.    Soliman  entendant  ce  difcours  3  s^en  aP 
fligea  extraordinairemeût  :  néanmoins  il 
n*cut  point  de  peiné  à  deviner  le  fujet  dt 
Ja  mélancolie  d*Ibrahim.  Car  ne  lui  VOTant 
aucune  raifbn  de  s'affliger ,  que  l'âbfence 
de  la  peribnne  qu'il  aimoit  3  il  he  douta 
point  que  l'amour  ne  fut  la  caufe  de  foil 
chagrin.  Dans. cette  opinion^  il  congédia 
ces  Médecins  :  mais  il  ne  fiitpas  plûtôi! 
fcul  3  que  s'accufànt  de  la  perte  d*Ibrahim, 
il  fe  refolvoit  prelque  à  lui  demander  cff 
qu'il  vouloit  de  lui  ;  &  (ans  fe  confideref 
en  cette  occafipn,  à  fe  priver  de  la  feule 
confolation  qu'il  avoit ,  &  de  la  feule  per- 
(bnne  qu'il  pouvoit  aimer  :  lors  que  la  Sul- 
tane Reine  entra  dans,  fa  chambre  ^  fui" 
Tant  le  privilège  qu'elle  en  avoit.    Des 
qu'elle  le  vit ,  elle  connut  qu'il  avoit  quel- 
que trouble  dans  l'amé  :  mais  comme  éUd 
ne  put  difcerner  fi  c'etoit  un  effet  dé  co-- 
1ère  ou  d'afHiâîon  ,  elle  employa  toute 
fbn   adrelTe  pour  s'en  éclaircir.  Soliman 
fa'avoit  plus  pour  elle  cet  amour  violent  |,' 
qui  l'avoit  iï  fouvent  aveuglé  :  toutesfoisî 
elle  avoit  encore  fur  lui  cet  empire  3  qiit 
fcifbit  qu'il  n'avoit  jamais  pu  lui  rien  rc- 
fufer  que  la  grâce  de  Ruftan  :  de  forte 
qu'en  cette  occâfion  il  fe  laifla  prefque 
vaincu  e^Ii  ne  lui'ciJhfeflra  j>a$  entièrement; 
la  vérité  ,  mais  il  lui  dît-q^ôlà  fnc'anco-* 


Livre  Troisie'me,  27^ 
lie  dlbrahim  failbit  toute  Con  inquietu-i 
de  :  &  fans  lui  apprendre  qu'il  écoit  Chré^ 
tien  fous  l'habit  d'un  Turc,  ni  de  quel 
pays  il  écoit  î  il  lui  dit  qu'étant  devenu 
paiEonnément  amoureux  d'une  Princellè 
Chrétienne  qu'il  avoit  vue  durantle voya- 
ge qu'il  àvoit.  fait  par  fes  ordres  5  le  dé- 
piaifir  d'être  privé  de  fa  prefence,  &  de 
l'eipoir  de  la  pofleder  le  mettoit  en  ter* 
mes  de  mourir.  Ënfuite de  cela,  il  lui  dé- 
peignit la  douleur  qu'il. en  avoit ,  8c  lui 
témoigna  qu'il  voudroit  avoir  perdu  la 
moitié  de  fon  Empire  ,  &  pouvoir  fauver 
Ibrahim.  Seigneur  ,  lui  ditla  Sultane,  fi 
tu  veux  m'accorder  une  grâce  que  je  te 
demanderai  ,  je  m'oblige  de  remettre  la 
joy e  dans  l'ame  de  ton  favori.  Je  jure  par 
Alla ,  lui  répliqua  Soliman,  que  j'accor- 
derai toutes  choies ,  pourvu  que  l'on  puifle 
lauver  Ibrahim.  Seigneur,  lui  dit-elle, 
je  te  demande  jufqu'à  demain  avant  de 
m'engager  abfolument  à  feire  réiiffir  ce 
que  j'ai  proposé  à  ta  HautcfTe.  Quoi  que 
Soliman  ne  vît  nulle  apparence  ,à  ce  que 
difoit  la  Sultane  ,  il  trouva  pourtant  quel-^ 
ue  douceur  à  ne  fe  refbudre  pas  fi- tôt  de 
è  priver  d'Ibrahim. 
.  Cependant  Roxelane  fans  perdra  un  mo* 
ment  >  envoyé  avertir  Ruftan  qui  étoit 
toujours  demeuré  caché  à  Conftantiaople,- 


?. 


-4-. 


r;i        Vl  LtUSTRB  B  ASS.A.  ' 

afin  qu*à  l'entrée  de  la  nuit  il  vint  à  une 
des  portes  du  ferrai!.  Que  là  il  trouvëroit 
deux  de  fe$  cfclaves  noirs  qui  l'y  atten* 
droient  :  &  qull  n'eût  pas  de  crainte  de 
s'y  rendre ,  parce  que  le  Capigibaflî  qui 

fardoit  la  porte  ^  écoit  absolument  à  elle. 
Luftah  ne  manqua  pas  de  fe  prouver  à  cet- 
ts  affignation  ,  non  plus  que  les  efclaves 
à  le  recevoir  te  à  le  faire  entrer.  Gomme 
il  fut  dans  fà  chambre  ,  elle  lui  dit  que 
quoi  qu'elle  eût  pu  faire  ;  il  lui  avoit  été 
impoiiible  d'obtenir  ià  grâce ,  &  qu'elle 
jugeoit  bien  qu'elle  ne  l'obtiendrolt  ja^- 
mais ,  que  par  quelque  voye  fort  extraor-^ 
dinaire  :  qu'il  s'en  prefentoit  une  qu'ellç 
vôuloic  lui  propofer ,  afin  que  s'il  y  voyoit 
quelque  apparence  3  elle-achevât  la  cho<. 
te  qu'elle  avoit  commencée  :  &  alors  elle 
lui  conta  ce  que  Soliman  lui  avoit  dit^  & 
ce  qu'elle  lui  avoit  répondu.  Mais  il  fç 
txouva  que  Ruftan  étoit  bien  mieux  infor*^ 
mé  de  la  fortune  d'Ibrahim  qu'elle  ne  pen* 
ibit  :  car  cet  homme  qui  ne  fongeoit  qu'à 
ibnrétabliiFement ,  avoit  fait  iubomer  un 
des  cens  du  grand  Vifir  ,  pour  tâchçrde 
iàvoir  fi  cet  illuflre  BalFa  étoit  cayfe  qu'on 
ne  le  rappelioit  pas.  Ce  domeftique  fubor* 
né  par  Ruftan^  lui  alloit  a0ez  fou  vent  ren- 
dra compte  de  ce  qu'il  avoir  entendu  dîrç, 
£c  Je  mèmt  jour  que  Roxelane  l^avoit  en* 


Livre    Troisie*m5.      179 
voyé  quérir ,  il  lui  a  voit  appris  qu'Ibrahim- 
étoic  amoureux  d'une  Priiiceflîî  d'Italie  y 
à  laquelle  appartenait  une  ville  qui  s*ap- 
pelloit  Monaco.  Que  le  regret  d'en  être 
^bfent  le  faifbit  malade  &t  cauferoit  fa 
mort  y  fi  le  grand  Seigneur  ne  lui  donnoit 
la  liberté  de  s'en  retourner  la  voit  :  qu'il 
avoit  entendu  toutes'  ces  chofes  à  travers 
de  la  porte  d'Ibrahim ,  qui  parloit  de  cela 
en  particulier  à  un  efcîâve  Italien  qu'il 
aîmoit  beaucoup,  auquel  il  avoit  com- 
mandé, s'il  moùroit  de  fbn  déplaifir  ,' 
comme  il  témoignoît  n'en  douter  pas,  de 
demander  lapermi/Iîon  au  grand  Seigneur 
d'aller  exécuter  fes  dernières  voient  ez  en* 
portant  une  lettre  à  la  Princeire  qu'il  ai- 
moit.  Ruftan  ayant  appris  à  Roxclanece 
ïu'il  favoit  d'Ibrahim,  lui  dit  ejjifuiceque 
ï  elle  faiibit  agréer  à  Soliman  qu'il  lui 
parlât ,  il  étoit  bien  afluré  de  trouver  un 
iremede  à  la  douleur  de  Ion  favori.  Ce  n'eft  ' 
pas ,  lui  dit  Roxelane  en  l'interrompant  , 

S  lue  fa  mort  ne  me  fut  pins  agréable  que 
a  vie  5  mais  pour  nôtre  mterct  il  faut  tai- 
re toutes  chofes  :  délbblîger  fes  amis  fi 
l'occafîonlc  requiert,  &  obliger  fes ennc* 
mis^quandje  fervicequ*orl'leurrend  fertà 
fîos  defleins.  Il  faut  donc,  pourfiiivit-ellè  * 
fauver  la  vie  d^Ibr'ahîxn  c  Ate  fois  pour  ob- 
tenir vôtrcirétablilIçTtnçàr  i  &  ftiis  après  " 


i 


i8o       L'illustre   Bassa» 
nous  agirons  d'une  autre  force ,  fi  elle  nou$ 
eft  importune.   RoxeUne  lui  propofa  de 
demander  une  armée  à  Soliman^pour  aller  * 
enlever  cette  Princeflc ,  dont  rabfénce 
caufbit  le  mal  d'Ibrahim  :  mais  Ruilan  lui 
répliqua  que  ta:nt  qu'on  pouvoit  agir. par 
a.dre(re  ^  il  ne  falloit  point  avoir  recours  à 
laforce*-  Que  pour  lui,  ilfavoit  mieux 
tromper  que  combattre  :  &  qu'enfin  tans 
lui  expliquer  fbn  deflein ,  il  lui  promettoit 
de  périr  ou  d'amener  cette  Princefle  à 
Conftantinople ,  pourvu  qu'on  lui  donnât 
un  vaiflèau  de  guerre  bien  équipé:  & 
q^u'on  lui  permit  de  dire  aux  lieux  ou  il 
aborderoit  qu'il  alloit  vers  le  Roi  de  Fran- 
ce en  qualité  de  Chaoux  de  la  part  du 
^rand  Seigneur. 

Roxelane  voyant Ruftan  fi  reiblu  à  cet-» 
te  entreprife ,  le  renvoya ,  &  lui  dit  que 
le  lendemain  il  auroit  de  Tes  nouvelles  : 
comme  en  effet  elle  agit  fi  bien  pour  lui' 
auprès  du  grand  Seigneur ,  qu'il  lui  pro- 
mit la  eràce  de  Ruftan ,  s'il  pouvoir  raire 
ce  qu'elle  lui  propofbit  :  &  ce  Prince  con- 
fentit  de  ibuffrir  fa  vue ,  pour  cflayer  de 
rendre  Ion  cher  Ibrahim  neureux ,  fans 
qu'il  sj'éloignât  de  lui.  D'abord  Ruftan  lui 
deoianda  pardon }  mais,  comme  Soliman  le 
prelfa  de  lui  dire  par  quelle  voye  il  e(pc- 
xoit  faire  réuf&r  fon  deuein  ,  qu'il  a  voit  dé-     ' 

ja 


ILîvk'É   TroisiA'Me.       lit 
jà-'fii  tie  Roxelane  ;  Seigneur ,  lui  rémn-'' 
dft^il;^  }eii€  penfe  pas  qu'il ibit  plusdlffi- 
<3lè;d*enleVer'une  Princefle  d'Italie,  que- 
la  Princeiîb  de  Perfe  :  c'eft  pourquoi  que 
taHauteffe  s'aiFureque  fi  l'on  nie  donne 
éè  que  la  Sultane  t'a  fans  douce  demandé 
^ui;  moi  ,-&  que  tu  :me  falFe  éfterer  de 
rentrer  éii  ta  grâce  ,*  Ibrahim  fera  bien- 
rôt  lé  plus  heureux  de  tôiis  les  hommes, 
puifque  ne  lui  manquant  que  la  poÂelEon 
de  cette  Prince/Te ,  je  la  lui  amènerai  en 
.peii^  de  tems. 

-'Soliman  àvoit  au  coihmèriceînentquel-i 
^ué;  av^rfîpn  pou!r  cette  violence.  Mais 
venant  '^  connderér  que  c'ccoît  la  feule 
voye  de  retenir  Ibrahim  auprès  de  lai ,  il 
éublia  toute  autre  confideration.  î)e  forte 
qu'avant  que  de  congédier  Ruftan,  il  fut 
àbft)flument'refqlu  à  tenter  la  chofe  :  &  il 
F^eflitra  ^qù'il  le  feroit  'partir  '-  daiis  deui 
jb\if  s.  X^e  cejpendant  il  fé  fbuvint  de  trai- 
ter làPti^cefle  de  Monaco' j  qui  étoit  celié 
qu'il  devolt  enlever  ,  avec  le  même  ref- 
peét  qu'il  feroit  obligé  d'avoir  pour  Ta  Sul* 
tàne;  Reiîle.  Le  grand  Seigneur  fit  dreffer 
l^éqUipâge-^e-Ruflan  3  avec  le  plus  de  di* 
l^nèe'cju^il;  lui  fut  pdfrible ,  lui  donner 
quantité  d'irgent  &  de  pierreries  ^  en  .cas- 
qu'il  en  eût  befoinv,  il  eùtauffifàdépêche,' 
comme  fî  en  effet  il  eut  été  çnvo;^é  vers  U 


jlSz  L'iitusTkl  Bassa. 
Roi  de  France  en  qualité  de  Chaoux  ,  Sç 
ne  lui  man(][uanc  plus  rien  pour  ibn.voya^ 
ge  3  il  Te  nvit  à  la  voile  par  un  tems  le  plus 
favorable  du  monde.  Cet  heufeux-com- 
inencemenc  de  navigation  nedonna  pasde 
faufTe^  eiperances  au  Pilote  qui  fé  fervitiî 
bien  de  l'avantage  du  vent  ôc  du  beau 
tems  3  que  com^ne  fon  vaiilcau  étoit  ex« 
cellent  voilier ,  il  fit  ce  trajet  avec  une  di-* 
ligence  dont  ot^  f^'ayoit  jamais  entendu 
parler  en  toutç^  les  mers  du  Levant.  Ru- 
Itan  approcliant  de  Monaco  ^  envoya  (a 
Ijarque  a,vçç i|p  desûçns &  un  truchement 
poupdennander  p^rmiiHon  à  la  Priiiceilç; 
S'entrçf  dans  le  porc,  afin  d'y  faîçr  radou- 
ber fon  vaiiTeau  qu*il  difbit  être  brisé  de 
la  fureur  4e  la  mer  :  &  dont  il  eût  fait 
rompre  eiFé(5èiyementunmât&  quelque! 
çordake^  .  ïi  on  lui  eût  accordé  ce  qu'il 
^çmandou  >  ^anp.d  avoir  prétexte  de  de^ 
mqire^  çflî  ce  liw^^  &  d'y  pouvoir  ctei:T 
çhçi  le^  moj^cns  d'exécuter  ion  deJTeiUé 
Xiais.u  ^f riva  que  la  Princefle  ayant  été 
çpntrainte  d'aller  à  Gènes  pour  quelques 
^i£)l^ importante;  qui  Vy  avoientobligéCj 
n^ctoiit  point  alors  à  X^onaco  :  de  Coite  qqcf 
cel/oi  qui  çommandoit  à  ion  abfencê  3  ré-[ 
igpndlt  à  l'eûYoyé  de  Ruftan  j  que  la  Prinn 
cçile  c:aot  a  Çenes ,  il  ayoit  ordre  d'ellç  , 
jdc  ne  laiÏTci  entjer  aucuiis  vaiir<raux  dft 


Livre  Troisie'me.  183 
^errc  dans  le  port ,  tant  qu^ellen'y  fcroit 
pas. 

Ruftan  apprenant  par  le  retour  de  fa 
barque  que  cette  PrincelTe  n'étoit  point  à 
Monaco,  en  parut  d'abord  affligé  :  mais 
un  moment  après  changeant  de  pênsce, 
îl  jugea  qu'au  contraire  il  lui  feroit  avan** 
tageux  :  puifque  îdevapt  fans  doute  ré- 
venir J  de  Gènes  à  Monaco^  il  lui  feroit 
plus  aisé  de   l'enlever  fur  la  mer  que 
dans  u^e  Ville.    Il  forma  le  defTein  d'al« 
jer  à  Gènes  ;  de  faire  voir  fa  dépêche  ^ 
afin  d'y  être  bien  reçu,  &  d'y  séjourner  , 
jufqu'àce  que  la  Princeire  de  Monaco  en 
partît  3  lur  le  prétexte  d'y  attendre  un  de 
Tes  navires  qu'il  diibit<jue  la  tempête  avoit 
feparé  de  lui.  La  chofe  étant  refbluë ,  il 
l'exécuta  comme  il  Tavoit  pensé  :  &  re^- 
prenant  la  plaine  mer  «  afin  qu'on  le  vît 
venir  du  coté  du  Levant ,  il  alla  à  Gènes, 
où   il  fut   reçu  non   feulement   comme 
Chaoux  du  grand  Seigneur,  aufli-tôt  qu'il 
«ut  montré  fa  dépêche,  m^is  comfnçEn- 
^  voyéti'un  Prince  a  qui  la  Republique  avoit 
grande  çjbligàtion.  Cependant  il  s'informa 
^dtoii^mçikt  du  lieu  où  étoit  le  palais  de  la 
ptivotÉk  fk  MoqaçQ  :  &  l'ayant  (u  il  fit 
îçûfçiîrs  "tenir  un  de  fes  efclaves  dans  la 
fnêrrie  rjuë  ,  pour  découvrir  s'il  ne  s'y ,  fai- 
iSnt  nul  ptépdratif  dç  voyage.  Il  fit  au(g 


184  L'illustre  Bas  s  a. 
preiidre  garde  au  port  fi  on  appareîllok 
quelque  galère  3  afin  de  s'informer  où  Hic 
alloit  :  enfin  il  n'oublia  rien  de  tout  ce  qui 
poùvoit  fervir  à  fon  dcflTein.  Il  fut  quelques 
jours  en  cette  attente  avec  beaucoup  d'in> 
patience  :  mais  la  fortune  qui  ne  vouloît 
pas  encore  l'abandonner  ,  lui  donna  une 
occafion  d'enlever  la  Prince/Te  ^  bien  plus 
favorable  que  celle  qu'il  atcendoit. 
^  Une  nuit  comme  il  étoit  dans  fon  vait 
fcaUj  qu'il  n'avoit  point  voulu  quitter, 
irialeréles  prietes  du  Sénat  :  après  avoif 

1  I  iY*  1111 

entendu  un  bruit  eftroyable  d'hommes  ar- 
mez 3  &  furie  port,  & 'dans  la  ville  :  il  ftrt 
averti  par  ceux  des  fiens  qu'il  y  envoya , 
que  tout  y  étoit  en  confufion,  queles  por- 
tes cnistoient  ouvertes  5  que  lejport  n'etoit 
plus  ferme  y  &  qu  e  daos  ce  defordr e  on  ne 
pouvoir  comprendre  quels  étoient  les  en- 
nemis. Ruftan  profitant  de  cette  occafion 
&  des  rfiallieurs  d'autruy  ,  laillà  une  par- 
tie de  Tes  foldats  dans  fon  vailFeau  ,  Ôt 
fuiVi  de  l'autre  alla  au  palais  delà  Prih^ 
ceflTe  de  Monaco,  enfonça  la  porte  ,  5c. 
conduit  à  Tappartement  d'Iiabelle  par  les 
vdx  de  Ces  femmes  qui  fe  deféfpçroient 
^&        &  qui  appelloient  tous  les  domeffeques^  à 
'^     leur  fecours  ,  il  le  força,  8c   prouva  U 
Prince/re  qui  fe  prefentoit  la  première  i 
xroyant  renconcrer  des  gens  qui  pourrotéâc 


Ll^RB     TtLÔlSlt'Mt.         iSf 

entendre  ion  langage  y  &  felailler  fléchir 
par  fes  prieres.Elïe Tut  bien  étonnée  quand 
elle  vit  que  c'étoient  des  Turcs.  Elle  fit 
alors  un  grand  cri ,  &  failant  trois  pas  en 
^arrière  ,  elle  voulut  fe  jetter  dans  ,uh 
cabinet ,  Ruftaç  qui  s'en  apperçut^  la  ré- 
tint &  la  fit  prendre  par  içs  ibldats  :  nfe 
*  doutant  point,  du  tout  que  ce  ne  fut  la 
Princeflè.     Toudlsfois    craignant  de    /e 
"ttomper  ,  il  fit  auffi  enlever  Emilie  qu^l 
voy«Éipluf  magnifiquement  habillée  que 
les  autres  :  car  quoi  qu'il  fut  nuit ,  tou- 
tes les  femmes  de  Gènes  ne  laiflbient  pas 
de  l'être  3  s'étant  levées  au  bruit  épouvan- 
table qu'elles  avoient^entendu  dans  la  vil- 
le. Et  puis  il  ne  fut  pas  diflSciîe  d'enlever 
Emilie  qui  voyoit  qu'on  emportoit  la  Prin- 
ceflè :  elle  (è  contenta  feulement  de  crier 
dans  les  rues  entre  les  bras  de  ceux  qui  la 
-portoient ,  pour  obliger  quelqu'un  à  la  fe-^ 
courir  :  Gomme  en  eflet ,  quelques-uns 
reconnfjflTant  fa  voix  ^  voulurent  s'bppo- 
fer  à  cet  enlèvement  3  mais  ce  fut  en  vain: 
^  Ruftan  fe  fervant  tout  à  la  fois  délava- 
•leur  de  fés gens,  du  deibrdre  delà  ville , 
i&  del'obfcurité  d^  la  nuit ,  fit  entrer  ces 
deux  belles  affligées  dans  fbn  vaiiFeau  que 
Ton  avoit  appareillé  durant  qu'il  étoit  allé 
à  cette  exécution  :  de  forte  qu'il  n'y  fut 
pas  pldtot  rentré  j,  que  faifant  lever  l'an- 


r.->> 


/ 

/ 


/ 

à 


/    -L*  I  L  L  W  S  T  R  E     B  ^  S  S  A. 

e  à  l'heure  même ,  il  fbircic  du  port ,  & 
^  prendre  la  route  de  Conftancinople. 

Cependant  Ibrahim  languiilbit  toujours: 
ic  Ton  chagrin  lui  feifoit  mener  une  vieil 
fiifte  &  fi  ennuyeufe^  que  la  pensée  de  la 
jnorc  étoic  la  plus  agréable  qu'il  eût.  Soli- 
inan  de  ion  côté  avoit  une  mélancolie  ex- 
trême de  voir  ion  cher  Ibrahim  |puârir 
tant  de  maux  pour  Pattiour  de  lui  :  &  le 
refpeâ:  qu'il  lui  témoignoit  en  ne  lui  de- 
mandant pas  fa  liberté ,  r6doubloitj|i|\doi|< 
leur  :  néanmoins  quelque  violente  qu'elle 
^t  ^  le  deûein  de  retenir  cet  Uluftre  Baila 
.auprès  de  lui  ^  étoit  encore  f4us  puilTant» 

L'efperance  du  i^rtour  de  Ruftan  dimi- 
nuoit  quelquefois  Tes  déplaifirs  s  maisrin* 
certitude  de  la  chofe  ne  lui  permettoitpas 
d'être  long- tems  fans  inquiétude.  Elle  augr 
menta  pourtant  beaucoup ,  lorfque  le  terr 
inc  qu'il  avoit  prefcrit  pour  l'exécution  de 
cette  entreprife  fut  arrivé.  Il  crut  que 
Ruftan  avoit  fait  naufrage  >  QU|g|ue  Iba 
delFein  ayant  été  découvert  on  l*auroit  fait 
mourir  ,  ou  du  moins  retenu  prilbnnier.  Il 
yoyoit  que  la  triftefTe  du  grand  Vifîr  ne  di- 
jpinuoit  point  :  &  que  pour  peu  qu'on tar^ 
dât  à  le  fecourir ,  le  remède  arriveront 
trop  tard.  Il  avoit  Ibuvent  envie  de  lui  dé? 
couvrir  le  voyage  dé  Ruftan  :  n^ais  la 
craint ç  d'irriter  Ion  dcplaifijû,  w  lieu  dç 


Livré!  Troisie'mb-  287 
k  modérer  ,  l'en  empêchoit  auflî-tôt.  Il 
iavoît  bien  <jue  pourvu  qu'ifabelle  Te  fît 
voir  à  Ibrahim ,  il  lui  feroit  impoffible  de 
n'en  avoir  pas  de"  la*  joye  :  mais  'il  crai-, 
gnoit  avec  rai foii  qu'il  neftt  infiniment 
affligé  de  dfavoir  qu'on  devoit  faire  une 
violence  à  la  perfonne -qu'il  âimoit  :  & 
qu'elle  feroit  exposée  à  cous  les  dangers 
de  la  mer.  De  rorte  que  tout  ce  que  So- 
liman pouvoit  faire ,  étoit  de  le  plaindre, 
&  dé  î'aUer  voir  quelquefois ,  contre  là 
coutume  des  grands  Seigneurs,  qui  nevî- 
iitent  gueres  leurs  Su) ets.  Ces  vifîtes  ne 
donnoient  pas  gxpnde  fatisfedfcion ,  ni  à  ce- 
lui qui  Its  recevoit ,  ni  à  celui  qui  les 
Kiidoit  :  la  mélancolie  d'Ibrahim  redou- 
bloii ,  loriqu'il  voyoic  celle  que  Soliman 
pprtoit  peinte  fur  le  vifage  :  &  celle  du 
Sultan  devenoît  plus  forte  ,  en  remar- 
quant daiîs  les  yeux  d'Ibrahim  tous  les  fi- 
giies  d'une  douleur  extrême.  Il  vouloit 
pourtant  quelquefois  le  faire  violence  , 
remercier  Soliman  des  bontez  qu'il  avoir 
pour  lui ,  &l'aflrurer  que  s-il  eût  perdu  la 
vie  cnle  ièiDvant ,  il  feroit  mort  avec  quel- 
que cQN&lation.  Mais  Soliman  fe  fentant 
outré  4c  la jdouleur  pai?  Un  difcours  fî  ten- 
dre ^  ne  pouv<oi€  on^  fouffirir  la  continua- 
tion j  &il  éloitcoptraint- do  le  quitter  aprc^ 
Pavoir  C0nju|é4c  viy  Jeepoiir  l'aqfiour  de  luJi 


i88       L'iLitTSTiiE    BAssk. 
*  L'inquiétude  &  la  crainte  que  SoKinaii 
avoit  de  perdre  le  grand  Viûr ,  l*bcc\ipoit^ 
tellement ,  que  quoi  que  les  affaires  de 
Perfe  fuiFent  extrêmement  preilante^,  il 
ne  put  fe  refbudrc  à  former  aucun  deireini 
fe  contentant  dé  donner  ordre  àUlama  de 
s'oppofcr  jutant  qu'il"pa«u:roic  aux  erine-   . 
mis  :  mais'de  n'entreprendre  rien  iontxe 
eux,  qu'il  n'eût  un  nouvel  ordre  de  lui; 
Ce  commandement  ne  dcpliit  pas  à  U!a- 
ma  ,  quoi  qu'il  fut  un  des  plus  vailLins 
hommes  de  iônjfiécle, il&toien  aife  quo 
la  guerre  ne  l'occupât  point  fi  fort  /qu'il 
jie  piit  demepter  qjjelque  tems  auprès 
jd'Axiamire  &  de  FeKxane..  Les  lewnremii 
Oiême  cpntribuprent  encore  à  /on  defFein, 
malgré  l'avantage  qu'ils  avoient  eu  dans 
Jes  dçraieres  occafions,  ils  furent  long* 
tems  fans  ri çn  entreprendre. 
.Ce  qui  caufoit  cette  fuipenfion  d'armer 
étoit  que  la  nouvelle  avoit  été  portée  à  1* 
Cour  du  Sophi  s  qu'Axiàmire  &  FeKxanc 
ctoient  entre  les  mains  de  Soliman  qui  les 
içtenoit  priibtnieres.  Cette  dernière  cir-; 
ponftance  mettoît  le  Sbphi  &  Deliment 
en  unie  peine  e:^trênie;Ils.nes^étôientpas 
étonnez  de  favoir  certainemeni  iqVeiles 
p'étoientpas  mortes ,  comme  tout  le  mon-* 
de  le  .croyoit  ,  ni.  d'apprendre  iqu'çUes 
Ctoient  en  Turquie^  pz^rce qu'Us, avaient 

autrefois 


autrefois  foupçonné  Ulama  de  les  avoir  > 
cnkvées  :  mais  de  voir  qu*il  étoit  General 
de  l'armée  du  grand  Seigneur  dans  l'ab-' 
fenee  d'Ibrahim  ,  &  lavoir  enmcmc-tcms 
que  fa  maîtreire  ctoic  prifonniere ,  c'ctoîtt 
ceqç*ils  rie  pouvoient  comprendre.  Ilsre-: 
â>Iurent  néanmoins    de    tâcher  de  -s'eir. 
éclaircir^  par  le  moyen  de  ces  intelli- 
gences fecrettes  que  tous  les  grands  Prin-  ' 
ces  ont  che^  leurs  voifins  :  &  cependant 
de  fair«  de  grarwls  pr^paratife  de  guerre  , 
pour  s'en  fervir  félon  ce  qu'ils «n  appren-. 
droient.  *:  .      ;       > 

'Mahamed  ayant  fu  cette  nouvelle  com- 
me lés  autres^  en  reçut  une  extrême  joye.. 
Il  iavoit  pourtant  avec  peine  qu'Axiamirc 
&  Felixane  étoient  en  prifon  ,  mais  les» 
ayant  crues  mortes,  ou.ibus  la.  pulllance.dcj 
Tachmas  &  de  Delimjent ,  il  élîoitrravi  de 
fa  voir  qu'elles  ctoicnt  vivantes,  &Jbors'de 
kur  tyrannie  5  il  ne  pouToit  s^iraaginer. 
que  deux  perfonnes  de  cette  importaacc 
puffent  être  maltraitées  en  bhiieii  où  Uia-. 
ma  étoit  fî  puiirant*-Mafaamed.tie  futpàUp 
ièulqui  rcflentit  de  là)ôycde  favoirqu'AH 
îiamire  ii'étoit  pas  mofte=  :i  c  aie  cette  Pôçé» 
ceflie  étoic  lî  generakalcmlâin\é€îv'pir:j:oM^ 
ca  Enipirc ,  quexeceanpuYclle  s'étint  té^ 
pandue  parmi  le  peuple  J  tout  le  rmînde  ea 
donna  des  marques.^une  ié)Quil&»ce  i^i 

JI.  Partie.  B  b  b 


1^       L'ILIVIT^B    BasSX^ 

diciblc  :  8c  telle  que  Ci  l'on  eue  remporté 
une  mémorable  viâoire  fur  les  ennemis^ 
Ikin  n^eûc  pu  &ire  davantage.  Les  femmes 
de  qualité  de  la  ville  de  Suitanie  où  Tach» 
mas  étoit  Iprs  qu'il  rççut  cet  avis^  l'envoyé» 
rent  fiipplier  ^  s'il  ^Uoit  une  rançon  pour 
rackecer  la  Princefle  >  de  vouloir  Cou&it 
que  toutes  leur^  pierreries  en  fijûTent  utï§i 
fztdc  :  s'eiHmans  mèmt  trop  heureufes  ^ 
âj^axh  pêne  de  leur  liberté^  elles  pou» 
voient  jrachieter  celle  de  la  Princeâfe. 
^ .  Cette  gcnereufe  marque  de  l'affeâioo 
qu'on  avoit  pour  Axiam jre  ^  né  fut  pas  ro> 
^Qc  comme  elle  meritoit  y  c^r  l'artificieuf^^ 
Perça  qui  dciefperoit  de  voir  que  fa^u; 
ne  laiiloit  pas  de  régner  en  Perfè  ^  quoi 
qu'elle  fj^t  pi/bnnieire  à  Conflantinople  ^ 
periua»ia  h  Tachmas  que  cette  extrême 
afTeâion  du  peuple  pour  la  PxinceiTe  ^  pour 
voit  cau&r  ae  grands  maux  dans  la  conti^^ 
AuatiiHi  de  la  guerre  >  que  la  priibnd'A^ 
xiamire  écoitfans  douce  un  artifice  pour  le 
décevoir ,  qu'il  n'y  avoit  pas  d'apparence 
qu'Ulamâ^^mt  bien  avec  Soliman  ^  &  que 
Felixane  fut  maltraitée  :  qu'il  falloit  crains 
<tre  que  tandis  qu'Axiamire  fembloit  être 
en  piibtt  ^  elle  n'eût  des  intelUgences 
dans  le  pays  :  oue  fi  cela  étoit ,  6c  que 

![uelqu'ttn  eût  la  hardiefle  de  fe  foulever^ 
e  nom  d'Axiamire  feroit  bien-tôt  ranger 


î 


LiVHB  Troisir'mi.  191 
le  peuple  de  ion  parti  :  &  qu'enfiri  ilécoit 
à  propos  de  lui  mire  conncHCr  e  de  bonne 
heure  que  cette  ré)ouiiIànce  étoit  crimi^ 
nelle:  &  qu'il  falloit  même  déclarer  Axia» 
mire  coupable  de  le2e-ma)efté  »  pour  s'ê- 
tre retirée  de  fesfitàts.  Elle  ajouta  encore 
à  cela  9  que  pour  éteindre  Tardente  amitié 
4que  le  peuple  avqit  pour  la  Princeilë^  i] 
falloit  le  prendj:^  par  /on  propre  intérêt  1 
publier  par  (»ut  qu'elle  étoit  cauiè  de  la 
guerre  ^  Se  par  confêquent  de  la  ruine  de 
tout  l'Empire.  Qu'elle  ièule  avoit  &it  re« 
volter  Ulama ,  &  prendre  les  armes  à  So^ 
liman  :  qu'ain/i  il  ne  ialloît  point  de  ran-* 
^gon  pour  la  retirer  ^  mais  une  puillànte 
armée  pour  l'arracher  des  mains  du  Sul- 
tan j  ann  d'en  faire  un  exemple  à  la  bofte-* 
j?ité«  Tachmas  ayant  écoute  les  dilcours 
4e  Perça  »  lui  dit  qifil.  vcnroît  beaucoup 
4'apparence  à  ce^'elie  diioîc  :  <pie  même 
iletoic  refolu  ^éni  ufer  de  cette  ibrte  : 
mais  que  cela  n^empeclietoit  pas  qu'il  ne'^ 
fit  ce  qu'il  pourroit  pour  retirer^  Axiamire  , 
&:  Felixane  »  par  le  mpven  d^un  Ambafl^ 
<leur  ;  qu'il  étoit  delà  dignité  de  l'Empire 
d'y  procéder  ainfi  ;  ôc  d^un  iâge  politique 
de  metl&te  toujours  i' ennemi  enrtx)Tt.  Ôo* 
liinMt  étattt  ariivé  à  la  fiq  de  cottc^coH*^ 
verfation,  confirma  etKôce  Tachmas  en 
{km  dedeûi  :  ayant  fu  par  un  GouVetneiir 

Bbtz. 


/ 


X91         L*  I  L  t  U  s  T  H  E     B  A  S  S  A. 

d'une  des  villes  de  la  frontière ,  qu'^Axîa- 
naire  n'étoic  plus  prifenniere'à^Conftaiiti- 
iiopIe>  Qu^ellc  avôit  été  conduire  ài  Bitilifc 
«vec  un  équipage  très-magniiîque  y  ^^ re- 
çue par  Uiama  avec  toutes  les  marques 
d'honneur  qu'on  eût  pu  lui  rendre  en  Pèrfèi 
Cette  dernière  nouvelle  t0ucl3a:  fenli-^ 
blement  le^opbt;  "Qjjandil  avdt^pprii 
queFelixanp ctpit  priwnniere,  î^  avôit^clu 
moins  du'la  confolation  d*efpere|  qu'Ulà* 
inane  la.voyoic  non  plus  que  lui  :  mais 
iathant  qu'elle  écoit  dansunô  ville  dont  il 
écoit  Gouverneur ,  la  jaloiifie  le  transpor- 
ta'd'une  telle  ïbcté,  qu^Uiilc-'fà^oit  prei^ 
ques  ce  qu'il  diloit.  Rour  Ddimtnri  Corti-- 
nic^l  ne  pouvoit  être  jaloux  ,  le  déj>it  dé 
iè  voir  méprisé ,  &  la  colère  de  ne  pou- 
voir polTeder.  Aadamirc  y  pour  s'empalrêf 
delà  couronne  >  excitoient  aûtàntde  tfou^ 
yidi  eni  fbi^)  ame  ^  qtilé'ia  >)di)a(k'  en 
du^SophL^Quanb  àii^ànibitïeu^  Parca  yië^ 
feul  defir  qu'îclle  ailoît;de^regtlèr  la  ^ifoit 
agir  :  &.  .pour  s'élevçr  à  cette  fuprêAiô  • 
grandeur  3  elle  jugeoit  qu*il  ne  lui  m  an* 
quoitquè  deux  chofcs  ^ la  mort  de  Deli- 
ment  &  la  haine  du  peuple  pour  Axiâmi- 
te.  jCar  pour  irmacl  ôc  pour  Mahamed*^^ 
elle  ne  croyoît  pas  que  la  ftnpidité  déi^tî, 
&  l'aveuglement  de  l'autre  learp^efrtrii A' 
feot  de  s'y  oppofen  J^alSsme  ^e  pouhéxe^- 


f  » 


3»  -î"' 


Xi  VUE  T.RO  rsii'MÉ.  19^ 
çutef  Ion  intention: ,  elle  pcrfuada  à  De- 
limenr  qu'il  falloit  À  cette  fois  bazarder 
touics'xhc^s ,  qu'il  yialloit  de  /on  hoaneur 
de /avoir  qu^Axiamire  étoit  fi  près  de  la 
fromiére ,  &  de  n*aDer  pas  faire  uû  effort 
îpour  la  retirer  des  mains  d'Ulama  :  & 
pow  Tachnias,  elle  lui  fit  feire  ce  qu'il 
ayoit^j:e/blu  jiar  (on  Gonfeil.  Il  dit  devant 
tQutefa  Cour  qu'il  trouvoit  fort*  mauvais, 
^û'on  eût'  témoighe  deJ?>)ojre  de  lavoir 
que  /a  fille  étoitaa  pouvoir  de  /on  enne- 
flii  y  que  la  croyance  de /à.  mort  l*avoit 
bien  moins  touchcLqueilanouvelle  qui  lui 
avoit  appris  qu^elle  vivo|t.de  cette  forte: 
&  erifuite  il  déclaxia  publiquement  Axia- 
ràirietcriminelledé  Lezemajefté^^  exage* 
jrant toutes  les  chofesque  Perca^loiavoit 
laites*  Mais  quoique  cemanifeile  eut  quel- 
g^jBc  apparence  de  vérité  j  il  ne  trouva 
piQurcant  poin^  de  caré^nce  ^  ni  eiivérs  les 
grande  ijhirenveirs  le  peuplé.  Les  violen- 
f es dfe.Ièateaient ,'  la  méchanceté dePer- 
at,y  &  kverta  d'Axiamire  cétcdenc  trop 
iXMinuës  pour  faire  réiiflir  la  chofe  com- 
me Tachm'a^  refperoit  :  &  le  peuple  au 
CfymHite  voyant  de  fij  grandes  imarques 
^^mm^C\té}  d'uûf pexc  contre  fa  fiJ^e: ,  8c 
d'ûîBieifceudf  cqntr.é  ÊiiœùJDy  pen(a;ferç>- 
bdJe-r  &  fe  poxtei^à  quelque  ctr ange  rc/ài- 


^94        L'ILLVSTHE    BassAt 

Cependant  DeUment  fbngeoit  k  icrer 
des  aoupes  »  &  à  feis e  une  fi  pEttilànce  ar« 
mée  ,  oue  Yaînqueurou  vainca  elle  deci-* 
d&c  absolument  da  (on  de  cette  guerre  ; 
étant  reibki  de  mourir  ou  de  revenir  avec 
Axiamire.  Tachmasdr  (on  coté  ^  (uivant 
ià  reiolution  y  dépêcha  vers  legmnd  Sei-^ 
gneur  y  pour  lui  demander  fà  nlle  Se  Fe*» 
liune  9  offrant  deux:  miUîons  pour  leur 
rançon ,  <|uoî  que  de  droit  il  ne  fe  crût 
pas  obligé  d'en  ^kmner  pour  deux  perfbn* 
nés  qui  n'étoient  pas  prilonnieres  ae  guer* 
re.  il  envoya  ^i  méme-tems  plufieurs  eC^ 
pions  à  Bftilifê ,  pour  fa  voir  ce  qui Vy^aC 
ibit  i  mais  tous  lui  rapportèrent  que  ia 
Princeâe  6c  Fetixane  fembloienc  être  ab^ 
iblument  en  liberté  :  ^Uiama  leur  ren» 
<loit toutes  les  civiiîtez  imaginables:  8c 

3ue  quelque  loin  qu'ils  y  eouenc  apporté  p 
s  n^avoient  pu  découvrir  par  quelle  rai- 
ibn  la  Princefle  avoir  été  condmte  il  Bitir 
life  :  le  peuple  n^en  difant  antre  cho/è  > 
ûnon  que  l'on  croyoit  qu'elle  s^étoît  appro* 
chée  de  Perie  pour  faire  des  proportions 
de  paix. 

Le  Sophi  avoît  reçu  une  lettre  ({"Axia-» 
mire  »  à  laquelle  il  répondit  avec  colère  , 

Suoiqu'elle  ne  le  méritât  point  :  enfiiite 
commanda  que  l'on  vk  u  l'homme  qui 
Ta  voit  apportée^Q'en  avoit  point  pour  M$f^ 


hâmed  ou  pour  fbn  Gouverneur  :  cette  re-^ 
cherche  ne  fuc  pas  vaine  »  iWtn  trouva 
une  pour  le  Prince  y  où  quelque  loin  qu'A^ 
xiamire^ût  apporté  à  faire  qu'elle  ne  lui 
pue  nuire  fi  on  la  trouvoit  »  elle  n'avoîc 
pourtant  point  aflfez  bien  caché  l'extrême 
afteâion  oui  écoit  entr'eux  ^  &  l'intelli-- 
gence  qu'ils  aVoient  eue  quand  elle  ét(»t 
a  Ama/ie.  De  ibrte  qu'aum^tôt  aptes  Ta^ 
voir  lue  y  il  fut  refblu  >  que  de  peur  qu'une 
autrefois  Mahamed  n'eo  reçût  par  une 
voix  plus  fecretce  y  il  falloit  faire  deux 
chofes.  La  première  lui  changer  toute  ia 
maifbn^  afin  que  n^ayant  pertonne  aupjfès 
cle  lui  qui  lui  f&t  fidèle  3  il  ne  pût  recc^ 
voir  aucune  nouvelle  d'Âxiamire.   Et  la 
féconde  de  s^afiRirer  de  fa  perfenne.  De* 
liment  influent  à  l'accoutumée  >  fut  lui'» 
même  commander  au  Prince  aveugle  de 
]a  part  du  Sophi^  de  ne  fôrtir point  de  fou 
appattetnent ,  6c  ordonner  à  loti  Gouver«- 
neur  6c  à  tous  les.  ficns  4e  fc  retirer.  Cela 
iait^  il  lui  donna  de^  gardes  ^  Se  lai^  ce 
Prince  en  une  afBiârioa  qai  n'eut  jamyais 
4e  fembiaUe.   Tous  ceux  ^ut  l'appre^ 
choient  étoient  les  agens  defoif  ennemi  ; 
9c  maigre  qtt^il  en  eût  y  il  étoit  eemtj^ûac 
4t  fe  laf f^r  ftr vir  par  eux. 

Cette  rfétentloH  fit  un  grand  l>ràît  à  iz 
i^Dïu:  iiui  Spphi  :  le  peuple  même  penfaft 

fibb^ 


1^        L' IL  LUS  TRI    fiAfSA« 

foulévcr  diverfes  fois  :  mais  entre  tous  les 
..autres ,  les  domeftiques  du  Prince  ne  pou- 
toieiîtfjpporter  cette  violence.  En  effet 
le  Gouverneur  de  Mahamed  ayant  aflem- 
blé  les  principaux  d^entr'eux  ,leur  propo* 
fa  d'entreprendre  d'enleverle  Prince  leur 
maître  ,  &  de  le  naener  à  Bitilife.  Il.va- 
loit  mieux  j  difoit  il ,  le  conduire   entre 
Iqs  mains  d'un  ennemi  tel  quHétoit  SoUmaQ 
à  Axianpiire>  que  de  le  laiiftrau pouvoir 
:4'uir.p€re  cruel  &  irrité.  Qoe  pour  eux, 
•s'ils  demeuroient  à  Sultanie,  ilsn*y  fe- 
roient  poincen  sûreté  :  qu'au  moindre  foup- 
con  que  l'on  auroit  d'eux  »  on  les,  puniront 
ieverement  :  defortequcitaot  pour  la  coti- 
fervation  di^  Prisce  que  pour  k  Jeuç ,  il 
iafloit  entreprendra  de  le  délivrer.  Ilsré- 
/;p6ndirenç  t<>us  avec  beaucoup  de  zèle  & 
^d'affeélion  ^  qu'ils  écoient  .prêcs  d'expof^M^ 
ritv^  vie  pour  le  Priin:^  Ifcur  m^&re  :  maU 
.^'ils  nepenlbiç^nt  pasjquils  le  puflent  fi^- 
^^litilemei^t  pour  lyf.  Ce  fagei  Gouyei- 
^jneUT'  Ipux  d\t  alors  q^'ilfavoit  Cdtainft- 
^ngt^ent  q^eceu3^,qui  lerga^dpieni  s*alïuraîit 
,f  11  fon  avauglenijem  ,  n'étpient  point  du 
rtput  exaûsa  robferver  5  que: <:ela  étant  > 
;jl4  .chQfé  npferpitpas  fort  difficile  ;  par^ 
<jue  le  Prince-^oy  choit  à  jan  app^rt^m^t 
\^$i  q^i  '<|Qnnoii,  fur  le  jardin  du  palais  > 
^dçi^t  Us  liEHirailles  ç'^toiei^t  p^s . iiiaMS3K 


T»       f 


L  1  y  R  £    T  R.  O  1  s  I  Ï*M  B.        2  517 

3 me  la  diiEcùlté  n*étoit  qu'à  Tavcrtir  de  ne 
dire  point  de  bruit  lorlqu'il  entendroit  ou- 
vrir Jes  fenêtres  de  fa  chambre  y  ce  quil 
ne  jugeôit  pas  véritablement  fo^t  aisé,  à 
caufe  que  le  Prince  ne  pourroit  lire  ce 
qu*on  lui  écriroit ,  ni  voir  les  fîgnes  qu'on 
lui   pourroit  faire.:  de  forte  qu'il   con- 
clud  qu'il  falloit  donner  quelque  chofe  au 
hazard.  Que  pour  ce  qui  étoit  de  fortir  de 
la  ville  y  le  Gouverneur  de  Sultahie  écoit 
refolu  de  fuivre  la  fortune  d'Axiamire ,  & 
d'abandonner  un  gouvernement  qu'il  ià- 
voit  bien  qu'on  lui  de  voit  ôter  dans  peu  de 
jour^a  à  cau/è  de  l'extrême  affeâiqn  qui! 
avoit  témoigne  avoir  pour  cette  Pri ne efTe^ 
.&  qu'a^ilî il  leur  fejoit  aise  de  fe  fauver^ 
/  iCettjç,pro|X)fition  étant  approuvée  de 
tous  >  ils  ne  longèrent  plus  qu'à  l'execu- 
cen  Et  comme  les  nuits  étoient  fort  ob- 
fcures  A  à  caufe  que  lalunen'éclairoit  pa^, 
rîl^  ne  différèrent  ^  point  davantage,    lie 
j Gouverneur  de  Suîtanic  ,  que  celui  d? 
jM|aJbamed  ayoit  gagné  auparavant ,  choî- 
,iît  d'entr,e  ies  folaats  •  ceux  qu'il  crut  lui 
être*  les  plus  fidèles;.  &  fans  qu'on  s'en 
jprît  garde ,  il  les  mit  en  fadion  à  une  por- 
te, de  la  ville  par  où  il  avoit  deffein  <de  for-» 
'tir./Lanuit  étant  v^nuc,  tous  les  libéra- 
^teûrs  de  Mahamèd  Ce\  trouvèrent  à'^ua 


Xp9       VïttXÏBTAt    SA$éÂ. 

jporcerenc  des  échelles  pour  entrer  daiis  ief 
lardin  donc  les  murailles  étoienc  fort  ba(^ 
fts,  comme  )e  l'ai  dé)a  remarquée  Car 
comme  Sukanie  n'étoit  le  séjfour  du  Sophi> 
que  dçjHiîs  la  perce  de  Tauris  ,  Von  n'y 
avoit  point  faic  encore  de  magnifiques  bâ' 
timens.  Cette  genereufe  troupe  paflant 
cMre  deiixTcncinelies ,  entre  datis  le  )ardin 
/ans  nul  obftacle  ;  va  droit  a  l'appartement 
de  Mâhamed^  en  ouvre  une  fenêtre,  ians 
que  lui  ni  Ces  garder  qui  ctoiem:  à  (on  anti- 
chambre s  éveillent  y  &  l'ayant  ouverte  > 
celui  donc  on  crût  qu'il  connoitxoit  le 
mieux  la  voix,  paflâ  dans  la  chambre  le 
cimeterre  à  la  main  ^  s'approcha  de  foa 
lit  aprè^  l'avoir  cherché  ouelque  tems  -y  8c 
quoi  qu'il  l'éveillât  aiTez  doucement  j  il  ne 

Sut  lui  parler  &  à  propos  ,que  le  Prince  ne 
t  un  g;rahd  cri  ;  8c  ne  demandât  avec 
beoucoup  de  reiolution  >  G  Delxment  en-^ 
Toyoit  le  poignarder  ?  Mahamed  parla  fî 
haut ,  que  quelques-uns  de  (es  gardes  s'^ai 
éveillèrent  &  firent  quelque  bruit  entre 
eiix:  mais  le  Prince  ayant  recoimu  la  voix 
Je  celui  qui  lui  parlait ,  6c  quiil  fzvoit  lui 
Écre  fidde.  Ce  tut,&  par  fbn  irlcnce  fit  que 
ces  mçmés  gardes  qui  s'écoîent  éveillez  , 
n'entendant  jilus  rien  fe  remb^mireiit  ;  Se. 
crurent  que  Mahamed  avoîc  eu  quelque 
iSkhcux  longe  qai  tavoit  fut  ^adcr  hsiuç  : 


Li  VKS 'TKoisii'ks.  29Z. 
ne  ïe  mettant  pas  beaucoup  en  peine  de 
le  garder  >  parce  que  leur  ordie  n'étoî;; 
que  pour  empêcher  <{tt'on  ne  lui  parlât  ^  Se 
ic  qu'bn  ne  lui  donnât  des  lettres.  Cepen^  < 
dant  Mahamed  ayant  iu  en  peu  de  mots, 
de  quelle  façon  on  le  vouloit  delirrer ,  ie 
laiâfa  conduire  par  celui  qui  lui  parldt  » 
fans  pouvoir  f^ire  autre  cliofe.  Toute  cet-' 
te  troupe  ie  reçut  avec  une  )oye  extrême  :■ 
mais  de  crainte  qu'elle  ne  fit  troublée  par 
quelque  fâcheufè  rencontre  ^  auili-t6t 
qu'on  lui  eut  donné  des  habits  que  l'on 
avoit  portez  pour  lui ,  ils  ibrtiient  dujaf- 
.din^  &  bientôt  a|E>rès  de  la  ville»  A  cent 
-fas  de  la  porte  -ils  trouvèrent  des  che» 
Vaux  qtiéle  Gouverneur  de  Sukanie  Ëd« 
ibit  tenir  tous  prêts  ,  Ac  montant  deiTus  , 
âls  marchèrent  avec  le  fins  de  diligence 
^u'il  leur  fut  poflible.  Mais  comme  Je 
Prince  ne  peuvoic  pas  (e  conduire  j  Se 
qu'il  étoit  contraint  de  hiSct  mener  fou 
cheval  par  on  autre  ,  ils  ne  purent  aller  fi 
vite  ^  que  le  iêcond  ^our  qu'ils  marche^ 
rent  ^  ils  ne  viûent  paroître  du  coté  d'oÀ 
ils  venotent  une  troupe  de  cavalerie  qu^ 
venoit  ii  eux  avec  une  diligence  extrê^ 
me  ;  Se  qui  étant  plus  ferte  en  nombre^cin^ 
fit  croire  non  feufement  qu'on  le^fuivoit  » 
mais  qu^ils  étoidit  tous^ perdus.  Us  relbldk 
leat  néanmoins  4e  vendre  leus  vie  biitt 


JOO        L'iLtUST^E     BASsX. 

chèrement  :  le  Princt  même  tout  aveu- 
gle qu'il  étoit  >  fc  fitdpnner  un  cimeterre. 
Se  afin  que  s'ils  le  mêloient ,  il  ne  fr^ppâc 
point  Tes  anus ,  en  voulant  ir âpper  Tes. en- 
;)emis>  il  commanda  aux  flens  dé  n'ap* 
procher  point  de  lui  fans  Tappeller  par 
fon  nom  :  S^  comme  fes  yeux  ne  le  Icr- 
voicnt  pas  pour  attaquer,  il  reiblut  de  de- 
jl^eurejc  en  une  place  avec  intention  de  ne 
fe  laifTer  prendre  que  mort.Mais  quoi  qu'il 
pût  faire  ,>  ks  gens  le  mirent  au  milieu 
d'eux  fans  qu'il  y  pût  refifter  •  reïblusde 
mourir  ou  de  le  fauver.  Cependant  la 
itroype  qu'ils  croy  oient  If  urètre  ennemi^ 
5'approchoit  toujours ,  èc  cbacun  fe  prépa* 
JBok  dé>a  àij'^ler  attaquer  ^ilorfque  le 
^^d^i  Satjr^pe  de  la  ïçfie|fopotamie  ^leiih 
jîemi  de  Ddliment  ^  s'avançant  le  premier^ 
:&  jettant  fonr  cimeterre  pour  leui:  feire 
:CpnnQÎtrç  quîil„ ne youloit  pw les  combat- 
.tJte  i  leur  ^t:  changer  le  deffciu de ife  do- 
.fendre  ^  en  celui  de  les  embrîrilferv   îx 
•Prince  Mahàmed  faclwnt  qUix'ecoityiâc 
le  connoiflint  à  la  voix  ,  lècarelFa  extrê*- 
mem  ent .:  &  apprît  de  lui  que  l'on  n'a  voit 
Jîi  fa-  fuite  que  bien  tard  :  parce  que  /es 
«gatdes  noyant  accoutumé  d'eiÀrer^ansda 
;chambre  que  lor§  qu'il;  les  appèUûiùK, 
•ayojpptintj^iidu  )ufqM'à?*rtid:î  ûtHsiy  aller. 
^^  Jof  çhQfe  étaflt  dÂcQUVttte  >  .Tacfa- 


LiVRi  TroisieImb.  fot 
«iar  au  comhïf  ncèmenc  eit  a  voit  téirjoi-i 
gné  beaucoup  îe  fureur  :  que  Petca  ifat- 
voit  fait  qu'en  rire:  Se  qu'elle  a  voit  fbu- 
baité  par  uae  raillerie  piquante  que  So'i- 
man  le  fît  General,  de  ie«  armées  ,  alîrf 
qu'un  homme  qui  voydt  fi  clair  ,  choisît 
ks  pçâes- avantageux  pour  lecampémene 
de  fes:txoupesiQùô^pour  Delimem,  côm-î 
me  il  ha'iflbit  fon  percy  il  Tavoit  vouia 
âccufer  -dfavbîr  (à  quelque  chofe  de  ion 
évafion  :  &  que  le  Sophi  J*ayant  fort  m  al- 
laité ,  il«'étoit  retiré  delà  Cour,  &lui 
avoir  ^commandé  de  venir  lai  of&ir  tout 
ce  qu'il  pôû voit:  ne' cfouijant  point  qu'il 
»*eûc  pris  -là  réfoiàtion  de  fe -rendre  où 
Axiamiré^voit  déjatirouvé  un  adle.  Que 
cependant  il  étbit  à  propos  de  marther  en 
diligence  :  parce  que  peut-être  Tachmas 
auroit  chani^i  {l'avis ,  Se  fe  ietoic  re^fblu^ 
de^ôsfaÎMduivjrëi'jLe Prince  l^^hanied 
voulfit  encâre^iavoir  que  étoiéntsceux  quii 
lîaccoiiîi^griQiMtHqui  :  fe  ^  tjxMJvéient  être\ 
les c  plus  tiiiDimét^S'  g^ni  de  h  Cour.  Le 
Prince  les  carciÂa  eiciTêmemenc  :  &  pour 
ne  hararder  ^pas'  des  perfimnes  à  qui  il' 
av^  tuant  é*obligatiàn  y  ii^enx^ya-devane^ 
im  d€££enè^à'Binli\fe^V4ifiii^de  (avoir  de  là 
PrîiîCCl&Axi^mir^^iîlidJLeûâefaretraiw 

te  &e kup  e»  ftroiç  pas  un^de  fiireté  ?  XI>e»i 
penc|[aà€  ii^me^âii&rciit  ^a&  4^  niarcheii 


|o2  L'f£to«Tiii  Bassa« 
le  plus  vite  qui  leur  fiic  poflîUe  :  ma» 
écomme  ils  arrivèrent  à  reMtrêimté  de  là 
£rmtiere  ;  ils  attendirent  des  nouvelles  de 
«relui  ^'ils  avoient  envoyé  à  fiitiiife.  Ula« 
Hia  vint  leur  en  porter  lui-itiême  :  &  cet 
^excellent  homme  reçut  le  Prince  Maha* 
med  avec  ta^  de  témoignages  de  pyt  de 
part  ôc  d'autre  3  qu'ils  furent  long^tems 
ians  fe  pouvoir  Teparer  ^  ni  fe  n^^dre  à 
inarcher.  Tous  les  autres  vinrent  enfuite 
Alucr  Ulama  ^  qui  les  afliira  tous  de  &si 
Service  &  de  là  proteéUoo.  Mahamed 
3'infbrma  en  marchant  de  la  ianté  d'Âxia* 
mire  ;  mais  îln'ofi>it  lui  demander  des  nou« 
velles  de  Felixane  :  de  crainte  qu'il  ne 
pensât  que  ce  iôiii  ne  fôt  un  efifet  de  fou 
ancien  amour.  Et  comme  Ulama  s'en  ap^ 
perçut  >  fe  penfbis  »  Se^neur  ^  lui  dit*i1  ^ 
qu'après  vous  avoir  afluréqu'Axiamire  c& 
6n  Pétat  que  vous  la  defirezt  ^  vous  me  dtr 
manderiez  des  nouvelles  de  Friixane  t 
puis  que  l'ayant  autrefeij?  )ogée  d^ne  de 
votre  amour  ^  je  dévots  peùtor  que  vous 
lui  rendriez  cette  preuve  de  vôtre  amitié. 
Mon  cher  ami  «  luirepUqua  Mahamed  es 
fburiant  >  )e  n'ofbis  faire  &uvenir  mon 
proteâeur  ^uf  )'ai  été  '  ion  lival  :  SCc  quoi 
que  la  mémoire  de  FeUxaive^  nie  Cûk  infi- 
niment chère ,  ce  que  j,e  dciis  à  votre  ami*  ; 
Clé  ^  m'empêchoit  de  lui  rendre  publique^ 


I.IVRB     TliOI$I£*M^.      )Ùf 

ment  ce  que  je  lui  rendrai  toujours  en  mon 
amé*  Que  ce  xiifccwrs  n^  vous  i;iquiéce 
pas  «  pourfuivîc  Mahamed  >  car  en  vou$ 
avouanc  que  j'aurai  comours  de  Tamour 
pour  la  veirtu  de  cect^e  /âge  iilie  y  )e  vous 
protefte  enfiiice  que  cet  amour  ne  fera  )a- 
mais  naicre  d'autre  defir  en  mon  ame  que 
celui  de  la  voir  contente  ;  &  de/irer  cela  ^ 
(^(tik  finifaaitei'  qu'elle  Ibit  femme  d'Ula^ 
ma.  Seigneur ,  lui  répondir-il  j  Felixanc 
^  bien  plus  d^t^ereu£ï  Se  plus  redc^ta^ 
ble  qu'elle  n'étoit  lors  qu'elle  funnonta 
votre  qoeur  ;  elle  a  des  charmes^  des 
beautezque  vous  ne  conooîJSez  pas  ^  Se 
qui  vous  feront  peut-Ȏtre  changer  de  r efiy-. 
JucÎQn.  Vous  favt^bien^  lui  répliqua  Ma- 
hamed  y  ^ue  )e  fuis  un  mauvais  jiige  de  W 
beauté  fèc  que  l'amour  n'^entre  pas  en  mort 
fiomr  par  les-yeuz«  ]e  njemens  pas  aiiifi, 
nourfuivit  Uiama  ,  cette  t>eaucé  vifible  qui 
ren4  Felizane  l'ok)er  de  l'admiration  des 
A^upides  y  comme  des  ^rituels  >  &  des  vi- 
cietfx  commi?  des  '  peripnnes  vertueufec 
Mais  î'entens  cett^  oe^uté  toute  celefte  , 
qui  nip  (ait  janma  que  d^illuftres  cpnqui* 
tes  y  qui  ne  touche  que  les  grandes  âmes  ; 
&  qui  ne  iè  détruifanc  point  avec  le  tems  ^ 
fait  naître  aviflt  un  amoitfqin  dure  éternel^ 
liment.  Enfin  y  Seigneur  ^  c^eft  de  la  beau-» 
té  de  l'Gffxit  éç  de  fam^  del^elfjwiedont 


504  L'i  L  LUSTRE  Bas  s  A«^ 
j'entens  parler.  Lors  qu^cIle  vous  capti- 
va ,  elle  avoic  dequoi  faire  croire  ^ue  fe^ 
fencimens  étoienc  généreux  :  l'ambiûon 
ne  la  coiichoic  point  »  &  le  dcHr  d*êcre 
Reine  ne  lui  failbit  point  oublier  ce  qu'- 
elle avoit  promis.  Mais  3  Seigneur  >  Fe- 
liicane  a  bien  fait  davantage  y  car.ielle  a 
méprisé  la  more  pour  Axiamice  $  elle  s'efl: 
exposée  pour  elle  »  &  a  tant  témoigné  de 
conftancé  Se  de  genero/itié  en  diverfes  ren« 
contres  5  qa'il  fera  bien  difficile  que  vous 
tïc  Taimiez  pas  ^  quand  on  jrous  le  ifera^fa' 
voir.  Je  Taimerai  fans  doute  ^  répliqua 
Mahamed  ;  mais  plusje.connoîtrai  dege- 
nerofité  &  de  vertu,  en  elle ,  vkts  je  ferai 
obligé  d'en  avoir ,  ôc  plus  je  leiai  confir- 
mé en  la  refblution  où  je  fuis  dépuis  long- 
tcms,  de  ne  m'eftimer  heureux  que  quand 
Ulama  le. fera  :  &  de^ncpré&enldreideFe- 
lixane:que  ce.  qu^ellc  ne  me  p^ht  jifufer 
fans  crime,  c^éft4-^re  fbn  amitic.  Croyez, 
Seigneur  >  lui  répondit  Ulama ,  s'il  né  faut 
que  cela  pour  vous  cqntenter ,  que  voua 
ayez  fujet  d'être  fatisfait  ;  car  jeiai$avec 
certitude  qu'il  feroit  aiTez  di^gilt;  de  jug^-r 
équitablement  quii  a  plus  d-afifei^ion  pour 
vpus  3  d'A^^iamire  ,  defelixàne  ,  ou  de 
moî*  Et  croyez ,  s'il  vous  plaat •,  Seigneur, 
que  tOul  ce  que  j^  vwis  ai  dijr ,  n'a  été  que 
pDur^ja^Yoir'le  pjàifir  de  parler  dç  Felixa* 

nc! 


fie:;,  «tant  tr çs-certain  qqe^ j^e  l'honoxe  au- 
)ourd*hLiy,à  çel  poiai }  iSc.qw'cU'fi/ a;  renclti 

y^moiui4^^  ):'ai.ppu.«  cUp  li.parfiiiçjc  ^  qUb 
-qu^  h;  ÎAio^Btfie  «ç  |>ieut  iîaaiiM.ayQii;  dp 

:  :  A^jsç  de  femM^tf  s.  difcoyps/^  iM4h%- 

jmtd  3c  Ulama  fa|i§  f  cpe  etit/^4uti|iit  tîe 
^celui^ui  gtiidpit  if^  Ptinçç  Ittçm^fiQXiî^ 

:^'epçj^tçgc*««^eJ^foâ)le{fei:^T*qi^ 

Perça  ,  de  la  ftupd4it#ici'îfi«l^l ,'  &  hU 
Jhaine  uBivci'rdlfi  qu$  Poliment  acqtroie 
^ur  lui.  Mais  en^^^  ^f*^  îiiif pir  maf ^ 

iBitjlife.  Ajciainii^^^i^^lwtlif jew^i*^ 

i  F€Uslaîe^cJ^is^Jmq>it  çpPdP'm^^^fffi^c 
^%  eik  44  fP^  f^Çi^e  r/9^fçitT^^mms:\e 

#a|f|>rc«feMd'Gl]g  ,i  &  lui  4it,ett,ifiî^ç,^]i^ 
)ayoi^  kàl  d|ÇS  conditions  avec  1^^ h^mç4# 
,^'iL  la  c6njuix)it  de  vqijilp^  iobfervef» 
JPe^x  fi  fages.  p  er  fpunejs^  ;fépopdit-e)k,  i^e 
fauroient  avoic  rien  ^r^ib^ qui !i^.k)ù>Ji|-' 
fte  l^'j?aeourqwijÇ:penfe  qj^çje  nçrrV^nsi 


gagerai  pasinconndcrcmmenc^quancFJf 
vous  prom^cf ai  de  ne  le»  rompre  poinc. 
Ulaaia  lui  die  ators  eâpcu  de  mots  >  ce  qui 
Vétdit  paâi  enc^e  le  Prince  &  lui  s  &  Fe* 
lisiane  lui  premic  de  faire  ce  ^'ii  (buhiH 
toit.  Illa^^^ta  anffircôt  fùvtt  àU^donnet 
'•rdre  <|ue  toute  cette  troupe  fSk  logée  couk 
modément.  La  Princefle  voulu  voir  tous^ 
eeux^ui  ét^ene  venusavec  le  Prince  :  8c 

£1»  fi  doiieeu*  ,  ôc  par  ^tf  àddyeâe  ^  elle 
sgagftafia4>(olumèht^'ils  auraient  tout 
tutirepris  pomr  la  Ahrvîfv 

Tandis  <|u'él^è  iaifi)it  les  confipfimem^j. 
4e  ipfMl^mà  hmt  allé  donner  l'ordre  dans* 
'ia  ville  ,  Fdixane  slipprocha  de  Mahà* 
'  med  ^  &  fie  une  conveÉ/ation  avec  kii  qui 
JiaMtur  àniilrié  pour  le  refte^  leurvie.  Il 
*  la  cofijufa  dt  toiikffirquli  fût  léocmfidienc 
#Ula^  >  îlfe  de  vcmibir  ènblier  les  mal- 
Jkeurs^neibn  amour  lui  svoit  eaufez  r  tl 
la  refMfcià  de»  fef vices  qu^elle  avoit  ren- 
des à  k  Prfncefl^  Axiamire  :  &  Tans  loî 
paiieir  d^amouf  i  Ini  6t  é6fnk)]cre'qne  fvh 
'Mifbn  fi%ôt  fiîrmorité  fe^  /entimens  ^  il  eik 
enËorb  été  rival  dUlama,.  Mais  etté/e 
iix)uva  £  forte  en  ion  ame^  que  jamais  Û 
ne  dit  une  feule  parole  à  Felixane  contrai* 
st  à  la  promed^  qu'il  lui  avorc  faite  de  ne 
tlàimer  |dusqtrc  comme  une  fœur.- 
'     Ce|^ndant  Uhtxva'aprcsàvdr  log^  It 


Livre  TuoisiB^Ârr.  jFey 
Priiice  dans  le  Château  ^  tous  les  alitrçs 
dans  les  plus  commodes  maifôns  de  la  viJle^ 
Se  donné  ordre  qu\>n  les  traitât  magnifi"» 
^ûe  ment  »  dépêcha  un  hemme  pour  avetw 
tir  legrand  Seigneur  de  cequis'étoirpaifêj. 
ic  pour  le  fuppUer  de  vomoir  permettre 
4ue  Bitilife  mt  la  prii^  de  Mahamed  auffi 
hitn  oue  d'Axiamire  ?  fe  finunettant  dft 
lui  aller  porter  fa  tête  ^  fi  ce  Prince  oo 
^elqufes-uns  de  ceux  qui  l'avoient  fmvi  ^ 
entreprenoient  rien  contre  ion  fervice; 
Maïs  SoHmfi»  n^étoît  pas  en  ^at  de  fbnger 
aux  a^Tair^  de  Ion  empire  :  &  lia  mélan^^ 
colie  du  grand  Vifit  étoit  la  feule  chofecpii 
occimott  ion  e:^rit»  L'Ambafladtnr  de 
Per/e  étoit  arrivé  à  Conftantin0ple ,  fie 
évdt  fait  déman<{ef  auditoee  fhxg  d'unt^ 
Ibis  (ans  pouvoir  Tèbrenir.  Le  Sultan  ne 
pàrtoit  plus  dû  pakis  d'fi)f  afann  ^  &quoi 
^e  cet  illuAreBaflTafôt  ex^êmementfbi*' 
Kc8e  languiflant ,  il  ne  lai(!bit  pas  de  Te 

r mener  quelquefois  dians  ion  jardin  avee 
grand?  Semeur.  Il  arriva  <bnc  qn'ua 
màxm  Soliman  i'aila  vificcr  dè^  meilleure 
iia^re  qn'âf  Ifaecbâtumée  s  &  trayant  faic 
Itt  mienfîblcnrént  dans  ion  anti^cfaam^^ 
,  en  ^appuysdit  iiir  unie  canne  garnie 
tf'or  ,  qu'îj  ponoii  presque  toujours  ,  lor« 
fftt'îl  éton:  en  fânté  \  Û  voulut  encore  qu'ik 
ée&cndit  i  ^Hn  ,  lui  dit^l  j  qu'en  prenait; 

Ceci 


irjdt/d  pût  Te  fof  tifier.dàvantagc.  Jbr^lliffl 
qiirne  icherchoic  pvos  à  coi>fervcr  fa fànt«,  ^ 
i)\>bétc  poiiu  au  Sultan  3  parla  raifon  dont 
H  fc  fctvoit;,  pour  lui  pcrfu^çler  de  dcf-. 
irendià:  mais  il  le^/itiau  coiHxaire  dans J^ 
ctQj^ance  iju'il  eut  ^çià  ibiblelTc  étjanç 
torêmmncnc  gwnieii  pljis  iJ*fe,donneroit . 
ë'agitaiioii^  iplu^îl  ^Hninueroio  ;C<^&  forces  ^ 
&>s'approcberQit  du  torpbeau* 
^  Avec  dcs'<i<r/Ièins:^  <Iiflferens  ,  le  SuJ-* 
Un  î  &  fc  fiair^  tir&f  lyiUient  4^ns  la  cou  r  - 

&  le  grând.SeigI>€^r,feigns^^^çdeneVol|t 

«itsi :à(^lk.  felîi»,ijç: 6t,  ftppuyei  kiifj^  bafcn 
IftradeitqjmilTiStraftchoit  lacour  de  ion  pa;^ 
has,&^sfyi  :ap|?«ya  ajaffi i>ie^  ^.e  lui.  A 
^nfe  jr.kyQtwl  :un.<iei^i  qni^i^îd^ihcurft 
^'ik  iî?. ctt)ke t  yil^i^  qy*ils  yixçnjt  jeiïtreft 
ccnp  JLamfliifç$rîtous  yjêtus  fde  ;to(ile  4'or  j* 
^uî  Cazw^itQf^f.  dçs  deux  cotez.  jLe  grai)d, 

Yi(tf  ûirpris  de.t^te  pompe  ,  demanda,  4i 
^limair  :ce  qne  c^  pouvoit  être  y  mais  il 
lui  djt  en  loûrâ^nt  ^  qu'il  falloit  vpir  la  fia 
'ée  cette; ^  c^r ^moûie  ^ipur  jS'€?n  ;  çdaijccjîiVi 
h&^3iBk  yft  entrer  ri' Aga ^  Jaiu^ jilHfîe^ 
cjuimdaréJîoiç /euJ  v^jtWgp^^  I9r|t? 

Tuits  appellent  Teftardar ,  acçompag^i^ 
de  cent  ciolavès  habillez  rde  velours  cra?^ 
te9i£  C^oi&âirié  de/paljTen^cnt  4'of  A3[^9f;^ 


*  * 


f 


«rins  deux  à*  4eux  de  grandes  corbeilles 
d'argent  toutes  pleines  des  plus  riches  or* 
nemens  dont  lesfemmes  du  Levant  fe  fer^ 
vçnfn  E^  qaelqu es-unes  ûi\voyoit  despç- 
;;tits /chape aux ,.  tous  couyerts.  de  pierre- 
.ries  :  des  flanelles  dV  garnies  aejtuç- 
•cuôifes.  &  de  rubis  j,  des  chei^ifes  en  tro- 
derie^'or  &.  desperles  ydcs  robes  trcs-ma- 
;nifiques  >  &  qui  étant  niifês  confusément^ 
li/bientun  agrpable  mélange  de  drap  d'or 
irisé  a  de  toilq  d*argeht ,  5c  de  velours  à 
fonds  d'or.   La  cjemiere  de  ces  corbeiras 
3i'étoitr  point,  à  )ou|  ,  &  parpifloit, Jjemplf e 
.de  toutes  fortes  de  pierreries  d'une  valeij^r 
jpKceffivq.  Ceux  qui  portoient  ces  précieux 
^refens  fe  rangierentie  long  de  la  baliL- 
ii£adet)ù  Jp^ukan  ^  Ibrahim  étoient  ap- 
puyez f  ja  près  cela  ir  entra  douze  chario|;S^ 
plein^,de.  icunes  filles  cfclaves  iuperbe- 
inent  vetuc^a^traxqez  chacun  par  lix  che^ 
▼aux  blancs  .  &  conduits  par  deux  eunu- 
•fquçs.  H  r  parut  enfuite  trente  autres  filles 
yêtuës  de  drap  ^d'or  accompagnées  d'au- 
tant 4'efclaves  noirjs  ^  iiya-nt  tous  des  cJiai- 
oies  flcdes  colliers  d'or,  .^affif,  'Ces  efclar- 
^ef  jS'çtant  nus  àgeAQux  ^a\i,^evi  oi\l  Ag^ 
liqjaniiràires: les  plaça  j'Voa  vit  erjtrer 
deux  cens  mulets  cha'r,gez  deVapifreries  de 
^rapd'or  ,  de  faftip  ^  de  velours  à  fondis 
4*ar§cnit>,;dc  t^uarrçaux  tous  couverts  dJ^ 


«1 


mtxierit  qui  font  les  fîeges  de  ce  paf^&9 
6c  de  mi2iKké  d'autres  meubles  magnifi- 

£res.  Tout  cela  s^étant  rangé  arec  un  or-r 
e  merveilleux  ^  vingt-^acre  hommes 
j^avancerent  >  portant  deux  à  deux  doure 
coffihfs  ic  ia  diiine  garnis  d^or  &  dé  pies* 
reries  qui  s'étant  j^&cex  commîtes  au* 
très  »  laiflerent  voir  douze  elclaves^  por« 
fans  des  flambeaux  couverts  )u%i'aumw 
lieu  de  bmes  d^or  ,  6c  plus  édatans  par 
les  pierreries  qu'on  vwoit  dcITus  ,  que  par 
la  fiame  <jui  lés  confumoir» 

Jufqucs  là  le  grand  Vifir  avolt  r^rcfê 
cette  cereaionie  avec  beaucoup  dfàdmi** 
ration  8c  d'étonnement  i;  mais  lors-  qu'à* 
près  ces  âambeîaux^  il  vif  que  douze  au^ 
fres  efclavesportoienc  un  grand  Duis  de 
Yelours  cnimoifi  3  couvert  dam  autre  Daii^ 
encore  pi  us  élevé  enrichir  dé  plaques  d-or, 
êc  dont  le$  rideaux  fermez  alloient  )vl(^ 

3UPes  à  terre  ;  il  paiîa  de  l^étonnement  à  1» 
ouleur:  principalement  quand  il  vit  que 
ce  Lhis^  étoit  fuivi  d'un  chariot  couvert  de 
toile  <f or  ^  attelé  âç  fix chevaux  blancs  'p 
ic  accompagné  d^  trente  <ks  plus  belle! 
c/clavés  qu'on  eût  jamais  vues  ,étant  tour- 
tes à  cheval^  les  cheveux  épars  y  6c  habile 
lées  avec  autant  de  magnificence  que  dç: 
galanterie.  Car  venant  â  fe  louvenir  qut 
cectcfpompe étoit  toute  pareilkà^  celle  que 


les  Empereurs  Turs  (bot  à  leurs  propre» 
£lles  3  lgr%i'ils  les  font  conduire  aupala^ 
de  ceax  çjfx'ih  kur  Teulent  donner  pouff 
maris  ^  il  crue  ^ue  SoUman  le  vouloir  ttk^ 
$n  contraindre  à  épowfer  Afterie  pour  1  >i^ 
tacher  èntiereinenri;  £in  lenrice  :  8c  daqs 
cette  pensée  ^  ilprenoit  dé)a  la  refolotû» 
de  perdre  la  vie  >  &  par  fenthnent  d'a« 
jnouc  3c  par  ientiroent  de  religion  >:  avant 

2ue  d'y  eon&ntir*  Idais  il  fut  étrangement 
irpris  lorsque  le  grand  Seigneur  eut  fait 
fighe  à  l*Aga  des  janilTaires  dt  tirer  léé 
sidàux  du  Dais ,  de  voir  iur  un  e&eval 
blanc  teno  par  deux  enclaves  noirs  j^  fçfit 
jnconiparable  tiabtUe.  Ah  Seigneur  ,  s'é- 
cria^'il en  Italien  ^  n'eft-cepoint  une ÎK 
lufion^  puisse  ctoire  ce  que  )e  vois'j.  èc 
unes  y  eu«  ne  me  trompent-ils  peint  ?  Pc9- 
dant  le  rdoeâ  en  cette  rencontre  ^  ilalbi 
malgré  fa  totbleiTe  ,  &  fans  attendre  la  xê' 
fonU  de  SoUman  ,  aicier  à  defcendf e  de 
dievat  à  k  Princei^  ,  &  pour  s'éclaircit 
tntiermaent  chi  doute  où  cette  furprift' 
'  Pavoit  mis  i  il  ne  put  routesfbis  exécuter 
ion  defli^in  t  -car  l^ga  de^  janiiiàires^  lui 
ftvoit  dqà  rendu  ce  fervi4De  >  êc  tavoie 
condiRte  jtti^'au  pcisson  de  la  baltiftrade  , 
où  le  Ba»  U  reçut.  Cette  PrinceiTe  ne 
l'avoh  point  encore  vâr ,  parce  que  lors 
^uVxs  av^t  iiire  k»  cidroii»  ^ui  la»  cai^ 


fil      L^Vt  L  u  s  T  STe  *  a  s  Sf.A 
xhoient ,  la  vue  d'une  fi  grande  affemblâé 
abe  lui  avoic  pas  permis  de  le  xeiçarquer:, 

Suoi  cju'elie  :cût  cherché  des  ycu%  avàc 
%n'y  fi  elIe.nciAc'vcrfcqt  pss»  iMaisiJcttis 
•«{UlIbrahiihjsria^aaicaDt;  viêcsieile  >:(a  &cça 
?par>  le  fan  i  dr  lia: Voik:  k  tot^cnèi:  ies.  '^tvx 
.vers  lui;  eile  n1eutpasanbinide)oye qu'il 
•cn^aTOÎt  y  tnaiyeUc'U'eut  pafe  tant  d'éton- 
:iiemenc  :  elle*  faVoit  qu'il  étoit  à  Ccmftaa- 
tinople ,  &  cfoy tiir  oiême  quie  ffoa  «sUevie^ 
-ment  avoit  été  fait  par  tes  ordres  ijxkr 
irRuftair  œ  luieèiavoit  lien  v^ciulu- aire, 
i  Et,  quoique  ce  dcfTcin  violciàt  her-kii  lut 
rpas  agréable  y  elle  ne  fcntit  pourtant  ^Ue 
«ela joye  ea  cette  première  vue.  Lapa* 
'leur  £c  le  change  menthe  ta  mélancolie' 
:4'Ibrahim  aYoit  mis  en  fbn  vt&gf  y  ae  lâi 
•donna- pas  même  d'ajfflidioBy!  étanjt  Mtfi 
:ÂiCë  de  voir  des  mârquies  de  fim  ^(r(oùr;  in 
-celles  de  (à  douleur*  EftrilpoiTibk'iM^ 
:dame  ,-  lui  dft  Ibrahim  .q»ejô  y^ye-çi»* 
?€ore  une  fois'^'ificQiéparaJàfc  likbette^jâ^- 

aèe^^eramowroiflDde  tofcitBHjjîqw^  jtati«s^^ 
2««îte gf aco >  niiïjejjuniîi  {{et  tftWr^,  li|i 
iUtpliqui  :  ea[  kidien:  xèélimaîi  nqtfic  '^'iïoit 
Tàvatîcé.fufqiief  iii«  lie  haufc  d^per^ftn  ^  n^^is 
4e  Tamitié  qujs  j'ai^qr  toi  j»  &  (i*^  ifeût 4e 
te  conferver  la  vie.  Cette  vpljirpnliti  ie 
rarcfpecl  daAsJîanîiBvd*lttr?lHm.à  .<lMi  4iç  à'ia 
Piiôçefle  9i*'/ettfiiirqîQitl«;pl«*g5a^4A^ 

V  jaarquç 


Livre    Troisi  E'Mfe.' .  fij'. 
nârqùe  du  monde ,  de  peur  qu'elle  ne  ren* 
dît  pas  à  Soliman  l'honneur  qui  lui  étoit  dû. 
Jfabelle  voulut  au  même  inrtant  fe  jecter  à 
fes  pieds  j  lors  que  ce  Prince  la  relevant 
çontre4a  coutume  des  grands  Seigneurs  , 
ôc  la  regardant  avec  beaucoup  d'admira- 
tion ,  je  ne  m'étonne  plus ,  dit-il  à  Ibrahim, 
fi  l'amour  a  été  plus  fore  en  toi  que  l'anti- 
tié  :  &  fila  vue  d'une  fimerveilleufeper- 
lônne   t'étoit  plus  chère  que  toutes  mes 
feveurs.  Mais  il  n'eft  pas  nécefiàire  d'avoir 
tant  de  fpeâiaccurs  de  ta  félicité  :  ce  fera 
alfez  fi  tu  fouffires  que/e  ia  partage  avec 
toi.  Bn  difant  cela ,  il  commanda  à  l'Aga 
des  Janillaires  de  faire  mettre  dans  le  pa- 
lais d'Ibrahim  ce  qu'on  y  avoit  aporté ,  Sc 
darenvoyçr  tout  le  monde  ,  excepté ^eux 
qui  dévoient  fervir  la  Princdre. 
.  Cependant  Emilie  qu'Ifabelle  avoit  fait 
mettre  dans  le  chariot  qui  fuivoitle  Dais 
(bus  lequel  on  l'a  voit  placée,  en  étoit  del^ 
cenduë ,  &  s'étoit  approchée,  d'elle.  Les 
efclavcs  -deftinées  pour  la  fervirà  la  charn*» 
^re  la  fuivoient  au/li^  &  en  cet  ordre  le 
grand  Seigneur  marchant  le  premier,  & 
laiilant  conduire  Ifabellépa^ Ibrahim  î  ils 
montèrent  l'efcalier ,  entrèrent  dans  fa 
chambre  ,  &c  p^lFerent  dans  ion  cabineti 
Ils  n'y  furent  pas  plutôt  arrivez,  que  le 
Sultan  prenant  la  parole  ,  apprit  au  BaiTA 
I/.Tan.  Ddd 


qu'ayant  vu  que  (k  crifteiTe  écoic  invind-^ 
hk  3  &  fâchant  bien  que  t'abfênce  d'Ifa- 
helle  en  étoit  la  cau£e  ^  il  avoir  voulu  la 
fiiire  cefler ,  n'ayant  jamais  pu  fc  refcudre 
à  &  fcparer  de  lui.  Qu'au  refte  ^  afin  qu'il 
ne  manquât  rien  àfalâicité^il  n'avoit  pas 
&ic  faire  cet  enlèvement  5  (ans  çn  confïdç» 
tct  la  fuite:  &  fans  lavoir  certainenaent 
que  la  PrincelTe  pouvoil  vmtt  cpntente 
en  (on  empire  >  ou  eUe  aurdttoù)cmrs  au-^ 
tant  de  pouvoir  que  lui.  Que  pour  ce  qui 
tegardoit  fa  religion ,   elle  pouvait  non 
Seulement  être  Chrétienne  en  (on  cœur  ^ 
comme  il  Tétoit  «  mais  même  aux  yeux  de 
lout  le  peuple.  Ou^il  y  avoit  des  exemples 
de  cela  dans  la  nimilie  Orhomane  ;  que 
Mahomet  fécond  étoit  né  de  la  fille  du 
Defpofte  de  Servie  ,  qu'Anmrat  avoît 
épouiee  par  amour  &  par  intérêt  tout  ei> 
femble.  Que  ce  même  Mahomet  avoit 
auiS  fait  époufcr  uaie  (œur  de  IfEmpereui: 
de  Conftantinoole  ^  à  Zogan  Beglierbei  de 
la  bafle  Maceœine ,  avec  permiilion  d'à* 
voir  l'exercice  de  (à  religion  auflî  libre , 
que  (i  elle  eût  été  parmi  des  Chrétiens. 
jQue  ces  exemples  (uflifbicnt  pour  empe*- 
cher  le  peuple  de  Taccufcr  d'introduire 
une  nouveauté  :  mais  que  quand  même  il 
ofelsoxt  en  murmurer  y  il  (àuroit  bien  fe  fai- 
leobéïr.  Ibrahim  ne  trouvoit  eacelaqu'è 


\ 


Livre    Tiioisie*m-*.     ji| 
tcrtiercier  Soliman  :  car  quoique  h  ]oyt 
de  fevoir  IfabeHe  fut  traversée  de  quel* 
Que  inquiétude ,  il  ne  trouvoit  pas  lieu  de 
le  plaindre.  La  Princefle  de  fon  côté  ap*- 
pretiant  que  ce  n'écoit  point  Ifcirahim  qui 
l'a  voit  fait  enlever ,  en  av<î)it  beaucoup  de 
conibktîon  :  étant  Irien»  aifé  de  voir  que 
fon  propre  intérêt  ne  l*avoit  pa5  porté  à 
rexppferàun^  telle  violence.  Cependant 
Soliman  continuoit  de  regarder  Ifàbelle 
ftvec  beaucoup  d*admi ration.  La  )oye  dc5 
voii»  Ib!*ahim  ,  &  l'agitation  de  fon  efprit 
lui  àvoient  mis  uti  incarnât  fuir  le^  )otîcs  , 
qui  cachoit- toutes  les  marques  de  fa  mé^ 
lancoliê^éc  la- réndbit  fî  btUe  qu'elle  nd 
Fâvoit  jaitrais  été  davantage.   Le  gfand 
Seigiieur  (e  (îirpii'en^nt  avec  trop  d'atten* 
Oon  à  Confidtrer  cette  Pi*incelBe ,  voulritî 
du  tttôihsqoeie  Baflfà  rte  llpûcpâs  jtnai  ex-* 
pliqiii^r  :  dé  force  que  pour  la'  cachet  e» 
^uéîque  façon ,  il  faut  avdiiét ^  lui  dit-il, 
^e  tu  avois  raifort  d^alïurér  qîje  les  por* 
fraits  que  tu  as  fait  mettre  datis  ta  cham- 
bre ,  rte  reflenibloienr  cette  PrintelFe  que 
ft*ès-împarfeitecrtent  :  plue  je  cherche  l'ait 
&  lês^tr^its  de  ces  peirttutesr^nfoh  vîfage , 
8£  inoins  Yf  trouve  de  <î:art)pûtaifort.  ■ 

•  Jufqu'ici  la  PriiKellfe  n'avdit  téportdii  aii 
âifcoursde  Scliman  que  par  des  révéren- 
ces &  par  des  foumtflians  t  mi»iss'entea- 


jitf      L*  ILLUSTRE  Bas  sa: 
dant  louer  fî  hautement,  elle  prît  lapa* 
XcHç ,  &  (lipplia  le  grand  Seigneur  de  vou- 
loir juftifier  l'amour  qu'Ibrahim  avoir  pour 
elle  par  une  autre  voy  e  que  par  celle  de  fi 
beauté.  Elle  lui  dit  que  s'il  n'avoir  pas  de 
plus  fortes  chaînes  que  celles-là  ,  il  feroic 
coupable  d'avoir  pu  la  préférer  à  /a  Hau- 
telle  :  mais  que  fans  confiderer  ni  ion  me* 
rite  ni  fa  beauté ,  il  £ïlloit  penfer  que  l'af** 
jFeâion  qu'il  avoit  pour  elle ,  étoit  un  de 
des  eâfets  inévitables  de  la  flmpathie  ou  du 
deftin.  Qu'elle  le'conjuroit  de  croire  qu'I- 
brahim  n'avoit  fait  que  ce  qu'il  n'avoit  pu 
s'empêcher  de  faire  :  qu'il  connoiilbit  fans 
doute  aufli  bien  qu'elle^quda  gloire  de  fer-* 
vir  un  fî  grand  Prince ,  devoit^  être  préfé- 
rée à  toute  chofe  :  mais  que  fa  connoiflàn- 
ce  n'étant  pas  ce  qui  gouvernoit  fa  volon- 
té 3  il  n'avoit  pas  laifTé  d'abandonner  le 
parti  de  la  rai/oM  pour  fuivre  celui  de  l'a-* 
mour.   Soliman  ravi  de  l'efprit  de  cette 
PrincefTe ,  la  conjura  de  lui  pardonner  fbn 
enlèvement  2   &  de  fe  fou  venir  qu'il  ne 
l'avoit  entrepris  que  pour  fauver  la  vie  à 
Ibrahim.  Une  fi  belle  caufe  répondit  la 
Princefle  ,  ne  iauroit   avoir  produit  un 
mauvais  effet  :  &  tout  ce  qui  peut  fauvei 
Ibrahim ,  ne  peut  jamais  outrager  Ifàbelle. 
^  Avec  de  fegfiblables  di/cours;  Ip Sultan 
'^  ces  deux  illuflres  amans  s'entretenoient; 

Xi.,. 


Livre  T  KoisnE'Mi.  jxy 
agféablement  :  mais  l'heure  du  dîner  étant, 
proche ,  fc  grand  Seigneur  die  au  Bafla  , 
qu'ayant  eu  deflein  de  lui  donner  la  Sulta- 
ne Afterie  pour  femme,  &  fbn  amour 
n'ayant  pu  permettre  qu'il  fut  alFez  heu- 
leux  pour  avoir  le  plus  excellent  hom- 
me de  la  terre  en  Ion  alliance,  il  avoit 
du  moins  voulu  lui  amener  Ifabelle  ayec  la 
même  pompe  &  la  même  cérémonie  que 
fi  effeâivement  elle  eut  été  fa  fille.  En 
fuite  d'un  difcours  fi  obligeant ,  il  fe  retira 
laiifant  libelle  extrêmement  îatisfaite  de 
ion  efprit  ôc  de  fa  generofité. 


ss« 


Ddd,3; 


l- 1  i  i  U  s  T  R  E 

BAS  S  A. 

SECONDE  PAKTIE. 

LITRE    QVATRIE'ME. 

\  pRE's  <iue  1»  grand  Vifir  eut 
I  rendu  fes  devoirs  au  Sultan  j  il 
I  revint  trouver  ildbtUe  :  nwis 
avec  Can(  de  tranfportS^  tant  de 
joye  ,  qu'il  n'en  avwi  jamais  (enti  dcpa- 
icille  :  u  liberté  detni  pouvoir  parler  faiiS 
autres  témoins  qu'Emilie  luilcuihla  lî  dou- 
ce que  le  ibuvenir  du  paiïè  ,  les  foins  du 
£  relent ,  Ja  crainre  de  l'avenir  ,  ni  même 
t  foiWelTe  que  ià  mélaorolie  lui  avoir 
causée ,  n'écoient  plus  feofiblcs  à  fon  efprit 
ni  à  Ion  corps.  J'entreptcndrois  de  décri- 
te plus  exaâeuenclcs  feativiûis  de  ces 


dciXX  illuft^^s  peribnaes  y  f\  jcn'étois  per- 
iuâdé  qu'il  faudrait  avoir  éprouvé  de  lerm 
blabies  maliieurs  Se  de  fembiàbles  fdai£r|^ 
{jDur  s'en  acquitter  dignement. 

Après  les  premiers  transports  que  los 
îoyes  imprévues  causent  enjun  at&e  ^  &  qui 
déregknt  preique  toujours  un  peu  la  rai- 
ioQ  j,  Ibrabim  &  IfafaHelle  venant  à  ç&rA^ 
cfeiier  fiètat  ou  ils  étoient  ^  trouvèrent  que 
la  fertune  n*avoit  fait  que  dorer  leurs  fers. 
.Ik  avoient  pourtant  quelque  confQlatiQR 
4c  les  pouTOÎr  porter  enfcmUe.  Je  n*au- 
lots  pas  voulu  3  di(bi^  Ifabelle  à  Ibraliina , 
VOQS  fuivrc  à  Conftantinopleians  être  vo- 
tre femme.  Je  ne  voudrois  pas  aulSque 
ramour  vous  eût  porté  à  me  faire  enlever: 
n^is  piûfque ,  fans  que  vous  ioyez  coupa* 
ble^  ni  moi  aufli^  la  fortune  m'y  a  conoui* 
te  y  j'ai  aiTez  de  cœur  pour  fbufftir  cette 
illpflre  captivité  avec  vous  :  joique  au 
tems  où  nous  puiffions  trouver  le  moyen 
<i'en  fbirtir  avec  honneur.  Après  plufieurs 
autres  diicours  ,  Ibrahim  fit  fervir  à  diner 
à  la  Princefle  en  particulier  :  il  aKa 
auflî  donner  oisdre  qu'on  lui  préparât  un 
apparterfient  au  palais  d'Achmat  qui  n'é- 
foit  gueres  éloigné  du  (îen  :  le  voulant  laif- 
fer  par  re^eâ  tout  entier  à  la  Prince<re« 
Mais  en  ayant  été  avertie  à  l'inftaût  même 
par  Emilie  qui  ayoit  entendu  l'ordre  qu'il 

Ddd4 


9lO       L*IL£USTRK     BaSSA. 

CD  avoic  donné  à  cet  erclav#  Italien  qài 
le  fcrvoit.  JEUe  l'envoya  querîr ,  &  le  con- 
jura de  n'en  rien  faire.  Je  fais  ,  lui  di/bi&* 
rlle^  qu'au  pays  où  nous  fbmmes3  )e  ne 
choquerai  point  la  bienfeance  en  deraeu*. 
ranc  avec  vous  :  &  )e  vous  connois  fi  fagé 
&  il  difcret  que  je  ne  faurois  craindre  de 
vous  voir  d'injuftes  delTeins  :  joint  que 
vous  connoifTez  trop  aufli  quelle  efl:  mon 
ame,  pour  que  )e  craigne  que  vous  explî* 
quiez  mal  la  liberté  que  je  vous  donne. 
G'eft  donc  affcz  que  vous. niex|uittiez  vo- 
tre apparremçnt ,  fans  me  quitter  vôtre 
palais  :  dont  la  demeure  quelque  beau 
qu'il  foit,  ne  me  peut  être  agréable  que 
par  vôtre  prefcuce.  Cet  illuftre  BaiFa  ne 
Je  rendit  pas  d'abor<l^  mais  enfin  il  obcîk 
à  la  Princefle.  .        ♦ 

Cependant  ceux  qui  voy oient  Ibrahim  * 
.ne  pouvoient  douter  que  Soliman  n'eut 
trouvé  le  véritable  remède  qui  pcuvok 
chailer  entièrement  fa  mélancolie-  Il  avoit 
l'œil  plus  guiy  ,  le  ceint  plus  vif",  la  para-  è 
le  plus  forte  ,  le  marcher  plus  ferme  j  6c 
ce  changement  étoit  fi  ccnfiderable  ,  que 
chacun  en  pafloit  comme  d'u#  prodige.  {^ 
Enfin  la  preience  dlfabelle  fit  en  peu  àt 
jours  ce  que  l'art  des  Médecins  n'avoitpâ 
faire  en  un  trèî-long-tems  :  le  erand  Vifîr 
fe  trouva  en  une  fanté  fi  parfaite,  qu'il  ] 


■rfen  avoit  jamais  eu  de  plus  entière. 
^  Mais  tandisqu'il  étoic  heureux,  Soliman 
ne  jôiiiflbit  pasd*une^tranquillité  fi  grande. 
La  vue  d'Ilabelle  par  une  fatalité  inévita- 
ble ,  avoit  excité  le  trouble  en  fbn  ame. 

I-Car  comme  il  avoit  trouvé  éminemment 

-en  cette  PrincelFe  les  beautez  de  Roxela- 
;ne&  d'Axiamire;  il  n'avoit  pu  s*empê* 
clier  d'avoir  pour  elle  feule  toute  la  paH- 

iîcn  qu'il  avoit  eue  pour  les  deux  autres. 
Ce  grand  Prince  ne  fe  rendit  pourtant  pas 

l'iàns  combattre^,  &  peut-être  ii*auroit-il 

kpas'été  vaincu,  iî  des  les  premiers  jours 
il'  eût  connu  les  forces  de  ion  ennemi. 
Mais  quelque  trouble  qu'eût  apporté  en 
ion  cœur  la  première  vue  d'Ifabelle  ,  il 

-crut  que  la  raifon  &  l'amitié  qu'il  avoit 
pour  Ibrahim  feroient  plus  fortes  que  fon 
inclination.  Ce  n*eft  pas  qu'il  n'eût  éprou- 
vé la  foibleffe  de  la  première:  mais  pour  la 
féconde ,  il  croyoitque  rien  ne  la  pourroit 
►vaincre. 
En  cette  confiance ,  les  premiers  joufs 

[-qu'irabelle  fut  à  Conftiintinople,  &  qu'i- 
brahim  n'étoit  pas  encore  en  état  d'aller 
auferrail;  il  continua  de  le  vifiter.  Mai« 
plus  il  vit  Ifabelle  ,  plus  il  la  trouva  char- 
mante.   Il  remarquoit  toô jours  quelque 

lîîouvelle  grâce  en  elle  :  ôc  fon  eiprit  ft 
faifant  toujours  plus  connoître.^  ia  paiiioa 


augmctnoit.  Il  ne  s'appcrçuc  pourtant  én 
ù,  viobnce  ik  de  Ion  pouvoir,  que  Ion 
que  la  bicnfcancc  vpuluc  qu'il  tie  la  vk 
•plus.  Car  le  grand  Viiir  ayan^  allez  de  Sau 
ces  pour  aller  au  ferrai!  ^  $Qbmimii'4yant 
plus  de  jaretexce  pour  le  vifircr ,  fe  vit  pri* 
^é  de  la  vue  dlfabelle  :  &  par  cette  |w:i- 
vacion  il  fcntit  en  fbn  coeur  que  cette  per-* 
ibnne  pouvoir  feule  &ire  toute  ^-felicicé, 
ou  toute  ion  infortune.  Quoi  !  difbit  ce 
Prince  $  înjuftc  &  cruel  que  )e  fiiis ,  ite 
faurois'je  ,  après  afvoir  remporté  tant  de 
viâoires  étrangères ,  noe  vaincre  une  feë 
moi-même  ?  f^LUt-ilque  je  ibis  mon  plus 
cruel  ennemi ,  Ôc  que<  cette  pa(£oa  quLre- 
gne  en  mon  cœur  ibit  toujours  plus  forte 
que  la  raifon  }  ne  faut  ois- )e  aimer ,  pxut^ 
mi  vit-il  y.ii  )c  ne  fuis  criminel ,  &  ma  de- 
ftinée  eft-elle  iî  funefte  que  )e  ne  puiile 
être  heureux  qu*en  violant  ce  qu'il  y  a  de 
plus  faint  au  monde  î  Toute  la  terre  me 
uDime  des  efclaves;  les  plus  belles  fem- 
mes de  toute  la  Grèce  ion:  en  mon  pou- 
voir &  dans  mon  ferrail,  &  cependant  )e 
-veux  ravir  au  feul  homme  que  j'aime,  la 
feule  per(bnae  qu'il  peut  aimer  y  la  ièule 
peribnne  qui  lui  peut  confer ver  la  vie ,  lui 
j^ui  lé  plu;  geiiereux  de  tous  les  hommes, 
*a  non  feulement  hazardée  c^nt  fois,  pour 
k  ialut  de  cet  empire  ,  mais  qui  plutôt 


i 


Livre  Quatri b'me.  $13 
me  de  manquer  a  la  parole  qu'il  m'avoit 
donnée  >  s'eft  re/blu  à  la  more ,  en  abaa* 
donnant  Ifabelle.  A^  ^^'^  ^  ^<^^  3  moufons 
plùtôc  cenc  fois  que  de  confentir  à  cett^e 
mjufte  paillon  !  Privons  nous  pour toûjoui» 
de  ce  qui  ièulnousf  eue  rendre  heureux  > 
puiique  nous  ne  le  pouvons  être  fans  in- 
gratitude 8c  Oins  lâcheté* 

Après  un  raifonnçm  en t  fi  jqfte  3  Soliman 
jfembloit  quelquesfois  être  foula^i  :  6c 
avoir  pris  une  r^fo-ution  inébranlable  de 
çc  ibnger  plu«  aux  charmes  d'iiabçllc» 
JVtais  Ion  image  ne  feprefentoit  pas  plu- 
tôt à  ion  çiprit  3  que  changeant  de  refolih» 
tiôn  3  il  ciiangçoiç  ^uUi  a<5  difcows.  Je 
fais  bien  ,  difoit-iJ ,  qu'à  regarder  les  cEch 
fcs  comme  je  fais^^^  je  dois  beaucoup  à 
Ibrahim  :  maif  je  fais  bien  auflt  que  )e  me 
4ois  beaucoup  à  moi-même  :  je  n*ign#re 
pas  que  l'amiûé  doit  être  ferme  >  mais  ]t 
ùis  encore  mieux  que  Tan^our  n'a  point 
accoutumé  de  la  refpeéler.  £t  puis  >  qui 
fait  il  Ibrahim  ne  me  cédera  pas  Ifabelfô? 
celui  qui  s'eft  pu  reibudre  4e  h  laiifer  à 
Mwacp,  pour  reveftir  à  Couilaminople , 
pourra  pf  ut-être  pie  la  çeder  pour  me  fau- 
yer  la  vie*  Ç^r  qwe  peut  dgoins  faire  ppiir 
moi  ^  un  hommf  que  i^ai  tiré  des  fers  8c 
du  tomjjteau ,  &:  que  }'ai  fait  le  plus  puii\ 
fant  d%nQn  Empire  ?  Aimons  donc  1  puis 


|i4  L'illijstKb  Ba^sX. 
que  nous  le  pouvons  faire  fans  crime.  Maf^ 
helas,  pourluivoit-il ,  quand  Ibrahim  con- 
ienciroit  à  mon  amour  >  je  n'aurois  pas 
vaincu  Ifabelle  ,*  alors  il  fe  (buvenoit  de 
cette  fermeté  qu'elle  avoit  témoignée  de- 
puts  le  jour  qu'elle  avoit  commencé  d'ai- 
mer Ibrahim.  Cette  difficulté  ne  lui  fem- 
bloit  pourtant  pas  /i  grande  qu'il  ne  put  ef- 

{>erer  de  la  vaincre  s'il  pouvoit  éloigner 
e  grand  Vifir ,  comme  les  affaires  de  Per- 
fe  fembloiem  le  demander.   Il  en  forma 
donc  le  deflein,  après  avoir  bien  combat- 
tu en  lui-même:  &fe  prépara  à  donner  au- 
dience à  l'Ambaflàdeur  que  le  Sophi  lux 
avoit  envoyé  pour  demander  Axiamire  & 
Feiixane  :  témoignant  rt'avoir  plus  d'au* 
tre  pensée  que  celles  des  affaires  de  Per- 
fe  ;  ni  d'autre  objet  que  le  bien-de  fon  Em- 
pire. Il  fit  auffi  favoir  à  Ulama  que  ce  qu'il 
lui  avoit  demandé  pour  Mahamed  lui  étoic 
accordé:  &  le  foin  de  fbn-Etat  fembloir 
l'occuper  fî  fort ,  que  quoique  le  vifàge  lui 
changeât ,  Ibrahim  n'en  fbupçonnoit  autre 
chofe-,  que  l'incertitude  où  il  fembloit  être 
s'il  fe  ferviroitde  la  perfbnne  d'Axiamire, 
de  celle  de  Mahamed,  &  de  Feiixane 
qu'il  avoit  en  fes  mains  pour  foire  quel- 
ques propofitions  de  paix,  parce  que  les 
affaires  de  Hongrie  le  prdioient  :  ou  s'il 
continueroit  la  guerre  de  JPerfe. 


ô 


lilVRE    Qu  AT  RIé'M  fi.       ^JLJ 

Cependant  Ibrahim  &  Ifabelle  confide^ 
xànc  leur  fortune  ^  n'imaginoienc  pas  cro^ 
bien  p^r  quelle  voye  ils  pourroient  obte* 
nir  leur  liberté,  il  n*étoitpas  croyabJeque 
5oIiman  fefut  porté  au  delFcin  de  faire  en- 
lever la  PrincelFé  ,  pour  lui  permettre 
après  de  s'en,  retourner  :  &  de  lui  ôter  à 
jamais  un  homme  dont  il  fembloit  ctrein- 
feparable.  De  forte  que  neiàchant  que 
faire  ni  que  itfoudre  ,  le  grand  Vifir  lui 
propofa  de  lui  permettre  de  faire  encore 
la  guerre  aux  Perfes  :  afin  qu'ayant  réparé 
les  defordres  que  fon  abfence  avoit  caufez 
en  ce  pays-là  ,  il  pût  à  fon  retour  fe  venir 
jetter  aux  pieds  du  Sultan ,  afin  de  lui  de- 
mander pour  prix  de  Ces  viâoires ,  la  li- 
berté de  s'en  retourner  dans  fon  païs  :  avec 
la  refolution /s'il  ne  lui  accordoit  point  ce 
qu'il  lui  demanderoit ,  de  n'être  pas  plus 
généreux  que  lui ,  &  d'obtenir  par  la  ruite 
ce  qu'on  lui  auroit  refusé  3  il  lui  fembloit 
qu'il  le  pourroit  faire  fans  injuflice. 

D'abord  cette  propofîtion  furprit  Ifa»- 
Joëlle  :  ôc  fon  cœur  ne  fe  perfoada  pas  que 
la  raifon  fut  du  côté  d'Ibrahim.  Quoi ,  lui 
4it-elle  y  vous  voulez  toujours  m'abandon^ 
xtcï  ?  Et  vous  ne  trouvez  point  de  heu  en 
toute  la  terre  ^  où  nous  puiflions  viyre  ene* 
femblei  Quand  vous  êtes  venu  à  Monaco 
vous  oii'avez  q^ittéjç  ppur  rçycnir  à  Con^: 


jitf  L'illustre  B A ss  A. 
ftandoople  :  Se  aujourd'huy  que  là  fbrtu- 
©c  m'y  a  conduite  ,  vous  voulez  m'aban* 
donner  pour  aller  en  Perfe.  Mais  avec 
cettc'fâcheufe  différence  que  lorique  vous 
oie  quittiez  à  Monaco ,  vous  me  laiilîez  en 
tnon  pays  :  que  vôtre  peribnne  étoit  k  feu*- 
le  choie  que  je  perdois  :  que  vôtre  éloi- 
gnement  (dCoit  toute  ma  douleur  :  &  que 
la  craime  ne  trouvoit  de  place  en  mon  ame 
que  pour  vous.  Mais  en  cefte  rencontre  3 
î'ai  lujet  de  craîiKke  toutes  choies.  Vous 
voulez  m'abandoiiner  en  un  pays  dont  la 
langue  j  les  mœurs ,  les  coutumes  ^  &  la 
religion  fimt  difFercntes  des  nôtres  :  &  où 
la  vertu  ne  fe  trouve  que  dans  la perfbnne 
<ie5oliman.  Je  ne  me  fers  point,  poujfui* 
ydt-elle,  des  raifbnsdont  vous  vous  fcr- 
\iezy  lorsque  vous  ne  vouliez  pas  que  je 
vînflTeàConftantinople  5  en  me  feîfànt  con^ 
iîderer  ce  que  je  deuiendroiis  s*il  art;  voit 
aue  vous  mouruifiez«  Ce  n'eÀ  poiiit  là  ma 
frayeur  :  puifqu*il  eft  certain  qu'en  quel*- 
iquelSeu  de  la  terre  que  ce, malheur  m'ar- 
jrivât ,  il  me  feroit  toujours  également  fen*- 
iîble  i  que  rien  ne  p0itrroit  accroître  ma 
douleur  ni  la  diminuer;  que  je  trouveroi^ 
|>ar  tout  le  remède  qui  la  pourrcit  faire  fi- 
»ir  :  &  que  ma  more  m'empêcheroit  fanS 
doute  de  regretter  long-tems  la  vôtre.  Je 
s&jciraîas  point  que  vous  mouriez  Hms  moi^ 


Livre  QuatriVme:  317 
mais  j'apprehendè  de  vivre  fans  vous.  Son-s* 
gez  donc  à  ne  m'âbancfonU  er  pas ,  &  fi  vousr' 
voulez  aller  en  Perfc  ^  foufFrez  que  j'y  aille' 
a:vecvous,  .. 

Le  Baflà  entendant  parferla  Princeffè 
de  cette  forte ,  ne  favoirquclui  répondre: 
âc  quoi  qull  ne  vît  nulle  autre  voye.d'et 
^crer  d'obtenir  de  Soliman  h  liberté  qu'il 
dcfiroit^  il  n*ofoit  pourtant  s*oppo(et  a  la 
volonté  rfifabelle.  Faites ,  Madame ,  ce 
qu'il  vous  plaira ,  lui  difoir-il;  diipofez  de 
jna  fortune  &  de  ma  viiej  8c  croyez ,  s'il 
vous  plaît ,  que  la  même  raifôn  qui  me  por- 
ta à  vt)us  abandopnêr  à  Monaco  3  m*a  cn-^ 
core  porté  à  vous  faire  cette  propofition. 
Mais  ne  fongez  pas  à  me  fuivre^à  la; 
guerre  :  c'eft  la  feule  chofe  où  je  puis  vou$ 
contredire  en  cette  rencontre.  Auffi  fois- 
)e  bien  refolu  de  n'y  confentîr  jamais.  Je 
p'irai  jt)int  en  Perfe  fi  voui  me  l'ordon- 
nez ;  j'irai  me  faire  refufer  à  Soliman,  en 
lui  allant  demander  nôtre  liberté  ;  je  tâ- 
cherai même  de  fonger  à  nôtre  fuite  fî 
vous  le  voulez  v  &  p^t  toutes  ces  voyes  , 
je  vous  e^cpofçrai^peut-êtrc  à  d'étranges 
malheurs.  Je  confentirai  pourtant  à  tou- 
tes ces  chofcii ,  fi  vous  tne  le  comman- 
dez :  mais  je  ne  fou(Frirai  jamais  quevoys 
m'accompagniez  à  la  guerre.  Gar ,  Ma- 
dame i  i|  y  a  bien  de  la  diffej:e«cie  de  vivre 


JlS.      L'Xt  t  us  T,RI    B  A  s  SA.  - 

4  Conftancinople  fous  la  proteâion  d'tm, 
àcs  plus  exceliens  Princes  du  monde  ^  ou 
de  fuivre  une  armée  de  cent  mille  hom- 
mes 3  qui  n'aimenc  que  le  fer  &  le  fàng  : 
&  contre  leiquels  vous  n'en  auriez  qu'un 
k  vous  protéger ,  s*il  arrivoic  que  vôtre 
beauté  me  donnât  des  rivaux  3  ou  que  le 
malheur  de  la  guerre  me  fournît  aux  en*, 
nemis. 

Je  fais ,  lui  répondoit  la  PrinceflTe ,  quç 
je  fuis  d'un  fexe  qui  ne  doit  voir  la  guerre 
qu'en  peinture  :  mais  que  voulez- vous  que 
je  fajfe  ?  Nous  ibmmes  en  un  déplorable 
état  :  nous  ne  pouvons  chercher  de  remè- 
de dont  l'événement  ne  foit  fort  douteux, 
^prcs  les  obligations  que  vous  avez  à  So^' 
llman  ^  il  y  a  oe  la  lâcheté  &  du  péril  à 
ionger  à  la  fuite  :  &  je  fens  même  dans 


pas  aise  q 

nôtre  liberté  :  &  )e  juge  de-là  quc.la  feu- 
le generoficé  le  peut  contraindre  à  ne 
nous  refufer  pas.  Que  de  la  vidloire  de, 
Perfe  dépend  notre  rcijpur  dans  nôtre  pa- 
trie^, s'il  eft  vrai  que  nous  le  puiffionsja- 
mais  elpercr  :  mais  je  crains  aiiffique  ce. 
remède  ne  fbit  fort  mal  atfùré.  Car  (i  vous 
ri'eces  pas  heureux  en  cette  guerre ,  le 
xnp/çn  d'ofer  demander  nôtre  liberté  ?  & 
'     ' •  fi 


Livre  Qjj atrie'me.  }x^ 
li  vous  êtes  viâorieux^  ueftà  craindre 
4ju'en  combattant  pour  Soliman,  vous  ne 
combattiez  contre  vous  :  que  les  conquê- 
tes que  vous  ferez  pour  lui ,  ne  l'empê- 
chent encore  de  fe  refbudre  à  vous  per- 
dre :  &  de  cette  force  je  ne  puis  me  fer- 
vir  du  pouvoir  que  vous  me  donrtez  de 
difpofer  de  vous  en  cette  oc'cafîpn  :  ma 
raifbn  n'étant  pas  afiez  forte  toute  feule  ^ 
pour  premire  aucune  réfolution. 

Ibrahim  trouvoit  les  objectons  de  la 
Princefle  fi  puilTàntes  ,  qu'il  nMmkgmoit 
rien  qui  les  put  détruire.  Mais  après  avoir 
bien  examiûé  la  chofc  ,  ils  trouverefit 

Î[u*il  étoit  vrai  qu'il  pourroit  arriver  que 
c  voyage  de  Perfe  ne  leur  ferviroit  de 
rien  :  mais  ils  trouvèrent  anflî  que  c'étoît 
la  feule  chofè  qui  lôur  pouvoit  être-  utile. 
Ibrahim  aflurala  Princefle  autant  qu'il  liiî 
*fiit*poffible ,  que  durant  fon  abfehce ,  il  ne 
lui  arriveroit  aucun  malheur.  Et  quoiqu'il 
fut  que  le  Sultan  étoit  très-fuiceptiblc 
d'amour ,  ôc  quil  eut  appréhendé  autre- 
fois à  Monaco,  que  la  beauté  d'ifabelle  • 
lie  le  touchât  trop  fenfibleqp  ent ,  fi  elle 
s'obftinoiî  à  le  fuîvre  à  Gonftandnople  /, 
il  n'en  eut  aucune  apprehenfion  en  cette 
rencontre.  iCe  qui  lui  donnoit  cette  trait- 
quillité  d'eiprit  étoit  qu'il  avoit  fù  que  ce 
Jprince  n'a  voit  )amai«  été  touché  que  ^ajc. 
//.Parfkt  Ic-^^ 


jjo  L'illustre  BassTa. 
\aL  première  vJc  des perlbnnes  qu'il  avoif 
aimées  :  que  l'ampurn'entroit  jamais  dans 
ion  cœur  qu'en  le  furprenant  :  9c  q^  ç^ 
qu'il  ^voit  vu  une  fois  fans  p^flion  ^  ti'éi 
toit  plus  capable  delui  en  donner.  CoiQfflf 
Soliman  contre  fa  coutume  avoit  apporci 
grand /oin  à  cacher  fes  fentimçns,  i|  119 
S'écoit  point  apperçu  de  l^aoïiQur  qu'il  avoic 
fourllabçre* 

Ibrahim  croydiçeçre  ct  /urcté  de  ce 
coté-^là.  En  cette  opinion ,  il  f&  rçlbl voie 
|lus  aisément  à  la  ggçjrrc  de  Peiffe  :  & 
f oinme  il  Avpiç  qtic  les  aflfliire^  preflbiçnr^ 
ic  q^e  l'Amb^fl^^cleur  du  Sophi  ayamett 
^udi^açe  ^  on  tieiidroit  le  Pi  van  k  ien^^^ 
q^ain  ^  où  l'^pn  leibudroit  la  pai  x  pu  la  guer* 
«  ^/Çc^r  llwef et  dç  l'Ecçjpire  ;  il  conjura 
la  Pfl^çç(CQ  dç  prendre  /a  dernier^  refo- 
lutiott-  Emilie  qui  s*^tpit  tfoi^vée  à  ce  con- 
Jkil  j,  (k  ra^ge^  4"  coi;c  d'Ibrahin»  ,  &  per- 
iu^d^  à  la  P^încefle  de  confentir  m  voya- 
ge qu'il  Yoyiqit  «ntrepieudrç.  Çt  pour  l'y 
p^iît4r  pJJiiçôt  ^U  Bafta  lui  dit  encprç  que 
4^tç((i^rP^<^  1^  ^rme&  de  Soliman  de  k 
{jlqngri&j,  çr  ifroit  rendra  un  gran4  l'^i^ 
Yi^e  è  lu  Clus^ienté  :  &  queiieu^être 
cette  aâion  leur  ferait  obtenir  clu  ciel  h 
liberté  qa'i^  /buhaicoient.  Il  ajouta  quç 
iâjB.dcH^tp  cet^  guerre  nç  fçloit  pas  loin 
gpe  *  parve  que  U  coûtunae  4cs  jPer/èt 


Livre  QuatrieVb.  3^1 
A'écoit  point  de  fbriifier  leurs  villes  :  de 
Coiit  que  n'ayant  point  de  fieges  impor- 
tans  à  faire  y  il  falloit  félon  leur  afxge  dé- 
cider la  cfaofe  par  le  gain  ou  par  la  perte 
d'une  bataille.Enfuite  de  piufieurs  râlions^ 
la  Princefle  fe  refblut  à  cette  dure  fepara-» 
(ion  :  &  Ibrahim  l'ayant  quittée ,  après 
s'être  fait  de  partSc  d'autre  de  nouvelles 
proteftations  de  fidélité  ^  s'en  alla  trouver 
Soliman^pour  commencer  de  lui  préparer 
l'efprit  à  la  guerre  de  Perfe. 

Ce  Pritice  qui  ne  s'éloignoit  jamais  du 
ehemin  de  la  vertu  que  par  contrainte  : 
avoil  encore  fi  paiiramtnent  combattu  la 
raflion  qu'il  avoit  pour  Ifabellc  4  qu'il  s'en 
lut  peut-êcrc  défait  ou  du  moins  ne  l'auroie 
jamais  témoignée,  file  grand Vifir n'eàt 
lui-même  travaillé  à  (on  malheur  en  lui 
propofànt  de  le  renvoyer  en  Perfe.  Car 
comme*il  eft  très  difficile  de  rejetter  ce 
qui  peut  fatisfaire  ^  il  fut  impoITible  au 
Sultan  de  refitfer  ce  qu'Uyrahim  lui  c^roic. 
Il  avoit  bien  eu  aflez  de  force  après  un  long 
combat.  Se  après  avoir  changé  cent  fois 
4*opinion  >  ppur  fe  reioudreàjielui  prot 
poftr  pas  ce  voyage ,  ppis  oiWne  le  pou- 
voit  faire  ians  quitter  Ifabelle  :  mais  il 
n'en  eut  pcnntafTci  ,  pour  n'accepter  pas 
ce  qui  pouvoit  contenter  ia  pailknu  II  re* 
ioilkiit  poi^rtant  ^  c^mipç  la  chofe  regarcbit; 


$ii  L'illustre  Bas  s  a. 
le  bien  de  ion  Empire  qu*on  la  propple- 
roit  au  Divan  j  afin  qae  lepewpfe  n*en  ftiur- 
murât  pas  :  &  qu'il  caiintit  que  Von  n'a- 
voir préféré  la  guerre  à  la  paix ,  qu'après 
en  avoir  bien  examiné  l'importance. 

Le  jojr  fuivànc  à  fept  heures  Hti  matfiî 
^ouze  mille  Janîffaires  fe  rendirent  en  ar^ 
mes  dans  la  grande  cour  du  ferrail  :  car 
tomme  c'étoic  unconièil  de  guerre ^  où  le 
^rand  Seigneur  afltftoic  eu  perfonn^  ,  il  y 
eut  plus  de  cérémonie  qu'au  divan  qu'oit 
à  coutume  de  tenir  pour  les  affairés  delà 
i>aix  :  la  lallédés  audiences  extraordinAi- 
ïiaires  fut  ouverte ,  &  tendue^  dcs^^lus 
Jriches  tapîfferies  du  grand  Seigneur.  On 
voyoit  au  bout  (bus  un  Dais  de  drap  d'or 
"friséj  un  trône  élevé  de  quatre  marches  , 
couvert  de  brocatelled'or^  &  de  gros  quar- 
teaux  de  même  étoffe  fur  le  milieu  ,  pour 
âflbir  k  Hauteiïe.  Tout  à  l'entour  de  la 
ialle  il  y  a  voit  de  petits  fieges  bas,  gàrnisr 
^e  toile  d'argent  fcmr  placer  tous  les  offi- 
ciers de  l'Empire  ,  qui  s'y  rendirent  de 
fort  bonne  heure  ,   avec  les  habillemens 
les  plus  iîiMrbes  &  le§  plus  magnifiques 
^qulU  euflF^^  Les  Beglierbeys  de  la  Na- 
tolie  &  de  Ilavcndoli  s'y  trouvèrent ,  ceux 
4'Amafîe,  ^  Caire,  3e  Surie,  d'Euro- 
pe ,  8c  3e  Romclie  n'y  manquèrent  pas  : 
ifc  Capîtan:  BalFa  €ou  vettieuï  de  Conftany 


LfVRÈ     QtrATRiE'AfS.        5J3 

tînople  y  parut  :  les  principaux  Sangiacs, 
xommcwcelui  de  la  Rlorée,  cieNicopoli, 
Philipoli ,  Tricala  ,  Negrcponr ,  &  quel- 
tjues  autres,  s'y  rendirent  ;  l'Aga  desja* 
Biliaires  s'y  trouva  :  le  Tefcjueregibam  y 
fut  3  pour  faire  fa  charge  de  premier  Se- 
crétaire s'il  en  étoit  beioin  :  enfin  tous  les 
officiers  de  la  Monarchie  Turquefquc  n'y 
manquèrent  pas  ;  excepté  Ruftan  qui  n'é^ 
toit  point  encore  aifez  remis  en  grâce  pour 
le  trouver  aux  cérémonies.  Apres  qu'ils 
fe  furent  placez  félon  leur  rang ,  &  que 
pour  faire  paroître  plus  de  grandeur  & 
plus  de  re/ped ,  ils  eurent  attendu  long- 
tems  avec  un  grand  frlence  :  Tes  deux  Ca- 
pigibaffi  ou  Capitaines  de laPorte  entre- 
rent  dans  la  falle  richement  vêtus,  ayant 
chacun  à  la  main,  pour  marque  de  leur 
charge ,  une  canne  d'Inde  garnie  d'or  & 
de  pierreries  ,  &  furent  fe  placer  debout 
aux   deux    cotez  du  trône  de  Soliman; 
Après  eux  entra  le  grand  Vifîr Ibrahim, 
comme  étant  premier  Balfa  ,  marchant 
icirf  deux  pas  devant  le  Sultan  que  deux 
KaflTa  (oùtcnoient  ibus  les  bras  :  &  derrière 
trois  des  énfims  d*honneurqui  le  fer  voient 
i  la  chambre ,  &  qui  lui  pdrtoient  un  grand 
quàrreaux  de  drap  d*or  ,  tout  couven  de 
pierres  précieufes  d'une  valeur  ineftima- 
ileSi  Emuite  on  Yoyoit^uantité  d'aïKres 


\ 


}}4         L'ILLUSTRE    BASSlÊk. 

ofiiciers  de  l'Empire  ,  Se  une  partie  des 
principaux  eunuques  du  ferrail  ijjii  le  fui- 
voient.  Lorfquele  grand  Seigneur  parut 
(ous  ceux  qui  étoicnt  dans  la  falle  à  droit 
Se  à  gauche  fe  levèrent  :  &  quand  il  pailà 
(levant  eux ,  ils  le  faluerent  à  leur  ufage  , 
la  main  fur  l'edomac  >  &  baillant  la  tête 
jufqu'à  terre.  Ibiahim  ^ui  marchoit  le 
premier  monta  fur  le  trône  ,  où  les  deux 
fialTas  condui/ireat  Soliman  qui  s^ét^nc 
affis^  fit  mettre  nôtre  illuftre  Baffa  à  fes 
pieds  fur  la  première  marche  :  fur  la  fé- 
conde à  fa  main  gauche  les  deux  Bailas  qui 
J';^ voient  amenez  y  avec  le  Cadilefcher  de 
la  Grèce  ;  âr  à  la  droite  le  Balla  de  la  mer^ 
Se  le  Cadilefcher  de  la  Natolie.  Les  trois 
enfans  d'honneur  après  avoir  mis  derrière 
lui  le  quarreau  qp-ils  avoient  aj^orté^  fe 
retirèrent jparmiies  eunuques,  &  les  deux 
Capigibam  fe  mirent  fur  la  plus  balle 
marche,  aux  pieds  des  Bîiflas. 

Aufli-tot  que  le  grand  Seigneur  eut  fak 
iiene  de  la  main  que  tout  le  monde  s'alsk» 
chacun  reprit  fa  place,  après  avoir  feiq 
encore  une  profonde  révérence  au  Sultan» 
êc  gardant  un  filence  tout  extraordinaire  , 
pour'  une  fi  gratide  alfemblée  ,  ils  farenc 
quelque  tems  de  cette  forte  ,  comme  at« 
tendant  les  ordres  du  grand  Sdgiieur  qui 
^prè$  avoir  un  peu  ^angé  à  çaqu%;^vQu  è 


Livre  QtJATRTE'ME.'  j}f 
dtire  j  commença  de  leulr  parler.  Il  leur  dit 
^ue  pouvant  reibudre  toutes  cho/ès  par 
lui-même  V néanmoins  comme  il  s'agillbit 
de  la  gloire  de  Tes  armes  ^  de  la  grandeur 
de  ton  Empire^  &c  du  bien  de  fes Sujets^ 
il  avoit  voulu  ne  former  aucun  4effein  , 
fans  leur  communicjuer  la  cliore  dont  il 
s'agiflbit  :  afin  que  leHien  ayant  fait  con- 
tioùre  l'importance  >  ils  l£i  dcnnaflent  un 
confeil  fidçle  ^  defintereiré.  Âpres  celsi 
il  leur  repafl'a  les  viâx)ires  qu'il  a  voit  rem- 
portées fur  les  Perfes  par  la  valeur  d'I- 
brahim :  &  enfuite,  les  malheurs  que  foit 
abfence  &  les  bleilures  d'Ulama  avoient 
caufez  en  ce  pays  là.  Il  leur  dit  qu'il  ne 
lui  reftoit  p\^s  de  toutes  Tes  conquêtes  j^ 
xpc  le  ibuvenir  de  1rs  avoir  faites  r  Sa 
comme  il  avoit  intention  de  les  porter  à  la 
guerre  y  il  e3d§era  avec  beaucoup  d'ar- 
deur ,  combien  il  feroit  honteux  à  l'Em» 
pire  de  faire  la  pai^après  avoir  été  les  dcr* 
niers  battus.  Il  leur  dit  pourtant  ^^ite 
qu^ayant  en  iès  mainsla  Princeile  Axiami* 
re  fille  daSopbi^  ôc  le  Prince  Mahamed 
ion  fils  'y  i\  étoit  en  état  s'ils  le  jugeoient  à 

r;opos  >  de  f^'re  des  proportions  de  naiz 
Tachmas»  Mais  qu*ils  examinaient  bien 
auparavant  fi  la  cbofe  ne  ferort  point  hou»* 
teufo  :  &  quMk  Te  fbuvinifem  que  dans  les 
iuccj^lt  pwUcs^  U:  M  faljpit  pai  toujoui^ 


})6  L'i  Ltt/STRE     fi  AS  S  A. 

conHclerer  les  incerêcs  particuliers  :  Se  que 
la  gloire  de  TEmpire  devoir  ccre  préférée 
à  toutes  chofes. 

Après  leur  ^ivoir  parlé  ainfi  ,  il  leur  com- 
manda de  dire  leurs  avis,  qui  ne  fe  trou- 
veront pas  femblablcs  :  car  ils  agiilbient 
TOUS  par  des  fcntimens  differens.   Quel* 
ques-uns  gagnez  par  Roxelane  &  par  Ru- 
ftan  s'oppofoicnt  à  la  guerre  :  les  autres 
pour  le  icul  intérêt  du  peuple ,  étoiént  de 
la  même  opinion  :  les  autres  par  la  cora- 
plaifance  qu'ils  avoient  pour  le   Sultan 
çonfeilloient  la  guerre:  &  quelques-uns 
par  leur  intérêt  particulier ,  s'oppo/bient 
audi  à  la  paix.  Ils  ne  donnoient  pourtant 
pas  leur  avis  tumultuairemqpt ,  ni  fans  en 
dire  les  raifbns  :  au  contraire ,  gardant  un 
merveilleux  ordre  en  ce  confeil ,  ils  par- 
lèrent tous  feparément,  &*fans  précipita-» 
tion.  Mais  comme  félon  l'ordre  qui  s*ob- 
ferve  parmi  les  Turcs ,  c'étoit  à  Ibrahim 
à  commencer  de  dire  fon  avis ,  comme 
étant  le  premier  en  dignité  :  il  fe  préparoit 
déjà  à  parler;  lorsque  Machmus  Càdi- 
lefcher  de  la  NatoKe  qui  avoit  été  luborné 
par  Rokelane  ,  fupplia  fa,  HantefTe  que 
pour  cette  fois  feulement  on  ne  fuivît  pas 
cette  coutume  :  afin  que  les  avis  qu'on  Jui 
donn  croit  en  cette  occafîon  fufîeni  plus 
iiûceres.  Car ,  Seigneur ,  lui  dit-U  /  )e  fens 

tbico 


Livré    Qctatrii'mi'.     557- 
fcieh  que  /i  i'iiluftre  Ibrahim  propofe  ion. 
opinion  le  premier  ,  il  me  fera  impoflible 
de  pouvoir  dire  la  mienne ,  fi  elle  fe  ren- 
contre contraire  à  celle  qu'il  aura.  Ce  n'eft 
pas  que  connoillant  ia  generofité,  je  ne 
pufle  bien  prendre  la  liberté  de  le  contre- 
dire fi  )e  le  pouvois  :  mais  c'eft  que  fa,  raiv 
ion  fe  rend  fi  ablbluhient  maîcrefle  de  celle 
d'autruî ,  qu'il  eft  impoflible  de  conferver 
fcs  propres  fentimens.  On  ne  peut  fe  dé- 
fendre contre  lui,  ilperfiiade  tout  ce  qu'il 
veut.  Enfin  ,  Seigneur ,  foit  par  Tamitié' 
que  l'on  a  pour  lui ,  foit  par  la  raifon  que 
je  viens  de  dire  ,  )e  fuis  bien  certain  que 
fi  le  généreux  Ibrahim  parle  le  premier, 
Ùl  voix  emportera  toutes  les  autres  :  qu'il 
ne  fe  trouvera  qu'une  feule  opinion  en 
toute  l'alfemblée,  &  que  de  cette  ibrte,» 
ta  Hauteife  ne  laura  point  nos  véritables 
iintimens  ;  mais  qu'elle  entendra. feule-' 
ment  celui  d'Ibrahim  que  nous  ne  ferons 
fans  doute  que  redire.  Ce  n'eft  pas  que  je. 
ne  croye  (es  confeils  meilleurs"  que  tous 
hs  autres  qu'on  te  peut  donner  :  mais  ]c 
penfe  que  pourdiverfes,raiions  qui  regar- 
dent même  Ibrahim  ,  il  eft  à  propos  que: 
t4a  nous  la  ife  la  liberté  d'agir  par  nôtre) 
propre  rai  (on.  \ 

!  Ce  fut  de  cette  forte  que  le  rusé  Mach-  ■ 
wixt  infti^u.it  par  Tartificieufe  Roxelaue  .,  ' 
Jl.^an.  fff 


138        L'iLLtTSTRB     BasSA« 

fit  changer  Tordre  du  Divan  :  car  quoique 
cectepropofition  Ôchâc  le  grand  Seigneur 
il  n'oia  pourtant  la  re)ecter.  Et  cela  d'au-> 
tant  moins  qu'Ibrahim  fùpplia  lui-même  fa 
Hautefle  que  la  chûfe  allât  ainfî  :  après 
avoir  dit  toutesfbis  à  Macfamut  3  qu'il  n'é- 
toit  pas  fi  éloquent  qu'il  vouloit  le  lui  fai- 
re croire  ;&  qu'il  cro^oit  au/Iîque  tous 
ceux  qu'il  voyoit  en  cette  aflemblée^  que 
le  Sultan  honoroit  de  fà  prefence  ^  ne  re« 

Sardoient  non  plus  que  lui^que  les  intérêts 
e  l'Empire  y  Se  la  gloire  de  fà  HauteiTe. 
Bnfuitele  Baila  Piali  parla  le  premier  ^  & 
6it  d'avis  de  ne  faire  point  de  propoii* 
tions  de  paix  3  puifl^^u'on  avoit  été  battu  en 
dernier  Ueu.  Mais  U  vou' oit  auflî  que  fans 
faire  de  fi  grands  préparatifs  de  guerre  , 
on  fe  contentât  de  demeurer  fur  la  défen- 
five ,  Se  de  retenir  le  Prince  Mahamed  & 
U  Princeflè  Axiamire  i  ce  qui  fans  doute 
porteioit  bien-tôt  le  Sophi  à  parler  le  pre- 
mier de  cette  paix  que  Ton  accepteroit 
aiors  ^  fi  elle  éroit  proposée  à  des  condi- 
tions raifbnnables.  Scander  Capitan  BafTa 
parlant  à  fbn  tour ,  dit  qu'il  ne  fàlloit  )a-. 
mais  qu'un  grand  Prince  &  grand  Politi* 
que  fe  contentât  d'être  ^n  état  de  fe  dé- 
Undj[ey  qu'il  falloit  toujours  porter  la 
guerre  chez  Tes  ennemis  3  ou  ne  la  faire 
ppint*  Qu^il  valloit  mieux  faire  la  paix , 


LrVRE    Q^ATHIKMÈ.        Jjf 

pe  de  ne  faire  poiat  de  conquêtes  :  que 
:*étoic  prelque  être  vaincu  que  de  n'atta- 
}uer  pas  fbn  ennemi  quand  il  avoit  les  ar«« 
nés  à  la  main  ,  ou  du  moins  témoigner  Ta 
cirainte  ou  fa  feibleflè  :  qu'en  cette  occa- 
(îon  il  ne  voyoic  pas  qu'il  y  eût  à  choifîr:  > 
ôue  ce  feroir'  une  chofe  fans  exemple  de 
Élire  des  proportions  de  paix  à  un  Prince 
^i  £e  contentoit  d'envoyer  of&ir  deu$ 
millions  pour  la  rançon  de  fa  fille  &  de 
Felixane  :  &  q«*il  y  auroit  au/E  de  l'im- 
prudence à  ne  fe  préparer  fzs  à  la  guerre 
afprès  les  avoir  reiusées  :  de  forte  que  ne 
devai>t  pas  les  lui  rendre ',  puifque  ce  n'é- 
toient  pas  des  prifonniers  de  guerre ,  & 
rte  devant  pas  non  plus  les  garder ,  fans  iè 
itïettre  en  état  de  les  défendre  i  il  étoit 
d'avis  que  pour  obtenir  la  paix,  &pour 
obliger  Tacnmas  à  la  demander  ,  il  falloit 
lever  une  armée  de  cinq  cens  mille  iiomr< 
rhes ,  afin  que  la  crainte  le  portât  à  la 
propofer  avantageufe  pour  l'empire  Turc» 
Machmut  Cadilefcherdela  Natcdiç  diâ 
que  comme  ce  n'étoit:  jamais  iun  dtSkm: 
ni  ^lâclie  ni  honteux  que  de  vouloir  dba- 
ner  la  paix  à  fès  Su)6t$  :  il  trouViOic  qtie: 
s^il  ému  poflible  de  fe  Cervir  dclaperloa^ 
ne  du  Prince  Mahamed^^^dexùeiiedeljt 
Srinceâ^e  Axiamire  poiar  i^obcenir  ^  le 
déçoit  faire  :  Se  cela  d'aucaot  plus  >  jqn^eii 

Fffi. 


^O'         L*I  ttUSTRÈ    B  AS^A. 

continuant  cette  guerre  ,  l'on  épuiferoit  i 
le  trefor  de  l'Etat  inutilement  ;  que  ron.> 
alibibliroit  fans  aucun  fruit  la  puiflance  i 
du  Sultan ,  par  la  perte  que  l'on  feroit  des  - 
J^niflaires  qui  mourroient  en  cette  guerre;: 
quel'cm  hazarderoit  même  encore  une  fois, 
rJionneur  des  armes  de  l'Empire  :  Se  tout) 
cela  3  fans  en  attendre  nulle  recompenfe  y 
étant  abfblument  impoflible  de  gaitier  les^ 
conquêtes  que  l'on  taiibit  en  Perfe*  Que. 
riiftoire  donnoit  afleîe  de  preuves  de  cette, 
vérité,  &  que  fi  l'on  avoit  à  faire  laguer-»' 
rc  ,  il  valoit  bien  mieux  aller  fondre  fur 
la^Chrétientc  avec  tàie  armée  de  cinq  cens, 
mille  homme ,  qui/port  croient  la  frayeur 

Jjar  toute  l'Europe  ,  qui  agrandiroient  les 
imites  dé  l'Empire ,  &  éterniferoient  Je. 
nom  de  Soliman.  Qu'il  feroit  honteux  que 
l^n  .vît  un  jour  daiis  l'hiftcâre,  que  Soli- 
man auroit  feit  long-tefns  la  guerre  con-; 
tré  le  Sophi  ;  qu'il  auroit  mené  à  diverfes 
fois  en  Perfe  des  millions  d'hommes  ar- 
mez ,  &  tout  cela  3  fans  qu'il  reftât  fous. 
la  domination  de  fes  fucceileurs  un  feul 
pied  de  terre  des  conquêtes  qu'il  y  auroit. 
faites.  IfufCadilefcher  de  la  Grèce  apr; 
puyà  cette  opinion ,  quoique  cefutpar  un 
ientiment  différent.  Car  le  premier  agif* 
fcît  par  les  perfuafions  de  Roxelane  ,  SC 
ï'aûtfe.par  la  feule  xoniîdçiation  du.  bieo) 


Li v.R«    Qjtj atjr.ie'me.    341 
.pubKc.Mais  il  a}oûtoit  à  ces  premières  rai- 
-  ions  y  que  fi  la  guerre  de  Perfe  continuoît 
.davantage,  il  pourroit y  avoir  des  Prq- 
^vinces  toutes  entières  qui  ferevolteroienf , 
.^  à  caufe  de  la  pauvreté  où  les  r eduifbit  ?in- 
.  terruption  du  commerce.   Que  de  cette 
ibrte  cette  guerre  étrangère  en  pourroit 
.  cauferune  civile,  plus  dangereuie  &  plus 
funefte  que  l'autre.  Que  fi  ce  malheur  ar- 
.xivoit  y  comn>€  le  murmure  du  peuple  fem- 
.  bloit  en  menacer ,  on  feroit  cpntrainf^e 
,prppofer  une  paix  honteufe  à  Tachmas  : 
.qui  peut-être  pour  fe  fervir  de  cet  avan- 
.  tage,  ne  la  voudroit  pas  accepter.  Qu'ainfî 
Ton  auroit  des  ennemis  au  dehors  &  au  de- 
,dans  :  pendant  qqoi  les  Chrétiens  quin'é^ 
,toient  que  tributaires  de  l'Empire  ,  pour- 
voient entreprendre  de  fecoiier  le  joug 
qu'on  leur  avoit  imposé ,  &  que  la  Chré- 
tienté uniroit  fcs  forces ,  voyant  Soliman 
occupé  ailleurs ,  pour  reconquêter  ce  qu'on 
lui  avoit  pris.  Hali  Balla  de  la  mer  fut  d'o^ 
.pinipn  3  que  n*on  feulement  on  ne  propo- 
sât point  d'articles  .de  paix  ,  qu  e  non  /eu- 
^ïement  on  fe  préparât,  à  la  guerre  ;  mais 
.que  même  on  n'acceptât  point  le?  propo- 
,fitions  du  Sophi»,  s'il  arrivoit  qu'il  en  fît. 
,<^'il  écoit  bien  jufte  que  Soliman. jfiirpaf. 
sâc^fes  pyédepcfleuri  en. quelque  choîe  .*: 
^  qu'ils  avoienttpus,  fait  (jj^s  co^c^uêtes  che^ 

^F  f  f  3 


«4i      L'i  iLtrsTlti  Bassa. 

les  Chrétiens  auili  bien  que  lui  :  mais  que 
tucun  n'ayant  pu  confctver  ce  qu'il  a  voit 
'  gagné  fur  les  Pcrfes ,  il  devoit  faire  chan- 
cet  cet  ordre.  Que  c*ctoit  une  foible  rai- 
ïon  de  dire  que  puifque  julqu'alors  ilss'é- 
toient  coiififvez  malgré  toute  la  puiflanc^c 
Othomane  ,  &  que  le  viâorieux  Sclim , 
père  dt  £k  Hautefle  les  avoit  vaincus  avec 
perte ,  on  ne  pou  voit  rien  faire  davantage. 
Que  tout  au  cofitraire  ,  c*étoit  une  maJh 
^ue  qu«  leur  ruine  ctoit  proche.  Que  Its 
Empires  avoieftt  leurs  âges  auflî  bien  que 
les  nommes  :  6c  qu'étant  fujets  aux  révo- 
lutions de  la  fortune,  ilétoit  à  croire  que 
cette  confiance  extraordinaire  qu'elle 
avoit  témoigné  à  protéger  celui  des  Pei*- 
£cs  changeroit  bien-tôt.  Que  cela  étant 
Ytai ,  il  lie  feUoit  pas  douter  que  cette 
îlluftre  vi(îlt)ire  ne  rut  relervée  au  plus 
grand  Prince  qui  eût  été  depuis  Alexanp 
are  ,  le  plus  illuftre  des  Héros  de  l'anti- 
quité ,  le  plus  en  vénération  parmi  les 
Turcs.  <^'il  étoit  raiibnnable  après  que  le 
Sultan  avoit  tant  travaillé  pour  la  félicité 
dtfès  Sujets  ,  que  Tes  Sujets  auflî  fiflent 
quelque  chofe  pour  fa  gloire.  De  fbrt^ 
qu'il  étoit  d*a vis  que  fans  confiderer  fi  le 
peuple  murmuroit,  l'on  allât  en  Perfe 
avec  toutes  les  forces  de  TEmpire.  Ach- 
inat  fiafla  parlant  à  fbn  tour  ^  confencic 


LiVrb  QuatHiï'mé.  i49 
au  voyage  de  Perfe ,  mais  non  pas 
au  deilein  d'af&iblir  l'Empire  de  toutes 
parts  3  pour  feire  de  nouvelles  conquêtes 
de  ce  côté*là ,  puis  que  fans  fc  mettre  au 
hazard  de  perdre  d'un  côté  pour  gagner 
de  l'autre  y  ilne  falloit  qu'obliger  Ibranim 
éy  faire  encore  un  voyage.  Que  c'étoic 
ians  doute  de  fâ  main  que  Sdimaiî  âÇYÇlt 
attendre  cette  viâx)ire.  EnfiaitelcBegll- 
crbei  de  laRomclie  fut  de  même  opinion: 
celui  du  Caire  h  fui  vit  :  &  tous  les  autres 
S'étans  partage?  entre  les  fq)t  qui  avoient 
déjà  parlée  ce  fut  à  Ibrahim  a  dire  ion  avis. 
Il  fut  pourtant  contraint  d'attendre  encore 
nin  peu  ,  parce  que  Machmut  dit  ime  fé- 
conde fois  ,  pour  Ibutenir  fa  première 
<)pinion ,  qu'il  fcroit  honteux  de  s*cxpofer 
à  perdre  l'avantage  que  l'on  avoit  furies 
Chrériens.  Achmat  repondit  qu'il  le  feroïc 
encore  plus  de  demander  la  paix  ,  apr5s 
avoir  été  battu.  LeBaffa  Piaiî  ajoura  que 
les  extrêmes  refbîutions  étcieac  daiîg«- 
reufes  aux  Monarchies  :  &  qu'enfin  les 
Princes  qui  aîmoient  leurs  Sujets ,  &donc 
l'Empire  étoit  aflfez  grand,  ne  dévoient 
faire  la  guerre  que  pour  avoir  la  paix.  Ifuf 
pour  fortifier  cette  opinion  ,  dilbit  encore 
quele  peuple  ne  de  voit  pas  être  fi  peu  con- 
juderable  aux  Empereurs ,  puifque  de  lui 
irenoit  fa  richelle  ^  fa  force ,  fa  puiflancc 


544  L' ILLUSTRE  Bassa 
Se  fa  grandeur  :  que  le  peuple  en  quelques 
parties  du  monde  ,  avou  été  heureux  ians 
Rois  ,  mais  que  nuls  Rois  ne  l'avoient  pu 
être  fans  Sujets.  IJ  dit  au/H  que  la  pru- 
dence ne  faiibit  jam^ais  rien  précipitam- 
ment ,  &  qu'elle  vouloit  qu'un  Prince 
épargnât  le  iang  de  fbn  peuple.  Mais  le 
Balfa  de  la  nier  xepliqua ,  qu'il  étpit  très- 
iouvent  )ufte  &  neceiraire  de  perdre  une 
partie  de  Ces  Sujets  pour  conferver  l'au- 
tre ;  &  qu'un  Empire  étoit  un  giand  corps 
pour  le  /butien  duquel ,  on  pouvoir  faire 
toutes  chofes,  fans  confidercr  les  intérêts 
particuliers.  Scander  ajouta  qu'un  grand 
Prince  ne  devoit  jamais  feire  la  paix  que 
les  armes  à  la  main  :  &  que  lé  moyen,  de 
faire  que  le  peuple  ne  murmurât  point, 
étoit  de  la  faire  avantageufe.  Que  pour 
cela  il  falloit  cinq  cens  mille  hommes, 
afin  d'obtenir  par  la  force  ce  que  que  l'on 
n'obtiendroit  point  par  une  autre  voye.  Ce 
Baffa  ayant  ceffé  de  parler,  Ibrahim  re- 
prit de  fuite  tous  les  avis  que  l'on  avoit 
donnez.  Il  détruifit  celui  du  Balfa  Piali  : 
.  approuva  celui  de  Scander  Capitan  Baflai 
s'oppofa  fortement  à  l'opinion  de  Mach- 
.  mut ,  comme  à  celle  dlfuf  :  loua  les  gé- 
néreux fentimens  d'Ali  Balfa  de  la  mer^, 
&  les  prudentes  conlîderationsxl'Achmat: 
Te  défendant  tout esfois  des  louanges  qull 


L  I  r  R  E  Qy AT R I e'm«.  )4f 
lui  avoic  données.  Mais  enfin  pour  conclu* 
iîon ,  il  dit  que  les  grands  Princes  dévoient 
toujours  donner  la  paix  ,  ôc  non  pas  la  de- 
mander :  que  s'il  fût  arrivé  que  les  enfeas 
de  Soliman  euflent  été  prifonniers  du  So- 
phi ,  c'étoît  tout  ce  que  l'on  eût  pu  feipe 
que  de  la  propofer  :  &  que  Tachmas  rnç- 
meétoit  aflez  généreux  pourjie  leiaite 
pas  y  quoique  le  Prince  Mahamed ,  &  la 
Piinccfle  Axiamire  fuflept  eptre  les 
mains  de  fa  Hautelfe.  Qu'il  ctoit  beau  aux 
viâorieux  de  parler  de  paix  ,  parce  que 
par-là  ils  fàifoient  juger  que  le  feul  defîr 
de  la  gloire  lesavoit  fait  combattre  :  mais 
qu'il  etoit  toujours  honteux  ^  quelque  pré- 
texte ipecieux  que  l'on  pût  choifir ,  de 
parler  de  paix  lors  que  l'on  avoitété  battu. 
Que  cela  s'appelloit  céder  la  vidoire  & 
rendre  les  armes  à  fbn  ennemi  ;  implorer 
la  pitié  du  vainqueur,  augmenter  le  cou- 
rage de  fes  advcrfaires ',  am)iblir  celui  de 
Ces  fbldats  y  Se  s'expofer  m^me  au  haza^J 
d'avoir  Êiit  une  lâcheté  inutilement.  Qu'^u 
refte,  le  feul  moyen  d'empêcher  la  CÎiré- 
tienté  d'unir  fes  forces  pour  détruire  l'Em- 
pire Turc  y  étoit  de  la  lailfer  refpirer  après 
tant  de  guerres  :  parce  que  fî  on  l'irritoit 
davantage  ^  elle  pourroit  peut-être  ftiire, 
ce  qu'elle  ne  feroitpas  ,  fîoh  la  laillbit  e/i 
repos.  Qu^il  çtoit  quelquefois  dangereux; 


34^      L'iltV  ÈTKt    HXs^Ai 

^c  pourfuivre  tr<M)fes  ennemis  :  c|ue  tes- 
tant fi  iôuvent  la  fortune  ^  elle  ie  lafloit  de 
favorifer,  &  abandonnoit  enfin  ceux  qer'- 
clic  avoit  protégez  :  que  piwr  l'empêcher 
de  changer ,  il  âloit  changer  de  defleiiu 
Q)*aprcs  tont  il  ne  tiouvoit  pas  qu'il  y  eût 
à  délibérer  fur  la  chofe  dont  il  s*agi(K)it  : 
^e  Tachmas  ayant  les  armes  à  la  main , 
ic  ne  £ii(ânt  point  de  propofition  depaiic  ^ 

Quoique  Tes  enfans  fuifent  Ibus  le  pouvoir 
eft  Hauteflc ,  ce  feroît  une  chofe  inoiiic 
&  honteufcd'y  fbnger^  principalement  fi 
on  fe  fbuvenoit  qu*iln*y  a  voit  pas  encore 
une  année  que  Soliman  avoît  été  couron- 
né Roi  des  Perfes  à  Bagdet.  Que  ce  ne  fe- 
loic  point  une  honte  au  Sultan  de  ne  faire 
plus  de  conquêtes  fur  les  Chrétiens, mais 
que  celui  en  feroit  une  grande  de  fe  laifTer 
vaincre  par  les  Perfes ,  ou  du  moins  de 
leur.demander  la  paix.  Qoe  pour  ce  qui 
regardoit  le  Prince  Mahamed,  &  la  Prin- 
ceHe  Axiamire,  on  ne  les  pouvoit  rendre: 
que  même  ily  auroit  de  la  lâcheté  à  lesre* 
mettre  entre  les  mains  du  Sophi  pour  faire 
la  paix  3  parce  qu'ils  n'étoîent  pas  des  pri- 
fbnniersde  guerre ,  mais  des  perfbnnes  re« 
fiiriées  :  que  Soliman devoit  être  leur  pro- 
teweur;  faire  la  guerre  pour  l'amout  d'eux^ 
&  afin  de  n'être  pas  ingrat  à  l'égard  d'Ula- 
*  ma  ,  dont  la  fortune  écoit  }oince  à  celle  de 


LiVRB  Qûatrib'mb.  J47 
Felixane^  Que  la  gùeire  n'avoir  jamais  eu 
de  fbndemens  plus  juftes  que  depuis  que  ki 
Princefle  Axiamire,  le  Prince  Mahamed 
ic  Felixane  étoiènt  au. pouvoir  du  Sultaa. 
-<5ii*iJn  des  premiers  devoirs  des  Rois  éecrit 
xle  protéger  lei  t^pprelFez  :  &  qu'en  cette 
rencontre  il  s'en  prefentoit  une  trop  belle 
occafîon  pour  la  p^re.  ^i/il  ofFroit  à  fz 
HautelFe  de  retourner  à-cette  guerre  ^  de 
de  n'épargner  ni  (es  ibins ,  ni  fon  /ang  j  ni 
ia  vie ,  dans  la-râe  de  remettre  l'honneur 
de  Ces  armes  au  point  où  il  avoir  été. 

Ibrahim  n'eut  pas  fi-tôt  achevé  de  par- 
ler^que  ceuxqui  a  voient  été  d'opinion  con- 
traire'à  la  fîenne ,  voyant  bien  que  le  grand 
Seigneur  fe  râhgeroit  de  (on  parti ,  comf- 
mençerent  de  cnanger  d'avis  en  apparen- 
ce :  avouant  que  Ca  raifbn  a  voit  é;:!airé  la 
leur.  Et  le  feul  Machmut  fut  cehii  qui  en 
fàiiant  femblant  de  céder  comme  les  au- 
tres ,  s'oppofa  néanmoins  encore  à  cette 
refblution.  Mais  Soliman  lui  avant  fait  (L* 
gne  de  fe  taire ,  il  obferva  le  filence  comb- 
ine tout  le  refte  de  l'afTemblée,*  le  grand 
Seigneur  ayant  commandé  que  l'on  fît  en- 
trer l'Ambaflàdeur  de  Perfe ,  parla  bas  à 
Ibrahim  ;  &  finit  pourtant  (on  di (cours  tout 
haut  a  eft  lui  oraonnant  de  répondre  à  cet 
Ambaflàdeur  fuivant  fes  fentimcns.  De 
ibrte  qu'auffi-tôt  qu'il  parut ,  le  grand  Vi« 


'34^  L'iLLvsTRB  Bas  S  a; 
iîr  fe  lev.a,  &  après  avoir  fait  une  profen- 
reverence  au  Sultan  ,  il  lui  dit  qu'ail  alfu^ 
xâc  le  Sophi  fbn  maître  de  la  part  de  (à 
.Hauterte ,  que  fes  États  feroient  toùjouri 
•tin  afile  inviolable  à  tous  les  Princes  op- 

E reliez ,  que  la  Princcfle  Axfamire  &  Fe- 
xane  n'étant  point  prifbnnieres  dp  guer- 
re ,  bien  loin  d'accepter  la  rançon  qu'on 
faifbit  oâiir  pour  elles ,  le  grand  Seigneur 
;Jéclaroit  par  lui  qu'il  de  venoit  leur  prote- 
âeur^  auili  bien  que  du  Prince  Mahamed: 
&  qu'avec  une  armée  trcs-puiflànte  iliroit 
en  peu  de  jours  exécuter  les  volontezde  fa 
Hautefle  :  &  feire  rendre  juftice  à  ces 
Princes  exilez.  L'Ambaffadeur  de  Perfc 
-tâcha  enfuite  de  faire  voir  qu'Axiamire 
n'ayant  pas  été  traitée  en  perfonne  réfu- 
giée 3  puis  qu  elle  avoit  été  en  prifbn ,  de- 
voit  l'être  en  prifbnniere  de  guerre  :  8c 
ajouta  que  fi  on  ne  le  fàifbit  pas ,  le  Sophi 
viendroit  à  la  tête  d'un  armée  de  deux  cens 
^milleWiommes  pour  fe  la  faire  rendrç. 
^ais  le  grand  Vifir  1^  ^yant  répondu  , 
;qu'il  lui  épargneroit  cetpe  peine  ,  &  qu'il 
.iroit  au  devant  de  lui  )u{qu'en  fon  pays  j 
il  fut  contraint  de  fe  retirer  ,  ce  qu'il  fit 
avec  afiez  peu  de  fatisfaâion. 
;    Il  ne  fut  pas  plutôt  fovti ,  que  Je  grand 
.Seigneur  fe  leva ,  après  avoir  encorecom- 
^andé  à  tous  Iç^ QfKciers  de  l'Empire  d'ç^ 


bcïr  en  toutes  chofes  à  Ibrahim  ,  CQxifune^ 
fi  ç'étoit  lui-même  :  &  en  particulier  au. 
Bafla  de  la  mer  de  fe  préparer  à  partir  avec 
l'armée  navale ,  pour  aller  faire  quelque; 
defcentc  en  la  Mingrelie ,  àdeflein  defai- 
jre  une  diverfion ,  ^  de  divifei  les.j^rcci^ 
de.l'enncmi.,  Aprc&çe  commandôpiènt Ift 
Sultan  $'en  retourna  dans  le  même  ordr^ 
qu'il  étoit  venu  :  excepté  qu'un  des  Capi- 
gibaflî. demeura  dans  la  falle  ^  afin  de  faire 
que  fuivant  la  coutûmç  on  prefentât  à  tou| 
ceux  qui  àvpientîiffifté  à  ce  confeil  extrac- 
ordinaire ,  une  robe  très-magnifique  qu'on 
donne  aux  Officiers  ^  de  la  part  du .  gran4 
Seigneur  3  toutes  les  fois  qu'il  honore  le 
Divan  de  fa  prefence^  ce  qui  n'arrive  quQ 
rarement. 
i   Les  deux  Bafltas  qui  conduiibient  l'Bm^ 

}>ereur  Tayaiit  lailfé  feul  avec  Ibrahim ,  i| 
ôidit  qu'Une  lui  reftoit  plus  qu'à  prendre 
congé  d'ifabelle-,  parce.que  toutes  les  trouk 
.  pes  que  l'on  avoit  levées  pour  groflir  Iba 
armée  étans  dé)a  fort  avancées ,  tout  cç 
u'il  poutroit  faire  ^ferpit  de  les  rejoindre 
urja  frontijpre.  Q^'il  étoit  bien  fâchéd'ê^ 
rre  çciffitràint  dç  le  liparèr  d'une  pei;fbpnf 
quîîlyi  étoit? fîç^éjrje  :  mai$  qu'il  ie  /buv^int 
que  la  gloire  étjôit  la  plus  belle  maîtrelfe  dij 
monde  :.&  qup  ce-n'étoit  gue  pour  elle 
qu'il  Âb^ndoiuiQida  PriiiçelTef  îbxahim  lui 


î 


'I5<'  L'xiiiTSTits  Bassa. 
dit  à  ceia  que  la  feule  gloire  de  Tes  armes 
ty  portoic  :  afiùrant  la  Hauteffe  qu'au 
voyage  qu'il  alloic  entreprendre  ^  il  ne  ie 
Confideroit  point  du  tout.  Que  cependant 
pour  le  faire  partir  avec  quelque  iktisfàc^ 
don  >  il  la  fiiraKoit  de  lui  promettre  que 
durant  ion  abience^  elle  protegeroit  lia* 
l>elle  en  toutes  chofes  ^  &  que  sTil  arrivoic 
qu'il  mourût  en  cette  eue^rre^  ellelaren^ 
voyeroiten  sûreté  au  lieu  qu'elle  cl^ifi- 
ioit  pour  fa  retraite. 
'Ce  discours  toucha  Soliman  :  il  eut  hon- 
te de  fes  propres  fentimens  &  de  fa  foi- 
bleife  :  Se  peu  s'en  fallut  que  demandant 
fardon  à  Ibrahim^  il  ne  lui  ouvrît  fîm  cœur. 
Se  n'avouât  fon  crime  avec  repentir*  L'a- 
mour fut  néanmoins  le  plus  fort  :  &  la 
vertu  que  ce  Prince  fuivoit  en  toutes  les 
Autres  rencontres ,  fiit  trop  foible  en  cetl&i 
là  pour  refifter  à  un  fi  puiffant  ennemi.  Il 
s'abandonna  donc  à  lui  :  &  par  une  répon* 
<e  équivoque  ,  il  promit  au  grand  Vifir , 
qu'il  protegeroit  Ifabelle  contre  tout  le 
monde.  <^e  pour  plus  de  sûreté  pendant 
ienabfettce ,  if  jugeoit  àpropos  qu 'Ifabelle 
fee  demeurât  point  dans  ion  palais  :  Se  qu'» 
telle  pafïllt  ce  temps-là  dans  le  vieux  fer- 
irail  3  dans  la  compagnie  de  fa  mère  ,  de 
ies  fceurs ,  &  de  fes  filles.  Q^e  la  Sultan 
nç  Altctic  à  qui  U  avoit  quelque  bbli|^r 


Livre  Q^atrie^me»  351 
tlon  3  prendroit  foin  de  la  divertir ,  Se  que 
pour  Texerdce  de  ù.  religion ,  elle  auroit 
la  liberté  d'fti  ibrtir  toutes  les  fois  qu'elle 
voudroit.  Que  ce  qui  lui  fai/bit  faire  cette 
proportion  ^  étoitie  ibuveiik  dn  tumulte 
séditieux  qui  s'itoit  fait  y  lor^u'il  étoit  en 
la  Natolie  :  parce  qire  comme lepeuple  ôc 
les  JaniiTaires  étaient  perfuadez  que  ce 
Voyage  de  guerre  n*étoit  entrepris  que  par 
fcs  confeils  ^  fi  par  malheur  il  venoit  une 
nouvelle  fauflfe  ou  véritable  qu'il  eût  été 
battu  y  il  craignoit  que  la  Aireur  des  uns 
&  des  autres  ^  ouxle  tous  les  deux  enfem* 
We  n'éclatât  fiir  fon  palais  ^  &  qu'Ifabelle 
ne  fè  trouvât  enveloppée  en  ce  defbrdre. 
.  Ibrahim  voyant  beaucoup  de  raiibns  à 
ce  que  difoit  le  grand  Seigneur  ,1e  remer- 
cia de  fa  prévoyance  :  &  lui  dit  qu'il  s'en 
albit  propofer  la  chofe  à  IfabeDe.  Mais  ii 
nae  fàvoit  pas  que  cette  propofition  fe  fai- 
ibit moins pourla conferver  que  pour  Je 
perdre  :  &  que  ce  Prince  qu'il  croyoit  fi 
généreux  3  &  qui  cfFeéèivément  l'étoit  lors 
iiue  l'amour  ne  troubloit  point  ià  raifbn  j 
iongeoit  bien  moins  à  la  conquête  de  la 
Perfe ,  qu'à  celle  d*JfaheUe.  Il  alla  retrou- 
ver la  PrinceiFe.,  &  lui  faire  la  prc^fitioa 
que  Soliman  luLavoit  faite;  après  lui  avoir 
tûutesfois  rendu  cosnpte  en  peu  de  mots  ^ 
de  tource qui^^étmt paiTc auDlvaa. Dl%r 


«551         L'ittUSTRB    Bassa."  - 
bord  ce  nom  de  fcrrail  Tefïray  a ,  &  /a  mcw 
dcAit  ne  put  foufFrir  qu'il  continuât  de  par- 
ler ^  fans  qu'elle  i'intcxrompît.  Mais  après 
qu'elle  eut  die  plus  de  cent  ibis  qu'elle  ne 
pourroic  fe  refbudre  d'y  aller  ;  elle  fut  con^i 
crainte  de  changer  d'avis  :  Ibrahim  lui 
ayant  fait  voir  que  le  vieux  ferrailyétoitle 
lieu  de  tout  l'Orient  où  il  y  avoit  le  pluj 
de  vertu  &  le  moins  de  vices.  Comme  en 
effet ,  il  n'eft  habité  que  de  la  mère  ^  des 
tantes,  des  filles  &  des  fœurs  de  l'Empe- 
reur ,  qui  n'ont  aucun  commerce  avec  les 
Sultanes  de  l'autre  ferrail  :  fi  cen'efiiavec 
la  Sultane  Reine  qui  demeure  à  l'appar- 
tement du  grand  Seigneur.   Car  pour  le 
mondt  du  dehors  elles  n'en  voyent  point  * 
du  tout ,  n'ayant  autre  divertilTement  que 
d'apprendre  à  faire  des  ouvrages  curieux 
&  la  mufique  ,  que  leur  enfeignent  quel*» 
ques  femmes  Juives  ;  de  fe  promener  dans, 
leurs  jardins  qui  font  fort  beaux  ;  de  re- 
cevoir les  vifices  que  le  Sultan  leur  rend 
quelquefois  3  principalement  quand  il  a 
encore  fà  mère ,  de  regarder  par  des  fenê- 
tres qui  donnent  fur  le  port  &  dans  la  vil- 
le ,  &  de  voir  des  fêtes  publiques ,  lors 
qu'on  en  f^it  à  Conflantmople  :  vivant 
d^ailleurs  avec  beaucoup  de  retenue,  juf^ 
qu^à  ce  que  le  Sultan  les  marie  àquelques 
lins  defesBaflas^pour  les  recojppenfer  de 

quelques 


i-^piçlqu^S  gr:andes,  conquêtes^ 
X    ifabelle  ayant  dmç  m  toutes  ces  chof- 
^ts  3  furmonta  l'averfipn  qu'elle  ,avoip 
jd'entrer  en  ce  lieu-là  :  &  crut  enfin  qu'- 
îplle  fçroic  wcore  miçux  avec  desfemmes^^ 
que  de  cktmeuj^ejr  fewij^  ;ayjeç  .EnaiiliS  ôf  ' 
-  iiç3  efclaves  dass,  le  palais  où ^elle  étoit 
iCette  fefdUtion  étant  p^ife ,  le  grand  Vilïf 
4onna  ordre  aux  fiens  de  préparer  toutes 
chofes  pour  /pn  voyage^  ann  qu'il  pÇit  parj 
tir,  le  jour  fùivant  :  &  leur  défeivlit  pxprefr 
iérrieat  apr-è^r  c^la  ,  4^  lui-î/flir  p*Jfle| 
d'aucuae  affaiie^  fi.  te  n'ét(:^t  4ifl€»SténT|e 
dé  la  p^rt  du.  grand  SèigJi^iir  :  voulant 
fcmployer  le  peu  de  tems  qui  lui  reftoit , 
è  entretenir  Ifabelle.  Jamais  converfation 
îi.e;  fut  fi  trifte  que  la  Uuï  ;  &^  voyant  la 
çhpfè  qu*Us.  a.v>oièiî«:  refohië  -,  ^  toa(;e  p|:etç 
d-'etire.. eJçe^ttti^,  - JU  fe  ^çpentoi|înt.pçe£| 
qycs  du  dçflein  qu'ils  avaient  pri?  ,  Ibrà«» 
|iim  €ût  voulu  ne  partir  point  j  &nelaijU 
ibit  pas  de  le  préparer  à  partir.  Et  la  Prin-y 
ce/Te  enlui  témoignant  qu'elle  eut  bie^^ 
^aWké  qiifil  m  l'^ût'l?^^^  -^'>W<^Wnée ,  lu^ 
jgarb*tdradrcii&d^'j(èp$Tat^o^,  Sp^yehez^^ 
YOu$,  ioi:  dffoit-elter^  :qge  dansiagaeri;^. 
où  VOUS  aller  5  U  faut  quç  vous  ayez  ioin  >, 
npn  feulement  de  vôtre  vie  >  mais  de  la- 
j»ienne--Ne  fbngez  pas.tant  à  la  vidoire  , 
jme  .V0U5  aie  imgifi&À  cV Pp  .cqiirer,ver.  &;  ^ 


)54       L*ititrsTiE   Bas^sa. 
pour  vous  y  obliger,  (buvenez-vous  tCH^ 
tes  les  fois  que  vous  irez  au  combat  qu'en 
défendant  vôtf  e  vie,  vous  défendrez  celle 
d'ifabelle  :  que  de  vôtre  retour  xtépend 
fa  felicité  :  Se  que  Ci  vous  l^aimez  ,  vous 
ne  longerez  pas  tant  à  vaincre  qu'à  vous 
«mpêcnçr  d'être  vaincu.    Je  ne  /âuiois 
rêcre  >  Madame  »  lui  ré|X»idit-il  j  après 
tant  de  glorieu&s  marques  que  )e  reçois 
8e  votre  aflfeftion.  Et  puis  qu'en  conler-^ 
vant  ma  vie ,  je  coo/erverai  la  vôtre  >  il 
si'eft  point 'd'ennemis  qui  me  puiflent  être 
i:«cbtJtaUes  >  Se  que  )e  ne  furmoiite  aisé-^ 
ment.  Souvenez- vous  tout esibis  ^  Mada* 
me,  que  c^eftdela  viâoire  que  dépend 
nacre  bonhéttf  ,  que  pour  la  remporter  il 
feut  s'^eupo/er  au  péril  >  qu*en  toutes  les 
autres  choFes ,  la  fortune  donne  lç&  biens 
qu^eSe  fait  i  mais  qu'à  la  guerre  il  faut  ar-^ 
Jtachér  les  euuraines  des  mains  de  la  vie- 
foire^  s*il  eu  permis  de  parler  ainfî.  Il  faut 
rombattre   pour  demeurer    maître   du 
champ  de  bataille  *y  il  faut  dcmner  l'exem** 
pie  que  l'on  veut  que  les  ipldats  iuivent  ^ 
.&  fe  ihettre  au  hazarci  4l"être  vaincu  ^ 
pour  être  vfdor îeiix.  Je  vous  dis  toutes  ces 
câbles  >  Madame  ^  ami  que  vous  ne  trou-^ 
>iez  pas  mauvais  >  ii  )^o/ê  vous  aflurer  que 
}e  ne  me  icovieudrai  de  vous  que  pouf 
x:0i»faattre  avec  p}usd!^%ur.  Vous  éc€| 


captive  pouf  l'amour  de  moi  ,  c'eft  donc 
à  moi  à  vous  délivrer  :  &  par  cette  rai/bn 
n%  m'ordonnez  plus  de  ménager  ma  vie 
avec  tant  de  foin.  Mais  Madame  fans 
prévenir  nos  malheurs  parla  crainte^  &^ 
ian$  accroître  ceux  que  nous  refTentons  , 
par  l*apprelienfîon  de  ceux  qui,  peut-être 
ne  nous  arriveront  pas  ^  ciites-moi  ,  je 
vous  en  conjure  ,  h  vous  me  pardonnez 
tous  les  maux  que  je  vous  cauie,  fi  vous 
ne  vous  repentez  point  d'avoir  reçu  favo- 
rablement l'amour  d'un  homme  que  Ton 
comptoit  autrefois  parmi  vos  ennemis,  de 
qui  par  une  fatalité  étrange  en  ceâant  de 
rêcre  ,  vous  a  causé  plus  de  malheurs  en 
vous  adorant ,  que  n'auraient  pu  faire  vos 
p'us  cruels  adverfaires ,  dans  le  delTeindc 
vous  nuire. 

Ne  vous  chargez  point  des  crimes  de  I» 
fortune ,  lui  dit  Ifabelle  ^  ôc  croyez  que  je 
fuis  afTez  gêner eufe  poujr  diflinguer  le  cou- 
pable d'avec  l'innocent  i  Se  pour  ne  me 
ibuvenir  jamais  des  maux  que  j'ai  fouffert, 
•fans  me  fbuvenir  en  même-tems  de  ceuic 
«que  vcHis  avez  endurez  pour  moi.  Nou^ 
femmes  également  innocens  :  &  nôtre  iti* 
nocence  fait  peut-être  nôtre  perfecution  : 
puifque  d'ordinaire  >  la  fortune  n'attaque 
que  les  perlbnnes  vertueufes.  J'efpereton* 
iwfois  I  ajgâita-t'çlle  ^  que  le  ciel  fera  bieUî 


^5^        L*  IL  LU  s  THE    Cassa; 

toc  finir  nôtre  captivîcéou  nôcxe  \ià.  Lc 

Prince  qui  nous  tient  captifs,  ne  le  fait 

3ue  parce  qu'il  vous  aime  :  &  la  riguear 
e  mon  dcftin  çft  lî  grande  ,  qu'il  faut  que 
je  lotie  en  lui  ce  qui  çaufe  toutes  me^diP 
^grâces.  Ce  fut  de  cette  forte  que  cçs  detoc 
illullres  infortunez  s'entretinrent  iufqu'ati 
foir  qu'ils  fe  ieparerçnt ,  plus  par  labien- 
•.  feance ,  que  par  aucune  envie  qu'ils  euf- 
,  ieor.de  dormir, 

I^e  lendemain  matin  le  grand  Tifir  alkr 
.preiîd.ïe  congé  de  Ta  Hau^eiFe  ,  voulant 
:4ifféreV  l'adieu;  d'ifabelfe  ,  le  plus  long- 
X^iivs  qu'il  lui  feroit  poflîble  :  ôc  donner 
Jvs  dernières  pensées  à  une  perlbnne  ,  à 
Jaquelle  il  avoit  donné  tout  fbn  coeur.  So- 
JL'Tian  le  reçut  avec  une  inquiétude  qu'il 
prie  pour  une  marque  de  la  douleur  qu'il 
^vcJit4e  Je  voîr  partir  :  mais  c  etoità  par- 
ler véritablement  des  chofes  ^qu'il  ftki- 
Soit  un  dernier  combat  dans  fbn  ame.  Le 
^emors  de  ion  crime  ,  de  la  honte  de  fa 
;foible(re  >  penfereiit  le  porter  encore  une 
|ctt^  à  fe  repentir  :  néanmoins  Tamour  fiiC 
•  !içncore  vi<Sorieux  de  cet  illuftrc  vain- 
^jûeurl  Ce  Prince  entibrailà  don<:  Ibrahtrti 
après  lui  avoir  parlé  de  la  guerre  y  &lui 
avoir  donné  un  pouvoir  abfolu  de  traiter  dç 
toutes  cbofes  fans  l'en  avertir:  &prév©- 
^ieQ4iit  çe  «5ue  lai  alloit  dirç  J'illuftre  BaûTa* 
j 


%.      V, 


:  il  l'alFura  c]ii'lfabelle  feroic  fervie  pendant 
fonabfence,  comme  la  Sultane  Reine  J 
&  qu'il  avoit  donné  ordre  qu'on  lui  menât 
des  chariots  pour  la  conduire  elle  &  tou- 
tes Tes  efclaves  dans  le  vieux  ferrail ,  ou 
:  Ja  Sultane  Afterie  auroit  un  Coin  particu- 
.  lier  de  la  divertir.  Après  cela  il  congédia. 
.  Ibrahim  qui  fut  paiTer  au  palais  du  Baila 
de  la  mer  ,  afin  qu'il  ne  manquât  pas  de 
faire  voile  auffi-tôt  qu*il  le  pourroit  :  puis 
que  les  efcadres  delCletelin,  de  Rhodes^ 
.de  CWpre  &  d'Alexandrie,  étoicnt  déjà 
jointes  ;  &  qu'avec  toute  fa  flotte  iï  prît 
la  route  du  golfe  Perfique.  Cet  ordre  doh- 
né ,  il  s'en  retourna  à  Ion  palais  ^  où  il  trou- 
va leSjChariots  que  legrand  Seigneur  avoit 
envoyez  pour  mener  Ilabelle  au  vieux  fei* 
jrail.  Comme  l'heure  de  partir  le  prelîbi^, 
il  alla  à  la  chambre  de  la  PrincelTe  pour 
l'en  avertir ,  &  la  fupplier  qu'il  la  pût  con- 
duire jufqu'au  lieu  qui  lui  devoir  fervfr 
d'afile  pendant  ion  abfence.  Elle  lui  accor- 
da ce  qu'il  demandoit  fans  favoir  prefque 
^  qu'elle  lui vîouloit  dire  /tant  fa  douleur 
^toît  forte.  Elle  lui  tendit  la  main  qu'Ibra/* 
-iiim  lui'  baiia.avec  un  anflî  grand  tranf- 
"port  de  douleur  que  d*amour.  Il  lacondui- 
lit  enfuite  avec  Emilie  au  Chariot  qui  lui 
^ctoit  préparé  i  &  fon  train  s'écant  trouvé 

filet  ^S}kMSmt<9ai$^^  ilxm 


•cft  comme  l'Iiucndant  des  )attiios  y  8c  tm 
des  premiers  de  la  Porte  ,  trois  grandes 
xorbeiiics  d'or  cizelé,  pleines  de  fleurs  ôc 
•de  fruits  cultivez  de  la  main  de  la  Hau- 
•tefle,  la  Religion  des. grands  Seigneurs 
Jet  obligeant  aùffi^bien  que  Jeuts  Sujets , 
:dc  travailler  a  quelque  :ouvragec[ui  leur 
-fafïe  ga gœrdequoi  vivre *-.n'ctam pas  ju- 
Ae ,  à  ce  qu'ils  croyent ,  de  fe  nowrrir  aux 
•dépens  du  peuple.  Et  comme  ragriculture 
•à  quelque  chofc  de  divertiflànt ,  &  que 
des  )ardins  du  ferrail  font  les  plus  beauii 
îdu  monde  j,  Sibliman  pour  fatisfeire  à  la 
xroutûine  &  à  la  Religion  qui  le  veut  ainfîi 
«voif  quèlquesfois  arrosé  de  fa  main  les 
fleurs  qufil^nvoyaà  Ifàbelle*  lllui  fit  dire 
qiic^'il  n'eâc  pas  craint  de:4*iriGommoder, 
il  eue  été  fe  co'nlblerçave^  elle  dir, déparc 
d'Ibrahim.  La  PrincelFel^TéçutCiesîprfefçjîS. 
6c  ces  civrlicez  avec  bcaijcoiipde  re/pc^; 
6c  fupplia  le  Boftangïbaili  par  la  '  bouclier, 
de  la  Sultane  Afterie^  dédire  auigjcand 
Seigneur  que  s'iln'y.  çûù  pas  eur.trop  dfe 
pr e&mprïotn  à': £e  liillec .  ^ex£usiàsx  qu'il 
lui  voulu  t-faire  l'honneur  de  .l^  .vifitcri 
elfe*  lai  "àûroil:'  téfncrighfe  coàibien  jcje^te 
gfoir e  loti  ëcoâ't  ch^e.  Mais  -jquc  i  lîfàfantî 
pas  l'efpérer  /  elle  fe  cpmeRtoicid'airuxcr' 
là  Hautefle:,'  qu'elle  paitégeoit  toutes  lei 
ligatian^^v|Je||raM]^ii^iitt^  âpk^l 


&1|qp'e9 .  ion  pariicMlier  ),  çUe  en  auroic  i 
toute  fa  yîe  un  extrême  rççqnnoUIàncc...  3 

•  '  '  .1,-,  *  V. 

-^  Le.Boftangibaflis'ét^Metué  ycUc  iJc-^ 
nianda  pardon  à  la  Sultane  Afterie  de  lui  > 
.  avoir  donné  la  peine  de  lui  férvir  d'intér- 
pxete  :  &  pour  trouver  lieu  de  lui  parler  : 
d'Ibrahim  avec  bien  feançe  j  ejle  la  re-  • 
mercia  de  lui  avoir  autrefois  fauve  la  vie  ; . 
lifi  dft  qu'en  cette  con^ficiieration  ,  elle  lui>, 
d^voif  toutes  chofes  5  &  que  puis  qu'Ibra- 
him n'avoit  pu  lui  rendre  grâce  lui-même' 
c'écoit  à  ejlp  à  s'en  acquitte!:,  Afterie  qui 
c^rtainem  ent  avoit  4^  l'eipri t ,  dç  la  gène-  L 
rpfiçe ,  &  plus  d'adrelfe  que  ja  ièlitude  où  • 
elle  yivoit ,  nefemb|oit;  le  lui  devoir  per-  ; 
inettre,  lui  répondit  que  fa  vue  &  fa  con- 
noiflance  la  recompenfbient  aude-là  de  ce 
que  mericoit  le  iervice  qu'elle  lui  avoit 
rendu.  Que  la  pitié  étant,  un  fentinient  fi: 
na,turel  au  fexe  doçit  elle  étoijt  ^  elle  ne  ^ 
mericoit  pas  grande  gloire  d'avoir,  eu  de  la  > 
cpmpafliort  pour  un  ;  ^ooinaiÇiaufli  Jijen  fait  > 
&  d'aufli  bonne  mine  q'u'étoit  Ibrahim; . 
Car,  pourfuivicrelle  ^  quoi  que  je  fâches 
bien  que  chez  Içs  Chi^é tiens ,  on  parle  de  . 
nous  CQrntpe  fi  nçi^.éfciwsde)^  barbares-; 
)e,  voi^  puis  aflTurer  que  cette/cgle:  n'eft 
pas  a  générale  qu'il.  n!y>  aiç  cie  l'exception.  .> 
La  pitié  qui  eft  une  chofe  toute  opposée  à 
ce  que  l'on  croit  de  nous ,  ftil.un  des  pre- 
/ /.Punie.  HKK 


3<Ti'       X'iLttr  STBli  Bàss  A. 
luîers  preceptes^dè-  nôtre  Religioh.    EUè'^ 
s'étend  jufqu'aux  ^ftinVâux  itrèiôilnabks  r^ 
ÔCÀI  fc-trouvc  |)âl:ttii  nôùs  de  (î  feigheèx 
obfervatears  delà  loi  ,cfu'ils  achètent  des - 
oyftUK  pour  leur  rendïè  Ja  lîberté.  Jugez 
après  celaifi  ce  q«e)'ai  fait  mérité  d'être 
mis  au  nombre  dès  chôfes  eiictraordihaires, 
&  fi  au-  contraire  il  n'y- ai//oit  pas  eu  dé; 
quoi  s'étontter  ,^  fi- vô^t  coilduire  à  h 
mort ,  un  hônïrtïè  <font-  la  mine  reïiem- 
Uoit  fi  peu  à  celle  d'un  efcJave  ni   d'un 
coupable  ^  je  n'euffe  point  eu  la  pensée  de 
leiau,yef  ?  Et  puis ,  à)oûtà-t-elie  ^,  fi  quel- 
qu'un me<iôit  redontpefifér  de  cette  adtion^ 
ilr  faut  que  ce  ibit  le-Sùltàn  ,  puifquè  je 
lui  aiconfervc  unJiOirimédbnt  les  belles 
aéfcipns  oûtr  rendu  Gm  règne  illuftre  :  &  - 
dont  le  mente  &  là  convérfation  ont  fait^ 
touce-fa  ^félicité  d^uis  qu'il  eft  ici.    Car 
pour  ybtts<^  pourfiii¥it-elle  3  je  ne  vois  pas  • 
que  v<MiSiinefoyei5 obligée  :'û  je  mefuire' 
contentée  de  fauver  la  viéà  Ibrahim ,  vous 
auriez  pù^n  parler  ainfi  :  niais  puis  que  ce 
fut moi  qott  fuS'Cdufe  que  le  Sultan  le  vit , 
l'aima  ôc  le  retint  à  fbn^ferVice  5   il  me 
femble xy&o  )& tous  dofe  |>lûrôt^  demander 
pardon  4ie  VOus^  l*a Voir  <iérôbé  ;  'qu%ttén- 
dre  des  renaerciertîGn^  de  la  confervatiori  J 
Ifabelle  q^ïl  ne  penfofe  pa^^'^Afterie*- 
fik  toute  ion  hiftoire  y  fe  trouva  un  peu' 


T     !    \'  J    t 


èmbarallee  :  &  la  Sulta,nç  s'en  étant  ap^ 
pejrçuë ,.  la  pria  de  ne  s'étonpçr  pas  fi  file 
connoillbit  par  fes  difcours  qu'elle  n'igncv» 
roi  t. point  fes  avantures.  Elle  Jui  ^itçnfeite 
que  le  Sultan  fon  père  avôit  été  prefquQ 
contraint  de.le^  lui  «apprendre ,  pq^r  uqq 
raifpn  qu'elle  lui  fUr^^iç  u^Ç  ^ytrefojs^n'ért 
tant  pas  juftç  4^  l'empêç^r  ,plu^  igm 
tçms  de;  fe  plaiiidre  en  lijjerté  ^'une,  j^l 
fence  qui  ne  poxivoii;  lui  êpre.  que  très-fâ-5 
cheufe.  Ifabelle  étpit  /î  façisfàite  de  1^,  çi-j 
vilicé  &  de  l'efprit  d'Àfte^ie,  qH'elle  fpfH 
tit  quçlque  coniolation  d'avoir  trçyvépnêl 
perfonne  raifbpnabie ,  en  un^lieupù.er.ç.nj^j 
s'étoit  imaginée  qup de  la  fl^ijipidiçé.  JD je  (pi^j, 
te  que  pour  rabligçr,  elle  la  conjura  aveoj 
beaucoup  de  teudrelFe  âjÇjde  rej^dy  40j 
ne  la  quitter  point  par  cettç  r^ifoti  :  jSfi^ji 
ne:  différer  pas  à  une  autrefibis  àiqi  appr^^l 
d^è  ce  qu'elle  vouloit  bien  qu'el}e  sût,  '  :    i 
^  Afterie  lui ,  pontf  alors  cç  ^qi^'Ibj^aljjnip 
Iù^.avoit  4é)a  appris  Vje  yçux  %p4jue;§ÇH.i 
limari  avoit  eu  dçiT^  dç  le  Ipi^  %vvq  (çpou-r(t 
fer  :  mais  elle  lui  partiçuIayfad^y^nriîgB  , 
lachofc  ,  en  lui  appr.ۍancqu^.qe  dcijieifl  t 
n'^vpit  pas  été  fait  tufn^ul^ujir^méiu  :  '8ç  û 
qu'il  X  ;^ voit  déjà  ^quelgues^jwfif^i^TJê 
P  graqd5çignçur,lniep  a;jcÛLji^lgoripr%^t 
les  4ifçours  d'Ij^r^hjbp^  à  JuijfjtQ 

faire  la  propo/ition ,  plutôt  qu'il  n'avoir  re- 


3^4  L*  1 1 1  u  s  T  R  jp  B  A  s  s  a; 
{(Aà.  Que  comme  il  ne  prévoyoît  pas  qu< 
ce  mariage  duc  être  défagréablie  à  Ibrahim, 
il  avoir  faic  delfein  de  la  faire  conduire  à 
idn  patais  le  jour  de  Con  triomphe^  afin  de 
faire  plus  d'homieur  au  grand  ViHr  :  mais 
qu*il  en  avoit  été  empêché  par  une  Peria- 
s^  nommée  Alibech  qui.lui  étoit  venu  de- 
nfiaéder  juftice  contre  leBajûTa  de  la  mer  j 
£c  qui  Tavoit  retenu  jufqu'à  la  nuit  c(ansla 
place  de  l'Hippodronie.  C^'ayant  C\x  toutes 
ceschofes  de  la  bouche  du  £ultan,  de 
voyant  qu'enfuite  rien  de  tout  cela  n*étoit 
arrivé  ;  elle  s'étoit  jettée  ^ux  pieds  de  Sor 
Um'an ,  pour  l'obliger  de  lui  apprendre  pr 
quelle  raifbn  Ibrahim  l'avoit  refusée  :  & 
qu'après  plufieurs  fuppîications  qu'elle  lui 
en  avoit  faites ,  comme  il  avoit  éprouvé  la 
dîfcretion  eit  d^autres  rencontres  ,  il  lui 
adroit  conté  la  veriié  de  Ja  chofe.  (^ue  de- 
puis Cicla  elle  avoit  beaucoup  plus  ciftimé 
le  BalTa  qu'auparavant  :  &que  la  fidélité 
qU'illui  avoit  gardée,  lui  avoit  tellement 
touché  le  cœur ,  que  bien  foin  d^avoîr l'ef' 
prit  irrité  du  rçftis  qu*l  avpit  fait  d'elle  ^ 
elle  l'en  avoit  loué  en  parlant  à  Soliman. 
Ne  vous  inquiétez  pas ,  dit  cette  Sultane 
à  Ifabelle  ,  a  j'ofe  vous  dire  que  )- ai  été 
vôtre  rivale;  que  la  gloire d'Ibrahim^a voit 
touché  mon  ame  j  &  qiie  }e  me  ferôis  |:e«p 
/(>luëavec)oye-à  ctrle  la  ftmmè ,  pbifijuç 


^  >. 


je  ne  vous  aurois  pas  ouvert  mon  cœur  j 
s'il  n'^voic  été  aifez  libre  paur  vous  offrit 
toute  forte  de  fcrvice  ;  &  pour  vous  aflîi-f 
rer  que  ce  que  j'ai.fenti  pour  le  Bailà  5  nç 
le  pou  voit  pa^  nommer  am.our  ;  mais  un 
fimple  deiîr  d'époufer  un  homme  illuftre  & 
vertueux.  Ne  me  regard€?i<ionc  pas  com't 
me  .  vôtre  jpjviilç  >  puifqucixe  ne  pov\nmt 
être  fans  haine  :  mais  comme  une  pericm? 
Be  qui  tfà  point  de  pkis  forte  paiEon  que  de 
fervir  Ibrahim  eri  la  votre.    -  *      * 

Vous  êtes  trop  gêner eufe  ,  lui  répondit 
Ifàbelle^  &  Ibranim  troplieurcux  de^oûi 
être  redevable.  Je  leicondanuierois  nean^ 
inoins ,  pourfuiviti-ellë  ;  de  ne  m'avoin  pas 
manqué  de  fidélité  l  s'il  avoic  eu  Phonn^uj? 
^e  vous^-Connoître  ,  mais  'iôû'>malheur*vs| 
feii  fa  faute.  NePaccufea^  donc  pas  de^peu 
de  jugement  3  pour  avoir  préféré  m»  coxi* 
fervation  à  voire  conquête  ,  puifque  ïbn 
ignorance  en;eft  cau^ie.  Et  puiique  vods 
fafel  toute  ma^vie  auffi-bien  que^moi^ 
plaigne Zrnéu s  fans  nous  âccufer.Afais  que 
dis-)e  !  ajouta  IfabeUè  en  fe  reprenant  ) 
admirez  plutôt  le  bonheur  d'Ibrahim ,  d'a- 
vilir pu  vous^pbliger  à  lui  fauver  la  vie  j 
d;'avoirerifuite  acquis  l'affeéiion  du  plus 
rçrahd  Prince  de  la  terre  ;&. pour  joindre 
notre  bonheur,  comme  nos  intérêts ibnt 
ioiûts ,  j'4oute  encore  de.  m'ivnir.  pocurc 


i6ô  L'illustre  B  a  s  s  a. 
l'honneur  de  vôtre  connoiiTance:  Cette 
conv.erfacion  ayant  duré  ailez  long-tems, 
iia  orne  fi/éC4:oitc  amitié  entré  la  Sultane 
Aftcrie&:laPttnCéirè  ,  qu'elles  furent 
prefque  înfcparat)ksi^  -tant  ^f^elk  fut 
an  vieux. fei?rail-  -  :  ::  r.r 
.  ;  Le  jour  d'après  qu'elle  y  fut  entrée ,  So- 
liman  talla  vifiter?  &par  œtte  dernière 
^^^àci,  vil  relfisrm  encore  ^iteiSoÎJvè^"  '- 

qu'il  avoic  en .l^ç^çiti  c^a^^mht^v^eRt\ 
^  ce  cornbat  q^ii  te  f^Ûbit  dans  fpri  c^ur, 
ÎQ^  i'^«Hiièr<?M;il'ayoit  ,T)9ur  le  graiii^ 
VJik;^  &  la  pftflbaqa'JUv.Qitjpour  Jîabel-. 
k  r^  ne  xx^ntiinm  ifai^  éHx  aîi>4ge:;  r&r  I;an>ow 
dtf  «oartthD^b&^ittOiî  ^iftferi^^  rfon  eA 
pritije«tiqtte^tie§rm^n^Q5Pftpk$;ti»nqwiles/. 

de  iof te  qa'iîl  hôW)Dg«a  qii  *i  ia  conquête 
di'JûbcH©.;  Mais  -comme  t^fa^mt  sque  pour 
ÉBJfaire  ainjer  ,  fl  <àucplaîllè. auparavant; 
ilettt  ia  complaifance  de  rie)paTlet  que  d'I-» 
trahim  en  cette  prieroierc  vifite?  Il  de- 
manda pardon  àla  Princdre,  d^ctre  caufe 
u'il  s'eloignoit  d'elle  :  il  ta  conjura  de  ne 
eiibuvenir  point  que  c'étoijt  lui  qui  l'a- 
yoit  fait  enlever  :  8c  de  penfer  qu'elle  étoit  : 
en'  lieu  où  die  pouvoit  commander  abiblu^ 
ment ,  où  elle*jne  vcrroic  peribnne  qui  ne:: 
lui  ob«ît  avec  joy  e ,  &  qui  n'eût  le  delîein 
delà  fer vir.  Ifabelle  lépondic  à  un  difcouis, 


i 


r  §  obljge^iH  3  av€c  toute  la  civilité  &  tou- 
.}4^M  lœonpoiilancedont  eUeétoic  capable: 
'm^is.cottyiie  elle  patoiflbit  :trifle  s  quoy 

qu'cj^fe  coiatxaignït  ;  ifla  conjura  de  vou- 
loir [£e  diyjertîx  aut^t  qu'elle  le  |)ourroit  : 

:<k  peur  que  la  mélancolie  diminuant  ià 

beauté  3  on  tie  pût  lui  reprocher  qu'il  au- 
ii:^;;]^  mal:  conservé  une  ff  rarccHore.  ta 

PriocelTê  lui  aymt  promis. toyt  ce  qulil 
îMOiilwt^  il  fe  retira  fort  fki^t:&  fort 
.  ^ni^Hireux  3  &  la  laifTa  avec  une  iî  grande 
:  çftime.pour  lui ,  qu*Ibrahim  ji'enavoit  j^s 
j  davantage. 

.  Comme  AflerieiierabandonnoitgUeres 
rclle^ne  lui  parla  le  refte  du  Joar  ^e  de 
J'jxudmiradon  qu'elle  avoit  pour  Sc^Hman  , 

des  vcrtos-xie  cç  Prince  ^  de  la  grandeur 
'de  fon  clprit ,  &  de  cette  forte  &  genereu- 
jfeJtmitié qu'il  témoignoit  avoir  pour  nôtre 

illurtreBaiFa.  Depuis  cette  première  vifitc 
Ecè  ne  forint  |iliJS'>qt]e  rncignificencts  dans 
<lé"Mieux  fecÈail:  Soliman -fiii (bit  tous  les 
cjouis  denouviea^jx^preren'sà  I<fefcfclle  :  èc 
?k  ia  confîderation  3  aux  Suhanes  qui  de^ 
•mèuroientaumlèmelreu:  depeur  que  lui 
;p©rtant  envre ,  elles  ne  vinflbnt  à  la  haïr, 
-Se  ne  pçrdiflent  le -loin  d«  W  plaire  :  Se 
ncômme  il  ^ne  fe  paflbit  pas  Un  jour  qu  e  œ 
iPrince  nevifitât  Ifabelle^  Rdxeîarie*  qiri 
«lie  conrUâflbit  juiqu'au  fonds  du  cœu^r./j 


3^8       L'ii?  tus  t  RE  BA^s  A. 

s'appcr^ut  bien-rôt  de  la  véritable  raifon 

.  qui  cauibicfes  vi(ites.''La)alôunene  s'>emti 

para  pourtant  pas  de  fbn  ame  :  &-le  féal 

-deirein  de-  fe  fervk  de  cette  occafion  poâr 

détruire^  Ibrahimj»  &  rétablir  Ruftan ,  fit 

ce  qui  la  fit  agir  de  la  manière  qu^on  verra 

dans  la ruicede  ce  difcours.-  Mais  d'autaàt 

qne/la  meretdui  grand.  Seigneur  hàïflfeit 

ilbfiahinTj  prce  qi^elle  aimoit  Roxelanfey 

:  elle  lui  communiqua  fcs  fou pccins-:  &  elfes 

conclurent  toutes  deux  qu'iKy  avoit  gràn- 

.  de  appaience  que  tafuduicé  de  Soliman 

écoit  un  effet  de  fbn  amour ,  &  que  fî  cela 

c  éroit  yéritable^cc  feroit  un  moyen  prefijue 

Linfaillible  de  détruire  le  grand  Vifîr  qtw 

pQn  difoit  être  éperduement  amoureux  de 

tette  perfbnne  ^  parce  que  venant  à favoix 

.  cette  paflion  ,  il  feroit  fans  doute  des  cKo 

fcsqui  le  feroient  bannir  ,  fî  lui-même  ne 

fe  bannirtbit  volontairement. 

Roxelané  loin  de  troubler  les  delTeins 
de  Soliman, ne  fbngea  qufà  lui  donnerplus 
d'amour  pour  la  PrinceiFe  :  n'étant  jaloiife 
.que  de  (on  autorité.,  &  craignant  bien  plus 
Ja  puiinince  d'Ibrahim  que  la  beauté  d'Ifa-» 
belle.  Et  pour  cet  effets  comme  il  n'y ^ 
jprefque  point  de  fidélité  en  Turquie  à  l'é- 
.preuve  des  prefens,  elle  fuborna  une  dos  -^ 
efclavesqui  alloient  tous  les  jours  lui  offrir 
^^uelque  nouvelle  libéralité  cm  Sultan  ;  afii} 


qtieifelon  te$  ôccafions  elle  înyentât^uçl- 
que^Compiiîtiefit  obligeant  à  lui  dire  de  h 
part  d^Iiâbêlle  ^  qui  ignorant  toutes  cc^ 
chofes^»3  vivéit  avec  autant  de  douceur  ,6çf 
de  r«pos<|U€  lui)  en  jjouvoit  permettre  Pâb-j 
iènce  du  grand  Vifir.  Afterie  avoit  un  fï 
grand  foin  d^elle  j|  &  Soliman  lui  rendait 
tanti^ôivièvoirs^'  qu'elle  niavoit  pr^lquc 
pas  kitoifir  de  longer  à  fcs  infortunes.  ' 
,  Cependant  le  Sahan  n*étoit  pas  peu  em« 
barraffe  daiis  la  crainte  qu'il  avoit  de  dé- 
couvrir/on  amour  à  la  Princefle  :  car  quoi 
qu'il  ccnnût  qu'elle,  reitimoîr  >  il  croyoit 
j^eanmoins  que  c*ctôit  autant  pour  l*aftecn 
tiOA  qu'il  témoignoit  avoir  pour  le  BalFa  j^ 
que  pour  ion  propre  mérite.  De  iôrte  quC 
n'ofant  encore  £e  déclarer  ouvertement  3 
il  fe  contèritoit  de  loiier  fa  beauté,  fbn  eA 
prit  y  &  toutes  les  excellentes  qualitez  qui 
croient  en  elle  ,  çn  lui  paillant  d!lbrahim  ; 
ÔC  ce  nom  qui  lui  avpit  été  firconfidera-j 
bl<e  y  çtoit.ep>plçyé  con^elcelui  qui  le  pca:-i 
ipit.  Car.  tputfts^lef  JS>i$qu'il  vouJoitlgiiefe 
irabeile;>  ilt  eicigteroit  combien  Ibràhifi^ 
éfjçithçuieMX  d'être  aimé  d'une  fi  mcrv^ilr 

leufe  periQni^f  ! :r  i:oji)bic^  Ibrahim  avoit 
témoigné  4p  jugement  a»  choix  q\i'il'j?A 
ftvoiefelç^  &:ï>ar tjijé  galeorerie  maljcitfu- 
£k  y  il  lui  dii^it  quelquesfois  qu'Ibrahi^:ft 
j^toM;CQupâJ)k  4e  i'j^voir.^andonn^je^  WQ?r 


naco ,  pom  lui  venir  cenir  fa^parok  :i{n% 
^ahj m  cçojt, criminel  fl'|tre«  ^ilé  à  la  guci^ 
te  5le  P  pçie  ^  &:  4e  n'êçr^  p;yj  nn^rt  iJe  cfou- 
^(•piutoc,^Ucué4ftqiatCfii:.il,^  pourki 
s'il  ie^fiit  troMvéen  iàpl4ce  ,  Unel'auroic 
Jamais  fait  :,4qniagina,qt,plu$  de  douceur  à 
nxGuw  qw^  ^'éloigaer  4'eJic. 
.;  .Vfn  dii^çpujrsfi  artificiçil^ */cCoit  pour- 
tant point  expliqui^  d'ïfabeUé  i  coniime  So< 
liman  le  de|(irpit.:  ôc  fans  y  chercher  de 
fens  caché,  elle  croyokque  c'étoitunpur 
effet  de  Ja  cQmplaifatnce  du  Sultan,  qui 

Reniant  lui  erre  agràatue ,  vouloir  lui  par- 
ler d'Ibrahim  ,de  qUfèlque  manierequeco 
put  être-Dans  cecre^igftoràïnce  elle  lui  ré- 
pondoit  toujours  fart  civ^lenfient  ^  &avec 
beaucoup  de  re/pèâ:;  fî  bienqu^cxpliquant 
de  cette  forte  tout  ce  ^ue  SoKmàn  lui  di- 
Ibit,  elle  le  mettoit  en  une  peiôe  èxtrê- 
ine.  Car  il  eut  bien]  v^ia  que  fiins'  lui  dire 
précisément^  qu'il  étôitamcpijfeux  de  ft 
beaméi  ejlè  s*eft  fâr  aj>pir^ë  ;  appréhen- 
dant fi  fore  de4*irrfcer ,  quPe^  cette  ci^ainté 
ffltrbit  peut-être  ikitiertiui  te  (]JÉelia  raifeti 
tf  avoit  pu  feire  s  fàni  les  meffagcs  que  lui 
fit  à  diverfes  fois  cette  cfélâfve  que  Roxe^ 
kne  avoit  iubornée.  -r     *'  ^ 

Mais  tandis  qù^lfàfeéllë^nepàï^loit  que 
de  la^enerofité  déSôIi^an ,  toutes  lc«  Sul-^ 
tanes  ne  s'eiicretenoient  que  d<  l^amout 


Livre  Quatrie'me.  571 
qu*il  avoit  pour  elle.  Afteries'en  étape  ap- 
-perçuë  comme  les  autres  ,  &  fâchant  k 
quelles  violenc'es  cette  paffion  portoit  le 
■grand  Seigneur  ,  s'en  affligea  très,  fort  , 
f  Gur  l-interct  d'Ifabeile  qu'elle  aimoit  ex- 
trêmement. Cette  mélancolie  fiit  bien-tôt 
remarquée  delaPrihcelTe  :  5^  comme  Tes,, 
foins  &  ibri  propre  medte  luiavoiênrion- 
2t  britlCdu|)  de  part  en  jfon  amitié ,  eil'e  la 
conjura  uîi)(^ÙÎ  d^ilii  en  apprendre  le  fu- 
Jet.  Ailerie jugeant  sivec  railbnque  fi  ellç 
lui  endiioit  la  çaufe>  ce  feroîtlui  donner 
Hen  de  la  douleur  3  s*çn  excufa  au  corn- 

inence;mertt  le  MeuX  qui  lui  fut  p«o/Iible  ; 
inais  venant  k  cpnfidçrer  que  pciiti^fre  lir 
^npra^cejoù  viy^oit  Ifabçik  ^  augmentoit 
encore  ibn  mallieur  3  elle  refont  de  ie  coni 
fier  à  elle  ,4c  de  lui  dire  les  fbupçons  qu^- 
elle  avoit.  Ge qpifaifbit  qu^Aftèrie  s'in^ 
rereflbit  fi  fort  pour  tout  ce  qui  regardoit 
Ibrahim ,  qu'elle  en  oublioit  les  intérêts  da 
SultàB,  écoic  qu'elle  avoîtfii  combien  il 
avoit  :  puiffammenc  protégé  Muftapha  & 
.JGiangir  (es  fircrts  qu'elle  àvoit  beaucoup 
aimé  :  &  ççritbien  il  s'étbit  toujours  oppo* 
se  aux  violences  de  Roxelane ,  pour  k^ 
quelle  elle  avoit  une  haine  fecrettie ,  dont 
le  premier  fondement  étoit  en  fà  propre 
vertu.  / 

Afterie  fiiivant  fa  refolutioa  ^  aprcu 


prépa:ré  l'efpric  d'ifabelle  par  un  longdiii 
cours,  à  bien  ufer  de  l'avis  <ju'elle  alloit 
lui  donner  \  &  après  qu'Ifabclle  de  fbn  cô- 
té lui  eut  promis  coûte  forte  de  fidélité  ^ 
elle  lui  dit  que  cdnnoilTant  le  Sultan  Ton 
père  comibe  elle  faifbit ,  elle  craignoit  que 
fa  beauté  ne  lui  eût  donné  plus  d*amoi(| 

f3Ur  elle ,  qu'il  n'avoît  d'amitié  pour  Ibra* 
im  .'  &  que  fa iaifon  ne  fe  trouvât  enfin 
plus  foible  que  fa  paflîon.  Qu'elle  avoit 
voulu  lui  découvrir  Ç^s  Ibupçons ,  afin  qiie 
par  fa  prudence  3  elle  examinât  la  choie  : 
ôc  de  peur  auffi  que  Hgnorafit  entière- 
ment, elle  n*augm<ntât  lesihjuftes  deifeins 
du  grand  Seigneur.  3  par  des  cîvîliterin^ 
nocentcs.  D'abord,  ce difcôUfsfurprit Ifa- 
belle:  elle^^n  changea  de  couleur  d1u$ 
d'une  fois  j  &  dans  le  trouble  où  elle  hit , 
elle  penfa  (ni' Afterie  n*éf oit  pas  véritable, 
Duoi  qu'elle  np  pût  imaginer  de  caufe  rai- 
ionnable  a  ce  meniong^.  L'ingénuité  de  la 
5ultanedétruifit  pourtant  cette  accufation 
feqréttc  qu'elfe  raifbit  en  fbn  tœur  :  &  fc 
relTouYcnant  de  toutes  les  chofes  que  ce 
Prince  avoit  faites  pour  Ibrahim,  clic 
crut  que  la  Sultane  expliquoit  miàl  les  civî* 
ïtez  du  grand  Seigneur  :  &  qu'elle  pre^ 
iioit  pour  des  témoignages  d'amour  «  ce 
qu'elle  croyoit  n'être  qu'un  effet  de l'am?- 
vjié  qu'ij  jYoit^pour  Ibi^hiffl»  .Ççttè  der^ 


lucre  pensée  ajraxic  remis  Je  calme  en  ïoa 
âme ,  elle  remercia  Afterie  des  foins  qu'- 
elle avoit  d'elle  ;  loiia  fa  generofitc&ni' 
fa^efle  ,•  &  lui  témoigna  enfin  qu'elle  ne 
pouvpit  crdire  qu'un*  au/E  grand  Princç 
que  Soliman ,  pût  être  caj^ble  de  fe  laiA 
j(er  vaincre  ^  une  pâflîon.  auilî  injufte  quç 
feroit  celle  dont  elle  lui  parloit;  Je  le  iou- 
liaite ,  lui  dit  la  Sultane  Afteriiç ,  &  pour 
la  gloire  de  Soliman ,  Se  pour  vôtre  repos  ; 
mais  prenez  garde ,  comme  )e  vous  Tai  dc- 
}^  dit  y  que  vôtre  beauté  ne  fbit  plus  puif^ 
fantc  danç  l'ame  du  grand  Seigneur  ^  que 
Ifainitié  d'Ibrahim-  Si  cela  étoit  véritable, 
rej^rît  la  Princefle ,  ce  feroit  plutôt  un  ef-' 
fèt  de  mon  malheur  qiie  de  ma  beauté  ; , 
maisjp  vous  avoiie  que  je  ne  fauroispie' 
jrefôudre  d'accufer  ce  Princç ,  que  )e  n'y 
fois  forcée  par  lui- même.  v    > 

La  Sultane  s*itant  retirée ,  liabelle  ne 
fe  trouva  pas  fi  t|:anquile  :  Emilie  la  coq-  • 
fitma  néanmoins  en  l'opinion  que  Solinnati 
n'avoit  que  de  l'amitié  pour  elle  :  en  lui  ' 
fàifaiit  confiderer  que  la  pensée  d* Afterie 
étoit  fans  doute  fondée  fur  là  croyaqcô^de 
toutes  les  autres  Sultanes  qui  croyoient  que 
le  grapd  SeJgneU|:  ne  pou  voit  avoir  d'affç- 
âîon  ppur  une  fçtnmé  (î  ce  n'étoit  amour  : 
&qui  parjaloufie  qu'elles  àvpient  despre- 
féiis gu ii  luifa^ibit ,  &  des  çiyili'tez qu'il 


J74  L'iLÈusTRB  Bas!  S  À. 
avoit  pour  elle  ,  n^en  avoiçnt  |W)int  imagi- 
né d'autre  caufe.  Ce  raïfonnement  ayant 
quelque  vrai-femblancé  ,'cbhloïa  un  peu  la 
Prîncefle  :  &  après  avoir  repafle  en  fa  me- 
jhoire  ,  tout  cqpque  lui  avoit  dit  Soliman; 
comme  elle  cherchoit  à  fe  tromper ,  elle 
trouva  qge  tous  Ces  difcoùrsÔf  toutes  fes, 
allions  pbuvoiént  être  expliquées  à  fbn 
a.vantage.'  Elle  né  voyoït  pourtant  pas  tantj 
de  certitude  à  tout  ce  qu^elle  îmagînoit  3 

Qu'elle  osât  s'y  aflurer  abfblument  :  & 
quoi  qn,*e!lc  appréhendât  la  vue  du  grand 

'  Seigneur  dans  la  crainte  dele  trouver  cou- 
pable ;  il  y  avoit  néanmoins  des  inftans  où 
èllé  la  defiroit  ^  dans  réfperance  de  le  }ù- 

Roxelane  de  fbn  côté  ayant  fait  favoir 
ion  deflein  à Rufl:an,&  lui  l'ayant  approu-  ^ 
vé  .  ils  rie/lbngeoient  plus  qv^à  augipenter 
ràmoùr  de  Soliman  pour  Ifabclïe  3  par. 
les  méfTages  obligçans  què/jui  feiïbittous 
lés  jours  cette  efclave  fuboriicç..,  , 

Ce  fut' en  ce  mêtne-tems  quçl'onpre- 
fenta  trois  efctaves  merveilleurement  bel- 
lés  au  Sultan  j  qui  lan$  être  toucH^  de  leurs  . 
charmes  ,  les  eût  refusées ,  s'il  nq  le  fût 
avisé  de  demarider  d'où  elles  étoient/Mais 
ayant  fù  qu'elles  étoient  d'Itfilié  .  il  les  re*  ^  > 
tifit  à  deflein  de  les 'donnej|^ajirabelIe/.he'! 
cfrerchant  rien  avec  plus  de'ïbin  que  de  îm  ' 


L  I  v'RÊ   Ou  atr.iî'me.    37<  : 
être'a^feâbie.'  il.  fut  donc  la  vïficcr  aprcs', 
avoir  commande  qùeï'ob  fit  cnt^'pf  ces  trois^l 
efcla^  ei  dàkis  le,  vièubc^ferràîf .  ;  Et  comme ,: 
lerdifcoursTgutlùi  aVoît*fâît  Aftèrie  ,  l'a- 
vbit  rendue  pTusmelàncoTiquè  qu'à  l'ordi-  . 
nâire,  il  s'en  étonna -,  Iu*ï.  en  depianda  la  ; 
càufe,  &  par  cet  e,m^reffçm^!t^^  fit  appxe-  . 
héndei^  à  la  Priirçefle  qiieles,  Iqup^ons  de* 
la'SaltaAe  n|ëùfferit:  'iiu  feqçjement  legiti-  . 
nfe/Êilé  detfuîfit  Néanmoins  efle-même 
fort  propre  raifbhnement  :  &  ayant  répon- 
du au  grand  Seigneur  que  fa  mélancolie  , 
ctoit^plûto^t  causée  jpar  le  iQ^vênir  de  fçs^ 
nîiràéurs'p^^^  par  au  curie  autre.; 

râifbn  i"îj  la  conjura  deles  oublier  :  &  de ,' 
ne'fe  rehdré  pas  mhihéùreure'par  dcis  cho-  * 
fc^  qui  ne  pouvoicnt-plus  revenjr.  11  lui, dit  , 
cnfuite  que  pour  la  confbler  &  la  diVefcîr 
il  avoit  (fhôiu  trois  efcUvçsJqui  ne  lui  Te-  , 
rôicnt  peut-être  pas  déïagrçables  :  &  qui  . 
eiitelioroient  rnieux  fes  orcli-és.quelesau-  . 
très  qù^ofî  lui^'avdît  données^  paf  ce  qu'elles 
étoiehC   de  (on  paysi  I/abelfe  repondit  à 
cela  fort  civilement ,  &  Je  grand  Seigneur 
ayant  cômifîànde  qu'on  les  fît;  entrer  ila 


nra1itetfé^'^d*j(Vlp}ip^  &  Hi polit efocur 

de  Dor  ià.  '  Elle  îiel'ês  eitt  pas  plutôt  àppef- 


çuës ,  qu'elle  fit  ungtandci^ ,  puis  /e  tout^ 
nànt  vers  Soliman  ,  que  tàrHautelTc  me 
pardonne  lui  dit-elle ,  fi  )e  pçrds  ie  ret 
pc(5t  que  )e  lui  dois  >  &  fi  la  joye  de  voir 
des  perfbnnes  qui  me .  £>nt  fi  chères ,  eft 
plus  (brte  en  moi  que  la  bien  feance.  En 
difant  cela ,  après  avoir  fait  une  profonde 
irévcrence  au  Sultan  ,  lellc  alla  embralTcr 
Ses  chères  amîes ,  qui  de  leur  cpté  ^n'a- 
Vbient  pa^  moins  d'étonhemeric  3(  moins 
de  joye  qu'elle  ,  de  la  rencontrer  en  un 
lieu ,  où  elles  ri' elperoîent  avQÎr  auçunç 
confblation. 

Ge  premièi^  (^amplimept  étant  fait,  Ifa-! 
belle  luppUa  cncorje  une  foîs'le  grand  Sei- , 
gneur  ae  lui  pardonner,  fi J'àmifié  &  la 
fùrprife  l'avoient  coatraintè  de  manquer 
à  ce  qu'elle  jui  devoir.  ï-'incomparablc. 
Ifabelle,  lui  répondit-il  y  nepeut  rien  de- 
voir à  personne  :  &  en  queîquç  lieu  di^ 
monde  .qu'elle  puifleêtre,  elle  ne  pieut  ja? 
nîùis  avoir  que  des  efclaves.  Cette  civili- 
té eft  trop  exceflive ,  lui  répliqua  la  Prin- 
celle  en  rougilFant  ;  8ç  je  me  tiendrai  infir 
niment  redevables  ta  HautelTe .  fi  elle  me 
veut  donner  pour  compagnes  c^s  trois  bel- 
les filles  que  la  fortune  a  fait  tçs  efclaves. 
J'ai  déjà  dit ,  lui  fépondit'iî  3,'qu'Ifabelle 
peut  commanSçr  abfbluiiieht  ;  àç  je  lu i  jure 
lehcore  ,  qu'il  n'y  a  qu'une  fculç  chofç  qu*- 

•  elle 


.  L  I  V  R  E     <5^  A  T  K  I  E- M  B.     I77 

5Îe vpuiflc  obtenir  de  mou  Enfuitc  dé  ce 
difcours ,  donc  la  Princeffe  h'ofà  démant- 
eler Texplicarion  y  Soliman  vcmluc  fàvoir 
-A'dlefi  ces  trois  belles  perfbniies  étoienk 
-dt  GeneJ  >  comme  elles^  étoient  d'Italie  : 
Se  lots  qu'elle  lui  eut  dp^tis  qui  elles 
étoîent  y  il  leur  fit  beaucoup:  de  civiliié^ 
&  s'informant  d'HipoIite  en^  quel  lieu  éc<Ht 
ion  frère  >  il  lut  quetlud  &  urois^  de  Tes  am^ 
étoient  efclaves  à.  iConftandiitople.  Sehm 
:gneur ,  dit  auffi^atUik^tie^  eû&îettâat 
M  Cas.  pieds  i]c  deoiàndépout^  eux^k liber^ 
xék  ta  Haut^elFe:  l^oanf^  pasiaccQiçm 
de  ia  reftifer.  à  Ifabelïe,  Widit-îlén  la  re- 
levant ;  &  croyez  qtieiàns  m'infermer 
-^queU  font  les  amis  de  Doria  ,  )e  les^  dicla^ 
re-  Kbres  :  Se  j  qu'en  quelquesi  mainis  qu'ils 
'puiflTent  être  ,i  leûrs^  içjbaiÀes^  ferontP  rom- 
pues, de»  au)burd'hujr-  Sophronie ,  Hrpd- 
tlite,  &  Leonicte,  yoa'urentfe  mettre  à 
genoux  poux  lui  rendre  grâce ,  ^mais  il  les 
en  empccta  :  &  leur  mt  qine  c'étoit  Ifa;- 
tbqlle  qu'il iâlloit  remerciera  non  pa&lui. 
•Comme  il  leur  demanda  de  qui  leurs  aniis* 
^étoient  eCcifLVts  ,  èllisrluiîjrépohdirentqaie 
léeluiquil^  iavoit  prriehteesià fa.liâi>- 
^teflèî,  Ipoutrdit  'diJ^è^à  qniîl  les  avoir  ven- 
idxiSi  Legrand  Seigneur  voulant  obliger  la^ 
tPrrncettc  en  toutes-  chofes ,  fe  retira  pour 
^  laiflerialib^cécl'çni^^eiiir  £ès:^hecés; 


)jZ        L'ILL^USTRE     fi  A  S  S  À* 

amies  :  &paur  ibnger  à  délivrer  ces  cf». 
daves  qu'elle  lui  a  voie  recommandez.  ,  - 
Soliman  étant  ibrti  ^  les  embraiTemens 
&  iles^civilijccz  recommencèrent  entre  Ifa»- 
belle  8t  ces  trois  belles  iilles.  Emilie  leur 
tènoigna  auifi  la  fatislàâion  qu'elle  avoit 
de  les  voir  ;  mais  au  imlieu  de  ces  premiers 
fentimens  dejoye  ,'Je'ibuvenir  de  leurs 
tphiftcs  paffèz  ^  leur  fit  verfer  des  larmes 
4e v'dottloi|tr. JElIes&Jiemanderent  de  paît 
i!C;xlj^utre^,p^i^'eUe  avanture  çlies  fe 
4ffioii^0ient}  en  onême lieu  :  &  ne  pouvant 
to3c6}i*c  eroire  ^que  >cie  :  qu*elles  voyoient 
&t  Meritable  ^  Idi^r  itoiinement  redoubloic 
À  chaque  inâant.  I/abeUe  fiit  que  Doria^ 
JHotace,  le  Marquis  François3  &  Alphon' 
dTCiétoient  ;cfi:laves#j^£Ik  (voulu  tifavoir  dos 
-laouirelles  ^u  Coihie  ide:  La^^agne  &(ip 
Leonora  rfa  &mmc^i  mais  Sophronie  lui 
fdit  en  ibûpirant ,  qu'elle  neiauroit  qii 
<sAxptot  Itvirs^vantures  :  Se  Hipolite  ajou- 
-€si.3  qu'en  xm  <)our  où  la  fortune  leur  avok 
Jfàit  îimcfi  grande  grâce,  il.étoità.propos 
'.de  r.nè&  Ibui^ir  point  de  tant  jde  ma)^ 
Jaxxatt.  :! Cependant  IfàbeHe/qui  jcraigndt 
-qnéle.nom  de  ferrail  ne  les  inquiétât  ytc 
'fic  leur  fît  penfer  quelque  chofe.à  fqn  dcA 
îaiiantage.,>  feur  apiait  la  difFer^ce  qu*il 
ly  ayoit  du  -viciiK ierrail  où  elleitoit  ,1  ce» 
laides  fcunomes^i^^and  S:ei^aciur.£t.coin« 


Livre  Q^atrie*me.  '379 
me  dans  fûn  difcours  elle  nomma  plufîeurs 
fois  Ibrahim  fans  y  penfcr  ,  &  qu'elle  leur 
en  parla  comme  d*un  homme  3  en  coniîde- 
tation  duquel  le  Sultan  la  favoriilôic  y  So« 
phronie  lui  demanda  qui  ctoit  Cet  Ibrahim  ï 
Cette  queftion  fit  rougir  la  Princcflfe  : 
ifiais  enfin  elle  leur  apprit  que  cet  Ibra« 
him  étoit  JuAinian  :  il  iui  fembloit  que 
dans  l'état  où  étoit  leur  fortune  ^  il  n'itoic 
pas  à  propos  de  kur  faire  un  fecret  de  Tes 
âvanture^.  Cette  nouveauté  fiirpril  égal- 
lement  Hipolitc  3  Leohide ,  &5ophronic: 
M  pouvant  simagînef  que  tout  ce  qu'elles 
âpprenoiënt  ne  fut  pas  une  fîâion^  Leur 
propre  expérience  les  força  toutcsfois  à 
croire  que  ce  qu'on  leur  difoit  étoit  veri- 
wble,  n'y  ayant  pas  plus  d'apparence  d'a- 
jouter foy  à  ce  qui  Jear  étoit  arrivé,,  qu'à 
ce  <}ui  écoit  avenu  1  IfabeWe, 
-  Sur  k  firitk  Bc^ngibaflî  vint  trouver 
la  Pirincefle  de  1^  part  de  Soliman  >  pour 
jkïi  dire  qu&foivant  ^s  ordre  {  car  Soliman 
àvoit  drfettné.xki  lui  parieï  en  ces  termes  ): 
iiat^t  lait  déMvrer  H<»^€'e,  Doria^  Sp 
Alphonfotmais^uè pour  l'autre,  il  luil 
àvoit  éléf  impoffibit  de  fayoir  encpre  où  il 
ctoit.  Q^  tout  ce<f**îl  en  avsit  pu  appren- 
dre c,4toit  qu'il  a  Voit  changé  huit  ou  dix: 
fcisdefftaître  depuis  unnnois  feulement- 
Qi'iî  U^oD)uiQit  ne  ènmgins  de-ne  siett  pas 


;5  8o        I-*  I  ttV  STKX    fi  AS  s  A» 

mettre  en  peine  ;  l'aflurant  que  leleiia^ 

tnain,  il  feroit  plutôt  faire  une  revue  ge^ 

neraJe  de  tous  les  erdaves  de  Conflantino» 

pie  que  de  manquer  à  trouver  celui  qu'clJç 

icfiroit.  Qu'au  refte  ,  le  Sulcàrt  étoit  tiea 

fàéïédénc  pouvoir  lailFer  auprès  d'elle, 

les  ttois  per^nn es  qu'il  lui  avpît  prçfenr 

lées,  dans  la  croj^ance  qù'eUesduifent  être 

fes  efclayes  :  parce  que  ne  les  devant  pas 

Waiter  ainfi,  çefèrpiç.abufer  de  larelir» 

gion  3Çi  de  h  coutupie  delaiiTer  tant  de; 

perfbiMies  de  coEdition  fibre  dans  te  yi«u4 

ièrirail^  &  d'une  croyar^ce  ditferente  de  h 

fienne^  Qje  neanujoins  pour  ne  la  priver; 

pas  ençie.remen&d'une  cpnyerfation  quilui 

étoit  fi  agrçàble  ^  eHe  pourroft:  aller  tous 

les  jours  les  vifiter  dans  le  pakis  d'IbiîH 

iini ,.  où  leurs  amis  les  attendoientdcja,i 

^  où  il  avoit  .ordre  de  les  conduira ,  VslCi 

forant  qu'elles  y  feroient  fervie&avec  au-: 

tant  de:  loin  iqûederefpe<St^> 

f  ta  PJrincfWe  l'eçut  <?ette:fiauvelfe  ayea 

l^eajucoîjp  tlje  douleur  :  ellô,vpjdutfmeme^^ 

tjfciigei  :ceiui  qui  luifailoit  ce'jne^ge^'alH 

ïèr^c  fa  part  fupplîer  fa  Hautelfè  .<^^rM 

j^e)rrrletti:e  de  fuiyre  £e4  amies  au  pfiai^iii* 

grand  Viiîr  :  «fiais  il  lui  repondit  que  l'èr-n 

^é  qu'oii  lui  avoit  donné  étpit  abtoiu,,  &> 

<ju'il  he  fou  voit  faire  autre  thofe  que  l*exe*i 

wz^^  XÎàbeUc  aur oit  ^eut-êt^^  encore  ro 


Livre    Quatrïb'mï.  '^S^t 
^buUé  r<es  prîere«3  fi4a-SukâHe  Afterie  ne 
fut  arrivée,  laquelle  ayant  été  informée  de 
l'état  des  chofcs ,  lai  confeilla  de  n'imtet 
pas  refprît  du  Sultan,  &  d'avoir  cette 
complaifance  pour  lui  >  qu'il  ne  dedroit  pas 
d^Ue  ,  fans  quelque  raifbn,  étant -certaifl 
que  c'ctoit  une  chofe  toute  extraordinaire 
quç  de  ^oir  des  perfcnnès  libres  & 'chré- 
tiennes dans  le  vieux  (erraiL  ifabcllequî 
connoifToit  k  vertu>&  la  fageffe  d'Afterie, 
réfolufdi^  faire  ce  que  Von  dtfiroic  d'elle  , 
en  prenant  congé  de  fes  chères  amies  qui 
la.^uitcer^ftt,  leilar^nçs  auic  yeux^  avec 
cette  coniolation  néanmoins  qu'elles  al- 
lpiçn;t   retrouver  leurs  /tetts  &   leuts 
amans  tout  enfemblercar  le  tems  y  la  for* 
tunt,^jk  l'efclavage  n'avaient  piatçhan-r 
gé  leurs  fentimensc  Horace  frere'de  Sch 
^bronje^imoit  toujours  H ippoli te  ;&  Bo- 
xia  ^  ifrî^re  d'Hippolite  Sophronie  ;  &  Àl- 
plipnfê  écoit  toujours  amoureux  de  Leonî- 
dçp  Maiçpour  Ifabelle  elle  denieura /ans- 
^vpyne,  co|i;ii9lanon ,  que  ceQe  que  lui  dour 
?W  fej(ipiÇ^^PÇC- d'alJer^Ie  j^  iuivant  vifi^ 
Jtç|jp^$.i)FHq^  jnfp^t^^èesi  dont^la  réncoa- 
^^jl^i  ^Yfiii^Xr/^^  dpulcurqjLir 

«de  j€iy  e  y  Se  f^h .  pensée  qu'elles  ctoieni 
'jefdAv  e^  ,  &  j»ar  le^déplaiiir  d'êtrç^  fî- tô| 
j^rivée  de ^eur  vuiV    ; 


L- ILLUSTRE 

BAS  S  A- 

SECONDE   PARTIE. 

•       LITRE'  C IN QVIE'ME, 

L  ne  fut  pas  plutôt  jour  ^  quifa- 

belle  envuya  demander  la  fcr- 

miOIon  au  grand  Seigneur  d'al- 

vifiter  les  chères  amies ,  ce  qu'il 

•  nota  lui  refiifer  j  tant  it  avott  de  peur 

ïie'lui  déplaire.  Il  fe  repenti*'iic*«noiHS, 

'd'avoir  rai:  foitir  du  f ei'taO^^  Hipolite , 

ïophronie,  &Leonïde:  £c  craignît  que  ce 

Îiu'il  avoic  fait  pour  /on  repos  ,  ne  détrtii'- 
ic  fes  plaifirs  ;  car  il  étoit  vrai  que  ce  n'a- 
voit  pas  tant  été  la  bieniïance  ^Cs  chofes 
quil'y  avoient portée  cQmmela  «ainieclç 


Livre  Cikqj7î«*mï.  j8| 
ne  pouvoir  plus  parler  en  particulier  à  la 
Priiicellè  ,  fi  elles  demeuroicnc  auprès 
d'elle-  * 

Ifabelle  ayant  donc  obtenu  la  permiflîon 
qu'elle  demandoit  ,  alla  au  palais  d'Ibra- 
ihim  avec  autant  de  fnagnificence  que  6- 
^lle  eût  été  la  Sulfàne  Reine.  Horace  :, 
.Alphonfe  y  Leonide,  Sophronie  y  Se  Hiu- 
polite  y  la  reçurent  avec  une  extrême  ia- 
vtisfa,â:ion  :  die  fut  pourtant  encore  moin- 
dre que  celle  de  Doria  :  qui  ayant  lu  de  fa 
fcpur  que  Juftinian  étoit  ence  pays-là  , 
avoit  une  impatience,  fi  extraordinaire  de 
/avoir  par  quelle  avanture  il  y  étoit  reve- 
nu; qu'à  peine  lui  eut-il  fait  Ion  premier 
compliment ,  qu'il  la  conjura  de  le  lui  vou- 
Joir  apprendre,  ^tais  elle  qui  n'en  avoit  pas 
nipins  de  layoir.le^  fieni;e§3  &  Celles  dp 
fcs  amies  y  &  par  quel  hazard  ils  y  étoienC 
^rrive^î  lui  dit  qii'ilneleiauroit  point, 
qu'il  ne  lui  eut  appris  quelle  bonne  ou 
quelle  mauvaife  fortune  les  avoit  conduits 
'à  Conftantlnc^e.   Hi^poHte  &  koiiace 
.avouèrent  r^e.  c'était  la  inoindre.  chofie 
a^'tU  pouLv:oirot  kii  pay^r^pouj:  la  liberté 
•^'fille  Jbeux  aivoiiLdoiinéc.  Pour  Sophro*» 
jciti  ,elle  ne  confentit^qulà  regret  k  ce  tri- 
ilc  &  pïÊoyable  >recit::  prévoyant  biea 
iju'un  fi  iunefte  «difcours  lui  couteroit  en-» 
^fWX^  des  (laJtmes. ;;Jlui£;  voulut-ellie  dg^ 


1^4     l^ittvsrtLt    Bas  s  a! 
moins  que  ce  fut  Doria  qui  racontât  leurt 
malheurs  ^  lui  étant  impoflSbl e  de  le  faire. 
Doria  n'ayant  pas  accoutumé  de  refîfter  à 
5ophronie ,  fe  préparoit  àlui  obéïr  :  quand 
Horace  dit  à  fa  foêur  qu'il  feibitinjafte  cle 
l'obliger  à  ce  récit  i  à  caufè  du  nom  qu'il 
portoit.  Et  que  qùoi'Çué  ceux  qui  étaient 
mêlez  en  cette  avanture  ftill'ent  Ces  enn^ 
mis ,  ils  croient  toujours  Ces  parens.  Doria 
répondit  à  cela  en  (ourlant  que  les  amam 
jî'en  avoient  point  d'aatres  qwé  ceux  de 
"ieurs  maîtreflfcs  r  Mais  enffii  Alphonfefijt 
celui  qui  contenta  U  Curiofilc  à'ïfabelk. 
Auflî-tot  que  pour  faire  les  honneurs  da 
Palais  d'Ibrahim  ,  eUe  les  eut  fait  entret 
dans  /on  cabinet ,  &  qu'ils  s'y  furent  âffi^> 
'Alpbon  fe  prenant  la  parole,  &  s'addre^ 
ùntà  Ifabellc,  luipàîla  de  cette  forte»' 

Hifiwe  de  fcan  LoUis ,  Comte  de   • 

Lavagne»  '    ' 

Puis  que^os:  malheurs  &  vôtre  iofitude 
1WUS  ont  preique  Irendùë  étawigere^en  v^ 
tre  prbpre  pays:  &  que  vôtte  abfèaçe  vtx» 
^  depuis  em|>êcliéede  (avoir  toutes  nos  fa^*». 
^rtunes  ;  )e  vai^  cootenter  vôtse  curiD& 
•é>  &  vous. raconter  toute  cette  faiâoire  , 
comm e  /i  vous  n'étiez  pa^née  à  Gènes  r  8c 
i|ue:touC9si  les  j^czhmçs  ^@it .  j'ai  à  vous: 

jparlof 


Livrb    Cinqjjxb'me.     585 
parler  ,  vous  fuirent  inconnues.  Vous  n'a« 
vez  pourtant  pas  oublié,  àcequejepen- 
fe  y  que  la  famille  des  Fieiques  étant  une 
des  plus  nobles  &  des  plus  itiuAres  de  toute 
l'Italie  ,  comme  ayant  fourni  deux  Ibis  de 
Tête  à  toute  la  Chrétienté ,  donné  tant  de 
Cardinaux  à  Rome  \  &  tant--dc  grands 
hommes  à  l'Univers  ;  écoit  celle  auffi  que 
André  Doria  avoit  toujours  la  pi  us  redou- 
tée ,  depuis  cette  adion  qui  lui  fît  mériter 
4*avoir  une  ftatue  dans  G;ene,   Çeujc  qui, 
ne  jugent  point  des  intentions  paçljes  apa>^ 
rences  ,  (&par  les  evenemens, ne  veulent 
pas  que  les  dedeins  d'Adré  Doria  3  ajcnt 
tpùjours  été  aufli  defimerelTez  qu'ils  nous 
ont  paru  :  mais  enfin  ce  n'eft  pas  ici  le  lieu 
QÙ  je  dois  vous  dire  ce  que  le  Comte  .en. 
croyoit  :  &  pour  moi  qui  parle  toujours  Cm--' 
cerement  ,  je  tiens   que  Cts  intentions, 
ctoicnt  aulïi  belles  que  ion  entreprife. 

Mais  pour  venir  à  ce  que  je  dois  vous 
apprendre ,  &  pour  faire  que  la  dernière 
adion  du  Comte  ne  vous  fiirprçnnc  pas 
tant  ,  il  faut  que,  je., vous  diie  que  quoi 

Sïcn  apparence  il  itit,je,plus  doux  ,  le 
^\^i  civil  3  lepl^s  gal^aur,  l'elprit  le  plus , 
libre  &  le  plus  tranqùile,  qu'on  eut  jamais . 
vu  :'&  femblât  fe  clonner  çnticifement  à 
tous  les  exercices  d'un  rx9mme  de  la  con- 
dition 3  où  il  avoit  réiiili  admirablement  ; 
IL  Part.  KkK 


|B^(     E'  1  £  t  tr  $  T  nxr  B  A  s  s  a. 

il  avoît  pourtant  Pefprit  impérieux  ,  9c 
toujours  rempli  de  quelque  grand  deflèin» 
JL'ambitioji  &  le  defîr  de  la  gloire  j  ctoient 
ies  paifions  dominantes  ^  &  les  feules  cho* 
ies  pour  lefquellbs  il  faiibit  toutes  les  au* 
tires.  Son  éducation  n*avoît  pas  peu  fcrvi 
i  lui  donner  ces  fentimens  :  car  comme 
il  demeura  encore  affez  jeune  ^  fous  la 
Conduite  de  fa  mexc  qui  étoit  la  plus.am-^ 
Ëitieufe  femme  qui  fera  jamais  ;  elle  lui 
donna  une  partré  de  fcs  inclinations.  1} 
aroit  eu  pour   Gouverneur  un  nomme 
Panfa ,  de  la  main  de  Sihibalde  ion  pere^ 
cfont  les^mtrurs  ctoient  nobles ,  flirqm  Ta- 
Voît  inftriïît  en  toutes  les  belles  connoif- 
ilnces  ,  qu'une  pcifbnne  de  fa  condition 
j^ut  avoir.  Mais  cet  homme  étant  trop 
modéré  pour  éleVer  le  Comte  félon  les 
cfcffcînsdi?ia'mére,  elle  lui  en  donna  un 
autre,  iâns  chaflcr  pourtant  le  premier  j 
afin  que  fî  Tun  lui  appreuôrt  les  ficnces , 
l*autre  Itii  apprît  à  ne  s'en  ftrvir  que  pour 
arriver  au  faite  de  la  fbuveraine  grandeur. 
Ces  deux  hommes  étant  oppofez  en  toutes 
jchofes  ,  lui  ddnnoient  auffi  des  confeils 
tous  cotïttcitts.  Le  premier  lui  fai/bit  re- 
marquer dans  rhiftoire  R'omaine  ,    les 
belles  aâions  de  ceux  qui  s'étoient  expo* 
féz  pour  le  (alut  c'e  la  R  ej  ublique  :  &  l'au- 
tre lui  fai/bi  t  fou  vent  iife\a  conjuration  de 


LfVRE     CfiïCjUlE'ME.      j8> 

Catîiina ,  la  vie  de  Tibère  &  ecUê  de  Ne* 
rôh.  Néanmoins  comme  les  inclinations 
du  Comte  étoient  trop  vertueu/cs  pour 
aimer  les  crimes  ^  il  ne  fîiivoit  pas  les  avis 
de  celui-ci.  Mais  ibname  étant  au/Iitrop 
^mbitieufe  pour  entrer  dans  les  fentimens 
<4fc  Pànfa  y  ij  prenoit  un  troifiéme  cfcemin: 
&  n'aimoît  rien  tant  à  lire  que  la  vie  d'A- 
Jié3tandre&  de  Gefir,  principalement  de 
^e  dernier  :  &  U  avoit  coutume  de  dire  , 
^i*e  ctiyx,  qui  ta  voient  appelle  Tyran, 
avoient  éu  toitpui^  qau'onne  peut  l'être  en 
afTpitant  à  la  fouV'eraine  puiflance  pour  en 
bitentifcr  i  &  qu4cèux^ui  fe  ièntoient  ca- 
pables de  gouVetHerlespAipIes,  étoient 
rèfponfables  à  l*égardxlu  ciel,  de  laifTer  un 
tiàlefnÊ  inutile  ,  qui  pouyôitctre  avanti-^ 
g^ur  à  tout  le  monde. 
^Ces  dîfttours-ii'ëtôîéntcônfiderés  que  dé 
fi^er'eqiii  y  prénoit  un  plaiïîr  incroyable: 
irtais  enfin  lé  Comte  étant  arrivé  à  dix-fepc 
atis ,  vit  Leono^a  fœur  de  Jufes  Cibo,  & 
d^Horacé ,  en  une  àflemblééoù  Jatinetin 
Doria  neveu  &  fii\^ri  d'André  Doria  s'y 
trouva  auffi  bieft  qtie  lui,  VoUsr^efc  fans 
cfoute  tennarqué  que?  ^teùnoî^a!  ^  qubique 
doiice  &  civU'é,^àv#i^  |56irft'ant-ùne  fr^^^ 
deur  rtîîtjéilyéufe  i  «q^  feiftit voir dahs  fon 
|3brt,qu'îl  fàlloit  qU'elte  èftt quelque cho^ 
ie  de  gr^nd*  cnl'ame.  J[e-vou«  ^iscela  g 


/ 
/ 


y 


^SS         L'iLLtJSTKB     BaSSA. 

Madame ,  pour  vous  apprendre  en  fuîte  ji 
que  ce  fut  par  ce  charme  plutôt  que  par  fa 
beaucé  ,  qu'elle  commença  de  plaire  au 
Comte.   Il  la  regarda  &  Pobrerva  avec 
ibin  ,  &  ne  voyant  rien  en  toutes  î^%  ac- 
tions qui  ne  fut  tout  enfemble  ^  &  extrê- 
mement civil ,  &  un  peu  impérieux  ,  il 
commença  de  l'aimei:  :  &  d'autant  plusar- 
demment  ^  qu'il  favoitque  cette  alliance 
ne  lui  feroit  pas  defavantageufç  *,  foit  qu'il 
cherchât  la  Nobleile  de  la  race  y  ou  l'a- 
vantage des  richelfes  ;  parce  qu'étant  née 
d'une  première  femme  de  ion  père  y  elle 
ea  étoit  unique  héritière.    Mais  fi  Leo« 
nora  Rit  agréable  àpx  yeux  du  Comte  ^ 
X)n  peut  dire  qu'il  paryt  charmant  à  ceux 
de  Lconora  :  &  certes  il  faut  avoiier  queje 
ne  l'a  vois  jamais  vu  fi  aimd:)le  qu'en  cette 
aflcmblée  :  &  s'il  faut  dire  la  vérité ,  je 
n^e  crois  pas  qu'on  puiiTe  )amais  trouver  en 
une  (èule  per/bnne  ,  plus  de  grandes  qua^ 
\\it%  qu'il  en  avoit«    Et  pour  les  chofes 
agréables  ,  on  peut  afiurer  que  jamais 
homme  n'a  été  fi  propre  à  fe  faire  aimer. 
Sa  beauté  v-^  bonne  mine  >  fa  converfa- 
tion  y  ià  complaifance  3  ion  humeur  gaye 
&  enjouée ,  radrefle  qu'il  avoit  à  danfer , 
à  jolier  du  luth^  à  chanter,  à  monter  à  che- 
nal ,  &  à  toutes  les  chofes  qui  peuvent 
4jnner  quelque  agi:émeAt,,le  r^cndoieiit. 


Livre  Cinquie'mb,  jS^ 
iiicomparable^  Vous  pouvez  juger  après 
cela ,  fi  Leonora  qui  n'avoit  point  l'ame 
engagée  ailleurs  ^  put  refufèr  l'aiFeâion 
d'un  homme  s  en  qui  elle  trou  voit  tout  ce 
qu'elle  eût  pu  iouhaiter. 

Cette  afieâion  nailTante  lut  bien  tôt  fue 
de  tout  le  monde  ^  mais  principalement 
d'André  Doria  ,  qui  en  fut  averti  en  un 
tems ,  où  le  Comte  ne  favoit  pas  encore 
trop  bien  lui-même  s'ilaimoit  Leonora  : 
Car  ce  fut  le  jour  qU'il  commença  de  la 
confiderer  (ans  indinerence^  à  cette  afiem- 
blée  dont  je  vous  ai  déjà  parlé  ;»  &  où  Jan« 
netin  fe  trouva ,  qui  regardant  toujours  le 
Comte  comme  fon  compétiteur  j  s'en  étoic 
apperçu  y  Se  l'avoit  appris  à  fbn  oncle. 
Nous  avons  fu  depuis  3  qu'André  Doria 
n'apprit  p^ts  fi-^tot  les  defleins  du  Comte  , 
que  fe  mettant  à  rêver  profondément ,  il 
en  parut  trifte  &  inquiet  :  Se  qu'après  que 
ia  rêverie  eut  cède  >  il  commanda  à  Jan- 
netin  de  prendre  garde  aux  delFeins  du 
Comte  'y  car  lui  dit-il  en  hauflànt  la  voix  , 
il  eft  à  propos  d'obferver  à  ce  jeune  lion. 
Il  eft  entreprenant  Se  hardi  ;  &  fi  nous  lui 
laillbns  prendre  de  nouvelles  forces ,  par 
l'alliance  de  la  mai  (on  de  Cibo ,  &  par  la 
richeiFe  de  Leonora  3  il  fera  capable  de 
tout  entreprendre, 
Jannetin  écouta  ce  difcours  comme  în^ 


JJO        L'  Il  L0  $  t  I^  E    B  A  SS  A- 

tercfsé qu'il  étoit  ^  jk obéilFant  slux roîod' 
tez  d'Anduc  Doria  ^ii  pbfef  vc  le  Comte  & 
L'eenofa  ^  Scfe  (K)nâ!|nie«n4^opimon<|u'il 
àvoit  eue ,  &  par  fa'pjopi^e  éonnoiflaiice', 
&  par  les  nouvéUcs  àe  k  vilje*  Ne  <Io\>- 
tant  donc  plus  que  le  Comte  ne  fut  a^moiH 
reux  de  Leonçra^  il  en  avertit  ion  oncle  y 
qui  fans  différer  davantage^  lui  commaii* 
da  d'être  ifival  du  Comte  en  cette  recher- 
che. Ce  ne  feroit  pas  aflfefc  ,  dit-il  à  Jaft*- 
jietin  y  fi  nous  ne  faifiôns  qiïe  rompre'  le 
mariage  du  Comte  :  mais  âl  faut  {«rofitec 
de  ion  dommage  ,  Se  luî  ar#acher  les  ar^ 
mes  des  mains  pour  l'en  détruire  >  quanâ 
nous  nous  en  ierpns  rendus  maîtres.  Il 
faut  que  v6us[  cpoqiîte  Leoi^ra;  elieeft 
belle  ôc  aimable  ;  mais  quand  dtte  ne  fe^ 
Toit  que  noble  &  riche  ^  ce  fetoit  affiezpour 
vous  obliger  à  l'cpoi^feir.  Sôngez-y  donc 
J  annetin ,  vous  êtes  jeune  aufli-bicn  que  le 
Comte  5  vous  avez  de  l'eiprit  &  du  coeur, 
&quoi  que  peut-être  vous  n'ayez  pas  au^» 
tant  d'agrément  que  lui ,  vous  êtes  neveu 
d'André  Doria  ,  &  c'eft  tout  dire.  Songez 
donc  à  gagner,  le  cœur  de  Leonora,  aup^ 
ravant  qu'il  ibit  engagé  ;  mais  fur  tout  n'en 
venez  pas  à  la  violence  :  car  il  eft  impor- 
tant qiiele  fils  adoptif  de  celui  qui  a  remi« 
Il  liberté  à  Gènes  ,  ne  l'engage  point  à 
le  protéger  en  de  femWables  chofcs.  Jgin- 


hetin  qui  tencHC  toute  ià  fortune  d'Andié 
Doria  ^  8c  qui  le  reveroit  plus  que  s'il  eût 
été  /on  père  :  lui  promit  de  n'oublier  rien 
de  tmtt  ce  qui  feroit  en  ion  pouvoir  pour  le 
iati^aire^  comme  eneil^^  tout  ce  que 
les  foins  &  la  magQiâceiure  peuvent  con-^ 
trîbuer  à  la  galanterie }  parut  à  Gçnes  en 
ce  tems-là  :  &  fi  votre  mélancolie  ne  vous 
eût  pas  retenue  .alors  à  Monaco^  vims 
euffiez  avoiié  auâî  bien  que  nous  ^  qu'on 
ny  a  voit  jamais  rien  vu  deiembiable  : 
mais  comme  le  Çomre  n'a  jainais  pu  ce- 
ider  à  perfbnne  ^  il  ne  connut  pas  plutôt  le 
deiTein  de  Jannetin  3  qu'il  enchérit  par 
deflus  lui  par  fa  magnificence  &  fa  galan- 
terie. Ce  n^étoit  donc  plus  que  courfes  de 
bague^que  tournois^  que  ferenades,  biais  ôc 
feftins.  Se  en  toutes  ces  chofes  ^  fî  le  Com- 
te n'y  étoit  pas  plus  magnifique ,  il  y  écoît 
plus  entendu.  Ses  habiliemensétoient  plus 
galans  y  Tes  chevaux  plus  beaux,  fespar- 
Ifties  mieux  faites  3  les  ferenades  qu'il  don- 
noit^  mieux  concertées  ;  enfin  il  avoit  l'a- 
vantage en  contes  chofes.  £t  comme  il  ai- 
mon  effeâiv^ment  Leohora  y  tous  les  té- 
moignages qu'il  lui  en  donnoit ,  fai&ieac 
un  autre  effet  en  fbn  ame  que  les  proteftâM 
tioi^s  feintes  de  Jannetin  qui  ne  la  perfiia- . 
doient  point  du  tout. 
Ces  deux  rivaux  vivoient  sffez  civilt^ 

Kkk4 


S$i  •  L'î  I  LIT  smÈ  B  AS  s  À. 
ment  cnfemble ,  tanc  à  caufe  de  Tordre  que 
Jannetin  en  a  voit  reçu  ,  que  delà  pruden- 
ce de  Leonora ,  &  de  J'adrelTe  du  Comte 
qui  ne  fit  jamds  fembiant  de  s'apperce^ 
voir  des  delleins  de  ibn  riva]  :   quoi  que 
chacun  fit  de  ion  coté  tout  ce  qu'il  pouvoit 
pour  détruire  fbn  ennemi.  Mais  enfin  Ta- 
mour  &  la  fortune  celTerent  d'être  aveu- 
gles en  cette  occafion  ,  &  donnèrent  le 
prix  à  celui  qui  le  meritoit  le  mieux.  Le 
Comte  eut  la  permiUîon  de  Leonora  de  la 
•  demander  à  fçs  '  frères  ^  fous  la  conduite 
'.  deiqù^ls  elle  étoit  demeurée  après  la  mort 
de  la  mère  :  il  s'étoit  rendu  leur  ami  par- 
ticulier y  de  ibrte  qu'à  la  première  ouver- 
ture qtf  il  leur  en^  fît ,  ils  le  reçurent  avec 
une  joye  incroyable  ^  &  Tafliirerent ,  priû- 
cipalèment  Horace  qui  étoit  plus  ami  du 
Comte  que  Jules  ,  que  pourvu  que  leur 
ibeur  ne  s'opposât  point  à  fbn  contente- 
ment 3  il  étoit  certain  d'être  heureux.  Le 
Comte  qui  n'étoit  pas  moins  difcret  que 
-  pafïïonné ,  ne  voulut  pas.  leur  faire  çon- 
'  noître  qu'on  leur  demandoit  permiiffion 
-d'une  cnofe  refbluë  :  il  leur  dit  donc  feule- 
ment que  c*étoit  de  leur  bouche  qu'il  vou- 
loit  apprendre  la  volonté  de  Leonara  ,  & 
-recevoir  par  eux  fa  bonne  ou  fa  mauvaiie 
fortune.  Il  y  avoit  déjà  quelques  jours  que 
Jannetin  avoit  Tu  que  Leonpr^  favoriibit 


le  Comte  à  Ion  préjudice  :  &  ^uemênnle 
elle  avoit  refblu  de  n'en  époulcr  jamais 
d'autre.  Il  crut  qu'il  falloir  en  avertir  An- 
dré Doria  ,  qui  d'ailleurs  vint  à  favoir  de 
quelqu'un ,  à  qui  la  mère  du  Comte  l'avoit 
dit  y  qu'il  avoit  parlé  de  fbn  mariage  à  Ho- 
race qui  lui  avoit  répondu  favorablement: 
ce  que  voyant  André  Doria  y  il  dit  à  Jan- 
iietin  qu'il  falloir  conferver  par  addrefîe, 
l'amitié  de  celui  qu'on  n' avoit  pu  détruire 
par  force  :  qu'un  des  grands  effets  de  la 
prudence  étoit  lorsqu'on  lie  pouvoir  vain- 

^  cre  Ces  ennemis ,  de  les  contraindre  à  de- 
venir ^mis  :  &  ne  pouvant  autrement  les 

,  empêcher  de  nuire  ^  il  feut  >  pourfuivoit- 
il  ,  leur  arracher  les  mains  par  une  fauffe 
generofiré ,  principalement  lors  qu'on  a  en 
tête  un  illuftre  adver(aîre  comme  e(tle 
Comte.  Allez  donc,  Jannetin,  lui  dit-il, 
céder  une  viAoire  que  vous  ne  pouvez 
remporter  :  &  faifant  femblant  deVenir 
d'apprendre  qu'il*  a  des  vues  à  l'égard  de 
Leonora,  dites  lui ,  que  vous  prcferez  /on 
contentement  à  vôtre  amour ,  &  que  pour- 
vu qu'il  veiiille  être  vôtre  ami ,  vous  lui 
céderez  vôtre  maîtrelfe  avec  joye.  Mais 
faites  enfbrte  que  cela  puilfe  être  enten- 
du de  quelqu'un,  afin  que  le  Comte  fa- 
chant  que  le  monde  croira  qu'il  vous  a  de 
l'obligation  j  puiilè  aufli*par  la  confidera^ 


i94  Vihtv sr%Ji  ÈAtsÂ* 
tion  du  monde  ^  &  de  peur  d'être  blâmé  ^ 
vivre  à  l'avenir  avec  vous,  comme  s'il 
.éu>it  vôtre  ami^  |e  ne  douce  point, ^la- 
^dame,  que  vous  ne  trouviez  écrange>^ 
je  lâche  tantde  p^rticularitez  dts  difcours 
d'Andiré  Doria  j  mais  fâchez  ,  s'il  vous 
plaît  qu'un  ami  ae  fait  pas  fi  bien  et  qui 
le  paue  en  la  maifbn  de  &m  ami ,  que  les 
les  ennemis  puiflans  favent  pour  Tordi- 
naire  ce  qu'Us  projettent  le»  uns  comie 
les  autres  :  la  chofe  n'étoit  pourtant  pas 
égale  entre  le  Comte  ôc  André  Doria , 
étant  certain  que  ce  dernier  ne  fà voit  tien 
des  dellèins  du  Comte ,  quelque  liqLinqufil 
y  apportât  :  &  que  lui  au  contraire  ne  poa« 
Toit  lui  cacher  a^cun  des  fiens. 

Pour  revenir  à  Jannetin ,  il  h'cut  p^ 
plutôt  été  inftrait  par  ion  oncle,  qu'il  alla 
trouver  le  Comte  à  fon  palais ,  qm  atten'* 
doit  avec  beau  coup  d'impatience  ia  répon« 
fe  qu'Horace  lui  devoit  faire  :  car  c'écoic 
lui  qui  s'étoit  chargé  d^  la  lui  rendre ,  il 
quitta  ion  humeur  reveufe  pour  recevoir 
la  vifite  de  Jannetin  avec  ia  civilité  :  8c 
fuivant  l'ordre  d'André  Poria ,  trois  amis 
de  Jannçtin  arrivèrent  en  même-tems , 
pour  être  témoins  de  la  cotiveriadondeces 
deux  rivaux.  Après  les  premiers  compli' 
mens ,  Jannetin  dit  au  Comte  qu'il  venoit 
rMi  £euiemem  lui  xendre  une  vifite>  mais 


lui  rendre  les  armes  s  &  lui  demander  la 
grâce  d'être  un  des  captifs  de  ion  triom^ 
phe.  Je  ne  fais ,  répondit  le  Comte^  de  quel 
triomphe  vous  voulez  parler.  C*eft  un 
triomphe,  reprit  Jannetin,  ^ù  pourtro^ 
phée  d'armes  voui  aurez  toutes  les  ehaî^ 
fies  des  amans  de  l'incomparable  Leonora^ 
qoi  cônnoiifant  que  vous  âïutla  méritez^ 
vous  fuivront  fans  regret  &  fans  envie ,  du 
«loins  viens-îe  ici  po^  vous  aflurer  que  et 
ûmt  là  mes  letïtimens  :  &  que  Ci  j'eufle  £à 
que  vous  euffiez  eu  de  Pamour  pour  elk , 
j'eufle  plutôt  été  vôtre  confident  que  vô^ 
tre  riva!.  Je  ne  fuis  pourtant  pas  fâché 
d'avoir  eii  lieu  de  vous  témoigner  que 
irien  au  mondé  ne  m'eft  fi  cher  que  vôtre 
ômitié. 

Le  Comte  conniit  auffi-tôt  l'artifice  de 
Jannetin ,  maïs  il  ne  voulut  pas  lui  en  rien 
faire  paroître  :  au  contraire ,  il  lui  répon- 
dit avec  beaucoup  de  civilité  &  de  galan- 
terie. Je  penfbis  n'avoir  eu  à  vaincre  que 
les  rigueurs  de  ma  mattreHê  :  &  fi  j'eufle 
crû  avoir  un  auffi  redoutable  rival  que 
vous  ,  Je  n'auroîs  peu#-être  pas  entrepris 
de  la  fcrvir.  Mais  puifijue  vous  êtes  aflefe 
obligeant  po^r  vous  contenter  de  la  mt^ 
riter ,  fans  prétendre  à  <a  poflelEon  i)e  fuis 
ravi  defavoîr  que  vous  Payez  jugée  digne 
de  vôtre  eftime ,  &  d'apprendre  que  jiq^ 


59^  L'illustrU  Ba$$Â0 
n'aurai  j>lii^  ^ue  fa  crtiaucé  à  furmanter  ) 
pulique  il  vous  euiliez  continué  de  l'aimer 
.&  qu'elle  eut  é(;é)ufté»  j'aurois  tenu  ea 
jvôtre  tjfioittple  la  -plâc*  que  vous  dèmâa- 
xiez  au  mien  ,  &  queijehe  vpusr  accorde 
pas.:.  puij[que  celui  qui  cède  iine  viâoire^ 
ne  peut  dire  avoir  été  vaincu.  Jannetia 
écoutant  parler  le  Comte  de  cette  iorte^ 
crut  que  ion  artifice  avoit  réiîili  3  qu'il 
prenoit  jpour  un  témoignage  d'amitié  &  de 
franchile  3  ce  qui  n  étoit  -qu'uue  addrelfe 
de  ion  ciprit  «  Se  que  n'ayant  pu  le  vaincre 
en  amour  ^  il  l'auroit  du  moins  iitf  monté  ea 
finefTe  ,  6c  feroit  arrivé  à  la  fin  qu'il  s'étoic 
proposée.  Mais  l'esprit  du  Comte  étoit  trop 
claiç-vpyant  3  pour  être  deçà  (îaiîsémem: 
&  comme  la  tromperie  la  plus  adroite  cl 
relie  qui  pejtfuade  à  nos  enaçoiisi  qu'ils 
nous  ont  trompez  3  quoi  qu'en  effet  nous  me 
Je  ibyons  pas  :  le  Comte  dit  tant  de  chofes 
obligeantes  à  Jannetin  qu'il  ne  douta  point 
:du  tout  qu'il  n,'çût  abusé  fon  ennemi  :  & 

uc  dorénavant  il  ne  fe  tint  efFciSbivement 
on  obligé. 

Sur  ces  entJ^e-f^tes ,  Horace  fut  trou- 
ver le  Comte  3  &T'ayant  embraiTé  dès  l'a- 
bord en  le  nommant  ion  frère  3  il  l'airura 
;ab/blument  de  la  volonté  de  Leonora.  Mais 
pour  ne  m'arrêter  pas  i^  vous  dire  les  ré- 
joiliiTances  d'un  tems  dont  la  félicité  ell  â 


1S 


Livm  C liM QUI  e'a^e,  f97 
Soignée  de  celui  que  nous  avons  patle  de- 
puis ;  )e  vous  dirai  fetilemenc  qu'ep  peu 
de  jours  les  noces  du  .Comte  &  de  Leo<> 
nora fe  firent.  Vous  /tn  fûtes  conviée  ;  vous, 
ne  voulût^  point  quitter  vôtre  ibJitude  , 
pour  venir  voir  toutes  ks  magnificences 
de  cette  fête.  Janbctin  fut  le  plus  eiwpreC 
se  de  toute  la  ville  à  téinoigper  la  joyc 
qu'il  avoir  de  celle  .du  Comte  ^  qui  de- 
puis cela  le  fçrvit  enla  recherchç  de  celle 
qu'il  époufa  :  &  vécut  toujours  avec  lui  ^ 
comme  fi  c'eût  été  le  plus  cher  de  feifamis  , 
quoi  que  dans  ion  cœur  il  eut  des  ienti- 
mens  tous  contraires.  La  mère  du  Comte 
étoit  ravie  du  mariage  de  ion  fils  y  Lco- 
nora  en  étoit  trèsr.contente  ;  Jules  en  pa- 
iroillbit  facisfait  y  Hojace  s'en  eftimoic 
heureux  ,  &  Sophronie  en  avoic  d'autant 
plus  de  loye ,  qu'étant  en  un  âge  où  lesdi- 
vertiiTemens,  lainufique^  &  IcsafTem'? 
fclées  font  la  félicité;  de  la  vie ,  elle  trou- 
voit  toutes  ces  chofes  au  palais  du  Com- 
te où  elle  demeuroit  avec  fa  faur  depuis 
Con  mariagç  s  car  on  peut  dire  que  cette 
tmifon  écpitld  rer/aice  dç  tpgs  les  honnê- 
ties  gens  ,,  &:  de  to^$les  plaifirs,  ce  qui 
^i(oit  qge  le  Comte  étoic  aimé  de  tout  le 

^^    Cependant   Theureux  fuccez    de  ion 
aimourx.n'^  voit  pas  étoufFé  ion  ambition  ; 


3 jpS  Ir' I ex t^s T RE  B ir s é a; 
fttt  contraire  j  l'eftime  qu'il  ki&iîi  de  X^eo 
A^à  3  fèmbloit  l'avoir  augmentée  :  ic 
5o^hronie  nous  a  afluié  lui  avok  oui  di- 
te ptu^  d'une  foisque  fa  fortune  n'étoit  pa$ 
iiil^e  d'dlc  Cette  amegenerenfeii'auroît 
Mùtt^t  peut-^ie  jamais  écé  capable  de 
fa  reiS>hition  qu'elle  prit^  quoi  qu'elle  la 
crût  jufte^  fi  les  con&ilsr  db  crois  hom*' 
fifies  qui  ne  flattoient  icnv  ambition  ^  que 
jtaur  Tatisfàire  la  leur ,  ne  l'eud^nt  cob« 
'firme  eu  ce  defTein.  Et  certes  il  f^ut  avoiiei 
ique  jamais  on  n'a  entendu  parler  d'une  a^ 
tteiptiCé  Cl  hardie  en  un  i^g^.iî  peu  avam^é} 
Â'une  prudence  fi  extraordinaire^»  pour  la 
conduite  d'une  chofe  fi  daï^er^euiè  ^  Se 
d'un  bonheur  ^al  au  fien ,  fi  la  fi>rtuneii0 
l'eût  abandonné*  Mais  ^  Madame  3  poui 
v'ous  faire  avoiier  ceque  je  di^,  ilfeqtjque 
vous  fâchiez  qu'il  y  a  enviîxm  deusc  ain 
que  le  Comte  s^étant  t^uvé  m^l  durmit 
Quelques  jours  »  s'en  alk  comme- il  faillit 
afiez  fbuvent  dans  (ùA  cabinet >  où  fbii  àvSh 
bitieufe  mère  l'alla  trouver  pour  lui  ap-* 
prendre  qu'André  Doria  qui  avoit  adopté 
Janûetin  pour  fbn  fils  &  pour  /on  foccef* 
leur  3  il  y  avoit  dé/ateng-temss  l'a^voit  ettJ 
core  feit  fen  Lieutenant  ^«fis-l^^  charge 
qu'il  avoit  de  Generalifljme.  Et  toutceltfl 

ffourftfivit-elle,  tandis  qu'oîf  vous  î^Mq 
es  penfions  que  la- République  dpifncét  à 


tiVPLE    ClNCS:yifc*^E.      Jr$T^ 

Sinibaïde  vôtre  père  :  car  il  étoit  vuafque 
tant  qu'il  avoit  vécu  ,  le  S^nat  lui  avoit 
afiîgné  une  penfion  pour  marque  d'iioiv* 
jicur  qu'on  n'a  voit  pas  continuée  au  Cdm- 
te  ^  parce  ^u'il  avoit  été  foupçonné  par 
André  Doria  ennemi  desPrançois ,  àfèttc 
affeâionaé  à  cette  nation.  Gomme  6n  ef- 
fet,  je  lui  avoîs  fbuventoiii  dire  qu'il  ai** 
meroitmieux  fçirvir  en  France ,  querer 
giier  aiUetirs* 

Le  Comte  n'eut  pas  plâtot  entendu  ce 
qvit  fa  mère  luî  avoit  dit ,  qu'il  voulut'ré^' 
pondre-,  mais  cDe  en  Ten  empêchant  lai 
dit  brufduement  fonge  auparavant  que  de 
parler ,  1  ne  me  dire  rien  indigne  de  tci 
ni  de  moi  qui  t'ai  fait  naître  :  &  lâches  que^ 
je  te  defavoiiepour  mon  fils,  fi  tu  es  allez 
lâche  nour  te  contenter  de  ta  fortune  :  5^ 
pour  fou^ir  que  ceu:ç  qui  ne  te  devan- 
cent ni  en  naiflance  ni  en  mérite,  fe  met-^ 
tent  fùrle  trône  ,  &  te  laiiTent  parmi  It 
peuple.  Ce  difcours  picqua  le  grand  cœur 
au  Comte  qui  n'étoit  que  trop  fenfible  de 
ce  côté-là  ;  il  cachfi  pourtant  /on  ttffhn^ 
timent  en  Im-mèrtît ,   &  ne  dit  rien  à  fa 
mère ,  finon,  que  tout  ce  qu*il  lui  pouvoit  J 
promettre,  étoit  qu'il  fe  perdroit  abfolû- 
ment  ^  du  qu'il  perdroit  ceux  qui  Poppri-^ 
mou  fit  :  de  que  là  fuite  ou  la  fin  de  iâ  vie  * 
ne  lui  permefroient  f>gs  de  fe  pbindre  d^ 


.-^ 


400     L'  1 1 1  tr  s  T  a  E  B  a  s  s  A. 

lui.  Elle  le  quicca  après  cela  :  mais  pour 
le  confirmer  en  ce  cUngereux  deiïein^  elle 
avoit  confulcé  avec  ces  trois  ambitieux  j 
dont  )e  vous  ai  déjà  parlé ,  le  premier 
étoitle  fécond  Gouverneur  qu'elle  lui  avoic 
donné ,  appelle  Vincent  Calcàgne  ^  donc 
les  maximes  écoîent  contraires  à  celles  du 
g^nejreux  Panfa.  Le  fécond  s'appelloit  Ra- 
phaël Sàccp  y  Jurifconfuite  de  Savonne , 
homme  fin  &  adroit,  quilefervoit  dans 
la  conduite  de  toutes  fes  afikires.  Et  le  der* 
nier  fe  nommoit  Baptifte  Verrin  citoyen 
de  Gène ,  qui. demeurant  tout  proche  du 
palais  du  Comte  ,  s'ctoit  par  fes  ibuplclfes 
&  fon  e(prit ,  tellement  acquis  ion  amitié 
qu'il  écoit  de  tous  Ces  confeils ,  &  difpofoit 
prefque  absolument  de  tous  Ces  biens. 
:  Ce  fut  donc  par  le  moyen  de  ces  trois 
pernicieux  Confeillers  que  cette  ambi- 
tieufe  femme,  crut  porter  le  Comte  à 
j^endre  quelque  violente  reiblution.  Elle 
les  avoit  avertis  de  fe  tenir  prêts  pour  al- 
ler trouver  fon  fils ,  aulïï-tôt  qu*el!e  feroit 
Ibrtiede  fon  cabinet.  Comme  en  effet  elle 
HjÇ  fe  fut  pas  plutôt  rètirécque  les  i^ncon- 
tjrant  elle  leur  dit  ,  allez  mes  çhers  amis 
travailler  pour  vous ,  en  travaillant  pour 
le  Cpmte  :  mais  fbuvenç?- vous  fur  toutes 
*chofçs ,  dit-elle  à  Raphaël  Saccp,  de  ne 
M  rien  confeiUer  de  violent  que  vous  ne 

.puifEez 


Ll  V  R  E    ClNQUÎ  B*MB.        40I 

fuiffic2  prétexter  du  bien  public  3  de  l'é- 
quité &dela  gloire  :  car ,  pourfuivit-cUe, 
je  connois  le  Comte  ,  fi  vous  ne  lui  propo- 
sez que  fa  confèrvation  ,  {on  utilité  ^  l'a- 
vancement de  fa  fortune  ,  &  la  perte  de 
Tes  ennemis ,  vous  ne  le  vaincrez  jamais. 
Il  faut  piquer  (on  efprit  du  defir  de  l'hon- 
neur ,  ôc  le  tromper  adroitement  ^  pour 
l'empêcher  de  fruftrer  jk)s  eiperances.  Ils 
lui  promirent  alors  ce  qu'elle  fbuhaitoit  : 
&  trop  fidèles  en  cette  occafion  ^  ils  lui 
tinrent  la  parole  qu'ils  lui  avoient  donnée: 
du  moins  Raphaël  &  fiaptifte  1  car  poujr 
le  troifiéme ,  il  fit  par  timidité  ce  qu'un 
autre  auroit  fait  par  vertu.  Ils  entrèrent 
chez  le  Comte ,  6c  pour  ne  lui  donner  ai>* 
cun  ibupçon ,  ils  y  nirent  feparément.  Le 
premier  qui  y  entra  le  trouva  fort  rêveur: 
6c  fans  prendre  garde  à  lui ,  il  ne  laifla  pas 
de  fe  promener  fans  lui  rien  dire*  Unmo* 
ment  après  les  deux  autres  arrivèrent  , 
fàifant  femblant  de  ne  s'être  pas  vus  de 
tout  le  jour.  Le  Comte  cependant  ne  ie 
:dq|itant point  de  la  trahifon  qu'on  faifoità 
ia  vertu  5  voyant  les  trois  hommes  du  mon* 
4e ,  en  qui  il  fe  fioit  le  plus ,  venus  fortui- 
tement à  ce  qu'il  croyoit  auprès  de  lui ,  en 
un  tems  où  il  avoit  belbin  de  conleil  ;  ne 
put  s'empêcher  de  leur  en  témoigner  beau- 
coup de  joy e.  Quel  bo^  démon ,  leur  dit-ilji 

//.  Fanic.  .  Lll 


40I  L'ii  Lustre  Bas  sa 
vous  atn^ie  fi  à  propos  ^  pour  me  <livertil 
du  chagrin  que  j'ai  aujourd'hui  dans  Tcf- 
prit  ?  je  ne  fais  ,  répondît  finement  Bap- 
cifte ,  u  ma  vue  vous  eft  aereable  :  mais  je 
fais  bien  que  je  n'ai  rien  a'agréable  à  vous 
dire.  Nousfbmmes  dans  uri  fiécle,  reprit 
le  Jurifconfuke  ,où  les  gens  de  bi^n  n'ont 
pas  grand  fujet  de  Jôye  ,  voyant  tous  les 
jours  l'ambition  de  quelques-ims,  empor- 
ter infblemment  tout  ce  qui  devroit  être  la 
récompenfe  de  la  vertu.  Il  fe  trouvera 
peut 'être  quelqu'un  ,  pourifiuvîc  Bdptifte, 
qui  fera  changer  ks  cnofesr  Mais>  inter- 
rompit le  Comté,  â4drefl[ant  /a  parole i 
Verrin  ;  quelle  mauvaife  nouvelle  aver- 
^ous  à  me  dire  ?  Seigneur ,  rcpondit-il , 
elle  eft  plus  mauvaife  pour  la  Republique 
^ue  pour  vous  :  car  jnfin  vous  apprenarç 
<jue  Jannctîn  eft  encore  en  de  nouveaux 
-iK^nneùrs ,  c'eft  voi^s  dire  que  la  puillànce 
d*Andr^  Doria  paffera  en  fçs  mains ,  que 
fi  tyrannie  k  perpétuera  en  ta  per&nne 
de  (on  neveu  1 6c  que  nous  n'aurons  tamais 
le  bonheur  de  voir  la  vertu  où  elle  devroit 
être.  Il  eft  certain  ,  ajouta  Raphaël  Sac* 
co ,  que  té  fentiment  eft  celui  de  tous  lc5 
gens  de  bien  :  de  dans  le  malheur  du  iiéete> 
il  iemble  ,  dit-il  »  adreflant  A  parole  an 
Comte  3  que  tout  le  monde  tourne  les  yeux 
fiir  vous.  V^tre  iUuftre  Se  grande  naiP 


L  1  V  RE     G   1  NiQJtJ  I  E*AI  É.       40J 

iTance  y  accompagnée  de  tant  de  rare^gua- 
litez  qui  font  en  vôtre  perfbiine,  font  que 
tous  ceux  qui  ciment  le  bien  public  ^  de/î* 
f  eut  que  votre  fortune  fbit  auifi  grande 
:que  votre  cœur.  Et  en  mon  particulier  )e 
voudrois  voir  vôtre  venu  fur  tm  théâtre 
plus  élevé  que  celui  où  vous  êtes.  Mais 
vous  êtes[  ne  en  un  fiécle  Ci  m^iheàteux  ^ 
qu'il  fembleque  vousne  piifliez  a/pirer  à 
la  puifTance  de  Taire  du  bien  à  vos  citoyens: 
tant  il  eft  vrai  qu'André  Doria  &  Tanne- 
tin  Docia  ^  ious  le  noni  de  la  liberte|>ubli« 
que^  ont  iolidement  écablileor  ^iuancej 
ou  poux  mieux  dire  leur  tyrannie*  Et  de 
<ctte  iorte ,  on  peut  alfùrer  que  le  peuple 
ie  châtia  lui-même  de  l'aveugle  re(blu« 
tion  qui  le  porta  à  fècouër  le  joug  d'un 
mand  Se  excefleiit  Prince  3  pour  fe  laiflet 
impoièr  celui  de  ieux  ty mns  3  xpxi  Cttoùlt 
d'acutant  plus  druels  qu'Us  lotie  moins  aÇ^ 
codtumé  a  regixer .  Leur  ibible^èitant  ap^ 
puvée  de  la  puiâance  de  Cefar  3  Se  rendue 
iniolente  par  le  grand  nombre  de  vajllèaux: 
de  guette  que  nous  voyons  au  pon  ;  ils  ne 
iôimriront  ^mais  un  efprit  courageux  6c 
refblu.  Ils  croiront  la  haute  vertu  d'un 
homme  de  concUiîon  trop  danger eufe  k 
leur  fortune  nailTaâte  pour  l'endurer.  Ib 
fe  rertiroïKdei  eitres  ambitieux  3  de  Pères 
4^i^  f  atrkj  de  de  reftauiatears  de  la  li^ 


404  L'illustHS  Bassa. 
.  bercé  qu'on  a  donné  à  André  Doria  ^  poitf 
opprimer  les  plus  magnanimes.  De  iorce 
.qu'un  homme  de  vocre  courage  ,  fous  cet- 
ce  injufte  domination^  eft  plus  afTuré  des 
offenfes  que  de  la  vie  :  &  /i  jufqu'à  ce 
•jour  nous  n'avons  point  vu  de  iemolibles 
îchofes ,  c*eft  parce  que  la  puillànce  d'A»- 
drc  Doria ,  n'étoit  pas  encore  parvenue  à 
/a  iùprême  grandeur  :  Se  que  fa  modera- 
ition  a  en  quelque  forte  retenu  l'humeyr 
impetucufcde  Jannetin.  Vous  favez  com- 
bien il  eft  infidcntslors qu'il  /c  veira  en  écat 
de  pouvoir  tout  ce  qu'il  voudra ,  &  fuivi 
^es  ji^unes  gens  qui  le  xcvtxentk  cauie  de 
•fa  charge  3  quelles  chofes  ne  ierom  pas 
j^e/mifes  à  its  jcaprices  ?  Croyez -vous 
qu'un  e/pric  iafatiable  œmme  le  iîen  ,  fc 
ireftraigheaux  bornes  delarai(bn^C^oyez• 
y ouf  quei'envic;Qu la ibif de  dominer  >  irt 
x'it^ç  :  f^Ri  une  clpcrance  £  certaine ,  fc 
{HiilFç  ét^iiiidre  que;  pal:  le  iang  des  inno^ 
cetei  ÇxAycz-vDusque  content  delajwf- 
(knce  quie  la  fortune  8c  la  fitnplicité  de  nos 
citoyens  lui  om  donnée, il  yeûille  mourir 
avec  le  feul  riom  de  Jannecin-Doria  ?  Pqim 
WoijçQç  le  «pis  point.  Il  iiictend  la  roiuji; 
4'Ai>^?éy  qyi  ne  peut  être  qwç  feti  pioshei 
^ân.de  fuivre  toutes  fes  ijicli|iations«;Poiitr 
f  et  effet ,  étant  déjà  cnpoff$£t\Qn  dç  i'ef- 
jpf  K  <ies  nQWçs ,  H  y  a.nou«ià^a.t  Je  p  wplô 


ï.  I V  R  E   C I N  ^  r  e'm  e.     4ôf 

dans  Poiiiveté  &  dans  le  gain  du  commer- 
ce j  afin  que  cecce  moleile  diminuant  ion 
courage ,  il  n'ofe  lui  refifteriors  qu'il  en- 
treprendra quelque  choib  :  par  ce  moyen 
il  cache  un  deirein  parricide  ^  fous  le  Toile 
du  repos  ôc  de  la  tranquillité  publique. 
Mais  préfîippofons  que  la  divine  provi- 
dence ,  pour  conferver  cette  République, 
lui  ôtat  ce  dangereux  deilein  :  la  feule 
continuation  du  rang  où  il  eft  élevé  devroïc 
mettre  la  confuiîon  &  la  honte  dans  le 
cè^ur  de  tous  les  autres  citoyens  ^  dont 
lanaiffance  eft  illuftre.Par  quelle  raiibn  en 
une  province  libre ,  où  tant  de  peribnncs 
de  qualité  éminente ,  qui  ne  lui  cèdent  ni 
en  noblefleni  en  courage,  vivent- elles  en 
perfbnnes  privées;tandiîqu*avecla  magni- 
ficence d'un  Prince,  il  regarde  tous  les  au- 
tres comrtie  fcs  inférieurs ,  &  de  telle  fbr^ 
jte:qu*ils  fémblent  dépendre  abfclument  de 
^ui  ?  En  quelle  hiftoire  de  peuple  civilisés 
voit-on  quelque  choie  qui  Tauthorife  ?  Si 
jjufques  ici  vous  n'avez  pas  en  vôtre  par- 
ticulier éprouvé  ion  orgueil ,  ce  n'eftque 
parce. quel'occafion  ne  s'en  eft  pas  offerte: 
;yous  ne  iavez  que  trop  les  fenrinnens  qu'il 
•^  pour  vous.  Déformais  il  faudra  que  vous 
partagiez  les  miferes  publiques  :  oiiy  )e 
vous  prédit  a,vec  douleur  qu'on  vous  verri 
^^omn^e  Iç^s  aurrçs  ^  le  viuter  ^  l^acçompa* 


'4o6      L'iLi0STiLE  Bas  SA 
gner  3  le  fervir ,  &  lui  obéir  comme  a  va'» 
tre  £>uycraiQ  :  &  Jannecin  Doria  pourra 
dire  que  Jean  Loiiis  Comte  de  Lavagne^ 
&  Seigneur  de  tant  de  peuples  y  lui  fait  la 
cour  3  Te  révère  3  &  plie  lâchement  ibus 
ù,  domination.  O  combien  il  feroit  plus  à 
propos  3  que  réveiUaiit  votre  efprit  aux 
plaintes  d'un  peuple  oppreisé  ;  ôc  prenant 
ime  refblution  digne  de  vôtre  patrie^  de 
TÔtre  race^  de  vôtre,  vertu  ;  vous  déli" 
vrallîez  vos  citoyens  de  cette  infamie  auifi 
bien  que  vous  !  Mais  peut-être  qoe  les 
moyens  vousmanqueroient  pour  exécuter 
ce  delTein  :  au  contraire^  }amab  rien  ne 
futpluls  facile.  Si  vous  tournez  les  yeux  du 
côté  de  Rome ,  vous  y  trouverez  tout  le 
fecours  que  vous  en  (auriez  defirer.    Si 
TOUS  cherchez  de  la  proteâion  en  France 
fennemi  de  Doria  ne  peut  manquer  d^ 
en  rencontrer  une  puiiïànte.  A  Genes  le 
peuple  toujours  ennemi  de  la  tyrannie  ^ 
VOUS  fervira  d'épée  &  de  bouclier.  Jan* 
netin  ébloiîi  ou  plutôt  afibupi  de  fz  bonne 
fortune  3  tombera  de  lui-même  dans  les 
£lets  que  vous  lui  aurez  tendus.  Vos  Su- 
jets ôc  ceux  du  Duc  de  Plaifance  vous 
défendrcMit  de  ceu^  qui  oferont  s'oppofer 
à  vous.  Enfin  toutes  chofes  vous  invitent 
à  la  viâoire  :  il  ne  manque  que  vôtre  feu* 

Jk  volooté^  noa  pow  cç^W'f^  B^ 


fHQfiir  triompher.  Comme  André  Ooria  s'rft 
lervi  du  prétexte  de  la  liberté  pour  oppri- 
mer la  patrie  j  Tcrvez-vous  du  prétexte 
de  la  tyrannie  pour  d^ivrer  votre  pays  : 
Et  cofifiderez  qu'il  vous  eft  abfolument 
nécefTaire  de  commander  ou  de  fervir  ^ 
de  vous  rendre  redoutable  aux  autres  3  tia 
de  vivre  en  une  crainte  continnelle«  Pre^ 
nez  garde  que  le  ciel  vous  ayant  donné 
tout  ce  qu'on  peut  defircrpour  une  entre- 

{)rire  fi  glorieufe  ;  la  naiilance ,  le  cœur^ 
'eijprit  s  1^  conduite  ôc  les  moyens  de  vous 
en  fervir  utilement  ;  vous  ne  vous  rendieos 
digne  de  la  fervitude  qui  vous  eft  prépa<> 
rée ,  en  négligeant  une  ii  belle  occaiion  de 
l'éviter. 

Raphaël  Sacco  ne  pouvoît  pas  toucher 
l'efprit  du  Comte  en  une  partie  plijs /enfi- 
ble  :  &  cette  homme  né  pour  les  grandes 
<:hoies  ^  eut  un  extrême  plaifir  de  pou^ 
•voir  fe  perfuaderpar  les  rations  qu'on  lui 
avoit  dites ,  qu'il  pouvoit  tout  enfcmbie 
délivrer  fa  patrie  ^  vanger  {es  propres  io* 
jures  y  détruire  Tes  ennemis  ^  contenter  ion 
ambition  3  &  ne  rien  faire  contre  la  gloire. 
^Lâ  foye  qu*îl  en  eut  fit  qu'il  ouvrit  fou 
cœur  à  (es  confidens'i  il  leur  avoiia  que 
dès  fa  plus  tendre  jeunefTe  j  il  avoit  fenti 
en  lui  une  difpofition  à  entreprendre  ce 
qu'on  lui  avoit  proposé  :  qu'il  avoit  toûh: 


\4oS  L'  I  L I  u  $  T  H  s  B  A  s  s  A* 
jours  écé  ennemi  de  Jannctin^  quoi  qu'il 
eut  paru  le  contraire  :  que  ion  iniblence 
lui  étoic  inrupportable  :  qu*ay^nc  été  ion 
rival  en  amour ,  il  vouloir  l'être  en  ambi- 
:  tion  :  il  leur  coma  eniuice  ^  comme  André 
Doria  avoic  voulu  rompre  (on  mariage  : 
-&  pour  concluflon ,  leur  témoigna  ouvert 
temenc  qu'il  vouloit  faire  changer  l'ordre 
des  choies:  Se  demander  la  proteâion  de 
France  pour  cet  effet ,  comme  ayant  beau- 
coup d'inclination  pour  ce  Royaume. 

Vincent  Calcagnc  voyant  combien  ar- 
rdemment  le  Comte  fe  portoit  à  ce  deuein, 
'&  qu'il  enparloit  comme  d'une  chofe  qu'il 
y  avoit  long-tems  qu'il  avoit  refblue  :  fut 
contraint  de  céder  à  la  force  de  fbntempe« 
rament,qui  étoit  extrêmement  timide  i  & 
quoi  qu'il  eut  promis  à  la  mère  du  Comte  ^ 
'  tout  ce  qu'elle  avoit  voula;&  que  route  & 
vie  il  eût  donné  des  leçons  de  tyrannie  & 
d'ufurpation  à  celui   qu'il  avoit  élevé  ^ 
voyant  le  péril  Ci  proche  y  &  craignant  d'y 
être  enveloppé ,  &  de  perdre  toute  fa  for- 
tune en  perdant  le  Comte  qu'il  aimoit  chè- 
rement j  la  crainte  lui  fit  fuire  une  aâion 
de  vertu  :  &  pouffe  par  (on  zèle  &  par  Cx 
'frayeur ,  il  parla  au  Comte  à  peu  près  de 
i  cette  forte.  Si  vous  êtesauflî  fortement  re- 
'iblu  de  tenter  quelque  changement  aux  âf- 
'^fsdxcs  de  l'Etat  ^cçmme  vos  paroles  le  t^** 

moignçût  i 


Livre    C  i  n  qj^  t  t^M  e.     Ààf 

moignent  :  je  puis  plaindre  plutôt  nos  mal- 
heurs communs  ^  que  de  cirer  aucun  avan- 
tage de  vous  contredire.  Mais  fi  ma  bon- 
ne fortutje  fait  que  vôtre  prudence  donne 
3uclque  lieu  aux  fécondes  pensées  ,  qiii 
'ordinaire  font  les  plus  juftes  -,  vous  éprou- 
Tcrez  en  cette  occafion  l*ardeur&  la  fidé- 
lité que  j'ai  pour  vôtre  fervice ,  par  la  li- 
berté de  mon  difcours. 

Jufqu'ici  vous  avez  vécu  dans  une  féli- 
cité fi  confiante ,  qu*on  peut  dire  que  vous 
n'avezjamais  vu  la  fortune  irritée.  Et  ceja 
efi  caufe  que  vôtre  imagination  ne  vous 
prefente  que  des  objets  agréables  :  ce  qui 
fait  que  félon  la  coutume  des  heureux  , 
vous  ne  penfez  qu'à  des  vidboires ,  des 
fceptres  &  des  couronnes.  Mais  je  crains 
bien  que  ces  efperances  trompeufes  ne 
ibient  un  jour  détruites  par  quelque  func- 
fte  événement  qui  vous  fera  d'autant  pluli 
infupportable  que  moins  vous  raurezjpré- 
yû.  Vouloir  changer  quelque  chofe  au 
gouvernement  de  la  République  au  tem^ 
où  nous  fommes ,  eft  une  cntrcprife  fui  vie 
de  tant  de  diflScultez  ,  &  c'éft  s'expofér  k 
un  péril  fi  évident  que  je  ne  puis  forcer 
mon  eiprit  à  me  la  figurer  certaine  &  fa- 
cile ,  comme  on  vous  le  perfuade.  Car  en- 
fin ,  ou  vous  prétendez  hrous  férvir  des 
•étrangers, ou  vous *vez  iûtejlîgence  avec 

Il.Pan^  M  avva 


.ç"^ 


;^ip     .  L*  1 1 L  u  s  T  H  B  Bas  SA. 

noî  citoyens  :  des  premiers  ,  )e  n'y  Tois 
nulle  apparence.  Mais  quand  il  feroit  po/- 
iible,  du  moins  ne  pourrok-on  pas  conduire 
Ja  cliofe  (î  promprement  ni  fi  fecrétement 
que  la  vi  le  ,  Doria ,  ou  l'Empereur  n'en 
puiîent  avoir  quelque  connoillknce.  L'Ica- 
iie  pour  vôtre  di/grace  eft  awjourd'iiuy  €n 
un  trouble  fi  grand  »  que  tout  le  iTK>nde  a 
les  yeux  ouverts  (ur  Jes  affaires  de  fcsyd" 
fins  :&  Gènes  meme^  à  caufe  de  fà  iîtua- 
cioa  au  ix>rd  de  la  mer  ,  eft  gardée  comme 
la  clef  de  cet  Etat.  Celui  <k  Milan  quia 
û  long-tems  fervi  de  proy  é  &  de  champ  de 
bauille  à  la  fortune  des  aïmées  Impéria- 
les ou  Françoife^ ,  lait  que  Cefar  regarde 
Gènes  comme  l'anime  défenfe  Se  le  /èal 
rempart  qui  couvreik^ifl^nce  en  Italie. 
J)oria  ^rt  encore  l'£mpere«tr  av^ec  viii^t 
jalere^ ,  8c  beaucoup  juuipar  la  Wenvcil- 
iance  des  citoyens  qui  fe  ^r oyent  fes  obli- 
gez. Outiîe  xela  ,  ïo»t€  la  côte  de  la  ri- 
vière de  Gènes ,  priiKipal^ïent  du  côté 
'du  Levant ,  eft  abiôlilmènt  à  fa  dévotion.. 
X^  ville ;encore  toute  trouWée  de  la  tyran- 
nie du  Doc  de  Milan  &«da\gouy=emement 
de  France ,  detefte  le.fettl  tiom  de  domina- 
tion étrangère.  Vous  pouv  ea&tloQv:  bien  avec 
peu  de  forcée  »<lécouv^  YÔtreintenrion, 
mais  non  |>a5  a^riv^ï  à  votre  £q  :  ce  qui 
•eft  d'autant:  fim  âiphieiax^bn  Jie  ^vigCifst 


tyorablement  dés  cntreprifes  de  cette  for- 
te y  que  par  les  événemens  heureux  ;  6c 
c*eft  ce  que  je  ne  vois  pas  que  vous  puif- 
iîez  obtenir.  Car  de  quel  côté  e/perez- 
vous  de  grandes  troupes  ?  Le  Roi  de  Fran» 
ce  à  la  proteâion  de  qui  vous  vous  fiez  , 
n'eft  pas  iî  peu  occupé  pour  les  prétentions 
qu'il  a  furie  royaume  de  Napk.s  &  fur  Iç 
duché  de  Milan  j  que  quand  même  il  vou-  ' 
droit  de  nouveau  remuer  en  Italie  ^  il  vînc 
vous  fecourir  avec  toutes  Ces  forces  qui 
font  employées  pour  la  sûreté  de  Ces  âxmr 
ûeres.  Mais  quand  lui^u  quelque  autre 
prince  Peûtrepr endroit  ,   pouvez -vou^ 
jçroire  que  l'Empereur  qui  pour  ion  intérêt 
prend  celui  de  Gènes ,  ne  s'op|osât  pas 
avec  des  forces  iî  non  plus  grandes  au 
inoins  égales  à  celles  qpe  vp*^  ^ricz^fâit 
agir  ?  Et  cela  étante  vous  v-^ttcz  vmiçi^j 
^cins  mal  affermis^  puis  Qu'ils, 4éper)4tpÀt 
encore  de  Ja  perte  ou  du  gai^  4'une,batiaft 
le^  dontrévenement  eu  toujours  dQuteu;i(^ 
Alais  de  quelque  côte  que  f^  range  la  vic- 
toire ^  ce  fera  toujours  à  voQS^Tuivrje.lei 
voloncez.du  vainqu^r  :  i>e  vous den^s^il*- 
rant  rien  de  cej^tainque  la  hQi(ice.d!avoir 
oté  Ulib^té  à  vôt^e  .patrie  ,  po\xt  la  fcM^ 
pnettce  à  rétrangi^.  ^QupB,  vpus  tourrie^ 
les  ywx  vers  uû  (&cpw;s,|^^ ,f  ro<:;iie ^  ^co 


4il       L'illustre  Bassa. 
iie  connois  point  l'humeur  &  les  inclina* 
rions  des  Génois ,  où  vos  cfper^jiccs  ont 
un  fondement  bien  m^l  aflîiré.  Oices^md 
de  grâce ,  de  quelles  pr ofeilions  de  nos  ci- 
toyens attendez-vous  d'être  fecouru  ?  Sera- 
ce  des  nobles ,  à  qui  André  Doria  a  mis  la 
puiflance  &  le  gouvernement  eh  main  ^ 
&  qui  lui-étant  obligez  de  l'autorité  qu'ils 
ont ,  vivent  en  une  tranquillité  heureufe 
&  honorable  :  de  forte  que  ne  pouvant  ar- 
river nul  changement  qui  ne  leur  foi t  dé/1- 
vantageux,  comment  voulez-vous  qu^iJs 
vous  aident  en  une  entreprife  qui  leslren^ 
droit  plus  malheureux  qu'ils  ne  furent  ja- 
mais ?  Peut-être  que  par  une  fimple  com- 
{>laifance  à  votre  volonté  ^  ils  oublieront 
eur  patrie, leur  liberté,  leur  fortune, 
leurs  femmi^  &  leurs  cnfans  f  Peut-être 
qu'ils  préféreront  vôtre  amitié  à  la  prote- 
ûion  de  Dçria qu'ils  révèrent  comme  lei^r 
père  commun  ?  Non ,  non  ,  de/àbufez- 
vous  de  cette  erreur.  Et  croyez  encore 
que  le  peuple  ne  vous  fera  pas  plus  favora- 
ble :  puisqu'il  e/l  vrai  que  plus  il  porte  de 
haine  aux  nobles  ,  &  moins  il  fe  fiera  à 
vous  :  qui  étant  le  plus  illuftre  d^entr'eux^ 
ne  lui  perfuaderez  pas  fort  aisément  que 
vous  ayez  deflfèin  de  leur  nuire.    Quan^ 
même  que^ues-uns  le  pourrdent  croire  ^ 
Içs  principaux .  des  fàmtUes  populaires  aè 


u.  r»  i 


tlVRE     CiNQUIB'MB.        41^ 

côtlfenciioient  jamais  que  leur  fàlut  vint 
de  vôtre  main.  Car  /i  vous  prétendez  ufur« 
per  l'Empire  de  la  République^ quelle 
aâ:ion  peut  être  plus  éloignée  de  mériter 
la  bienveillance  du  peuple  ?  Mais  peutX 
être  direz-vous  que  vous  voulez  rétablir 
la  première  forme  d» gouvernement  chan^ 
gée  par  la  violence  de  Doria  ,  où  Pàuto- 
rite  populaire  failbit  toutes  chofes  :  &  que 
par  cette  déclaration  vous  croyez  que  la 
inultitude  fe  fbûlevera  à  vôtre  avantage. 
f^our  moi  )e  ne  fuis  pas  de  contraire  avis  : 
&  crois  aufl^-bienquevous^  que  ceux  qui 
font  mal  fatîsfaits,  embrafleront  avecjoyc 
uneoccaiîon  de  renouveller  leurs  ancica- 
;iiés  tragédies  :  &  d'autant  plus  ardemment 
"qu'ils  en  auront  toute  l'utilité  :  ne  demeu^ 
jrant  pour  vous*  que  la  honte  &  l'infamie. 
Car  de  vous  imaginer  que  les  Fregofes  & 
les  Âdornes  qui  depuis  tant  d'années  corn- 
l)attent  les  uns  contre  les  autres  ^  pour  ac- 
quérir le  premier  rang  en  radminiftration 
des  affaires,  veiiillentle  cederàuh  Jionv- 
me  de  vôtre  nai/Tance  ,  c'eft  une  choCè 
u'onne  fauroit  croire  fans  choquer  la  rai-^ 
on.  Ils  loiieront  peut-être  vôtre  témérité, 
&  la  nommeront  valeur  5  ils  fuivront  vos 
drapeaux ,  comme  ceux  de  leur  libérateur} 
ils  fe  réjoiiiront  de  voir  les  nobles  mis  à  la, 
chaîne  de  la  mala  d'un  noble ,  les  entrail* 

M  m  m  3 


?, 


41*4        L'i  LidSTRB  Fassa. 
les  de  k  patrie  déchirées  paf  vous ,  leur 
tyrannie  etabMc  pai  vôtre  fetite  }  mais  il 
tiendta  un  teitts  oit  fe  déciiargèaïK  entie- 
f  emerre  ie  la  sédition  que  tous  aurez  cau^ 
sée  y  le  peuple  Icuf  donnera  la  récompenfe 
de  vos  travaux  >  la  gîoire  de  vôtre  cmre- 
prile,  &  le  rrioitiplie  de  vos  eembats.  En 
quels  tetm  es  tous  trouverez-vous  ?  De 
quel  côté  vous  pourrez- vous  tourner  fans 
honte  ?  Deteftédes  ifiobles  que  vous  aurez 
trahis ,  méprisé  éi  penple  qtfï  fe  Risque- 
ra des  iTK^ens'qui  aoront  causé  itto  milité 
&  vôtre  ruine  5  aboarinaWeà  î^a  patrie  , 
comme  lui  ayafttravria  liberté;  ennemi 
^  Cefar  comme  proteébeurde  taRcpa- 
bîrque  ;  fufpeiSt  au  Roi  deFrarteequide* 
fooit  avoir  un  pouvoir  ahfokt  à  Gertes  ;  & 
en  haine  à  tout  fe  monde  qui  naturéfle^ 
ment  &  raifonnaMeméut  rfeccfte  ks  tra* 
hîfens.  Enfm  ^e  fuis  forcé  de  voiw  le  <ïre; 
&  il  eft  néceflaire  que  von»  f  entendiez  î 
f  extrcnie  amour  que  je  vons  porte  me  le 
permet,  &  ma  fidélité  me  l'ordonne;   Je 
crains ,  di&je,  &  plaife  à  Dieu  que  ma 
crainte  foit  vaine,  qneces  pensées  de  trou- 
bles &  d'inquiétudes  ,  ne  forent  des  prc- 
fentimens  de  vôtre  mauvaife  fortune  ,  qui 
peut-être  a  déjà  rcfolu  la  perte  de  vos  Eut% 
de  vôtre  vie  &  de  vôtre  réputation.  Vous 
iavezque  Jannctin  Doria  vous  regarde 


avec  un<Éil  (t'envie:  &  vous  vous  êtes  fbu- 
:^^ettt  plaint  à  moi  des.  trahifons  qu*il  vou- 
lôit  vous  faire.  Pourquoi  donc  lui  voulez 
votîs  fearhîr  des  armes  pour  vous  détruî-f 
rç  >  Arec  quelle  avidité  &  <jueRe  jjoyç 
cmbraflrcfa-t*il  i\!>ccafion  de  fe  vanger  ie 
vousa  &  de  contenter  la  haine  particufierc 
q'i'il  a  pour  v&rc  personne  ,  Tous  le  pré- 
texte du  bien  pnbKc  ?  Il  fc  réjoiiira  en  Ion 
coeur  de  cette  refoImioiî>  &  dç  cet  exce^ 
de  çdarage  qui  vcras  predpitç  :  &:|renaîit 
les  arnrcsocïverirement  contte  vous  avec 
tous  les  paitîfans  de  fa  fortune ,  de  cjucBes 
raiioQS  ne)i|ftifiera-t*ilpas  fes  violences  ?| 
Vous  fere2  ie  Catilina  oc  Gènes  ^  avecdcs 
i^f  roches  fi  }tifte$,  &  un  manifcfte  fi  plau- 
fihlc  3  qui  fcra-ce  d*enrre  le  peupfc  ou 
d'entre  les  nobles ,  des  citoyeus  ou  des 
étrangers,  dçs  pçffonnes  privées  ou  àçs 
Prmccs ,  qoî  ne  s^^tmç  pour  vous  exter- 
miner ?  J*ai  horreur ,  non  feulement  de  le 
cîîre  mais  <f y  pcnfer  j  il  fer;^  abfblumenc 
impofEbJe  qnç  vouç  ne  reftiez  accablé  fous 
I*efïbrt  de  tant  d'ennemis  conjurez  pour  la 
perte  de  vôtre  vie.  Vos  Etacs  feront  con- 
fifquez  comme  les  biens  d'un  traître  ,  vô* 
tre  mémoire  firfa  funefte  Se  deshonorée 
dans  les  anales  de  Gènes  ;  &  Jannetin  re- 
connu pour  fécond  libérateur  de  la  pmrie, 
&  rcftaurateur  de  la  liberté  /  bâtira  Ùl 

M  m  m  4 


4^6  LVlILUSTRE     BaS€A«' 

gloire  fur  les  ruines  de  la  vôtre.    Nous  *| 
verrons  peut-ctre  que^  la  gratitude  de» 
Génois  élèvera  une  ftatuc  à  Jannecin  qu'on 

f lacera  proche  de  celle  d'André  :  en  Hn- 
cription  de  laquelle  on  verra  gravé  le  nom 
de  f^an  Loiiis  Comte  de  Lavagne  »   em.emi 
ftêhlie  ,  domfî/  par  farmetm  Daria  ^  hien- 
faiSietirde  lafatrie.  Et  de  grâce  ne  vous 
laidèz  point  emporter  par  l'impetuofité  de 
Tâge  &  delà  colejre,  à  un  péril  fi  évident» 
Que  la  pitié  de  vous-même ,  de  vôtre  fa- 
mille ,  &  de  vos  Sujets  vous  arrête.  Sou^ 
venez-vous  de  ce  que  vous  devez  à  vôtre, 
naillance  ,  à  vôtre  réputation ,  à  vôtre  pa- 
trie^ &à  Dieu  :  ayez  compaflion  des  mal* 
lieurs  de  vôtre  famille^  délivrez  i'efprit  de 
ceux  qui  vous  aiment  d'une  crainte  fi  ju- 
fte  ;  fbngez  que  vôtre  jeunefle  accompi- 
gnée  de  tant  de  vertus,  &  de  tant  de  va- 
leiir,  ne  doit  pas  être  fi  précipitamment 
jettée  entre  les  mains  delà  fortune-  Joiiif- 
fez/joiiiiïèzdes  biens  que  vos  prédecefleuri^ 
vous  ont  laiflez  en  fi  grande  abondance  : 
&  Ibuvenez-vous^pour  éteindre  vôtre  am- 
bition que  vous  êtes  en  un  rang  fi  confidc- 
raWe ,  de  quelque  façon  qu'on  vous  regar- 
de y  que  vous  pouvez  être  envié  mtmt  de 
Ja^nnetîn. 
Ces  paroles  ne  purent  être  entendues 
^u  Comte  fans  émotion  :  &  voyant  fondcf- 


1.1  VRH  €iN<5niB*ifct.  4^7 
Tein  combattu  par  de  fi  puiflàntes  raiibns  j 
&  par  un  homme  don^  il  connoiilbit  l'afFe- 
âion  3  il  en  parut  inquiet  &  incertain  :  ce 
que  Baptiftc'Vcrrin  ayant  aufli-tot  remar- 
qué y  il  confidera  que  s'il  donnoit  tems  à  la 
Taifbp  du  Comte  de  fe  fortifier  au  bien  ;• 
toute  remreprife  feroit  encore  en  doute» 
Il  commença  donc  avecune  malice  &  une 
adrelle  incomparable  à  combattre  d'abord 
par  la  douceur  ks  difcours  dé  Vincent , 
comme  vous  l'allez  entendre  ;  &  comme 
)e  l'ai  appris  de  ce  même  Vincent*,  qui 
depuis  îjpùs  raconta  toutes  ce^  chofes  à 
Albcngue,  voici  doâc  la  façon  dont  il  s'y 
prit.  Plût  à  Dieu,  dit-il,  que  les  affaires' 
de  la  Republique  fudent  conduites  à  tel 
point  que  tous  no3  citoyens  pufTent  joiiir  de 
ijeurs  biiens  avec  tranquiilitc.  Je  ne  feroisf 
pas  aujourd'huy  dans  la  necefuté  de  vous 
fbuhaiter  un  état  plus  heureux  ;  puis  que 
comme  l*a  remarqué  Vincent  Calcagne  ^ 
CcÂt  pour  les  rîchefTes ,  pour  la  grandeur 
des  Eçats- ,  ou  pour  Tilluftre  naillance ,-  il 
n'y  a  perfbnne  a  Gènes  qui  vous  puifle  éga- 
ler. Et  )e  n'ignore  pas  aufïi  que  l'homme 
iige  ne  doit  jamais  tenter  la  fortune  du- 
rant une  extrême  félicité ,  puifqu'elle  ne 
peut  changer  alors  qu'à  fbn  dé(avantage. 
Mais  le  deftin  ennemi  de  vôtre  bien  a  de 
telle  Ibrte  embarrafTé  l'état  de  la  Repu- 


4tS         L*I  lltTSTUt  B  AlSAr 

hlique  ,  que  vous  êtes  forcé  àç  cerner qm!" 
quecboteds  grandoude  périr.  Jannetût 
0oria  qui  depuis  case  de  cems  regarde 
PEmpîre  de  Gènes  comme  le  terme  cfeies; 
ctefirs  Si  de  Con  atmbkion  >  ne  vous  peut 
ibuf&ir  :  âc  iî  vous  ne  voyez  pas  fur  ion 
front  &  dans  fes  yeux  des  marques  de  f  ex* 
tiême  haine  qw'il  a  pour  vous  ;  fî  par  fcs 
adnons  vous  ne  découvrez  point  l'excès  de 
ton  orgiieil ,  &  le  mépris  qu'il  fait  de  vôtre 
vertu  :  que  les  galères  que  vous  avez: 
achectes  contre  fbn  gré ,  vous  en  rendent 
un  téfl»oignaf^e ,  Se  vous  perlùa4ent  que 
l'ambition  a  les  )atoufies  aiuË-bien  que  ha« 
mour  :  Se  que  Jannetin  vous  regardant 
comme  fbn  rÎTaJ,  vôtre  perte  eft  onde 
fts  plusardansdefirs.  Soninibtencele  poi^ 
te  à  vouloir  être  maître  abfolu  de  la  mer  j^ 
êc  il  ne  veut  pas  que  per&mie  ofb  troubler 
si  divifer  fa  puiuance.  Comment  voulez- 
vous  donc  qu'il  puifle  vous  endurer  pour 
compétiteur  au  gouvernement  de  la  cno(e 
publique  >  pui(quela)aloti(ie  ou  ^envie  de 
régner ,  n'épargne  ni  Ic.fang'des  fireres  > 
ni  celui  des  enl^ms  ,  ni  mêmes  celui  des 
pères  ?  Une  inclination  méchante  Ôc  une 
humeur  opiniâtre  comme  celle  de  Janne- 
tin ,  ne  peut  être  changée  que  par  h  vio- 
lence. Il  faut  donc  en  l'état  où  font  les 
choies^  que  vous  vous  retiriez  de  Gènes 


Livre  CiNquiE*ME.  419 
^ont^ufemenc  ^  &  lui  abandonnant  vos  ga<f 
leres  3  que  vous  le  déclariez  viâorieux  en 
k  laiirant  maîue  du  champ  de  bataille  ; 
eu  <jue  vous  reveilliez  en  vous  cet  eiprit 
&  ce  courage  qui  le  dcit  ftirmonter.  Que 
û  toutesfojj  vous  êtes  reiblu  d'éviter  ce 
péril  avec  infamie,  &  de  conferver  vôtre 
vie  comme  l'ayant  reçue  par  grâce  des 
mains  de  vôtre  enaemi ,  je  ne  m'y  oppofe 
plus^,  quoique  ce  foîr  le  plus  déplorable 
état  3  où  même  la  haine  de  Jannetin  vous 
puiffe  délirer.  Mais  G  vôtre  vertu  ne  trom- 
pe mes  efp^rai!u:es ,  en  me  faifant  attendre 
de  vous  quelque  chofe  de  plus  grand  &  de 
plus  généreux ,  ie  verrai  ce  téméraire 
îùrmoQtépar  vôtre  valeur,  &  fou  orgueil 
entièrement  ibumis?  à  vôtre  coutage.  C'efl 
4onc  à  vous  à  tenlef  une  entreprife  ii  glo« 
jrieufe ,  que  Jannetisi  même  vous  en  porte 
envie.  La  Ibrtune  a  mis  entre  vous  deux 
tout  l'Empire  de  la  Ligurie  \  Se  l'un  ne  faiH 
toit  vaincre  l'amre  pour  monter  au  trônej». 
^u'en  fai(ànt  patfer  le  char  de  fon  triom-^ 
phe  fur  le  corps  de  fon  ennemi.  Celui-là 
leul  fe peut  mieux  aiTurerla  viâoirequî 
pourra  le  premier  prévenir  adroitement 
Ion  adverfaire  ,  en  lui  ôtant  les  moyens  dé 
le  devancer.  Ce  vous  eft  une  commun^, 
neceflîté  à  tous  deux  ,  que  de  penfer  cha- 
cun à  votre  confervatioii:  Se  celui  fera  U^ 


<Si^ 


4là         L' ILLUSTRÉ    BASSX; 

plus  fage  ,  qui  par  la  diligence  <l*uiirf 
prompte  exécution,  femocquera  delapa^ 
reffc  de  Ces  ennemis,  en  les  opprimant  Cslus 
téfiftance.  Enfin  préparez*vous  à  attaquci^ 
ou  à  être  attaqué^  à  df eilèr  des  embûches 
à  vos  ennemis ,  ou  à  tomber  dan^  les  pièges 
qu'ils  vous  ont  tendus  5  à  hs  faire  mouriîy 
ou  à  ibuflfrirla  mort.  Peut-être  que  ces  pa^ 
rôles  femblcront  trop  rudes  au  prudent 
Calcagne  :  mais  la  néceflité  qui  dans  les 
affaires  ks  plus  defefperées^  augmentej^ 
Valeur  &  le  courage  ,  fert  encore  à  jufti- 
fier  les  aâiions  les  plus  violentes  y  quamt 
la  caufc  en  eft  jufte  :  &  on  peut  en  ces  oc-' 
cafions  la  nommer  le  bouclier  de  l'inno- 
cence. Qa'on  accufe  de  cette  entrepri/V 
k  témérité  de  Jaflnrtî/ï,  la  lâcheté  des 
Génois^  Se  f  in)ufticede  la  fortune  qui  vou^ 
^a  forcé  à  <fef  ftialheur  fnévîtable.  Vous  ne 
faites  injure  à  perfbnne ,  quand  vous  vous 
défendez  vous-même  :  &  vous  fuirez  feu- 
lement les  loix  ordinaires  de  la  natfure. 
Oefl  prudence  que  de  pouvoir  âivenh  lut 
la  tête  de  nôtre  ennemi ,  la  tempête  qui 
nous  devoit  accabler.  Et  fî  cela  ne  fe  peut 
làire  fans  quelque  apparence  de  mal  ^  la 
faute  n'en  fera  pas  à  vous  mais  au  deftin  : 
^ui  ne  vous  laîllè  autre  moyen  de  ccnfer*- 
vet  vôtre  vie  que  par  la  nrort  de  vôtre  ad- 
irerfairesScquine  veut  pas  que  vôtre  vertu 


•Livre  Cikquie*mb.  4it 
Ht  puifle  défendre  que  par  le  crime.  Mais 
que  dis-je  crimeîCette  parole  eft  à  vous,  a 
trop  fage  Vincent  ;  vous  l'avez  fans  douce 
apprife  à  l'ccolç  du  vulgaire  qui  ne  fait  pas 
là  politique  des  cpjiquejans  y  avec  de  fém- 
blables  ternies  ^  on  parle  des  adions  des 

Sérfonnes  privées  ^  mais  non  pas  de  celles 
es  Grands.  Et  fi  v^tre  rcgje  étoit  vraye',^ 
on  pourrpit  dire  qjie  tous  le?  Empires  fe- 
tpient  des  larcins  :  puiiqu'il  n'y  en  a  point 
qui  ne  fi)ient  établis  par  ce  droit  paturel^ 
que  le  fort  impofe  au  fbible.  La  nature  fit 
nSître  tous  les  hommes  avec  une  égalité  de 
toutes  chofes  ;  $c  laiila  toutefois  à  la  vertu 
le  pouvoir  d'élever  ceux  qui  la  poflfedent  ^ 
à  la  gloire  de  régner  fur  Jes  autres.  D'on 
vient  que  la  plupart  de  ceu^  qu^  font  au^ 
jourd^huy  Pnnces  pu  maîtres  de  la  terre  , 
ne  portent  cp  titre  que  parce  que  leurs 
prcdeceffeurs ,  parleur  ad  jrefTe  &  parla 
force  des  armes ,  ufurperent  Pempire  fur 
Jeurs  égaux.  Je  ne  nie  pas  qu'il  n'y  ait  quej* 
quelques  perfbnnes  qui  aufïî  bien  que  Vin-* 
^eht ,  blâmeront  vôtre  refplution  ,  avant 
qu'elle  fbit  conduite  à  fbn  terme  :  parce 
ue  toutes  les  aâiipns  hardies  ^  dangereux 
es^  ne  fe  loiiçnt  Janiais  qu'après  l'execu** 
tion.  Mais  dès  t'heure  que  le  fticcez  de 
l'événement  aura  îuftifié  &  autorisé  la 
gmdeur  4e  vôtre  éntre|urife >  le  blâm^U 


?; 


41t       l'iLLUSTAC     BassA. 

chaînera  en  admiradon  :  Se  ce  qui  s'apA 
pellou  témérité  &  impnideace  »  le  nom- 
snera  valeur  &  grandeur  de  courage.  Tant 
que  le  premier  des  Gefàrs  eut  les  armes 
à  la  main  contre  Pompée.  &  que  r£mpire 
Romain  fut  la  cauiîe  de  leurs  combats  :  il 
n'eut  pas  feulement  Pompée  pour  adver« 
faire  »  mais  preique  tous  les  nobles  pouf 
ies  plus  cruels  ennemis*  Cependant  aufTi-. 
tôt  après  qu'il  eut  défait  la  puiflante  ar*? 
mée  de  toa  ennemi  dans  les  plaines  de 
Phaifale ,  &  que  cette  viâoire  l'eut  w 
en  pleine  pofTeflion  de  P£mpire  Romain  j 
toute  la  haine  qu'on  avoit  paax  lui  cefla  : 
&  il  fut  fi  chèrement  ôcû  ardammentai- 
mé  des  Romains  ,  aue  cette  zffeâiqn  ne 
pouvant  finir  avec  ia  vie^  ils  punirent  les 
auteurs  de  fa  morc>  par  unevangeance 
mémorable.  Refblvez-vous  donc  à  fbuf- 
frir  que  pour  quelque  temsles  Gesois  voms 
appellent  tyran  :  Se  ne  recevez  pas  ce 
notn  comme  une  in)ureBcheu{è^puirque 
ce  feraia  dernière  infblence  de  lalibertç 
mourante.  Us  s'occouti;imeront  après  peu 
à  peu  à  vous  reconnoltre  pour  Prince  le? 
gicime  #  Se  vous  révéreront  comme  t^. 
Voyez  combien  je  me  fie  çn  vôtre  fortu^ 
ne,  de  vous  parler  des  fqlicitez  de  vôtre 
Jgmpire  4  avant  de  vous  v^^  r-e/pluàcomi* 

luerir.  I^ai^çtç&i^a^  Im 


L.IVRE    ClKQniE'ME,       4îf 

chofcs  Com  âitposécs  de  telle  forte  que 
vou;  pouvez  plàtôt  manquer  à  vous-même 
xjue  l'£ira)ice  à  vôtre  vertu.  Car  Ci  les'dif- 
iicukez  font  gcaiides^ielon  l'a  vis  de  Vin- 
cent ^^  vôtre  jcaurageieft  encore  ^ii  dellùl^ 
Accordons  liai  ique  l'^entaieprire  £>îc  dange* 
xeufe  Se  S&aAe  ,  cn^elie  hiftoire  an- 
cienne ou  moderne  XTouve-t'il  que  le  che- 
min qui  conduit  à  la  gloire  foit  couvert  de 
fleurs? Btqu^ne  aâioniJkiftpe  aye  été  exé- 
cutée fans  pehie  ?  Tous  les  grands  defleiiis 
ibnt  ^oûjaiurs  £iivis  ddes  gcands  périls  :  ^ 
tous  les  lieux  élevez  font  toujours  proches 
des  précijÀces.   Un  hor^me  généreux  ne 
voudra  pourta)nt  jamais  que  la  peur  d'un 
-malheur  inccïtaiai  le  mette  en  proye  à  une 
fervitude  inévitable.  Parmi  les  perfonn^ 
privées^c'eft  nnicffct  de  prudence  que  deic 
contenir  dans  la  médiocrité  :  mais  dans  tés 
affaires  d*Etat,  il  faut  que  toutes  lesrefoitt- 
-  tions  fbient  extrêmes  :  les  autres  étant  fort 
;4anger«ufes,  principalement  dans  les  en- 
treprifesqui  ne  commencent  d'éclater  q»e 
par  leur  eseounoa.  Car  n'4cant  plus  alors 
;cn  nôtre  pouwîir  de  retenir  ia  chofe  3  il 
:  faut  die  Tneceffitré  arriver  »itenme^ue>l'fti 
s^  fKiposé^  iDu  tombereau  «niliett  dé  ia 
-courfe&  ie[petda:ejcnticr*emaent.  Ne*fài- 
-ionspBSiieantnoinsmn  laréffl^efi  malhea- 


i(14         L*  ILLUSTRE    BAS^SA. 

ment  les  malheurs  qui  nous(peuveQt  arri^ 
ver  3  non  pour  nous  tourmenter  nous-mê- 
mes en  les  attendant  ;  mais  pour  leur  ocçr 
par  la  prudence  la  puiflance  de  nous  nuire. 
Il  faut  fe  conduire  avec  précaution  ;  mais 
non  pas  toutesfois  juiqu'au  point  que  l'cx* 
trême  fagellè  nous  en  rende  plus  timides 
&plurirrciblus.  Il  faut ,  généreux  Comte» 

3ùe  vous  donniez  quelque  chofe  à  la  con-^ 
uite  de  la  fortune  3  qui  vous  ayant  choifi 
|>our  libérateur  de  Gènes  ^  &  pour  reftau- 
rateur  de  l'ancienne  valeur  de  rltalie^  fàu- 
xa  bien  trouver  les  moyens  de  vous  apla- 
nir les  difficultez  :  c'eft  elle  qui  vous  ap- 
pelle à  la  gloire ,  c'eft  elle  qui  vous  y  coih- 
auira.  Confcntez  feulement  à  vôtre  bon- 
heur j  &  recevez  avec  un  cœur  ouvert  la 
couronne  que  le  Ibrt  vous  prefente  i  faqs 
la  partager  avec  per/bnne.  Car  à  quoi 
icrt  d'appeller  les  François  au  partage  de 
vôtre  gloire  ?  Au  contraire  ,  cette  nation 
ayant  perdu  ion  crédit  en  Italie ,  auffi-bien 
que  Ces  Etats,yous  y  nuiroit  plus  qu'elle  ne 
vous  y  pourmt  fervir.  L'exemple  d'An- 
dré Doria^vous  en  doit  aflTez  empccherôil 
avoit  fcxvi  avec  ardeur  &  fort  utilemertt 
cette  nation  5  cependant  vous  favez  com- 
me il  en  fut  traité.  Et/puis  quelle  recom- 
penfe  vous  pourroient  jamais  donner  les 
fxwçpis^ qui  fut  digw4s  yp^jcrav^ux? 

Pcufe 


XiVRE     GrNQUIB'ME*        41$ 

Peut-ctrc  de  vous  lai/Ter  Gouverneur  dans 
Gènes ,  avec  les  dépendances  qu'ils  ont  ac- 
coûrumé  d'exiger  de  leurs  propres  Sujets  ? 
Mais  ce  feroit  vous  rendre  mercenaire  en 
un  lieu  où  la  nature  vous  a  donné  part  à  la 
"  domination.  Que  fi  du  côté  de  l'Empereur 
ou  de  la  ville  même  ^  on  faifbit  quelque 
refiftance  à  vos  deflèins  ^  avec  quelles  for* 
ces  viendroient-ils  vous  fecourîr ,  étant 
en  un  pays  fi  éloigné  du  nôtre ,  &  fi  occu- , 
pez  à  leurs  propres  affaires  ?  Certe  il  feu- 
rfroît  que  vous  vous  ferviflîe^  de  V03  Su-* 
jets  ^  de  vos  amis  ^  &  de  vos  confederez. 
Et  pourquoi  avec  une  figenereufe  croupe^ 
n'entreprenez-vous  pas  de  vous  mettrelur 
la  tête  cette  couronne  qui  eft  auffi  digne 
de  vous  que  vous  êtes  digne  d'elle  ?  Lors 
que  vôtre  puiflance  fera  établie  dans  Ge-- 
lîçs ,  qu'on  peut  di^re  êtrela^porte  de  toute . 
ritalie  du  côté  de  la  mer  ;  les  premiers 
Rois  de  Ja  Chrétienté  rechercheront  vô- 
tre alliance  &  vôtre  amitié  -avec  foin. , 
i'envie  de  vos  compétiteurs  étant  fijr-  ; 
montée^  la  fami'le  des  Comtes  de  Laya4 
gne  fera  en  un  lieu  où  n'arriva  jamais  per-« 
ionne  à  Gènes.  Vous  aurez  en  vos  mains 
la  vengeance  de  ces  ennemis  qni  mépri«> 
ibient  vôtre jeuneile  :  Jannetin  même, 
oiîy  Jannetin  Doria  vôtre  ennemi  mortel , 
CQmt>era  malgré  lui  à  vos  piçds  pour  vouji 


4i6  L'illustre  Bassa^ 
dccninder  pardon.  Il  vous  révérera  com^ 
iTiC  ion  Seigneur  i  vous  crain<lra  comme 
Prince  -,  Ces  aâions  s^àccommodeioiit  à  vo» 
lencimens  >  votre  voioncé  réglera  (es  dé- 
iirs ,  &  de  vous  feulement  d^>en<}ra  ou  fx 
vie  ou  (a  mort,  (^e  les  François  /e  tioi- 
nentdonc  en  leur  Royaume  ^  Se  de-là/èa- 
lement  entendent  le  bruit  de  vos  viâoires» 
C'eft  à  vous  feula  fimnooter  tous  les  obfta* 
des  €pLi  pouriment  s'dppofer  à  vos  gene^ 
rcux  dédains.  Entiewenez-le  donc  avec 
«ne  hardiefle  d^e  de  votre  naiâànce  8c 
ëe  votre  cocvagc  :  meriteipar  cette  aéfaon 
le  triomphe  que  le  ciel  vous^deftine.  Q^e 
tout  k  monde  apprenne  «pie  vous  avczTii 
^e  l'illuftre  8c  Punique  arnian  de  vôtre 
IbrtuBe.  Surpayez  les  efperances  que  )'a£ 
de  vous  j,  bienqulelles  foiem  très-giandes  » 
&  pour  eout  <fif  e^  afliurez  l'en^pîre  à  vôtre 
fifniDe^  &  l'éternité  à  votre  nom. 

Baptîfte  Verrin  n'eut  pas  fi-tôt  achevé* 
dé  parler  3,  que  RaphaëlSaccoaffrâîonoé 
à  là  France  ,  Se  Vincent  Calcagne  pouflî^ 
par  CsL  tiinicfité  >  par  la  crainte  de  penire  le 
lepos  cfont  il  avoit  joui  toute  fà  vie  >  &  par 
I^^JkÛion  qu'il  avoit  pour  le  Ceinte ,  s^op* 
pojfèreiit  encore  une  fois  à  Baptifte.  Le 
premier  voulant  qu'on- iie  fit  rien  fansk' 
îïcours  des  François ,  &  l'autre  qu'on  n*eiK 
treprk  riesi  du  (ouc.  Mais  Baprifle  poar 


Livre  Cinq^i  e*m  r.  427 
ion  propre  intérêt  n*avoit  garde  de  fe  ren- 
dre eu  cette  occafion  ;  il  voyoit  que  tant; 
que  le  gouvernement  feroît  entre  les 
mains  des  nobles  >  fine  pourroit  jamais 
prétendre  d'avoir  part  à  la  domination.  Et 
puis  il  avoit  mis  fes  affaires  en  un  tel  dé* 
^rdre ,  que  jugeant  qu'il  ne  pourroit  plus 
gueres  cacher  fa  mikre ,  fî  la  tranquillité 
de  la  R  epubliqueduroi t  long -tems ,  il  vou- 
lut la  cacher  par  une  confufîon  univerfelleb 
Il  confîderoit  auffi ,  que  fî  l*entreprifc  étoit 
heureufe  5  il  élevoit  fa  fortune  a  un  hauç 
point  :  que  fî  au  conttairç  le  fuccez  en  étoiç 
malheiireux ,  fa  ruine  étant  fuivic  de  celr, 
les  des  autres ,  &  mourant 'en  voulant  exe-> 
cuter  un  grand  deflein ,.  il  feroit  confolé  de 
penfer  que  Tinfamiè  de  fon  nom  pafleroit 
a  la  pofterité  :  tant  il  eft  vrai  que  tambi^ 
tion  des  hommes  eft  infensée  ,,  en  ne  leuj; 
feiiant  faire  bien  fbavent  aucuae  diffé- 
rence eatre  la  bonne  ou  la  mauvaife  repu* 
ration  ,  pourvu  qa*eUe  fbit  grande»  Bap?/ 
tifèe  s*oppofa  donc  avec  beaucoup  de  vé- 
hémence, aux  raiibns  de  ceujc  quicom-i' 
battoient  les  fiennes  1  &  dit  au  Comte  j, 
que  c*étott  une  chofe  indigne  d'une  am^ 
noble  y  qiie  de  fe  laiflfèf  vaincre  par  la 
Éfayeur,  bu  pour  mieux  difepar  des  chi-^ 
rteres.  Il  lui  reprefenta  que  la  gàrnifon  de 
Gènes  a'ctoic  pas  de  plus  de  deux  cens  fol-j 

N  tX  a  4ç 


4i8  L'iLLUsTRi  Bassa« 
iîats  :  que  les  galères  de  Doria  ,  quoi  que 
confiderables  par  le  nombre  ,  demeure- 
ioient  inutiles  ,  pourvu  qu'on  choisit  le 
tcms  de  Texecution  ^  lors  qu'elles  feroient 
défarmées ,  au  retour  des  courfes  qu'elles 
avoîeot  accoutumé  de  faire  tous  tes  anSr 
Qu'André  &  Jannetin  éloignez  de  tout 
ibupçon,  vivoient  (ans  aucune  garde.  Qu'il 
lui  feroit  aisé  de  faire  cntrerdans  Gènes  un 
bon  nombre  degcns  ctoifis  >  &  tirez  des 
terres  de  fbn  obéïiïance  ,  qui  à  l'impour* 
yù  iroient  s'aflTurer  de  Doria  dan$  ion  pro- 
pre palais.  £t  qu'en  même-tems  il  feroit 
facile  de  fe  rendre  maître  des  galei!||S.  Que 
la  haine  du  peuple  contre  les  nobles  ache- 
Veroît  le  refte  de  l'entreprife.  Il  s'of&it  ea 
ion  particulier ,  à  faire  iôûlever  les  ci- 
toyens en  faveur  de  ce  deflein  :  s'alfurant 
^ue  par  ion  moyen  ils  auroient  déjia  l'ef- 
|)rit  tout  dilpofe  à  la  rébellion.  Avec  de 
îemblables  raiions  que  Verrin  exagéra 
avec  beaucoup  d'adreile  3  il  acheva  de 
Vcmparer de l'efprit  du  Comte,  qui  mar- 
ua  ouvertement  avoir  deflein  de  périr  ou 
e  régner.  Après  avoir  fait  connoirre  que 
^én  ne  pouvoir  plus  changer  fa  re(ô  u-, 
^îon>  il  dit  à  Raphaël  Sacco,  Je  ciel  me 
ioît  témoin  y  fi  )e  ne  croyois  rendre  ma 
Jïatrie  plus  heureuse  fous  ma  domina- 
tim^  igp^eUene  Teft  ibusla  tyrannie  de 


^{ 


^eqx  qui  roppriment ,  fi  je  n'aiiti crois  ç^ 
mieux  me  reioudre  à  la  mon  ^  qu'à  tenter 
ce  que  je  vais  entreprendre.  Cedifcours 
-achevé,  ils  reiblurent  tous  d'une  voix  que 
le  gouvernement  ne  pouvant  fe  changer 
fans  faire  périr  André  &  Jannetin  Doria  ^ 
il  fal!oit  donner  telordre  à  la  chofe  que  la 
£n  de  leur  vie  fut  le  commencement  de, 
l'exécution.   - 

Le  Comte  &rtit  de  ion  cabinet  avec  une 
'tranquillité  d'eipritmcrveilleufe  :  &  nous 
allâmes  le  ibir  che^lui  parler  de  mufique 
&  de  peinture  ,  comme  s'il  n'eût  rien  eu 
de  plus  importantdans  la  pensée.  Pour  Tes 
Confeillers ,  ils  dirent  à  celle  qui  les  avoit 
employez  ,  qu'elle  devoit  attendre  de 
grandes  choies  de  ion  fils  ',  fans  lui  vouloir 
sien  particukrifer  ^  de  peur  qu'elle  neie« 
découvrît.  Cependantà  quelques  jours  de-^ 
là  ,  le  Comte  ayant  pris  grand  ibin  des  ga- 
lères qu'il  avoit  achetées  depuis  peu ,  alla 
aiTcz  iouvent  aux  lieux  qui  éfoient  à  lui  v 
où  avec  une  prévoyance  admirable  ^  il 
0)etcoit  les  armes  aux  mains  de  Tes  Sujets^ 
&  leur  fâi/bit  faire  l'exerci<e ,  ibus  pré- 
texte d^avoii:  quelque  crainte  du  Duc  de 
riâifance  dont  il  étoit  voifin.  La  fin  de 
l'automne  étant  venue  ,  ili^^  retira  dans 
Xîcnes  ^  &. apporta  tous  ks  Coins  pour  ac- 
4|uerir  )'amitié  de  lous  les  jeunes  gens  ^  dcr 


4jo  L^îLtirsTRfi  Hassan 
CCS  familles  nouvellement  nobles  ,  ç>'oi! 
appelle  Populaires.  II  s*introduifit  en  leur 
converfacion  avec  une  coinplaifance  mcr« 
teilleufe ,  il  feiioit  des  prefens  à  quelques- 
uns  3  fervoit  les  antres  aux  occa/îons<}ui 
«*en  preftntoient ,  &  s'offroit  à  tous  avec 
une  politefTe  extraordinaire.  Comme  il 
étoit  d'un  cfprit  vif  &  agréable ,  &  d*une 
humeur  feuple  &  charmante  y  il  s'acquit 
leur  afFedion ,  connoiflGint  qu'il  pouvoit 
prendre  confiance  en  eux ,  &  que  leur  vo- 
lonté dépendoit  abiblument  de  la  /îenne» 
11  commença  de  railler  le  gouvernement 
de  Gènes ,  qu'il  nommoit  la  tyrannie  des 
nobles ,  félon  l'occafion  qui  s'en  prefen- 
foir.  Quelquefois  il  témoignoit  par  des  diC 
cours  interrompus  ,  compatir  aux  mal* 
heurs  içs  familles  populaires  :  qpelqu efbi» 
il  fembloit  leur  dire  que  la  choie  ne  feroit 
pas  fans  remède  >  &  qu^on  pourrôit  abaiP^ 
fer  Porgiieil  des  nobles ,  fî  le  cœur  ne  leur 
fnanquoit  pas.  AufS  par  une  ironie  piquan^ 
te  y  il  les  exhortoit  à  la  ferWtudc  :  leur 
lâiiTant'  toû)ours  néanmoins  quelque  ai^ 
CuîUon  dans  l'efprit  ^  par  fes  paroles  doti^ 
teufes&  incertaines.  Sur  toutes  cliofes; 
il  exagerbit  rînjuftice  du  gouvernenrient  > 
quand  par  hazard  ilarrivoitque^ue  accr.* 
aent  qui  déplailbit  aux  familles  poptilai- 
bnts.  Mais  s'il  leur  étoit  agréable  ^^  iittcr 


ft  l'étoitjpas  moins  rendu  au  menu  peuple  ^ 
par  les  toins  qu'il  y  avoic  appariez.  Il  fa-» 
liioit  avec  promptitude  >  iourioic  à  quel- 
ques-uns en  les  rencontrant  ^  étoit  magni-^ 
fique  en  fês  habits  >  doux  &  Êicikà  totft: 
le  monde  ,*  &  ce  qui  avançoit  encore  fc9 
deflfein  ^  il  écoit  d'une  humeur  extrême^ 
jnent  gay  e  :  îl  avoir  Vair  du  vifa^e  doux  dt 
flgréabk  y  L'a£fcion  &  noble  ^  fi  libre  >  Se  & 
belle  y  qu'on  étoit  forcé  de  l'aimer  des  la 
première  vue.  Ils'accoûtumoit  auili  àfaire 
des  armes ,  6c  à  monter  à  cheval  :  &  cel4 
avec  une  fi  belle  diipofiiion  ^  &  une  ii 
«ande  adre^e>  qi9e  ceux  qui  le  voyoient 
ne  pouvoient  s:^empêclier  d'aimer  un  hom-^ 
ne  qui  leur  donnait  tant  de  plaifir.  Mais* 
comme  la  libéralité  eft  la  plus  forte  chaîne 
dont  on  puiile  captiver  le  peuple  ;  il  ne 
trouva  nulle  occafion  de  lui  témoigner  la$ 
£enne>  qu'il  ne  le  fit  avec  une  magnifiât 
çence  ians  égale. 

Nôtre  prudent  coBjurateur  ne  voulut 
pourtant  pas-fej^cr  fi  abfolument  entre 
les  bras  ou  pem^le,  <{u'il  en  put  donner' 
J^iwfit  aux  nobles  ^  il  ufa  d'un  tempera-^ 
ment  fi  yofte  en  une  ccnjenélure  ou  la  me>» 
^ocritè  était  tfè»4b£ct^e  à  garder  >  que 
la  bienveillance  des  uns  ne  lui  fit  point 
perdre  ]l*:amstîé  dies  autres.  Et  pour  cet  e& 
ier^  quoi  que  laRnetinfik  devenu  ti*è$^ 


4?i      VtittrsTftE   Bx:«sA. 

4hfblent  3  depuis  que  Cefaf  Vavoic  reça 

^ur  GeneraUflime  après  la  more  cf  André^ 

qu'il  ne  fut  plus  fùivi  des  jeunes  gens  que 

par  intérêt  3  qu'il  ne  voulut  plus  être  fervi 

^ue  par  crainte  ^que  ion  arrogance  même 

l'eut  porté  à  faire  quelque  mauvais  traite? 

ment  au  Comte  :  Le  Comte  prit  déplace* 

cafiofi  de  lui  faire  fa  cour  plus  que  }amâis> 

<onverfbit  fou  vent  avec  lui  3  &  lui  deman- 

doit  même  confeil  &  affiftance  en  Tes  aâài« 

res.  Et  parce  qu'autrefois  l'amour  de  Léo? 

nora  les  avoit  mis  mal  enfemble  ^  il  ap* 

foft^  gfMd  foin  à  lui  en  oier  la  mémoire* 

Tandis  que  le  Comte  agiâbit  ainfi  avec 

Doria,  il  traitoit  fecrétement  avec  le  Duc 

de  Plaifance  qui  lui  avoit  promis  deus 

mille  hommes  de  pied  3  pour  joindre  avec 

^eux  mille  autres  qu^l  avoit  choifis  entre 

tous  Ces  Sujets  pour  fervir  à  ion  entrepfi- 

iè^quand  il  en  feroit  tems*  Il  avoitauifi  fait 

venir  à  Gènes  une  de  Ces  galères  ,  fur  I0 

prétexte  de  la  vouloir  envoyer  en  oourfc 

le  long  de  la  cote  de  Barbarie.  Cependant 

Baptifte  Verrin  lîe  l'abatidonnoit  point,  & 

c'étoit  la  feule  chofe  extraordinaire  que 

nous  remarquions  en  lui.  Il  Ce  plaiibit  au« 

tant  avec  nous  3  &  ne  paroiâbitpoint  avoir 

de  plus  grand  deirein.  que  celui  U'être. 

agréable  à  Ces  amis.  Baptifte  ne  demeuroit 

^as  oiiif  :  en  fuit  peu  de  tems  ii  gagna  un 

grané 


LïVRE    CiNQjrrEVE/    4^j,^ 
stand  nombre  de  perfbnnes  qui  lui  promi-  ' 
rent  de  le  fuivre  &  delefervir  fidèlement 
eA un dcfleinfecret qu'il dilbit  avoir.  Avec 
ces  préparatifs ,  ils  crurent  avoir  jette  des^ 
fondemens  alFez  Iblides,  pour  exécuter' 
leurs  intentions  :  &  s'ctant  airemblez  pour 
prendre  leur  dernière  re/blu tien ^  l*avis  de 
Bapcifte  Verfîn  fut ,  que  fe  devant  faire 
uôe  cérémonie ,  où  tout  le  monde  fe  trou- 
vèroît  à  l'Eglife  ^  il  falloit  que  ce  fut  en  ce  * 
lièu-!à  qu'on   commençât,  d'exécuter   la^ 
cfiofe^  s'offrànt  de  donner  le  preoïier  coup  ' 
de  poignard  à  Jannetin. 

"Le  Comte  ne  pouvant  confèntir  à  cette 
prôpôficion  ,  il  ic  recula  d'un  pas  cnfei-  ^ 
iànt  un  grand  cri  ;  &  difqu'il  ne  /ouffri-^ 
r(5it  jamais  que  le  commencement  de'/bq  ' 
entreprife  fôt  ijne  prophahation  &  unfa--^ 
crilège.  Ràphacl  Sacco  ajouta  j  qije  la  * 
choie  feroit  même  auflî incertaine  ou'èllc^ 
étoic  exécrable^:  parce  qu'André  Doria 
5*^excuferoit  fur  les  incommoditcz  de  fa 
vieillelfe  &  n'y  viendroit  pas  r  fe  d^rîtén-' 
tant- d'y  envoyer  Philippe  Doria  iôrt^jpa-,' 
rent.  /A  cela  Verrib  répondit  que'/î  Qh^lB  ' 
jiigeoit  à  propos '5  tandis  qu^tls'  execnte- ) 
rôicnt  l'a  cÈoie  3  il  iroit  aif  palais  d' Andrç^ 
fdfaiit  femblant  delevifitfereonStneàl'ôr-  "^ 
dinaire  /  6r  qu'il  lui  dbnBérbit^  d'un  poi-  * 
^  gnard  dans  le  coeur.  -Mais  le€cititeslctant 
//.  ?m.  O  o  o 


4|4^       L'iLltTSTRt    ftASCA«. 

inis  en  colère  contre  lui ,  il  n'ofa  plus  Id 
xcùàct  3  Se  propofa  un  autre  expédient  di- 

Îmb  de  ^n  e(prit.  Il  dit  au  Comte  que  la 
grur  de  Jannetîn  devant  épou/er  en  peu 
de  îours  Jules  Cibo ,  frère  cm;  Leonora  ^  il 
£dloit  qu'il  les  priât  à  louper  chez  lui.  Et 
pour  rendre  la  fête  plus  magnifique  j  qu'il; 
conviât  auifi  André  Doria  &  Jannctin  j 
avec  grand  nombre  de  Dames  ,  Aç  tous 
ceux  d'entre  les  nobles  qu'on  croiroit  les 
plus  à  craindriç  pour  l'exécution  de  leur  ^ 
d,eilêln.  Qu'alors  il  ièroit  aisé  â  c«ux  qu'on 
auroit  ^it  cacher  pour  cet  efièt  de  lespoi« 

Î;parder  :  qu'auili-tôt  après  U  £iudiroit  qpe 
i  Comte  fuivi  de  Tes  amis^  allât  par  toutes 
1q  rucsdcGenesfaire  retentir  le  douxnoQi 
de  liberté  ^  &  appremire  au  peuple  que  /b 
chaînes  étoient  rompues.  Qu'en  ce  tumul- 
Jte  on  s'afiurc^roiit;  du  palais  :  que  lui  cepen* 
dant  feroit  entendre  au  peuple.  les geneireii^^ 
detTeinsdu  Comte^ul  cachant  ay^  adret 
fe  celui  qu'il  a  voit  de  régner  abibluroent  : 
&.  lui  faj/ant  connoitre  la  noçeOité  de  r^- 
^rmer  le  gouvernement  9  ou  poui:  mieux 
dire  la  cruelle  tyrannie  des  nobjes^  car  ç'é* 
toit  ainfî  qu'il  parloit.  Que  pou|:  cc(  e£ci:  il 
le  couronneroit  Puç  deJa  République^  & 


Sstt ,  on  les  tueroit  furie  champ. 

Le  Comte  trouir^  ce  delTcin  alRïbicn  ' 
conduit  :  il  eut  pourtant  une  extrême  ré- 
pugnance à  fc  refoudre  de  violer  le  droit 
^4io(pitalité  ^  en  a({af£nant  chez  lui  des 
i;ens  qui  y  ^  (croient' venus  par  fe^  ordres. 
Mais  croyait  qif il  né  trduverôit  pas  un 
meilleur  ntoyen  pour  arrivera  fa  ffiiv  îls*y 
xéfblut.  Et  pour  cet  efîiti!  comtoâildaqùç 
leifbMatsjou'ilavoit  choifis'parmi  ies  Su- 
jets i  viioflfent  à  là  file  daiis*Genes ,  d'au- 
tre part  il  fbilidtâ  le  Duc  de  Pfaifance  de 
lui/cnvoyèt^lefecodrs  qu'il  lui  avoh  pro- 
mis. Toutes  'ceir  diïîgence^  rte  pôu  voient 
ctre' il  fçcrettfeivi  prihdj)f^lem^t  ayant  à 
fàkfe  des  levécs^dc  gcfis^de  gder te  que  Dora 
Ferrand  de  Gonzàgue  ,  qui  eômtnâudoit 
jKibr  ^Empereur  dans  le  Mildhôis  Ven  fiit 
averti;  Gar  comme  il  étcât'  vfgilâht  pour 
la  Sûreté  de  f  Etat  xjU*otf  avoit  notifie  à  Ùl 

coildiiîté' ;  il  faifoit  épiet  :^vec'foîûVle^ 
méirnitts  remucmens  des  prtwihées  Voiïi- 
nes'vp^'iï^cipâlement  des  Prïrices' qui  Jiii  * 
itdèentfti^eias;  Deibrte  qotp^îdéïhottï- 
mès^  atiffi  adrèits ^ucr  fid'eW^  ;  qu'il  '  aVoit 
«rtT^éycîB'pour  cet  effér  j  il  ftit  biôii-tôt  in- 
feifttéqutk  Dlîfe  dePKlfâne,e  folfdlttevét  '  ' 
d^^ftto-Etat  deuicthillèfoltte  aVetf  unf 
dil^ttce  extrabrdikiiif  c;  pçttrie  Tei^dï 

au^C&mte  nie  I/ira^e  tsc  cdti^t&txnnt^ 

Oooa 


4i$  L'itxus  TRI  B  AS  6  a; 
par  le  filcnce  &  par  le  fecret  au'on  ob- 
fexvoit  en  cette  affaire ,  qu'il  le  tramoit 
quelque  grand  delTein  ;  il* envoya  diligem- 
ment à  Gènes  ,  donner  avis  à  Doria  &  à 
DomGomesSuarez  AmbaÛadeur  de  l'Em- 

{»ereu£  en  cette  ville,  qu'jlsfetinfTent  fur 
eprs  gardes  :  parce  que  le  jeune  Comte 
de  Lavagne  con/piroit.  André  reçuf  cet 
avis  fans  y  (aîie  aucun  fondement  :  étant 
fi  Fort  perfuadé  de  l'afFeâJon  que  le  Comte 
lui  témoignoit ,  &  i^puiffa/nmentadiiré^ 
paj  la  tranquillité  qu'il  lui  voyoit  toujours 
fut  le  vifage  &  dans  les  yeux ,  qu'il  nV 
yoiy  aucun, mauvais  delTein ,  que  ce  dif- 
coprs  ne  fit  nulle  impreflîon  en  fôn  ame. 
Pour  le  confirmer  en  ion  incrédulité  3  le 
Comte  entra  fortuitement  dans  la  cham- 
bre d'André ,  comme  l'Ambafladeur  &  lui 
porloient  de  cette  afiaire.  Mai^  il  parut 
avpc  un  vifage  (î  ouvert ,  &  leur  parla  de 
divérfeç  choies  avec  tant  de  jugement  Se 
de  liberté  d'efprit,  qu'André  chairmé  de 
(a  :Conver/ation  &  perfuadé  de  fbn  innp^ 
cence  y  s'approcha  de  l^AmbalTacleur  ^  Sc 
lui  dit  tout  bas  à  l'oreille  ^  comme  nous 
avpns  lu  depuis ,  jugez  vous-même  (1  cet- , 
te  gd):ion  modefte  &  hardie  tpqt  ei;iiei?iblej 
cette  ame  npble  ôc  tf anquille ,  peuv^At 
être  capables  d'une  cpn/piration  fi  horri« 
blc.  ?  l'Ambaifadeur  nç  pc^ivjut  rçfiftpf  à 


Livre    Cinqjtie'me.     4^7 
.l'opinion  d'André  ^  lui  £t  connoitre  par  ion 
.  aâion  y  qu'il  écoic  dans  Ces  fentimens.  £t 
;,quQ^qué^deux  jours  àprès-Doria  eût  un  fe* 
.  çond  aycrriHcoficnt ,  l*adrcfli  du  Comte 
était  fi  grande  jlque  fa  vue  feulement  dé- 
trui£>i^  tout  ce  qu'on  difbit'  contre  lui  :  & 
.  fa  conduite  f^f,  fi  mcrveilleufe  qu'André 
.  Doria  âgé  de  plus  de  quatre- vingt  ans  ^  & 
^  tenu  pouc  un  desplus  gtands  politiques  de 
foïx  fiéclç.j;:&t  trompe  par  un  homme  de 
vingt-deuXi   Le  généreux  Panfa  qui  n'a- 
voit  point  étédetoùs  les confeils  du  Com- 
te ,  fut  fans  confiparai/bi^  plus  avisé  :  Car 
comme  il  joignoit  Taffeâion  à  la  pruden- 
ce ,  il  lui  avoit  été  plus  aisé  de  ibupçonner 
Îiuelqufe  çhofe  de  la  vérité.  Il  avoit  ob- 
pryé  exadement  les  aâions  du  Comte  > 
depuis  ievjour  qu'il  avoit  acheté  les»  galè- 
res du  Duc  de  Plaifance  :  &  examinant 
fbigneufement  tout  cequ'il  avoitvuou  en^ 
tendu .  en  diverfes  occafions ,  il  trouvoit 
avoir  lieu  d'appréhender  que  le  Comte 
n'eiit  quelque  dangereux  dcflcin.  Il  yoyoît 
l  que  celui  qui  ayottaccoûtumé  de  lui  coiii- 
^  muniqUç^  les  #0àiresles  plus  importantes 
,  de  fa  mai/on  ^ ine  lui  parloit  plus  que  de 
chpfes  indiffereiates  :  qu'il  étoit  fouvent  en 
uiîe.converfttion  retirée  &  particuKcre 
av^eq  Baptifte  iVerrin  :  &  L'ayant  fiii^i 
.  jg[ueIquç?fi?is,loriqu'ii  feretitoità  ibaca- 

Oooj 


.4i9  L'ftLtf  S-TX.I   fiA9  5JU 

.  bîiict,  ilUavoîcvurêveur  Se  nicUiicoIkpi& 

:£ar  iifmt  ^uc  lerGomce  pafiîc  extrême- 

.^tmcjgêSKf  ,  Jor%rîl  pouTok  étK  vu  de 

ci|iielqa'jin  ;  Se  tpic  ^ctt  ^JOi&cc  il  cou* 

^^tit.aiimittMftent  les  defleins  qu'il  ayoît 

.4lafis  l'amc  ;  il  tCécoÂt  pas  plûtet  retiré  ea 

;ibo.pafticiiitcr  ,  m'il  dcv^ook  tout  dil^* 

^e;it  ^.  ce  que  le  Jeul  Fania  aiK>ic  rémaf* 

iqoé  >  dfaut^Bt  qu'il  Ce  cachoit  deJLeonoxa  , 

.icomme  des  autres.  Ce  quifaiiôît  que  le 

Comte  ne  comnHiniquoit>pas  ibnintendon 

k  Panlâ  3  étoît  que  coRUoiâàiit  l'attcdion 

.&' l'exetéme  prudence  de^eette^homme^ 

il  iâ voit  bien  qu'il  ausoit  combattu  Cen 

.detfèin^  ottdumoiasqju'ilnehii^ufoit  pas 

-conlciltéde  l'entreprendce^fi  précipitam* 

,  flicjat  :  &  qufilauroit  voulu* chercher  plus 

^desJireté;  Enfin;ua.)ouf  (^  le^Confite  ren^ 

txa  dansfocr palais^  plus  rcvevr  qil'àl'ae* 

£OQt»atéc  ^^poctanc  inr  le  viiagrqudigues 

marques  d^iueiaqiaecude-exiraorifiBaîre» 

jScjtwc  une  pâleur teUe  que  l'étonnement 

la/peint  quelquefois  ^u  iront  de  ceux  qui 

Sont  jfurle  point  de  l^execiitiop:  thuv^nd 

def&în  ^  dont  l'évenenient  eft«iâLamiré^ 

le  :2QoereuxiPani^  le  nrivit  à  (bacabinet  » 

jSc  &  refohit/de  kii  dire  ies  fbupçons  :  de 

ietaimë  que  ^ildiiètoit  ^lavantage  ,  il  ne 

fût  plus  tems  de  remédier  au  mal  qu^il 

craignoit*  Après  djuc^voit. fermé  ia^  pot* 


te  >  if-^ii{id&  fa  parole  au  Comte  ,  qui  s'i- 
tânc  a|^piàj^1^  trne  table  >i'écouta  avec 
fceaucôàpidinÎQpîàfùde.  Je'iais  Ken ,  Sei- 

'  Çtieur,lurâir.it,îttB  d'c* 

tre  bliMé'^eili^^  d'a»- 

trui ,  cértrimé  cm  ïôit  ^te  éftôrté  d*àvoir  la 
fidélité  de  Jes  cacher ,  -^ilàMbii  nous  lès 
a  confiez.  C'eft  ipèur'cjÉiôi^lâ'  mienne  vous 
étant  c6ïintK?|^ârtatit  (fe'^rcttves  ^ùe  Je 
TOUS  en  ai  ^eridttes ,  j'ii^cA'i^ue  c'étoit  à 
vous  de  tee  découvrir  >^s  fentîftiéiis ,  & 

^afs'abJdiutWnif  qte  le^nÏTOle  de  vc» 
yeux  jîimfie  ines'&uj^oib  >  je  crains,  & 
2ie  iâurôis  vôiis^tfiie  et  ^ue  je  crains.  Je 
fais  ^bign'néàiirtïoîm  que  c'éft  \in  effet  de 
l*amoiirbtie)'âi|>^  excezde 

nia  fille iué  'qui  me  dôntfe  cfe  happrehen- 
*iî6n  ^Waîs^^fik'bién^iuffi  qU^ 
^t'e  rfèft  j)4s  fôm  à^pai^ikre.  Car  comment 
j)uis-/e  ciiDffe,  que  ce  que  v'oirs  jiremedi- 
tez  '(bit  '^torfeux  8c  hbndr^tie ,  Vîl  a  la 
Ibrce  de  tr<Wbfer*Ia  'trahiiyîift^^  vôcie 
am  e  ?  Cro/ézimoî ,  l*e^ Afôh  &  k  ciio  - 
fc  que  votts  pénfez  >  ne  peuc-^tre  fort  at- 
fune  ni  fortiacUe ,  puifqtre  la  feule  ima- 
gination vous  trouble  &  vous  inquiète» 
Que  ce  funcfte  augure  vous  arrête, &  fâ- 
chez que  toutes  les  entrepriCes  que  l*on 
ccmmeocc  avec  cette  rcpugnanre  &  de 

O004 


.44^      L'illustre   B  a  s  s  a« 
chagrin ,  donc  je  vois  les  marques  fui  vô- 
tre vifage, n'ont  prefque jamais  defuccez 
ieureax,  Profitez-donc  de  ces  avercilîi- 
mens  inccrieurs  quç,|Jç  ciel  vous  envoyé. 
Je  ne  vous  preffe  pas  de  me  dire  ce  fecret 
^  que  vous  ne  voulca  pas  que  )e  fâche  ^  quoi 
queje.pufle  vous  demander  pourquoi  vous 
me  retenez  auprès  de  vous  ,  fi  ma  fbî  vous 
,  eft  fu/ped  3  &  fi  vous  ne  me  jugez  plus 
digne  de  vôtre  confidence  ?  Mais  dites- 
.  moi  feulement  quel  objet  &  quelle  fin  pe^- 
.vent  avoir  les  coriverfations  de  ces  gens 
qui  ne  vous  lailFent  jamais  que  vous  ne 
demeuriez  avec  un  chagrin  &  une  inquie- 
.  tude  que  j.e  ne  vous  ai  jamais  vue  ?  Hclas 
.  que  j'aprehende  que  ces  confeils  fecr^ 
,  que  vous  tenez  ij  fouvent  avec  ces  perip|i- 
jies  viclentes  y  Se  dont  les  inclinations  ijc 
font  pas  fort  fînceres,  ne  vous  ôtentpir 
leur  adrefTe  &  par  leur  malice  ^  hors  du 
cheiDin  de  la  vertu  !  Souf&ez  y  mon  cher 
maître  que  je  découvre  le  mal  pour  le  guc- 
]  rir.  Ceux  qui  font  ;iaître  mes  ioupçons,  ne 
font  pas  de  mœurs  fî  loiiables  y  ni  d'une 
pieté  fî  exemplaire,  que  je  doive  croire 
qu'ilS'Vous?  donnent  des  confeils  qui  ne 
choquent  ni  la  vertu  ni  la  Religion.  Peut- 
être  qu'ils  abufent  de  vôtre  peu  d'expé- 
rience ,  &  que  vous  connoiflant  généreux, 
,ils  vouspropofent  des  adionsqui  en  appa- 


Livre   Cinqui e^Xc i.     441 
rence  font  grandes  &  glorieufes  ^riiiâisqui 
en  effet  font  téméraires  &.in)ufl:es.  Où- 
^  vrei  donc  les  yeux  y  o  généreux  Comte  > 
&  (bngoz qu'un  homme  inconfîderé  ,  peut 
par  un  feul  mauvais  confeil  y  vous  faire 
.  tomber  dans  un  précipice  j  d'où  la  pruden- 
ce de  tous  les  fagèsqui  font  au  mondé  ^ne 
pourroit  vous  retirer.  Il  eft  bien  aisé  de 
mettre  le  feu  à  un  palais  ,  mais  il  n'eft  pas 
il  facile  de  l'éteindre  :  prenez  garde  q«e 
.  ce^x  qjji  vous  cpnfeillent  ne  fe  lervent  «de 
.  vous ,  pour  arriver  à  la  fin  qu'ilS)  le  font 
proposée  ;  &  que  vôtre  perte  ne  ferve  à 
î'utilitédc  ceux  qui  vous  trompent.  H  eft 
rare  de  trouver  des  gens  qui  confeillent  le 
bien  ,  parce  qu'il  eft  bien ,  fans  fonger  à 
leurânterêt  :  ôç  c'eft  toutésfi»s  pajr  cette 
^  expérience  qu'on. s'en  peut  allurer.  '  Exa- 
.  jninez  donc  lerreufemenî  fi  ceux  qui  vous 
confeillent  ^  ne  peuvent  devenir  ni  pkis 
grands  ni  plus  riches  ,  par  la  chofe  qu'ils 
veulent  que  vous  entrepreniez.  Et  p^ur 
.  vous  dire  tout  ce  que  je  denfeen  cetteoc- 
^cation  ^  )e  ne  laurois  croire  que  ceux  qui 
.  pàlFent  leur  vie  parmi  le  crime  y  foient  ca- 
_pablés  de  perfuader  la  vertu  aux  autres. 
Car  quoi  qu'il  y  ait  bien  de  la  différence 
ehtrelcs  adions  &  les  paroles,  la  partie 
I.i  plus  importante  de  la  perfuafion ,  con- 
£ftedans;  l'exemple.  A  qi^çUe.  nouveauté. 


«44^     L'itttr9TR£   Ea^s^à^ 
TOUS  TCut-^eMipercer.?  La  fortune  qui  a  t^ 
jOÉTsécé  iiÀvorable  à  votre  mai&in  ^  pottf* 
toit  aisément  sltriter  fi  vous  méprifiezles 
^  grâcesqufelie  voàs€dt.  Il  y  a  G  long-tem» 
^qae  l'cavîe  cherche  à  s^attacfeer  à  vous, 
•  éc  vous  lui  voulez  donner  jufiie  par  le  de- 
fàrdse  où  l'on  vous  [xurte*  Vous  n  ignorez 
pas  qu'il  y  a  un  grand  nombre  de  perfim^ 
aes  qui  vous  Ibnt  inférieures  en  n(â>leÂe , 
en  bien ,  ôc  en  vertu  y  qui  ne  cherchent 
^*âvous  calomnier.    Je'fais  que  l'eipe- 
KÎnce  eft  <buce  aux  )eunes  gens  ,  princi- 
palement à  ceux  qui  k  peuvent  (bûtenir> 
par  la  grandeur  de  leur  courage  r  mais  fs 
£àis  aui&  ^e  rien  n'eft  plm  glifffuit  que  h 
proipericé.  Prenez  donc  garde  que  l'cfte- 
lance  d^tme  ch(^  incertaine  ne  vousm^ 

S  perdre  un  bien  aflUré.  Geux  qiii  ▼ouscoo* 
eilleninTontrieii^àp^dre  ni  rie»  à  ha» 
zarder  :  i«itqtJA^  cônfiSere^teurs  Uens 
ou  leur  reputadôB.'Et  c^eft  pbi»:  cela  que 
ces  fortes  èe  get^  /bulu^eent  les  revt^es, 
les  feditions  ^  te  tumultes,  &  les  défor- 
dtes ,  parce  que  c*efl  la  coutume  de  fenfr 
blablesperfonnes,  de  s'enrichir  des  pertes 
^*autruy,  &  de  trouver  leur  repos  parti- 
culier ,  dans  une  condrfîon  generaHe.  Bn^ 
fa  ceux  qui  ne  font  pas  fbtt  élevez  ^n'ap* 
prehende  point  la  chiite.  Mais  pour  vous, 
il£uit  que  YQin  2^^Eez,d*ane  ainre  fbite** 


▼cms  n'êtes  pas  feulement  obligé  de  con-* 

lerver  hs^  biens  qte  le  ciel  vous  a  cbâne:^ 

-comme  en  Jépoc'  ;  liieis  Vous  êtes  encô^ 

-obligé  |)aT'  on  lèncMnent  '  d'honneur ,  "de 

iïonner  èla-  reaamie  pAr  la  generofitc  xlç* 

vos  iiiStioffs  ,  déquoïpiîblieF^e  réussite» 

A'gnefuccdfeur  Vacant  de  gi^andîs  hom- 

^mcs  t|ai;  vous  ont  piféceclé.    Le  Cortt?e 

'  ccout  a'  k'  geheteu  x  Panià  sltc  c^au  coup 

d'îftipatkiîée  r-itlai  dfe  pourtailt  jge!û=efa- 

^Icment  /que  tous  te  xfcfièins  étafit^rands^ 

'^Sc nèbtes-v ' ill*4fluroit' de  ne  rxen  foire îa> 

•^gnc  dtr Tanatffence  :  &  Payant* eirAf^i^ 

"sélbrt  tcn'dretneiity^i Me  quitta  ,  &^Jeco»- 

jfura  de  ne  srcn  dire  -de  (es  inquiétudes  ià 

Lconora.  •  ) 

Cependant  le  Comte  &  focon^eaj, 
fom  exécuter  leur  dèfièin  ,  fittendoi<ettt 
'impatiemment  te  )(mée€e  fimefte  fefthi^ 
i}ui  devoit  êtrc4e  cjuatriéme  de  Janvi€ï» 
Mais  il« 'furent  contraîftt^.  de  hâtec  lai 
choie  y  ^parce  q^^ncfré  Doria  ayant  éiè 
attaquédelagoutte,  avec  une  fiévreallez: 
Tiolœte,  n'ctoit  pas  en  état  de  tenir  lor 
promeffè  guSl  avoît  faite  de  s*y  trouver  r 
&  Jannccin  cfevant  partir  de  Gettes  pour 
iinea£&irc  extrêmejnent  preisée  »  cela  fit 
|ugerau  Comte  qu'il  feroit  fuperflAi  d*àt- 
tcncïre  je  jour  de  cette  fête  >  puiique  les^ 
dbix.-viiîlimes  principales  qui  dévoient jr 


*444      L'illustre  Bx^sÀ. 
Itre  immolées  ,  ne  pourraient  s'y  tfti? 
ver.  Confideram  encore  que  le  plus  graU 

:  obft^cle  des  coffi)ui%tieurs  eft  t^ou jours  k 

'  retardement  j  ilsrefcduiém  l'éxecution  de 
leur  deflein  pour  la  nuit  dM  fecetid  de  Jan- 
vier. Ainûle  Comte  commetiça  4e  pu- 
blier qu'il  avoit  deflcin  d'envoyer  une  de 
Tes  galères  contre  les  Corfair  es^  parce  que 
le  Pape  ne  lui  donnant  que  pour  en  entre- 

.  tenir  ttois ,  il  vouloit  que  l'autre  lui  rap- 
portât dequoi  payer  la  dépenfô  qu'elle  lai 
hiiiôit.  Sur  ce  prétexte  &  par  cet  artifice 

.  il  fit  entrer  dans  Gènes  une  grande  partie 
des  foldats  qu'our  lui  avoit  envoyez  de 
Plaifance  :  difant  qu'il  en  vouloit  faire  le 
choix ,  pour  prendre  les  mieux  faits  &  les 
plus  forts.  Et  pour  empêcher  que  le HBm- 

:  brede  ceux,  qui  vençient^de  tes  terres  i 
ui  étoit  bien  plus  grand  que  ce  qu'il  tn 
ajloit  pour  une  galère^  ne,donnât  quel- 
que fbupçon,  il  en  fit  conduire  une  gran- 
de partie  enchaînez  comme  des. criminels 

>  deftinez  à  la  rame  :  &  fit  entrer  ]fi^  au- 
tres à  la  file  par  divcrfes  portes ,  après  s'ê- 
tre bien  pourvu  d'armes.  Et  pour  trom- 
»per  d'autant  mieux  Jannetin ,  il  lui  fit  con- 
fidence du  deffein  qu'il  difoit  avoir  d'cçi- 
voyer  fa  galère  en  courfe ,  le  priant  de 

.  vouloir  foiré  enfbrte  qu'André   n'y  mît 
j)oint  d'empcchcmentj  il  craignpit ,  di^t- 


2 


îl^iie  l'obligation  que  la  Republique  afvoit 
à-5oJiman  par  leiiioyçn  de  Juftinian ,  ne 
portât  André  à  ne  voijloir  pas  le  lui  pcr- 
"mettre.  J annetin ^ui  promit  ce  qu'il  vou^ 
tlut ,  &  lui  tînt  fa  parole  :  cependant  le 
^'  fécond  de  Janvier  ét^^nt  arri  véqui  précéda 
■cette  ef&oyable  nuit ,  le  ^Comité  ht  venir  ; 
'  hSon  palais  cercaînsibldatsde  la  garnilbn 
-  dfc  Gçnes,  dont  quelques-uns  étoient  de  Ces 
'  Sjujcts ,  &  les  autres  y  ctoient  .placez  de 
'  fa  main  :.&  les  ayant  lailTé  chez  lui  à  la  . 
;  garde  d/un  des  conjurez  ,  il  alla  paffcr  le  ; 
"  refte  du   jour  jusqu'au  ibir  chqz  Andyé 
Doii^y  oujamais  A  ntej'avqit  vu  plus^ 
guayvll  pria  encore ;Jannetinqui.§*y  trou-  , 
va  j  de  donner^  ordre  au  port  qu'on  n'arrê- 
tât point  fa  galère  qui  de  voit  larper  cettç  -: 
jiuit-là  vers  l'Archipel.  Il  l'avertit  àufl^,  ^ 
s'il    entendoit  quelque  bruit ,  q^  (pâfftjB , 
jquelque^coup  de  canon  /de  ne  s'eij  Eoettre  , 
point  en  pejeé  i  car  comme  vousfayez 
mieux  quje'moî  3lui  ditil^on  tire  toujours  '\ 
Dour  la  cérémonie  du  départ^  &  ce^ho-  i 
es  ne  fe  paffent  jamais  iàns  qu^lquç  tu- 
multe, i  ^  V 
Au  for  tir  de-là  .}é  le  rencontrai  ;  a.uflî 
bien  que  Je  Marquis  Firançois.quiTiîôasjçé- 
gnit  en  mcme-t^his  :  mais  il  noM$  eût  été  t 
bien  diiSScile  de  prévoir  cfquç  le  Comte  . 
ayoit  dans  refprit  :  car  il  ne  nous  parla . 


4HS^     iTitltr^Titr  B'AstA 
^edepanies  deplaiiir  êc  de  divectifle-  • 
ment  pour  les  'foun  iiiiTaiis«  Il  nous  fie 
poorunt  adroitement  oonnoicre  qu'il  f^ 
xeit  occupé  ce  ^Mt-là ,  pour  faire  panirfa 

Î;akf  e ,  de  peur  que  wms  n'allaflions  chez 
ùi  :  nous  témoignant  tootesfbis  qu'il  ea 
iiidit  bien  fâché  »  &  nom  difant  que  Lco- 
nora  &  Sophroiuelui  en  Toudroîenc  beia- 
céupdemal.  Après  nous  être  ièparez^ii 
attk  à  fôn  palais  qui  comma  vous /avez  » 
céoic^cet^e  partie  de  Gènes  qu'on  ap 
f  eUê  Garignan  ^  &  qui  femble  être  déta* 
ckée  de  tout  le  reftede  la  villes  lai  corn- 
inander  ^  tant  par  &  ffinacîon  avantagcu* 
fcy  que  par  fa  magnificencCii  Vous&fn 
.auffique  ce  palais  étant  bitiiitf  uae  coli- 
ait  i  touchoit  prefque  de  divers  cotez  ieis 
morailles  de  Gènes  :  La  mer  étmc  en^ce 
dft  bâtimient^  &  vers  le  Levant  la  vue  de 
l'àgré^e  vallée  de  Bifàgno.  Je  Vousiâis 
Ic^ûvenir  de  toutes  ces  cnofes  ^  tK>Hr  vous 
iiirt  comprendre  que  ce  palais  étant  com« 
nre  une  ifle ,  fàvori^bit  l'entr^ife  da 
Oltiice!^ti*ayaatpoin&de  plus  proche  voî^ 
iiir  que  Baptifle  qui  étant  de  la  conj^u^ 
tien  ;  n'écdit  pa^  à  craindre. 

Le Côtntede^retourcherltd  ^y  firvo^ 
oirau  commencement  dd  la  nuit  quantité 
d'hommes  <  armez  ^  de  ceux  qufil  a  voie  fait 

$Mreiifc€icuaiCA(  4ansJ[a  viUe>  &  de 


L  I  V  A  B  Cl  N  Q^  I  E*M.SV .    44?  N 

ceux  <ju*il  a  voit  fuboTOCz  dan5  G^nçjf  ràê?  ; 
n>e.  Il  mit  à  Ja  garde  d«  porjccs  de  ibn  p^ 
i^s^  ceux  qu'il  crut  les  plus  courageux  & 
les  plus  fideJes:avecordj:iB  d!çniaiAer  l'ç«fc* , 
txée  Jibce  à  tout  kinaadfi^»  m^^de^n'^eti 
Jaiffer ibrtîr  pcxfonne.  Cependant  un.d€5  : 
Capitaines  de  h^^xmfotxéUntjiUi';ÇQfyr 
^es  fentinellcs ,  s'appjcrçut  qu'il  lui  m^ui*  ; 
quoit  quelques  ibldats.  Il  s*infi3^rin^  ^ç  /ba  ; 
lieutenant , ,  en .  quel  Jieu  Us  font  alfc^  i 
£(  quelques-uns  de  leux$  ccN^pa^gas  : 
ayant  répondu  qu'ils  ctoîem  aJk^  à  Càrir 
gnan»  conduits  parle  Comi;e  de  JL^v^n^^ 
xrela  lui^fit  ibiM)çonirjer>qiieIque  choiib..  De  :. 
ibrte  qiî'à:  J'intont  raemfi  il  alla  ^n  donner 
avis  aux  Sénateurs  qui  demcuroiem  au  Po- 
Jais  ^  &  à  André  Dcria  :  &  ce  fut  alors  qu«  . 
ia.diiIimuktiondu  Comte  eut  le  plus  grand  j 
^ffet  y  Se  commença  de  prcduit^fcequ'il; 
jcn  avoit  attendu.  Jamieijn  lin  dirqiie.  ia  . 
fidélité  étoit  à  loUer  ,  quoique  ccSc  avis  , 
n'eût  aucun  fondemem  ^  qui  lefir  dutdoQ*^  t 
lier  de  la  crainte»  Car  comme  il  étoile  pr4>  . 
occupé  par  l'adreflè  du  Comte  qui  lui  a  volt  i 
demandé permiifion.deiaire  partir  mxc  ga«  . 
1ère  cette  nuit-là^  pour  al£pr  *  en*  cOMU^b*  ; 
vers  le  Levant  f  il  /aflura  que  tous  c^S: >/c^r  , 
dats  qui  s'étoiânt;  rangez  cne^Jni^  ibirde  > 
/es  Sujets  ouide  ceujicl^ui  .Duc.  de  Plaifan? 
ce  ^  étaicotî  d;^»  k^^ci^tBsB  :  ^jqvte  ^ 


l 


:44s  L*iiitxsTRi  Bas s^ aI 
ceux  <]u'on  diibk  être  à  Carigtian^  y  ctoient 
âUez  poar  dire  adieu  à  quelques-uns  de 
leurs  amis*  Avec  de  femblables  di(cours 
Jannetin  fie  celleries  fbupcous  des  autres^ 
&  fervic  lui-même  au  deileifl  de  Cm  en* 
jiemi. 

Cependant  le  Comte  après  avoir  donne 
Tordre  neccfTaire  chez  lui  3  alla  en  deux 
ou  trois  de  ces  afiembiées  qui  fe  font  les 
ibirs  chez  les  pér/bnnes  de  qualité  à  Ge« 
tïts  y  où  dans  le  peu  de  tems  (]u'il  y  refta  > 
iliaidà  une  nouvelle  admiration  de  fbn  eA 
)fft.  Il  étoit  magnifiquement  vctucejour 
iiy  Se  redoublant  encore  Ùl  civilité  ôc  /a 
galanterie  ordinaire  ^  il  ne  ibrtit  d*àucune 
de  ces  compagnies  fans  avoir  augmenté 
l'âffeâion  qu'on  avoit  déjà  pour  lui.  Mais 
enfin  il  fut  chez  un  nommé  AHereto  3  où  il 
trouva  vingt-trois  jeunes  gentilshommes 
de  tordre  populaire  3  que  la  fineiïe  de 
Bàptifte  Verrin  y  avoit  fait  aller.  Le  Com-» 
te  les  carefli  extrêmement  :  &  s'ctant  en- 
tretenu avec  eux  de  diverfes  chofes  ,  & 
hheure  du  fbuper  étant  proche ,  il  les  con- 
via d'aller  manger  chez  lui.  Il  leur  dit  que 
le  ibir  étoit  trop  beau  pour  fescparer  fî-tôr, 
que  la  nuit  étoit  trop  belle  &  la  lune  trop 
claire  pour  s'excuier  fur  la  fai/bn.    Le 
Comte  les  conduifit  à  un  appartement  de 
derrière  ^  ordonnant  au  iage  Pa^fa  d'aj- 

lex 


.  Iprpj^r^tenir  fa  fiçrflme,<ju'Uiroi&bî  en-tôt 
^  ypir  :  parce  ,  lui  dit- il  en  fouriant^  que 
^  tiôttç^  deilbin  ne  veut  pas  la  prefence  des 
^  Darnes^  D'abord  ces  jeunes  gens  crurent 
^u^  c'è^o^c  pp^r  les  craker  avec  plus  de  JU- 
^Çêfté  qu'il  qa;  rufpir  ainfi  3  &  f e  laiffere^it 
(Conduii;e.  Cependant  Bapi^ifteVerrin  étoit 
^^çai^c  adroit wieht>  pour  tâcher  de  décou- 
vrir fi  au  palais  ou  chez  Doria  on  ne  fai- 
foit  aucun  bruit  qui  put  lui  ^ire  penfer 
•qu'on  les  ibupçQnnoit.    r:    .    , 

' Le^  çhioles^  éf aiiç,  en  Cjes  te^me^ ,  le 
^  Corate  ençrj^  dans  une  autre  çhatnbre  y  8c 
^  leur  dit  qu'il  yiendroit  à  l'heure  même  Icfi 
.  l'ecrouyer  :'  comme   en  efFet^il  ne  tarda 
gueres  à  revenir.  Mais  ils  furent  bien  fur^ 
pris  lori_q.u'iIsle  virent  entrer  ajrmc  de  tou- 
tes pièces  .1  &  iuivi  deijplus  de  deu3^  ccû^ 
ibidats,  avec  desmouiquets  ,  qui  fe  ran- 
gèrent autpur  de  lui.  Il  àvoit  la  vifiere 
hauflTée  &  l'épée  à  la  main  :  &  commen- 
çant alors  denire  éclàterlahaine  &  la  cq^ 
1ère ,  qu'il  avolt  fi  long-tems  retenues  ca- 
chées en  fon  cqeur  y  il  avoit Je  vifàgetçut 
.  cnflaiapié ,  Se,  la  fie^çté  &  la^  fureur  p^eintf  s 
;;.  4*inSjles  yeu)^;  11, ^'approcha  d'une  tj^lplf^, 
I  &,8'jr  étant  appuyé  de  la  mjain  gauche  vji' 
Alt  quelque.tems  fans  riôn  dire  :  puis  la 
frappant  tout  d'un  coup  avec  violence  ,  il 
ijit;  d'un  ton  impérieux  ^^  ôç  d'une  vQi)s; 
//*  Partie.  P  ^  ^ 


*4fo       Vi  tttysrritfi    B  A  i  s^'a^ 

précîptée  y  c'ca  eft  fait  »  j'f  fins  rdfofo; 
6  courageux  te"  ifl^uftnes  ^ums  î  Un  erprir 
couché<le  ^el^iie  geneMfîDé/ne  peut  pins 
le  fbu&ir  :  Hnibicnce  tle  ceux  qui  nov» 
veulent  oppdtiier  ».a  trf iténson  courage > 
êc  laflS  ma  patience.  Meaimâgination  me 

•  pre  lente  un^^âack  tcop^hoftible  &trGp 
lunefte  en  nie6i£nit  voir  no&  citoyens  ty- 
rannisez ,  Se  le  renverfèmest  de  la  patrie 
în^kibkaÛe  ^  peia  ne  m^oppofer  pas  à  un 
jnallieur  que  la  ftayeue  €pc  j'en  ai^  00 
mut  mieii  X  4ht  4a  rai&n  me  fait  reir  il 
piocbe*.  Si  lea  mausdcat  la  République 
«û  nKNPtettement  acteiiite>>  pouvoient  cC^ 
peseï  quelquet  remèdes  dm  tems  ;  je  ibuf-- 
«ivil  eoflune  les  autres*  un  retardement 
qui  peurcoit  £ere  utile  aa^  bien  public. 
Kfaié  puiiquenol^s  (bmmes  arsir^z  au  der^ 
aèer  poinç  de  nâere  maifaéur  y  que  non» 
neos  voyons  tous  prêts  d'être  abatus  y  il 
fitaè  aUer  au  devantde  ce  qui  nous  doit  ao* 

'  cabief  r&sHleftpoflible>  nomfeulefnent 
ir  fijÂtentr .  mais  le  renverfer.  Quelque 
rtand  que  Ibit  le  péril»,  il  perd  beaucoup 

'  Sf^  &fèice'>  quand  on  l'adi:onte  conragett^ 
ilnienti  copimeau  contraire^  il^s'àccrott 
fr'deiReitt  inévitable  quand  on  l'atteint 
fvecpatienrce;  Tianneeln  I>)ria.enniiyéde 
ftttefèliçité  eiuve  qui  le  (ùir,  ne  Mn^ 

fhjok  cHifi  eoftteheeff  ii»t  ambitton  :  It 


Livre  CiNqurr^k  è.  4yr 
voyant  fes  pernicieux  defleihs  fi  jprôdies- 
^écre  exécutez  5  il  ne  penft  qaV  tramer 
ma  moïi  6c  vôtre  fervitude.  Ce  n^ctoît 
|)as  affez  à  cet  ambitieux  devoir  tepeuplè 
'de  Cents  dépouillé  de  rEmj^ire  delà  Ligu- 
fie ,  Se  fournis  à  être  l'objet  du  mépris  des 
hôbles ,  s'il  ii'entrepîefaojt  encore  de  s'en 
rendre  tyranniijuèment, Souverain.  Ouy  , 

f>lus  barbare  que  lès  étrai^ers^  ne  nout 
'ont. été  3  ohliti  Voit  un ot^ëil  dan»  l'a-^ 
me ,  qu'on  ne  pèiit  vaiîicre  par  la  patien- 
ce ,  ni  éviter  par  l'humilité.  Etpoar  s^ailîi* 
rer  d^  vous ,  il  vous  tifent  âflîegez  du  cô- 
té de  k  mer  par  ^ingt  gaf  ares  qui  dans  le 
Âiilieu  d'une  paix  appatétitë  ,  loht  moins 
au  port  |>our  vBtre  sûreté  que  pour  vôtre 
Aline.  Nous  }è  Voyons  toûpurs  aller  par 
la  ville' j,  environné  deiioblés^  qui  par  la 
Étvéur d'André,  ayant  tifurpé  les  charges 
qui  vous  appartenoient ,  rcndîent  à  Jahne- 
«in  pour  récompenfé  de  vôtre  infamie  ^  ua 
honneur  indigne  d*eux  8c  de  lui.  Mais^^  ce 
^uî  me  touche  cfcivantage ,  eft  que  je  fais 
certainement  que  fous  l'aucorité^  d^uii 
^rand  Prinrè,  il  prépare  un  jougblehpé- 
Tant  ]  à  la  libétté"  publiqtrc.  Et  parce  que 
Htns  considérer  itiandflarnce ,  )'ài  embraie 
se  vôtre  caufe'^  hon  pas  tant  l^l'  l'intc- 
iSSt  dé  vôtre  ordre  ,  que  pour  fiiivre  la 
rasfôn  ^  Se  fatisfairc  à  ttion  devoir  vparce, 

Pppa 


/ 


45  i  L*  ILLUSTRE  Bas  S  A: 
dis-jC ,  que  je  n'ai  jamais  confenci ,  au  mt 
prit  infolçnc  que  les  nobles  ont  fait  de  tous 
ceux  qui  ii*étoient  pas  de  leur  corps  ;  que 
j'ai  cftimc  la  vertu  par  tout  où  je  l*ai  ren- 
contrée ,  que  fans  confiderer  que  leurs  in- 
térêts écoient  les  miens  en  quelque  façon, 
j'ai  toujours  été  du  parti  de  l*c<juité ,  m 
attente  fur  jna  vie ,  &  on  ne  croit  pas  vous 
pouvoir  mettre  à  la  chaîne  >  Il  on  ne  vous 
prive  de  celui  qu'ils  croyent  allez  fort  ou 
alFez  courageux  pour  entreprendre  de  la 
rompre.  Que  faiibns-nous  donc^  ômes 
compagnons ,  par  nôtre  pareflfe  &  par  no- 
ire lâcHeté  ?  Voulons-nous  toujours  être 
les  fpedateurs  de  nôtre  propre  mifere  î 
A  quelle  entreprife  refervonsrnous  nôtre 
co  jrage  ^  fi  dans  la  déiblation  générale  de 
nô:re  patrie  nous  nous  abandonnons  nous^ 
mêmes  î  II  n'eft  plus  tems  de  nous  plaindre 
de  îîQS  ennemis  ,  mais  de  nous  vanger. 
tai(Ï9iT5  l'ufagç  des  larmes  à  nos  femmes, 
&  lî  nous  fpmmes^  dignes  du  nom  d'hom- 
mes que  nous  portons ,.  employons  nôtre 
courage,  nôtre  force  &  nôtre  adrclTe  à  dé- 
rruire  nos  tyrans.  Nous  avons  déjà  trop 
Souffert  leur  indolence  >  qui  f^ns  doute  lei 
£Drt;e  à  crçire.que  nôtre  patiéncf  eft  un 
t'âfec  dpllkré  lâcheté.  Ceux  qui  laiiTent 
les  crîme&inl punis  ^  font  coupables  de  ceux 
que  leur  excez  de  bonté  fait  encore  comr 


mettre  à  leurs  oppreiTcurs.  i  qui  pour  l'oi-v 
'  dinaire  augnjciitent  leurs  violences**,  lors^ 
.qu'ils  vçy eut  qu'on  les  di/Iîmule.  Qu'at-- 
tendons- nous  davantage,  ©généreux  ci- 
toyens ?  Peut-être  de  perdre  enEiereiîicnt 
le  gouvernemeiït^  &  toute  fortes d'auto- 
licédanslaRejiublique  ?  Peut-être  auréàn 
vous  le  cœur  de  mettre  Jannetin  iîir  )c 
trône  ?  De  voir  les  miniftres  de  fes  fnreuis 
aller  prendre  vos  biens  dans  vos  maiCon^, 
juîner  vos famiJles, attenter  fur  vosvie5>» 
deshonorer  vos  femmes  ,  &  conwnettre  ces 
mcchancetez  qu'on*  doit  juftement  atten- 
dre d'une  tyrannie  >  née  à  la  ruine  de  la 
patrie  >  nourrie  par  l%diffention  publique^, 
accrue  parles  niiferesdes  citoyens,  de 
établie  par  la  mort  de  tant  de  gens  de  bie»? 
Nos  courage»  font-ils  fi  bas  &  fi  ravales*, 
nos  çpée^  t^nt^fihs  fi  peu  tranchantes  que 
nous  nf  puijfions  couper  rinfatne  vie  de 
celvii  qui  fait  gloire  de  nôtre  honte  ,  qm 
triômpiie  de  nos  malheurs ,  &  fe  repaît  de 
■nos  mf  fercs  ?  N'arracheron*-nous  point  d« 
corps,  de  Jannetin  ,  ce  lâche  cœur  ,  ÔC 
^u'on  peut  nominer  ]»  /ource  denosmat 
heursrSoujfïrironsrriws qu'un  fimple  cî>- 
toyen  foit  nôtre  tyran  ?  Qu^îl  nous  foule 
fous  fes-jpieds  ,  &  nous  aflRijettiilant  à  lui 
comme  tes  eftiaver, q«'il  difpofe  de  nôtrt: 
vie  ou  de  nôtre  mort  coipme  U  lui  plaira- 2. 


4H     VittvsTfLt  Ba%sa^ 

Pour  moiie  vousavoue  fraBchcment  que 
fc  crois  puis  g^ieux  d'acheter  U  libère^ 
par  uiigi^and  péril ,  que  d'adoucir  la  fer- 
viciide  pair  l'oifiveté  Ôc  par  le  patience.  Je 
▼oAdcoîs  icolement ,  6  illuftrc  citoyens  ! 
déoxivrir  en  tous  une  refblution  ,  fincla 
digne  de  votre  cour a^  >  du  moins  propos- 
tionnée  au  péril  où  vous  êtes.    Enfin  foie 

Se  votts  me  veiiilliexpour  foldat  ou  pour 
prtainr  y  fi  vous  me  devancez  je  vou» 
Ttdmà^  fi  \c  vous  devance  y  fiiivez-moir 
Pour  nra  personne»,  vous  pouvez  vous  m 
-afiiirer  ôc  en  répondre  ,  puiique  je  ne  vous 
àbandoraerai  pas»  Au  refte  y  fok  que  vous 
.lojres  icnfible  k  i'Jionneur  ^  ou  mie  vou» 
£>ngiez  (eulement  à  votre  siVrete  y  vous 
(tes  toujours  for c^  de  prendre  les  ar- 
jne»  :  car  p>i£)»*iifaut  voUî  cKté  les  clio^ 
fis  temm<e  elles  (oiMt  »  ceèce  rèÂyteion  qui 
comme  à  des  hoâimes  generéii^  vous  eft 
l^rieii/e  y  comine  à  ibs  geitt  dé  peu^  dt 
cœur  vous  eft  utStr  1 8c  de  quelque  hXfOà 
^e  ce  fcàc  vous  eft  fiécetfaire.  Je  nit  vous 
appelle  pas  k  mie  entreprise  imprévue  ni 
4tatl  conjôitc  :  fil  y  a  loûg-ttms  que  j'en 
4d  confideré  la  fin  âr  les  moytm.  Et  non 
Seulement  j'en  ai  eiuminé  la  fiiîte ,  mais 
9'ai  afièmblé  dés  tffoupes  pour  cela  :  &  les 
ayant  dîftrilniées  aux  liettx  \éi  pîus  com^ 

itedcs.  pour  TeMcncwr^  c^eft  pkiot  voui 


' 


iplvîréT^lragBéablr  ifeâacle  d'une  viâeir- 
f «  certftiti^  p  qju^àu  ^nU  d^un  combat  àou^ 
feux.  Maïs  ùtm  vous^mer  paf  Te^erah-^ 
ce  de  l'avenir  ^  je  £kû  bien  que  pourvûi 
^ue  vôusa^es  etti^fliemoiii»  les  outi:ages 
des  ix>bles  >  &  l'ai/oflence  de  JanMcia  y  ie 
£ûs  bien-,  dîs-je^.  xpciedem  dbia  Tàn« 

•  geahces'écanti^éveiltèeavâtji^'^aine^vons 
Tiendfta  au  0|fnt>at  avec  taiitdecœar^^. 

^  que  nos  ennemis  admiresent  k  leur  dani« 
jnage la  Valeur  deceuxqu^ils  mépriioientj, 
&  vous  aua)mi?alf e  coniioîtrea  par  votte 
propre- expérience  ^  s'ils  ont  autant  de 
force  diaihs  k^occi^ns  de  la?  guerre  »  que 
de  fittblefl^  4  s'abè^donner  à  ki  vdupté  ^ 
durant  la  tlânquiUité  de  h  paix;  A^lont^ 
donc  y  généreux  eîtoyenS'a  ôc  que  ceci  fdc 
tz^a&  tùxm  dircours^^;&  le  commence- 
ment de  vôtre  viébire.  Sortons  de  ce  pa«r 
lais  ^,2r  dèfc^ndons  diafis  la  ville  ,où  noas^ 
femme^af^endus  d'un  grand  nombre  dé  nos 

'  Mnk  j  pou«  àdiever  une  entreprife  ii  bieni 
commencée.   Hed  portes  font  au  pouvoii^ 

'  des  /ôbbes  que  'fsn  (ubomez  ;:  les  galères^ 
è  un:  fignal  qtM  Û  donnei^a  ^  tombexofit  au» 

'  {pouvoir  d'ttti6  tKHipe  de  geiic  auffi  hardis^ 

•jfbur  s'en  ré^è  maitfes,  quepradèBS» 
jpôuf  les  eoRfêi:Vér«  Nous  a^ons"  dans  lai 
ville  quinze  cens  liabitans  qui  font  arme^- 
fournousi  iJÈkëiiRq«e  jeparleil  ;  ^  dass^ 


î 


4f6         L*I  LLUS  tHE     fi  A6SIA. 

les  faubourgs  deiii^  mille  hommes  de  mf^ 
Sujets  y  &.  auunt  d^ceux  du.  Duçdç  Pia^- 
fànce  , .  qui  viennent  pour  nous  iecoury. 
Allcns^nc  ^  nies  compagnons  ^  rappejl^r 
le  peuple  à  la  liberté ;recourAQ^  à  ^doi^- 
ceor  de  l'ancien  goiiverneineAt.}  iàiiops 
ue  la  tyrannie  dçs  nobles  &  de  Janççti'n 
oit  .exterminée  ,  âciqu'én  une  içule nuit  ^ 
plus  éclattante  que  n'on^^ité  les  pliis  beai^x 
)ours de  notre  vie^  nous  rétabliUions  lagloi" 
re  des  familles  populaires  en  leu^  pf  emieic 
iplendeur.  EftaiçoQS  pour  toujc^mr^  de  j& 
înemoire  des  homn^es»  toutes  nos  lâche- 
tez  paiTces  :  mais  £  quelqu'iip  de  vous ,  ^c 
que  je  ne  peniepas^étdtaâfèziâcliepoHr 
s'oppofer  à  un  deiTeitt  avantageux  ^  qu'il 
regarde  autour  de  loi  cette  e£Eroyab|e 
quantité  d'axmf^  .&  de  icddats  y  ôc  qu^l 
s^magine  de  voir  au  mêine^kiftant  toutes 
les:  poiiHesdenA  épées^couraées  contie 
ion  cœur.  Oûy^  me$  compagnons  ^  je  le 

Erotefte  tout  li^ut  ^  il  faut  de  neceflité  com" 
attre  ou  mourir.  Et  ce  fang  qui  fera  r^ 
fusé  aufèçours  de  lapfitrie^  fi  prpct^e^^ 
fa  ruine»  fe  répandra  en  ce, même  liieif,»  > 
pour  laver  la  tache  de  cette  perfidie. Pi^ 
)e  le  dis  encore  une  fois  ^.  la  première,  vi« 
aimé  oui  fera  çonfaçrée  pour  le  ialut  pu* 
blic ,  fera  en  ce  même  endroit  ^rgée  de 
ma  main ,  fi  quelqu'un  entrej^cndcfc  s'op- 
pofer â  ce  <juc  je  veux.  Ç^ 


.    LnvRE    CiNQjtri  e'me.     4 $7 
Ces  cfltôyables   menaces  étonnèrent 
ceux  à  qui  elles  s'iadrellbient  :  ils  fc  regar- 
ierent  Tun  l'autre,  &'enfuitecc  grand 
riombre  de  fbldats  qui  les  environnoient  : 
8c  après  avoir  été  quelque  tems  (ans  par- 
ler j  ils  crièrent  tous  d'une  voix ,  excepté 
deux  y  qu'ils  fuivroient  le  Comte  jufqu'à 
k  mort  ;  qu'ils  feroient  les  compagnons  de 
fon  triomphe  ou  de  ion  malheur  ;  qu'en- 
fin il  3ne  l'abandonneroient  jamais ,  &  lui 
obéïroient  en  toutes  chofes.  Le  Comte  les 
embralla  alors  avec  beaucoup  dejoye  & 
detémoignages  defatisfiidiidn:  &  s'étanc 
tourné  vers  les  deux  qui  n'avoient  enco- 
rerien  dit,  ils  le  fuppîierent  d'avoir  pitié 
de  leur  foibleire  ,  avec  des  paroles  où  la 
crainte  paroillcit  fi  vifible ,  que  le  Comte 
ne  put  s  empêcher  d'en  Ibûrire.  Us  lui  re- 
prefenterent  que  la  'priere  qu'ils  lui  fai- 
ibient ,  lui  étoit  avàntageufe  auilî-bien 
qu'à  euxt  parce  qu'étant  /î  peu  capables 
de  combattre  5  ils  lui  nuiroient  pli;s  qu'ils 
ne  le  pourroient  fervir.  Que  leur  frayeur 
en  pourroit  caufcr  aux  autres,  &  leur  fui- 
te donner  un  mauvais-  exemple  à  Ces  fbl- 
dats. Us  lui  donnèrent  tant  de^nârques  de 
leur  eftrby  &  de  leur  tetreur  ;  qiie  chan- 
geant ledeiFein  qu'il  avcît  témoigné  avoir^ 
il  fe  contenta  de  leur  reprocher  leur  lâche- 
té par  une  raillerie  piquante  :  Se  pour  la 
//.  Partie.  ^  Q^^ 


V 


45^      L'iiii7ST]t£    Bas^a. 

suretc  de  fon  encreprile  »  il  les  fit  eftfêrmer 
dans  une  chambre  où  ii  Jaiilk  des  gacdei, 
pour  les  empêcher  d'en  ibrtir.  Apcèsafa 
Il  jàt  apponer  à  manger ,  mais  xi  'uncfaçcD 
q-ie  c«  repas  fe  pouvoir  plutôt  fx>ii>mer  C9- 
laiiof  que  (buper  ^  craignant  ^'il;  nes'a- 
murailènc  trop  à  la  bonne  ciiere. 

Tondis  ^u^  4}ue]ques-iHis  93angeoie«t 
tout  debout  y  Se  que  les.  autres  prcoofeot 
les  armes  que  Je  ô>mte  leur  fit  prefèater, 
il  alla  dans  la  chambre  de  Leonora ,  qui 
s'entreccsioitavec  Sophfionie  fà  &eur^  (k 
l'inquiétude  qu'elle  avdkde  voir  tant  à 
Ib'dats  dans  ion  Palais.  Auflî-tot  qu'il  fiit 
entré ,  il  s'approcha  d'eHe  ^  &  lui  penant 
la  main^  'û  lia  die  en  deuK  mots  le  delfeio 
4ju'il  a  voit ,  la  cot^ra^t  de  lui  pardonner 
s'il  ne  lui  en  avoit  point  parlé  juKp  es  alors. 
Le  grand  cœur  de  jLeoQQdra  ne  £e  trouva 
point  all^  ferme  pour  demeurer  ccnftant 
en  cette  occafion  :  Se  confider*t  lextrê-  | 
me  péril  où  le  Comte  s'allait  eacpoièti 
l'affeârion  Se  la  crainte  la  troublèrent  d'4int 
telle  forte ,  que  tombant  aux  peds  dv 
Comte  le  vi&ge  coût  couviert  de  larmes  \ 
S^gneya ,  lui  dit-eUe ,  en  lui  embratfant 
les  genoux  j  à  quel  péril  vocfs  allez- voos 
expofcr  ?  Je  vous  con)ure  par  Iz  chofedii 
monde  qui  voiu  eft  la  plus  chère  ^  par  l'a- 
910UT  que  je  v^Hi^pctcte  »|iar.cdle  que  vous 


Livre  Ci  nx^jtiii^mî*  45^ 
mvez  pour  moi ,  par  leslarincs  que  )e  ré* 
pans ,  &  par  vôtre  poprc  gloire  ,  de  vou* 
îoir  confcrver  ma  vie  en  confcrvanc  la  vô- 
tre. L'intérêt  de  la  patrie  fn'eft  bien  cher., 
mais  le  vôtxe  me  hcft  «n cor e.  davantage. 
J'aime  bien  mieux  que  Jannetin  règne  in- 
iblemmeiit ,  xjue  de  vous  voir  périr  pour 
le  falut  d'autruy.  £t  ^e  me  refoudrai.av,cc 
jfoye  à  porter  des  chaîties ,  plutôt  que  de 
me  vcft  exposée  au  hazard  de  porter  le  ^ 
deiiil  de  vôtre  mort.  Mais  que  cbs-je ,  in- 
fensée  que  }e  fuis  ?  Poiorrais^je  ccaiferver 
Ja  vie  u  vous  ne  viviez  plus  ?  Non  ,  non', 
mon  deftin  eft  attache  ^u  vôtre  :  &  cequjp 
jm>n-defeipoir  ne  feroit  pas  en  cette  occa- 
iîon  npva  feule  douleur  l'ex-ecuteroit.  Laif^ 
-fez  donc  ,  mon  cher  mari ,  ulurper  PEm- 
çire  à Jannecinj  qjaetaitte  la  patxie  ibk 
jcnverséc  ,  jque  tous  laos  dtoyens  loi^nt 
iesefclav^s,  pourvu  jque  vous  viviez  il  ne 
m'impocce  :  cai;.<^i'fin  Jsumjstm  peut  hiesi 
s'élever  au  tcôtx^  na^Û  il  ne  peut  yztnam 
^ous  furmonter  >en  candeur  de  courage  ^ 
ni  en  vertu.  Vous  fn'jcvezdit cent  fois  qut 
)e  fsdSd^  toute  sraone  fidicité  »  que  çktr^ 
chez-vous  xlOBC^o  nnmiâiprmsffi}  Èû-H 

d'un  ^uple  qqi  |imt-èDri^  ii)^3t./)u£!]iu'à 
vouloir  ^tàtc  la  vîe  pour  fa  Hhsité  ?  Bt  • 
4^mcs  iac^mcs^vausxpiiiohoiitjfi  peu  «ipm 


4^0     L'iLiusTRfi  Bassa» 
vous  ne  la  viiilliezpas  confcrvcrpour  iw 
confcrvcr  moi-même  ?  Qvic  voufez-vows 
que  )e  devienne  en  cette  hincfte  avaniu- 
,re  ?  Voulez- vous -que  vqfxs  laiHanc  alJer  ^ 
J'attende  ici  la  nouvelle  de  vôtre  mort  ? 
,  Ah  !  je  ne  faurois  ibufïrir  cette  pensée, 
non  plus  que  vôtre  deflein  !  Car  Seigneur, 
quel  peut  être  ce  defTein  que  je  vous  vois 
entreprendre ,  fani  en  avoir  parlé  à  vos 
plus  c|^ers  amis  ?  A  qui  de  tous  cieux  qui 
ibnt  dans  ce  palais ,  pourrois-je  confier  la 
défenfe  de  vôtre  vie  ?   ctes^vous  afliirc 
vous-même  qu'ils  ne  vous  abandonneront 
pas  ?  Si  )e  voyois  avec  vous  le  généreux 
Juftinian^  le  Marquis  François  y  ôc  tant 
d'autres  illuftrcs  amis  que  vous  avez ,  je 
pourrois  dire  ^  ils  vaincront  ou  ils  mour- 
ront enfemble.  Mais  dans  Tétat  où  )e  vous 
vois  y  peut-être  que  ceux  que  vous  croyez 
vous  être  les  plus  fidèles  vous  ont  trahi  : 
6c  fe  font  charg^^z  de  vous  mettre  un  poi- 
gnard dans  le  lein.  Seigneur ,  faites  ceiTer 
mes  craintes  ^  en  changeant  une  fi  funefle 
refblution  !  Que  fi  toutesfois  vous  êtes  re« 
folu  y  comme  il  me  femble  le  remarquer 
dans  vosy^ux  ^  de  ne  vous  laiHer  pas  vain- 
rre  à  mts  larmes  3  fbufFrez  du  moins  quç 
)e  vous  accompagne  :  que  je  puifle  en  cet 
'*^bandonnement  d^  tous  vos  amis  y  vous 
ièrvirde  bouclier  pour  recevoir  tous  les 


Livré  Cin<î^ie*mï.  4<fr 
coups  qu'on  voudra  vous  porter  :  quej'ex* 
pire  du  moins  devant  vos  yeux  ,  ou  que 
vous  mouriez  entre  mes  bras.  Enfin  ^  Sei-4 
gneur ,  il  faut  que  vous  me  permettiez: 
d'entrer  avec  vous  dans  vôtre  char  de 
triomphe  ,  ou  dans  vôtre  tombeau. 

Le  Comte  fe  fentant  tout  ému  des  lar- 
mes de  Leonorà ,  &  craignant  d'en  ctic 
touché  y  l'interrompît  en  l'embfafTan^  :  ne 
faites  point  un^/î  mauvais  préfage  à  mon 
entreprife ,  lui  dit-il ,  &  portez  ce  grani 
cœur  que  j'ai  toujours  admiré  en  vous  y  à 
des  pensées  plus  hautes  &  plus  heureu/es. 
Je  vais*en  un  lieu  ou  la  juftice  &  la  fortune 
m'appellent  ^  £  j'ai  caché  ce  delTein  à  mes 
amis  y  c'eift  que  j'ai  connu  qu'ils  aimoienJt 
troD  ma  vie  pour  me  le  coaieiller.  £c  puis 
JK  ierai  hicn  aife  >  fi  le  ciel  permet  que  je 
£irmontenosadverfaires9  de  leur  donner 
-Qjx  repos  qui  ne  leur  aura  rien  coûté  :  (î 
je  fùccombe  en  une  fi  belle  entreprife, 
ils  refteront  du  moins  pour  vous  confblen 
Enfin ,  ma  chere^Leonora ,  préparez  vôtre 
eiprit  à  tous  les  évenemens  qui  ,peuvenc 
arriver ,  foit  heureux  ou  funeftes  :  car  là 
choie  efl:  à  un  point  que  je  ne  faurois  plus 
ni  la  différer  ni  la  rompre.  Je  puis  bien 
vous  aifurer  que  vous  ne  ferez  pas  long- 
tems  en  incertitude,  &  qu'en  peu  d'hea-. 
les  vous  apprendrez  ma  mort  ouma  vi^i. 


4^1       L'ftLtrsTRB    Bassa; 
âoire.  Quoi  qu'il  en  (bit  ^  fôavenez-voul 
^'excepte  la  gloire  ^«îe  n'ai  jamais  rien 
plus  aimé  i]ue  touv  Adieu  ma  chère  Lco* 


i 


ûmme  il  en  étok  là  ^  ion  ambicieufe 
merc  vint  Tîncercompre  j  qui  connoi/ranc 

2ue  le  Comte  écdt  touché  des  larmes  de 
tfemme^  &  craignant  qu'il  ne  leur  cé- 
dât ,  allez  >  iui  dit-elle  ,  allez  ;  &  vous 
jEMivenezque  fi  Coriolan  ce  fc  fut  jamais 
lailTé  fléchir  aux  larmes  d'une  femme  ^  U 
auroit  acquis  l'Empke  y  &  conier'véra  vie. 
Ne  craignez  pas  mcm  fils  que  je  ibis  Vo* 
Inmoia  en  cette  rencontre  :  au  ccntraire ,  \ 
je  vous  commande  autant  que  jefepui^^  | 
de  bâter  l'exécution  de  vôtre  enfâ-eprifet 
ttxis  les  momens que  vous  perdez  ici^  vous 
auroient  déjà  fcirt  h  vous^  approcher  du 
trône  y  allez  donc^  ômon  6h  ^  feire  uafi 
aâîon  proportiomiéeà  vôtre  coorage>  ou 
trouver  une  mort  dtgnede  vôtre namancc*  1 
Le  Comte  ajrant  entenifaarpatler  fsc  mère 
de  cette  iofte^  &  lui  autant  ditr  ^'il  lui 
obéïroir^  fe  tourna  encore  une  içÀ&  vers 
Xeonora  ,  que  la  douleur  £ufibquoit.  Et  la 
KgarcËmt  avec  univifageaffez  troublé  \ 
Adieu^  luiditril^  ou  vous  ne  me  verrez 
plus  3  où  vous  vous  verrez  dans  Gènes  au 
delTus  de  toutes  les  autres  de  vôtre  fexe. 
A  ces  dernières  paroles  il  la  quitta  fan^ 


Livre   Cinqjjib'mb.    ^è$ 

vmxhït  écouter  le  généreux  Panfa'^nila 
liige  Sophronie.  Car  pour  Leonôfa  ^  elle 
fia  il  fort  roUcfcéeAj^fcows^du  Comte  & 
de  ion  départ ,  'Qu'elle  s'en  évanoSir. 

•  Sur  Gôs  eht^f^i^ites  BaptifttVemii  ar- 
riva de  h  vit' 6  y  &  aflRira  te  Comte  qù'it 
ity-ày^oit  avlGUîH^  ôbftacfe  qiii  jrût ^it^ê- 
.cker  foh  dieifeii*  :  que  fa  gaJere  écôit  etv 
état  de  (Combattre ,  i cimblie  de  grand  nom- 
bîe  de  fofaart:*^ ,  tous  refolus  de  bien  &irç  , 
&  piêre  d&fttfMt  Pémbotrehdrecïupdrr, 
affiégeâflt  ^àp  ëe  moyen  conter  celles  de 
Dofk;  Le  Com^te  voya^  toutes  cho- 
fes  dans  f  o#^  qa^îl  les  ïbtihait'oit  ^  alla 
retrouver  ftà  Amh  ,  &  ayâtït  fait  prendr'e 
l«s  arrhes  à  tdi»  ceu5t  qut  fe  dévoient  fuî- 
vre  ,  il  iartir  de  fon  j^alais  à  trois  heures 
après!  mii>uit.  ' 

Pour  marcher  avec  ordre ,  il  fit  comme 
une  avant  garde  ^  de  cent  cinquante  hom- 
mes des  plus  hardis  qu'il  eu t,. qu'il jetta 
quarante  pas  devant  :  il  fe  mit  après  à  Jâ 
tôte  de  cous  ces  jeunes  gentilshommes  qu'il 
^voit  amenez  cher  lui  -,  6c  enftiitè  mâiT- 
choit  en  rang  ,  &  comme  en  corps  de  bà- 
taijfe  tout  le  refte  de  Ces  gens.  Comme  iî 
fut  arrivé  aux  faubourgs  3  il  commanda  à 
quelques  Jfbldats  d'aller  fous  la  conduire 
d'un  frère  naturel  qu'il  avoic  appelle  Cor- 
aelio  y  fefaiûr:  de  la  porte  de  l'Arc ,  ce  qui 


4^4        I**  1  L  t  u  s  T  ft.  E     B  A  S  S  A. 

fuc  aufli-tôt  exécuté  :  Cornejio  n'y  trou- 
vant autre  refiftancc  que  celle  d'un  petit 
nombre  de  fbldats  qui  étant  /iirpris ,  ne 
combattirent  pre/que  point. 

Cet  heureux  fucccs  redoubla  Vziitut 
du  Comte  j  il  envoya  Girolame  &  Otto- 
bono  Ces  frères  avec  Vincent  Calcagne  , 
qui  malgré  fa  timidité  naturel ,  n'avoit 
pas  laiflc  de  le  fuivre  ,  fe  rendrç  maîtres 
de  la  porte  de  faint  Thomas.  Il  defcendit 
enfuite  par  la  rue  faint  André  a  faint  Do- 
nat  y  Se  palTant  par  la  place  des  faiivages 
avec  fes  compagnons,  il  arriva  au  pont  de 
Catane*  Baptifte  Verrin  monta  fur  la  ga- 
Içre,  &  Thomas  Afleretofit  ce  quilput 
pour  /e  faifîr  de  la  porte  de  l.a  Darfenei 
Comme  il  étoit  un  des  oflSciers  de  Jannc-' 
tîn ,  les  gardes  Payant  reconnu  ,  &  enten- 
dant qu'il  avoit  le  mot,  le  laiflèrent  entrer. 
Mais  apercevant  ce  grand  nombre  d'hom- 
mes armez  dont  il  étoit  /uivi,  il  le  repout. 
ferent  fort* rudement.    Toutesfois  comnfie. 
il  étoit  néceflaire  que  quelqu'un  entrât 
pourouvrir  la  porte  au  Comte  ,  il  fut  re- 
Iclu  que  Scipion  qui  étoit  de  fçs  Suj*ets, 
&   Capitaine  de  beaucoup  de  coeur,  fe 
jeiteroit  avec  quelques  /bidats  dans  de  pe- 
tits bateaux  qu'on  tenoit  là  tout  exprès  , 
en  cas  de  neceffité  :  &  que  par  ce  moyen 
il  eritrerqit  par  la  mer  dans  le  port  des  ga- 


t  I  V  R  E    Ci  KQUI  E*Mr»       ^Sf 

Icrcs  ^  pour  en  faciliter  l'entrée  au  refta. 
des  coi>)urez.  Ce  delFein  fut  auflî  heureu- 
fement  exécuté  qu'il  avoit  été  bien  pensé -ï 
car  qupi  qu'ils  y  trpuvallcnt  quelque  re-* 
fiftancç ,  comme  les  conjurez  étoient  plus 
en  nombre  ,  &  incomparablement  plus  ' 
courageux ,  il  leur  fut  aisé  de  lefs  vaincre. 
Le  Comte  cependant  étoit  arrivé  par  ter- 
re  à  ce  port ,  où  il  attendoit  avec  i)eau* 
coup  d'impatience  le  fignal  qu*on  lui  de*t 
VDÎt  donner ,  qui  tarda  plus  qu'il  ne  devoir,  ' 

{îarce  qMe  la  galère  par  le  mouvement  & 
'agitation  avoit  touché  ,  de  forte  qu'on 
fut  plus  dedemie  heure  à  la  remettre  en 
état  defloten  Toutes  ces  chofes  qui  ne  fe 
pouvoient  faire  fans  quelque  bruit  >  com* 
inencereht  d'eA  exciter  :  mais  enfin  le  fi^ 
gnal  ayant  été  donné ,  le  Comte  devan- 
çant tous  fcs  compagnons  ,  fauta  avec  un 
courage  extrême  dans  les  galères  de  Do- 
4:ia.  Cette  violence  non  attendue  ,  &  le 
bruit  des  armes  &desfoldats  ayant  reveil- 
lé tous  les  matelots  &  tous  les  efclavcs  > 
on  oliit  tput  d'un  coup  un  bruit  effroyable 
&  confus  dç  chaînes  &  de  voix.  Tous  les. 
Mariniers  crioient  aux  armes  ;  tous  les 
forçats  faifbient  retentir  le  root  de  liberté, 
&  tâchoient  autant  qu'ils  pouvoient  de 
rompre  leurs  fers  :  Mais  le  Comte  qui  n'a-' 
voit  que/aire  4çs  galères  s'il  n'avait  des 


a67 
.11»""  j    Ce- 


û'OÏ^ 


t 


4^6  L'iiLusTHE  Bassà. 
hommrî ,  connoi<rantrcxtrême  dommage 
lUc  la  ftiite  de  ccsefclavcs^  lui-  caurerohj 
re/ctta  Tim:  le  port ,  &  alk  avec  une 
pTecipic;2tKm  cJétrême  k-  Idi  G^ipit^ne  j  qui 
par  ic  mouvement  fiJbic  &  déj*egléde  ceux 
cfcnc  elle  ctoit  remplie  ,  ilou&it  lente- 
ment 3  &  fembloit  fe  vouloir  édoi^er  de 
terre. 

•  Durant  que  ces  chote^  fe  pal&iirât  att 
pwrt ,  Girolame  &  Ottobono^  »e  manquè- 
rent point  à  ce  qu'on  leur  âvôit  eôffiman- 
de.  Il*n'entendipent  pa^  pfutôt  le  coùpde 
cîinon  ,  qui-étoit  le  fignal  qu'on  lieur  avoit 
dbnné  ,  qu'ils  allei^ertt  eourageufcment 
avec  Ibixantê  foldats^^  fe  faifi-r  dt  la  porte 
de  faim  Thomas ,  non  feulénient  pours'en 
rendre  maîtres,  mais  pour  pa-fl'er  au  pa- 
lais de  Dbria  qui  en  eft  tour  proche ,  a^a 
dte  poignaifdtr  André  &  Jannedn^  Cette 
entreprife  ne  fur  pa^  &  facile  aut  <:onjurez 
^e  la  première  :  les  Icidats  qui  gardoient 
cette  porte  fe  défendirent  allez  bien  :  & 
Scbaftieii  Eercaro  avec  ibû  frère ,  dont 
l'un  étoit  Capitaine  &^  l'autre  Enfeigne, 
étant  furvenus,  firent  toute  la  refiftance 
que  des  gens  de  cœur  peuvent  faire.  Mais 
enfin  quelques-uns  de  leurs  foldats  étant 
fùbornez  ,  &  les  affaillans  combartant 
comme  des  gens  qui  vouloient  vaincre  ou 
mourir  ^  ils  furent  contraints  de  céder  aux 


Livre  Cinç^uie'me.  4^7 
plus  forts,  &  la  porte  demeurant  au  pou- 
voir des  conjurez,  le  Capitaine  fut  lait 
prifbnnier ,  de  l'Enfeigne  y  fut  tué.  Ge- 
pendant  hs  cris  ,  les  clameurs ,  &  le  bjtuit 
des  armes  qui  s^augmentoient  au  pprt  des 
galères  ,  airlva  julqu*au  palais  de  Doria  , 
qui  cGmm£  vous  favez ,  n'en  eft  pas^  foat 
éloigné,  &  où  André  étoit  malade.  La 
femm^  de  Jannetin  s'en  étant  éveillée ,  en 
donira  avis  à  fcm  mari  ,  craignant  quelques 
fcûkvemens  des  forçats.  Jannetin  fe  leva 
à  1  h^are  mcme^  &  ayant  écouté  quelque 
tems.  V  il'  s'habilla  en  diligence  ,  croyant 
loutesibisnc  trouver  autre  choft  que  quel- 
que di/pute  arrivée  pour  le  jeu ,  eu  pour 
quplqu€  autre  fiï)et  ,  entre  le«  gens  de  fetf 
galères.  André  plus  prévoyant  que  lui ,  dC 
craignant  quelcju'accident  inopiné,vouloît 

Î|u'il  ne  forrît  point  que  tien  accompagné  : 
a  femmefe  )ettaà  fes  pieds  pour  l'en  em- 
dcciier  ;  mais  lui  pouiTé  par  la  force  de  fon 
deftin ,  méprifa  les  conXeils  de  l'un  &  les 
prières  de  l'autre  :  &  alla  feul  avec  un 
valet  de  chawSre  &  un  page  qui  lui  por- 
toit  ua  flambeau  ,  /ans  autres  armes  que 
fon  épée.  Comme  il  arriva  à  la  porte  de 
iàint  Thomas  qu'il  croyoit  gardée  par  les 
fiens  :  fuivant  fon  humeur  inîblente ,  ou 
la  colère  ou  il  étoit  s'étoit  encore  mêlée  ; 
il  commanda  bruiquemenc  qu'on  lui  ou* 


4^S  L' ï  t  L  u  s  T  R  E  Bas  S  A* 
vrî:,  La  voix  de  Jannctin  ayant  au/Ii-tôc 
été  reconnue  des  conjurez  ^  ils  lui  ouvrent 
&  le  lailFent  entrer  fans.refïftance  :  mai» 
ii  peine  fut-il  entre  qu'il  tomba  fur  lui  une 
grêle  de  moufquetadcs  qui  le  fit  tombef 
mort  au  même  inftant.  Cette  avanture  fit 
changer  à  Girolamc  §c  à  Ottobono  l'ordref 
que  le  Comteleur  avoir  donné  d'aller  droit 
au  palais  de  Doria  :  c^t  voyant  Jannetitt 
mort  y  &  croyant  quôf  le  Comte  fe  feroit 
rendu  maître  des  gai  ères ,  ils  nepenferent 
pas  qu'André  âgé  de  quatre- vingt  ans,  & 
malade  de  la  goutte,  put  apporter  un  gran  j 
obftacle  à  leur  deflein.  De  plus  ils  crai- 
gnirent s'ils  alloient  au  palais  de  Doria  j 
ue  la  richelTe  du  butin  né  mit  la  plupart 
e  leurs  ibldats  hors  de  combat  :  &  que 
s'amufant  à  piller,  ils  ne  quittaient  leur$ 
armçs,  pour  fe  charger  de  tant  de  riches 
meubles  dont  il  étoit  plein. 

Cependant  le  bruit  &  le  défbrdre  aug- 
mentant toujours ,  André  paroiflbit  fort  en 
peine  de  Tannetin ,  ne  fàcgant  ce  qui  pou- 
voit  caufèr  tant  de  rumeur.  .  Mais  enfin 
ayant  envoyé  un  de  fes  domeftiques  ,  fa-* 
voir  certainement  la  caufe  de  ce  tumulte, 
il  lui  rapoxja  que  le  Comte  de  Lavagne 
s'étoit  rendu  maître  de  Gènes  ,  que  là  Re- 
publiqnc  étoit  en  extrême  péril ,  que  Ces 
galères  écoien$  remplies  de  £cs  cnnÉmis  > 


î 


LiVRi  Cinquib'me.  4(fj 
«que  le  peuple  failoit  retentir  par  tput  le 
mot  de  liberté ,  &  le  ijom  de  Jean  Louis  ; 
eue  par  tout  on  rençontroit  des  hommes 
fijrieux  les  armes  à  la  main,  que  cen*é- 
toient  que  plaintes  &  que  gemifTemens 
dans  les  maiibns  des  riches  qu'on  vouloic 
piller  3  qu'on  ne  ypyoitjque  fang  répandu , 
que  morts ,  &  que  carnage  ;  que  par  tout 
on  entendoit  des  outrages  contre  les  npbles, 
&  des  menaces  contre  fa  vie. 
.^  Un  û  effroyable  récit  fàifant  croire  à 
André  que  lachofe  étoit  fans  remède,  il 
refolut  d'attendre  la  violence  de  fçs  enne- 
mis dans  ion  palais,  $c  de  cédera  ceux 
aufquels  il  ne  pouvoit  refîfler.  Mais  fa 
femme  &  fes  domefliques  par  leurs  lar- 
mes ,  par  leurs  prières  ^  &  par  leurs  rai- 
sons ,  le  firent  à  la  fin  relbudrc  à  fe  faire 
porter  par  les  ficnsjufques  dans  la  cour  de 
/on  palais ,  où  i^le  mirent  à  cheval  avec 
bien  de  Tmcommodité.  En  cet  crat  ils  le 
conduifirent  à  Mcazone  qui  efl  ui;i  châteatt 
qui  appartient  à  un  de  mes  parcns  ^  &  de- 
là à  uii  autre  lieu  j  pu  il  apprit  la  mort  de 
Jannetin ,  dont  il  fut  fènfiblement  touché. 
'  Cependant  les  conjurez  avançoient  toû- 
îours  leur  deflein  :  &  comme  cetruit  * 
^e  tumulte  avoit  féveillé  tout  le  monde  , 
fous  les  amis  particuliers  du  Comte  ayant 
fiiii  crier  par  iepeuple^,  vive  le  Comte  d^^ 


470  L*ixtusTfiB  Basba^ 
Lavagne^  écoient  tous  &iccis  Jes  aumesàia 
main  pour  voir  ce  qu«  c'étoic  ,  &  pour  fc 
iranger  auprès  de  lui.  Et  pous  étant  ren« 
coatrés  forcuiceni.eat  couobés  cnTemble 
pjria ,  le  Marquis  Francis  &  moi  -,  nous 
allâmes  auffi  chercher  kCoitit^e*  Nous 
rencontrâmes  à  trente  pas  ^e  mon  logis, 
Girolame  Se  toute  fa  troupjc  qui  le  cher- 
choienc  auffi-bi^n  que  nous.  Tout  le  peu- 
ple qui  fe  rangeait  de  fou  parti  ,  deman- 
doit  à  vpir  ion  libérateur  s  mais  quoi  qu'on 
entendît  crier  par  tout ,  vive  leComtedc 
Lavagne  ,  Se  qu'on  en  denoandât  desnou- 
v-eiles  à  tout  le  monde ,  peribcne  ne  rc- 
ppndoij:  jrien.  Ce  fileace  tiows  fit  craindre 
quelque  funeftefuccès.  Il  ne  iît  paurtaut 
pas  changejr  le  deirein  de  p^Mriutvre  une 
vidkoire  qui  par:iilïoit  fi  certaiflcu  Girola- 
me laiila  une  garde  fufti&nté.aitx  jpoites, 
&  envoya  Ottob:>no  prendxie  le  ifoin  des 
galères,  en  casque  fonfirere  c'y  fit  pas. 
Xe  M arqujs  François  le  fmvit,  J&c  je  fus 
avec  Circdaexke  qui  étant  feulement  ac- 
compagné de  deux  cens  fiddats ,  ie  mit , 
comme  il  avait  ccié  refolu  ♦  À  jcpurir  tou- 
tes les  rues  de  Qçnts  ^  en  tâohaiit  par  Ses 
^fcouxs&parre^efance 4e  la /liberté  ; 
4e  faire  fb&lever  tout  JepfMpk.  <^ïqeie 
le  «Comte  ne  parut  potot^  'chatcun  mu  laiP 
&ic  pa$  dç.re.ciéd%rex  en  dociitodaoi 


Lï^n^x  fC I N Qj[f I E Ve,     47J 

cropreffemjSDt  où  iléroit.  La  vil!ecçf>e*- 
dant  écoic  en  une  <onfUiJon  Sç  %mc  coiîfteï- 
nation  générale  :  touî;  le  monde  ccjjrait 
dans  les  rues  ^  hm  /avoir  où  il  bUqjc  t  m^t 
Je  monde  ic  demandoit  hs  nae  au;x  ftUQroô* 
ce  qqi  ca^ufoic  cet  ei&oyable  mmi^lie  fààs 
.  fa  voir  q\M^{k  Hpofiixç  :  les  fownes  ipar 
les  fenêtriesau  iniAieuides  cris ,  desplaia- 

'  ce^î ,  &  djcs  geTOliewens  qu'elles  faifQicnta 
appelloieBC  leurs  .maris,  leurs  frères^  & 
leuf s  «nfan$.  hts  iiobtes  len  un  tëérordrcfi 
grand  ,  •euflent  bhn  voulu  peur  l'imer'èt 

;  puWix:  fç  rendis  ^u  palais  ,  afin  d'avifei: 
enfcmble,àicèq»'oo  |)Qux:riDir  feire  :  maiis 
leur  iiitcrêcpariticulicr  les  ^cn  ^onipêchoit  :^ 
&  la  crainte  que  leurs  maifbns  ne  fixUtut 
pillées  en  leur  abfence  les  y  ret^enoit 

L'Ambailadeur  de  PEm|>ereur  fwrf x& 
de  cet  accident  imprévu  ,  fux  fur  Le  point 
de  forcir  d^enes  :  de  crainte  que  la^per- 
/onne  du  Prince  à  qui  il  ^tpit ,  nt  fut 'Ou- 
tragée en  la  /î.enne  :  n^ais  enfin  après  s'ètM 

,  fait  accompagner.,  il refolut de  vmtfeid- 
der  la  choie ,  &  jfelon  Jesocraifious ,  <te 
prentlrc  le  f ftrtx  qui  feroit  le  plus  avancî^ 
^eux  ài/bo^maatrsc,  H  alla  au  Palais^  où 
jl-trouya  le  Cardinal  Doria.&  qvielqucs 
autres  qui  ronCalooient  avtecJ^Senatdbût 
Nicobf  raucoiétcâtle  chef,  ui  ayant  poiiofc 
éi^  DiiâCfms  kixs*  ils  tcMua^&iatqut  Bsiini* 


47^       L'iiitTSTRi  Bassa. 
£ice  Lomcllin  un  des  Pallavicins  ,  &  An- 
toine CaJvo  avec  l'Enleigne  de  la  garde 
&  cinquante  fbidats ,  ifoient  défendre  la 
poire  de  faine  Thomas.  Mais  ayant  ren- 
contré en  chemin  la  troupe  où  i)0us  étions 
jJs  furent  contraints  de  fe  retirer  à  Ja  mai* 
ion  d'un  de  leurs  amis  :  ce  ne  fut  pas  tou« 
tesfbis  fans  laifler  quelques-uns  de  Jeun 
gens'priibnniers.  D'autres  voulurent  aller 
avec  grande  viteffe  par  une  autre  rue  à  la 
même  porte ,  pour  apprendre  des  nouvel- 
les d'André  :  mais  la  trouvant  bien  gardée^ 
&  Lomellin  ayant  été  fait  prifônnier,  ils 
fuirent  avec  beaucoup  de  précipjtadon , 
*  dont  les  nôtres  eurent  tant  de  joy  e ,  que 
.ce  prifonnier  leur  échappa. 

On  ne  fàvoit  point  encore  où  éioit  le 

Comte  :   ceux  qui  accompagnoient  Giro- 

lame ,  penfbient  qu'il  fut  au  port  :  ceux  du 

£ort  a  voient  crû  qu'illes  a  voif  quitté  pour 

ie  rendre  avec  Ces  frères  :  Ottobono  ne  l'y 

trouvant  point ,  penia  qu'il  feroit  allé  vi- 

'fitçr  les  portes,  où  peut-être  au  palais  de 

Doxia.    Ceux  des    portes  croyoient  qu'il 

étoit  dans  la  ville  :  enfin  tout  le  monde 

pcn/bit  différemment  fur  ce  qui  lui  pou- 

voit  être  arrivé.  Entre  tous  les  autres  , 

Baptifte  Verrin  comme  ayant  le  plus  de 

part  en  l'entreprife ,  étoit  le  plus  empreflfé 

•a  le  dcniaûder.  U  voyoitia  cBofe  h  bien 

conduite  ^ 


i: 


LiVRfi    CinquiîVe.     47J 
conduite  i  &  la  vidoire  fî  certaine ,  qu'iL 
defelperoit  de  ne  voir  point  le  Comte. 
Les  portes  delà  ville  &  le  port  étoient  à' 
eux ,  le  peuple  les  favoriibit ,  la  ville  étoit 
'entièrement  fans  défenfè ,  leJ nobles  fem- 
bloient  ne  vouloir  s'oppofer  à  rien  ;  le  Sç- 
xwtt  n*avoit  point  de  Duc  j  André  avoic  • 
Mris  la  fuite^  &  laille  le  champ  de  batail- 
e  à  Ces  ennemis  y  Jannetin  étoit  mort  : 
enfin  il  ne  falloit  plus  finon  que  le  Comte 
fe  montrât  aupleuple,  pour  en  recevoir  le 
ferment  de  fidélité. 

Mais  tous  les  loins  de  Verrin  étdîent  înu« 
tiks  :  n*apprcnan:  donc  aucune  nouvelles 
dfi  lui ,  &  voyant  l'entreprife  ruinée  s'il 
rie  paroiflôit ,  il  fe  retira  defefperé  à  la  ga^ 
-1ère  :  afin  que  fi  le  Comte  venoit ,  illui 
^flurât  toujours  le  port  qui  étoit  une  cho- 
ie d'une  extrême  importance  :  &  que  fi 
r^ntreprife  fe  ruinoitpar  ion  abfence  ,  il 
«ût  le  moyen  de  fiiïr  à  Marfeille;  Cette 
refolution  fut  malheureufe  à  Girolame  : 
parce  que  les  conjurez  ne  vijrant  plus  ni 
le  Comte  qui  étoit.  leur  chef ,  ni  Bâptifte 
Verrin  qui  avoit  toujours  été  le  principal 
agent  de  la  conjuration  ,  ne  fe  noient  pas- 
tout-à-fait  à  la  conduite  de  Girolame,  qui 
étant  fort  jeune  &  d'humeur  fort  altiere, 
cGCnduifôit  les  choies  avec  plus  d'impetuo- 
iité  que  de  prudence.  Ils  le  fuivoient  pour-»^ 


474      l'il  tUSTRE   1&A  s  9  a; 

tant  dans  l'e/perance  que  le  Comte  parok 
titôt bien-tôt: mais  cen'éccntpas  avec  cette 
coi^Qce^  qui  fait  qu'on  abandonne  fa  vît 
fans  inquiétude  ^  &  qu'on  obéît  ians  répu- 
gnance à  un  dief  qu'on  eftime^dont  oh  con* 
noît  la.  prudence  de  la  vateux  ^  &  qui  fait 
qu'on  ne  £s  referve  que  le  foin  de  com- 
battre Se  d'obéir.  Au  contraire  ^  la  plihi 
part  conunençoient  de  murmurer  emrt 
eux:  quelques-uns mên% fbngeoiem dqa 
à>  chercher  une  occafion  de  fer  étirer  3  ou 
du  moins  d'aller  s'Informer  en  quel  lieiL 
•coït  te  Comte.  D^aiitre  part  ^  le  Sénat  ne 
fitcbant   quelle  tefblution  prendre  ,  Se 
ocoyantles  afFaices  entièrement  déplorée^ 
pria  le  Cardinal .Doria.  Se  quelqu'autrcs  ^ 
dl'aller  trouver  le  Comte  de  Lavagne^  ce 
qufilaccepta^àCabard:  mais  quelques-uns 
iiii  aysiM  coafdUé  de  n'expofer  point  (a 
dîgpicé  imx  imiblênces  d'un  peuple  en  fu« 
tmw  j  il  a'e&  retourna  :  Sl  le  Sénat  dé- 
pucct^pottifereêsne^^fet  £x  gentilsliomroer 
cir  qualité,  aftie^  ordre  de  ^voîrda  Corn-* 
t«  cequ'iLdefiioic. 

D«ns  lemone  temsqueles'députffs  for* 
c&iem  du  pa^tai^:  pour  venir  chercher  Im 
itiosnte,  nousi  firmes  ^  Madaiiae  /  la  p)u9 
dépbrablet  av^amnre  qui  ioit  ^amaii  zràf 
rèe.'  C^pùis^ qu'il  f^ut  vous^  dire,  nom 
.<!iiaiheujr  ^  nous  apprimsiS'.  qur  le  Csaxcn 


Livre  CîîîC|tf ï^mi?/  471 
tétant  rejette  à  terre,  comme  je  vous  ai 
dit ,  dedclFus  les  galères  de  Doria  ,  pour 
aller  à  la  Capitane ,  dont  il  Ce  vouloit  â  A 
fûrer ,  en  pailant  fur  une  planche  qui  por- 
»coît  d'un  bout  à  terre,  &  de  l'autre  fur  la 

Êetite  échelle  qui  eft  proche  de  la  poupe , 
K  galère  ayant  un  peu  reirilùé  ,  fit  que  la 
planche  n'ayant  pltï^  de  pfife,  tomba  & 
fit  tomber  le  Cortfte  dans  l'aii ,  qui  étant 
«mé  de  toutes  piéces>  île  put  fe  dégager  : 
&  CCS  mêmes  arrhes  qu'il  avoit  pf ilespour 
conferver  fa  vie,  faretit  la  câufe  de  f4 
mort.  Gar  fans  cela  il  tOrtîbâ  fi  près  du 
bord ,  qtï'il  eût  été  impôffible;  qu'il  fe  fiât 
noyé.  Le  tumulte  Ôt  Tobfcurlté  contribue^ 
rem  auffi  beaucoup  à  fa  perte  qui  ne  fiiC 
Vue  d'aucun  des  ficris,ce  qui  fut  càufe  qu'- 
elle ne  fut  pas  publiée  fi^tôcNous  ne  la  fu- 
mes certainement,  que  parle  Marquis 
François,  qtri  étant  allé,  comme  je  vous 
^i  dit,  avec  Ottobono,  ôcdeiftaridant par- 
tout où  étoit  le  Comte ,  delix:  Matelots  de 
la  Capitane  qui  l'avoient  vu  tomber  &  en- 
tendu fa  voix  qu'ils  connoiiTbit*nt ,  extrc- 
èiement ,  comme  i'^ayant  fervi  autrefois  j 
l'affîirer'ent  qu'il  étoit  rtiort  :  ce  qu'ayant 
dppris  avc'd  nnef  dculetir  extrême ,  il  crut 
à  prt)pos  de  venir  nous  retrouver,  &  d'en 
avertir  Girolame  :  car  pour  Ottobono  il 
i^avoit  perdu  dans  la  preflTer 

R 1 1 1. 


47^^      l'i%Lt7STRE    Bas  S  A. 

Il  partit  donc  àl'heuremêmc  pournouî 
venir  aruionccr  cette  funefte.DOUv elle  : 
mais  ayant  rencontre  à  ce  qu'il  nous  dit , 
un  grand  nombre  de  gens  armez  qui  for- 
toit  de  vôtre  palais ,  dent  lapcrte  ctok  en- 
foncée ,  il  s'arrêta  pour  apprendre  ce  que 
C'étoit  :  Se  lui  ayant  lêmblé  d[e  reconnoî- 
tre  la  voix  d'Emilie  qu'on  enlcvoic  ,  il  les . 
pouriuivit  en  combattant  jufques  au  portr 
Ifabelle  fe  (buvint  alors  de  fbn  enlevé- . 
tnent  :  Se  interrompant  Alphonfc  ,  voilà, 
^it-clle  à  Emilie  >  cequenous^ne  pou- 
rrions comprendre ,  &  la  véritable  caufc 
•de  ce  déCordie  ef&oyable  dont  jcpenfbis 
ctre  le  fujet.  Alors  elle  raconta  conwne 
elle  avoit  été  enlevée  :  &  après  avoir^e- 
tnercié  le  Marquis  du  fecours  qu'il  avoit 
^oulu  lui  donner,  j&  demandé  pardon  ^  la 
Compagnie  de  ce  qu'e'le  avoit  interrompu 
le  récit  d'Alphonie  ,  il  reprit  fon  diicours 
^e  cette  forte. 

'  Xe  Marquis  François  ayant  donc  été  af^ 
lez  longtems  à  pourfuivre  ceux  qui  vous 
^nJevoient ,  cela  fut  caufe  que  nousnefii- 
hits  la  déplorable  mort  du  Comte  ,  qug 
jors  qu'il  ne  manquoit  plus  que  Taprefen- 
te  pour  achever  d'emporter  la  vicftoire. 
■'Ecpgess  3  Madame,  fi  on  peut  douter  de 
terte  vérité  >puiique  le  Comte  étant  mort 
^pefqut  au  commencement  de  l'exécution 


-L I  y  R  2  C  IN.  Q^  ï  î'm  É.    477 . 

on  peut  dire  que  fon  nom  feulement  a  voie 
fait  vaincre  tous  Cqs  amis.  S'il  eut  vécu  , 
la  chofe  .auroit  eu  tout  un  autr«  fucccs. 
Pour  moi  je  vous  avoiie  que  je  ne  me  con* 
folerai  )amais  de  cette  mort  :  fi  l'entre- 
prifè  eut  mal  fuecedé  ,  que  quelqu'un  des 
conjurez  l'eût  trahi  y  que  le  peuple  l'eût 
abandonné  v  que  les  nobks  lui  eiMent  re- 
^fifté  'f  que  Jannetin  l'eût  vaincu  ;  je  dirois 
ce  iont  des  chofes  ordinaires,  ce  font  des 
cvenemens  dont  on  trouve  des  expmples^ 
Mais  de  voirunhommede  vingt-deux  arts, 
le  plus  beau,  le  mieux  fait ,  le  plus  coura- 
geux ,  le  plus  adroit ,  le  plus  rempli  d'cf^ 
prit,  &  le  plus  généreux  j  le  voir  ,  après 
avoir  tramé- un  fi  grand  delfein  ,  trompé 
André  Doria  ,  abusé  toute  la  République  f 
être  arri  vénon  feulement  au  point  de  l'exé- 
cution  ,  mais  avoir  exécuté  la  cfcofe  5  après 
toutes  ces  chofes ,  m'imaginer  cet  excel- 
lent homme  tomber  d'une  planche  ,  Ce 
noyer  à  trois  pas  du  bord  dans  quatre  pieds 
de  fange  ;  c'cû  un  objet  qui  m'accable^ 
Pour  vous  témoigner  que  le  Copite  feul 
tenoit  la  v ivoire  en  fcs  mains ,  je  n'ai  qu'à 
Xousdire  la  fin  de  c€tte  rcntrcprife.  Le 
Marquis  François  n'eut  pas  plutôt  appris 
àGirolame  la  m,ort  de. fon  frère, que  les  dé- 
putez du  Sénat  parurent.  D'abord  quel- 
ques-uns voulurent  les  attaquer  j  nean- 


4>8*  L*it  LUSTRÉ  Bas  SA. 
moins  ce  tumulte  s'étant  appaisé  ,  un  des 
députez  s'avança  ^  &  demanda  àGirolame 
où  étoit  le  G)mte ,  pour  lui  dire  ce  que  le 
Sénat  lui  a  voit  ordonné.  Girolame  furpris 
de  cette  demande ,  &  poulie  d'un  fcnei- 
ihent  d'ambition  ,  répondit  bru/îjuement 
&  inconfiderement  qu'il  ne  fklloit  point 
chercher  d'autre  Comte  de  Lavagne  :  que 
lui  fcul  l'ctoit ,  &  qu'à  lui  feulement  ils 
dévoient  remettre  le  palais ,  ce  qu'il  leur 
ordonnoit  de  faire  ^n  diligence. 

Cette  réponfe  imprudente  ayant  fait 
Connoître  aux  députez  que  que  le  Comte 
étoit  mort,  ils  fe  retirèrent  pour  avenir 
le  Sénat  da  changement  des  chofes  parla 
mort  du  Comte.  Cette  nouvelle  lut  redon* 
Ma  du  cOEiir  :  &  à  l'heure  même  il  com- 
manda à  douze  des  principaux  de  ceux 
qui  s'étoient  rendus  au  palais  ,  d«  foire  ar- 
mer àut^t  de  peuple  qu'ils  pdurroient  : 
fifc  que  fe  joignant  à  ceux  de  la  garde  or- 
dinaire 3  ils  filfent  tous  leurs  cfrorts  pouf 
chafler  les  conjurez  hors  de  h  ville,  ou 
pour  les  défaire  entienemeût.  Mais  il  ne' 
m  pus  bcfbin  dé  combatte  pcAit  les  met* 
mettre  en  fuite*:  ils  avôient  été  tous  Vâfiv- 
eus  par  la  mort  du  Comte^  qui  étant  pu-* 
Hiée  par  tout ,  mit  uft  même  defleindans' 
le  coeur  de  tous  ceux  qui  s'étoient  armez 
pmi  lui.  fit  comme  la  p0ime  du  jour  stj^ 


Livre  GiNQjtT-iE'Mf,  47J 
prochoit  3  ils  ne  voulurent  point  qu*on  pût 
-  îire  les  avoir  vus  les  armes  à  la  main  con^» 
tre  leurs  citoyens.  Ils commencerenr donc 
à  fe  retirer.  Ceux  qui  avoient  pris  des  ar- 
mes au  palais  du  Comte  les  laiÔoient  dans 
les  rues  ,  de  peur  que  fi  on  venoit  à  cher- 
cher dans  leurs  maiions^  on  ne  les  pût  con^ 
vaincre  d'avoir  été  du  nombre  des  revol* 
tez  :  &  ceux  au  contraire  qui  en  avoien( 
pris  chez  eux  les  y  reportoient ,  de  crain^ 
te  que  les  laifiant  dans  les  rues ,  on  ne  pût 
les  accufer  de  s'en  être  fervis  en  cette  oc* 
cafion.  Nous  ne  paillons  pas  un  coin  d€ 
rue  ,  qu'il  ne  nous  en  coûtât  plus  de  tren- 
te fbldats  :  quelques-uns  Te  retiroient  dou-t 
cernent  ^  les  autres  couroient  de  toutes 
leurs  forces  :  &  enfin  ceux  qui  gardaient 
les  portes  les  abandonnèrent.  La  choie 
alla  de  telle  "Ibrte  que  iorique  Girolatnc 
arriva  devant  l'Eglife  de  faint  Laurent 
afiTez  proche  du  palais  ^11  étoit  preiques 
XcuL 

/  Cependant  le  généreux  Panfa  ayant  ét^ 
mandé  par  le  Sénat  3  qui  connoiilbit  par- 
Virement  la  vertu  de  cet  excdlent  hom- 
me :  il  fut  parler  ave<:  tant  (Taifedlion  , 
qu'il  fit  changipit  l^ordie  qu'on  avoir  donné 
de  combattre  Gi&AAm€\  ^  en  celui  de  lui 
proposer  de  iortird&Genes^de  fe  retirer 
a  MontoUa  qnii^éiok  à  k^>  ôc  qu'à  ià  co% 


4Sd      L'itLcsTRE   Bas»  A. 
fidcratKHi  on  paxdonncroit  à  tous  les  coff* 
jurc2,  pouTTu  qu'ib  dcmcuralTciit  dans  h 
Ville.  Panfa  (uc  celui  qu'on  choiiîc  pouf 
£ure  cette  proportion  ,  qui  fut  acceptée 
Bc  execacée  à  fheure  même.    De  ione 
que  la  pointe  du  four  arcivant ,  on  eut  die 
que  le  lâng  qu'on  voyoit  répandu  dans  les 
rues  ;  que  les  corps  de  ceux  qu'on  avoit 
tuez  ;  que  les  maiions  qu'on  avoit  en(ba« 
cées  ;  &  tant  d'autres  defbrdres  dont  on 
voyoit  les  marques  y  avoient  tous  été  faits 
par  une  main  iuvifible.  Il  ne  paroifloit  au- 
cuns ennemis  y  tous  les  artiians  étoient 
dans  leurs  boutiques. 
'  Gcnes  ne  fut  janmis  en  use  plus  grande 
tranquillité  y  du  moins  à  ce  que  l'on  nous  a 
dit.  Car  pour  nous  3  aufli-tôt  que  nous  &- 
mes  la  mort  du  Comte ,  nous  allâmes  à  ion 
palais  pour  ll^uver  fa  chère  Ceonora.  L'in- 
térêt cic  Sophrortie  y  fit  aller  Doria  avec 
une  promptitude  extrême:  &  quoi  qu'il 
fit  parent  de  Tannetîn,  comme  il  nei'a- 
voît  jamais  aimé  ^  &  qu'il  ayoit  été  aiFe^» 
maltraité  d'André,  ion  amour  ne  trouva 
p^s  un  puiiiànt  obflacle  à  vaihcre.  Le  Mar- 
quis François  y  fut  poufTé  de  fa  propre  gc* 
nerofîté ,  &  moi  du  defir  de  fervir  le 
Comte  en  la  perfbnne  de  Leonora.  Lbrs 
que  nous  lailÙmes  Girolame,  il  avoit  en^ 
tore  quelques  ipldats  ^  de  ^te  que  le 

croyant 


tfoyant  le  pkis  en  surece  y  nous  allân>ç$ 
Au  palais  du  Comte  3  où  nous  craignions 
que  l'on  ne  fît  quelque  violence.  Nous 
trouvâmes  Horace  qui  y  entroit  comme 
ïious  ,  &  en  mcm.e-t:ems  un  Gentilhomrnç 
d'Qttobpno  qui  après  avoir  lu  la  mortfde 
iipn  frère,  s'étoit  mis  avec  Baptifte  Verrin> 
Raphaël  Saccq,  5^  Vincent  Calcagne^ 
dans  la  galère  du  Comte  pour  s'entuir  : 
mais  lui  étant  venu  un  fentiment  de  cpmr 
paflîon  pour  J^eonora  ,  il  enyoyoit  ce 
Gentilhomme  lui  dire  qu'elle  ie  ïït  ^fçor- 
ter  par  quelqu'un  >  4^  fe  rendît  au  port 
pùui:  fè  fauver  avec  lui. 

Nous  îétant  donc  rencontrez  tous  à  la 
fois  >  nous  trouvâmes  Sophronie  qui  ayanf 
iu  que  nous  étions  entrez  ,  étcit  venue  ai^ 
devant  de  nous  ,.  &  avoit  la^ifle  Leonor^ 
fur  (on  Ht  :  s'imaginant  bien  que  pgj;t-être 
aurions-nous  q^elque  funefte  nouvelle  à 
.dire,  qu'il  ne  feroit  pasà  propos  de  lui 
^ire  fa  voir.  Elle  connut  bien-tôt  par  nô- 
jtre  .viiag^ ,  le,  malheur  qui  nous  é^oit  arr 
fivf  /  mais  n'étant  pas  en^untçjijpjprpprç 
^'le>  plaindre ,  nous  arfetâmes  nos  laripe^ 
&^  ies  fanelots  :  &  lui^  faifant  Voir;  Tétat 
flBjS.ehjofes,  nous  lui|rp|)rerentâme^/5U'^ 
Jic  falloit  pas  laiiTej^outjra^er  t  Çopp^te  cji 
a  jperlibnne  deLeonoora  :,  que  la  perte  fe,- 
Xpit  indubitable  .  fi  elle  reiloit  plu^  lonef 


4^1  L*iLiiirTite  BASf  Ai 
cctns  dans  ce  palais  :  qnelepeupieyviâl^ 
dnk  peue-dtie  ractue  le  fra  :  ou  ^pie  le 
Soiar  le  feroit  pear-ecre  rafèr  :  qu'enfin  il 
était  ï  propos  <f éviter  par  la  fuite  des  oa* 
Irages  pires  oue  la  mort,  (^e  Jules  Gbo 
Ion  frère  aine  les  haïâoit  cous  :  qu'il  lui 
(ctcit  glorieux  de  s^etr e  retirée  avec  m 
firere  de  ùm  mari  :  &  pour  cotiçlùficm  cpe 
c'ctoit  it  elle  à  perfoader  à  Leonoia  de 
prendre  cette rctohmon.  QuepournoBS> 
ixHis  lui  prpteâions  de  (ûivie  Jut  iortune  : 
que  la  mère  du  Comte  quoi  que  cau(ê  de 
la  pêne ,  devoit  pourtant  ètic  mile  en  lieu 
de  sûreté  pour  lagloiredeibn  fils  :  depeof 
^'on  ne  fe  portât  à  qud^e  violence  ex« 
traordinaire  contr'elle.  Sppfaronie  ajrant 
fève  quelque  tems ,  nous  dit  qu'elle  neju- 


que 

lui  ddùnbit  un  fi  violent  défefpoir^  qu^il  fe* 
toit  abfblument  impoffible  de  |a  faire  refûu* 
dfe  à  ce  qu'ils  vpuloient'^  quand  eBç  m 
ïeroit  afiîuréi^.  Doria  ayant  entendu  cette 
objeâion ,  dit  qu'il  falloit  tromper  Lcono* 
ira ,  ôc  lui  dire  feulement  que  rentrepri/è 
du  Comte  ayant  mal  fuccedé^  il  s'étoit  re« 
tiré  dans  ia  galère  ,  où  il  lui  commandoit 
de  A?  rendre  ^  nous  envoyant  vers  ellç  pQur 
Vy  conduire  :  6c  que  de  peur  qu'elle  ne 


w^mw^^^^-'^- 


wht  à  favoir  la  vérité  de  la  çhofc  >  il  fal- 
[oit  suffi  tromper  la  mère  cle  la  même  for« 
te.    Cet  avis  ayant  fèmblé  le  meilleur 
qu'on  put  prendre  3  nous  entrâmes  dans  la 
chamoire  de  Lepnora  ^  qui  ne  nous  vit  pas 
plutôt  qu'etie  ù  leva ,  Sç  nous  demanda 
((hin  vi&ge  tmit- étonné  &  les  larmes  aux 
yeux  ;  fi  le  Comte étoit  mor(?  nous  luire-» 
pondîmes  ce  que  nous  avions  refblu  :  &  lui 
xlifant  la  choAi  avec  le  plus  decirconftan* 
ces  que  nous  pûmes  pour  la  rçndre  plus 
vraifeii^blable  ;   nous  fîno^ç  tant  qu'elle 
fious  crut^&fexefblutconflammenta  la 

NousnetroQvâmespasla  même  fkcili« 
té  4ans  la  mère  du  Comte  «quoi  ^  nous  dit-* 
jdle  y  celui  qui  nf  a  promis  ât  vaincre  od 
ée  moyrit  fe  prépare  à  la  fuite  1  Ali  lâche 
Se  inconfideré ,  $*écria-t'eMe  ,  )*irai  té 
trouver ,  fioopas  pourrir  avec  toi  ^  mais 
pour  t'oÛiger  encore  une  feis  à  combattre: 
&  fi  )e  né  le  puîs  ^  f  aurai  au  moins  la  far- 
ll^Paâion  de  te  reprocJi€;r  ton  peu  de  cou« 
tage.  Gela  dit  y  elle  niarcfiala  premipre^ 
"ifc  je'Pi'àvanç^i  ppuHui:  aijter.  d<H>itifbnie 
çritî  une  petite  cafettc  ç&iôdchtites  pier- 
reries de  -ftfœttr  à  qui  1^  lïârguis  Fraii- 
^  ns  aida  à  marcher  :  Doria  dbnna.la  maiii 
a  Sophronie  :  pour  Horace  il  fuivoît  Tettî^ 
ayant  beaucoup  de  douleur  d'abandonnex 


4^4      V^xLtr^TRC   BassjL 
Hippolice.  Mais  la  fortune  qui  voulut  le 
fàvorifer  »  fit  qo^anc  arrivez  devant  le. 
logis  de  Doria ,  nous  entendîmes  venir  des 
gens  avec  une  extrême  précipitation ,  qd 
laiis  douce  écoienc  de  ceuxqui  s'enfyyoient^ 
i^ous  trouvant  donc  en  uq  liest  fi  çommo* 
de  pour  les  laiiler  palTer  ^  nous  entrâmes 
ctvez  Doria  :  de  comme  Hippolite  avoit 
une  inquiétude  extrême  pour  (on  frère  te 
pour  (on  amant  9  elien'entepdit  pas  plutôt 
ta  voix  de  tous  les  deux ,  mêlée  à  celles  de 
quelques  femmes  j  qu'elle  d^Hrendit  :  8c 
nous  reconnoiflant  tpus  j   Se  fâchant  le 
delTein  que  nous  avions  ;  quoi  3  dit-çUe  è 
£bn  frère  y  vous  m'abandonnez  !  Ma  /œur 
lui  dit- il ,  )c  ne  vous  abandonne  pas  ^  mais 
l'amour  Sç'lsi  fortune  m'arrachent  d'au-* 
près  de  vous.    Il  n'y  avoit  pa^  long-tems 
que  la  mère  d'Hippolite'écpit  morte,  fi 
bien  que  n'ayant  rien  qui  la  pût  retenir  à 
Gènes  'y  &c  même  ne  facliant  pas  trop  bien 
que  devenir ,  elle  fefervit  de  toutes  c^ 
raifbns  pour  perfiiadçr  k  ipn  frère  de  1^ 
permettre  4ç  i^c  l'abandopner  pas  ^  ou.pout 
J)arleif  plus  y^ritafclpment;,  de  nç  iqui(ter 

jasHoïfacp-  j5HP^>4^  4^^|t'^|lÇ  >  vous 
voulez  que  jlt  rcfte  ici  >  afin  qu' And^^é  fè 
vangefifr  hfioi  del'injure  qu'il  croira  avoir 
reçue  <le  vous  !  Etqu'ayantperdu  mamc* 
;^c ,  Se  me  vpyaatjabanfj^p^cc  de  /nop  fre- 


.  Ir  I  V  RE      C  IN  QU  I  I*Mi.         485 

re  ,  )e  demeure  fans  fuppprt  &  fans  con^ 
iblacion  î  Je  ne  vous  demande  pas <jue  vous 
abandqnqiez  Soph^onie  ,  mais  que  vous 
mjè  permettiez  de^la.  luivre.  Hyppolite 
difbît  cçs  chofes  avec  tant  de  douleur  que 
tout  Ig  moride  en'  éjoititôuche.  Et  comme 
.Horace  prioit  Sp^hronie  dob%er.Doria 
.d'y  confentir,  Dofiaembraflaia  four  avec 
^e^ucpup  di'affeékiôn:^  &?lui  ditqpUl  étoit 
jfavijdei^geneçQÛté.:  i  o   ?  -   ,        ,     .1 
,    ^iiîppoiite  ayanç  pbt.eÀti  ce  iqu.efte  Ibu^ 
Tiâitbit,  &  toute  U,u^;tu^en'cmendaiit  plus 
.paflTeii^pçjrfonne  5  oous  reprîm  eHe  chemin 
Mu  {^xt^pùnous^arri Vaines  fans  obftaclé. 
XeGenrilbommed^Ottcboho  nous  conduis 
^iît  à  la  galère  du  Comte  oj4  nous  fumes  fci- 
xûs.:  onmit'Leonora  dàns-là  chambre:  dé 
Ippupe  ,lui;4ii^ntque  Iç  Comte  l^iroit  troit* 
]yef..X,a  mère  qui  n'^lloît  pas  Jà  pour  par- 
tir ,  demandoit  à  tout  le  monde  où  étoit  le 
Comte.  Je  m'approchai  d'elle  ,  &  lui  dis 
.qufelJe  le  faurpit  en  peu  de  ten^iSf  Cepert- 
"jlarit  nous ijie  fumes  pas  plutô;!;  entfeîiiquc 
npus  '  proposâmes  d'al]er  y çr%  Girolajne  * 
fpour  l^oblig^r  :à  fe  fa^jver  par  ^^çjDte.vpyj^^ 
'niais  Bapi;ifte  V'errin  fansupus  écouter;, 
com  m  aiîdà  qu'on  prît  la  route  de  M  ar fei J» 
le  V  fit;  donner  je  fign^Lderamer^  ôf  dCout^ 
la  Çhiûrme  giflant  d'un,  cpuç  i.la  gplejç 


éfi6  L'ritufTRS  Bas  SA» 
cure  ïihtc  à  àcs  Turcs  qui  avoiem  quftté 
un  Yaiileau xjufîis  avoiem  j  Ôc  pris  une  ga^ 
1ère  de  Doria  qu'on  nemmoit  H  Tempes 
rance.  Ils  aUeicnc  de  cette  ibice^  fans  que 
4tH%  galere^^o^  eurêka  après^  le  kndé- 
main  ,  le  ^uâ<^t)aiilais  rejoindre  :  &  voiKs 
avec  eox  >  Macbutfe  »  comme  vous  mm 
l'avez  appfi&r  Là  plupart  des  forçats  ayant 
jom^  leurs  fi»s>dérol>erent  toutes  les  ar- 
ômes y  8c  tout  ce  qu'ikpàifént  prendre  :  6c 
uTeà  aflaht  ^  >ou8f^em  ÇÊnlédt  la  Hi^ité  qut 
ie  Comte  srvdttOQlu  s'acquérir. 

Nous  étions!  cepend^ite  >  Madame  >  dads 
la  galère  de  cet  illuftre  infortuné  :  mais 
avec  taiK  de  douleur  ,  que  jamais,  voyage 
aTeut  un  commencement  E  triifte.  fiaptifte 
Tarrin  defcipefioît  de  voit  fon  entteprifc 
«ompuë  y  Vinctnt  Caka^e  lui  reprochait 
iM'ik  étxÂt  caufe  de  tout  ce  malheur  y  Rà- 
]^aël  Sacco  le  r^pentdit  d'avoir  coiifeiltè 
lin  fi  funeflt  deflem  ;  Se  Ottobono  fans  té^ 
foûgnei  As^ntimens  >  demeuroit  dans 
un  &e»ce  qui  ne  noos  permettoit  pas  de 
les  coâÀoi^re.  Pour  nous  autres^  bien  que 
tam$  euffiâns  tous  der  malheurs  qui  nous 
regardoi^it  ^verlemetit^  l!a  mort  Ai 
Ctaite  éttîpon^t  toos  m$  autres  lentf- 
»ens  :  &  fa  perte  en  cette  occafbn  faî- 
fm  e^âée  B6t#e  âdùkùt.  ledfiiora  ûe  U 

^mpiiat^^  fyxm  que  la  galère  s*^ 


Il  VÊLE     CiNQUXB'MI.       4^7 

loîgtxût  du  porc  y  pr elfa  Sophronie,  dé  lui 
apprendre  k  fort  de  &n  mari  s  &  voyant 
^e  fa  ioeur  ne  loi  répondoic.p^s  précisé^ 
Avent^  elle  connut  d'eUe^ïneme  ^e  mat- 
Jiéurqailmétoicarriyé*  Nqiè  èntrâmes.a-' 
ïôrstous  dïïm  &  ciiiandnrexn^  tr^me-tsm^f 
^  con»^  eue  iie  le  vit  point  paiànt  m^s, 
elle  fit  un gFând cri  ; iln';eiT &m plusâo}^ 
itïg  ditHe&b,-k Comte eft moi» :1c Com- 
pte eft  mort  t  r^pm^  met e  avec  beauf. 
•iîocrp  de  preéi^âcatioii  |  oây.  ^  Ailidamd  , 
^pbaffuivit  Vinrent  Gâikagne ,  qui  étok 
'^larêmcment  toEcM  de  cette  pette  ;  âc 
ifiort  par  voi  commandemens»   Vous  lui 
avez  Ordonné  de  vaàscre  ou  de  mourir  >  il 
a  fait  tous  les  Aeùx  ,  Madame  5  car  il  eft 
'snort  après  la  mort  de  £>n  erfbemL  Nous 
fônries  bien  fichez  que  cet  homme  eiit  dit 
]»  elù^fe  fi  brui^uemetit  devant  l'inforti^ 
Me  Léoiiora  ^  ^  ne  poiirant  fuppoTteir 
tant  de  dcHileutÉ  à>  k  kis^  sriévanôiiit  enctt 
les  bras  de  JK^Iârô^.  Pmt  la  mère  du 
Comte  3  elhf  tmht  éÀ  xjm  r^e  qûron;  n» 
TOUS  fauroît  liépîeïenter  :  fë^  ieâdm^m  ckr 
•^iwefè  ayaik  Ji^^fis  Uuti^hk^cnfhnnmé^ 
elle  dit^  tiDUt  ce  que  la  âontêdi ,  te  coleYe, 
le  têp0fmii  ^  la  rage  &  le  défé^t  pévt^ 
▼ènt  foire  dîré-  QWt)i^s'ééliéitfèHeie*éft 
moi  qui  ai  mis  le  Comte  ckns  fe  tom^è^j, 


488       L'rtttJST'^iE  Bas5A. 
té  ,  je  m'éloigne  d'un  lieu  où  Ton  nie  pOh 
niroic  peuc-ctre  du  crime  que  >'ai  fait  !  Ah 
non  j  non  3  il  fiuc^ue  Ton  me  xenneneaa 
rivage >  que  j'aille  me  faire  déchirer  àun 
peuple  irrité ,  que  je  lui  apprenne  que  je 
Tuis  la  feule  caufè  de  la  conjuration  -y  & 
qtie  perdant  la  vie  par  fa  fureur  ^  je  reçois 
ve  la  punition  que  je  mérite» 
•   Tandis  que  cette  ambitieufe  femme  fc 
-Mpentoit  de  fa  violence  ^&fe  punifibit 
reUevxnême  de  fa.»  propre  faute^  l'iixfqrtu- 
'^léeLeonora  revint  de  fbn  evanoiiiflfèment; 
elle  n'eut  pas  fî-tôt  ouvert  le$  yeua:  >  que 
*fe  tournant  vers  fa  /œur  ,  elle  lui  deman^ 
tdax)ù  étoit  le.  corps  du  G)mte,  &  fa  pria 
Jquè  dît  n)oins  oji  le  lui  laifïat  yoiçi  .Noifâ  ' 
jugeâmes  ^  pour  ne  reriouvellerpasia  dou^ 
Jeuc  une  awtjçefois ,  qu'U  vailoit  mieux  lui 
-dise la  vérité  id^  la  eho/e  3  &  lui  appren- 
dre «ue  s'écant  noyé  3  Ton  corps  n'étoit  pas 
•en  notre  puiflTance.  Cette.derrjiere  cir- 
iconft^nçQ  dm  malhpur.du  Comte  redoubîa 
icncctrçi  l'affliiftion  de  L:Q9n9r^*:  Il  ne  fatloit 
î|)as  fc  dit-elle  d'Une  vçix  lar^uifr^nte  j)  qye 
j'eulFe  du.  moins  k  conibladoiji  d'être  ^en- 
,fermée  en  un  même  tombeau  :  à  peine  eut-* 
..elle  achevjé  ces  mots  y  qtre  paflant  tout 
:dun  coup  d'une  extrémité  à  l'autre  ^elje 
^fe  leva j^ vie c-  viol eçice:,  &■  nou^  ;  ^\^  4? 


L  I  V  R  £    C  I  K  QrU  I  E*»i  Ê.      #8^ 

la  vie  en  cherchant  le  corps  de  ion  cher 
mari.  Et  comme  nous  refiftâftftes  à  Ces  priè- 
res ,  elle  nous  appella  ingrats ,  cruel$  & 
infenfiblesi    Elle  voulut  même  fe  ditfairç 
de  nos  mains  ,  pour  s'aller  jet  ter  dans  lu 
mtr  :  maïs  enfin  Pexcez  de  fa  douleuri& 
fa  foibleire  la  firent  retomber  entrç  les 
bras:  de  Sophronie  >  presque  fans  nul  fçnr 
timent  :  &  depuis  eala  ,  tant  <jue  nous  fa- 
înes iur  la  tnèx  iinoas ne  Tenjteiîdîme^  pl\ti 
Iju'une  feule  fbisi^ui  fut  Je  lendemain  au 
:fciriqu'il  s*élev:a  une^tempêtjB.fi  furiçuf^ 
ijue  nous  ctnmés  faire  naufi^gç.  LeonOîa 
ayant  rémarque  par  les  cris  d^s  Matejots 
.<}ue  nx>us  étions  en  danger  >  témoigna  en 
.recevoir  quelque  coniôlation  r  puis  tpu^ 
liant  les  y  eux  vers  Sophronie  &  vers^Hip* 
'politd^à<}uilairayeuir  d.e.lamoît  qu'âf 
croypient  fî  poche  y  doimcit  d'étranges  in-* 
iquietudes  »  ôe  vous  affligez  pas  ^  leur  dit-» 
elle ,  ]e  fuis  trop  malheureufe  pour  feirc 
naufrage  :  &  la  mort  n*a  garde  dç  me  fer 
courir.; Mais  pm$^nç  vous  ennuyer  poiti 
par  un  fi  fundlerecitvje  vous  dirai  en  ppu 
de  mots  que  la  tempête  rfedoubla.  de  tell^r 
ilbrte  y.  qu^dle  nous  jet  ta  à  Albengue  3  q)i 
Leonide  ayant  une  maison  étoitalïéç.^;! y 
avoit  quelque-  tems.  Npiis  n'eûmes  pas  fi-' 
tôt  jette  l'ajicre^iju'ayant  été  ayeweijji 

csuliieut  d£:fes  €h<u^6s.aaû^^  çllfl^  yisiï 


^9*^  LMltUSTUI    BAS$Aé 

Tîfitev  :  &  prie  tanc  de  pau  à  iears  inftxv 
tilftts  9  que  tbrlque  nous  eSmcs  pris  im 
rideau  à  Al(>engae  ,&  que  nous  nous  re« 
tHtmes  enmejr^  elk  neies  voulue  point 
^tfbatfclomier. 

^  M^isjenc^iQgepsqu^^ii^eâpoînte» 
^re  tcms  de  parlei  die  nècie  départ  d'Aï' 
l^engtie  ^  vous  /aurez  donc  que  lors  que 
nous  V  amvâmes^  Leonora  fe  laiffa  por- 
t€t  6U  l'cB  vùultic  5  &  iàD$»demander  feu* 
lemtnt  oà-MUs  étions  -,  tant  Ion  ame  écoit 
pofledée  pat  la  doukor*  Pour  la  mère  du 
Comte ,  ragitauoD  qpfette  s^oît  donnée 
par  les  cris ,  pai  fc$  plaintes  ,  6c  par  ioA 
repentir  ,  lui  cau£i  une  fièvre  fi  violente^ 
que  refnfant  tontes  fortes  de  remèdes , 
cUe  mourut  en  peu  de  jours  »  Se  pour  ache^ 
▼er  de  Vous  dire  toute  ia  fuite  de  h  con* 
juration  4"  Comte  3  U  £uit  que  vous  ap^ 
preniez  et  que  nous  ^mes  à  Aibencue  o& 
nous  tardâmes  aâez  long-^ems  :  c'eft  quV 
près  que' nous  fumes  panisde  Geo  es,, & 
queGiroIame  k  fût  retiré  à  Moncobio  ^  le 
corps  du  Comte  fiit  retrouvé  i  tout  mort 

Îu'il  écciit  3  il  doûmt  encore  de  k  frayeur 
fds  eiinemis.   Andr^  lie   voulut  poiiic 
qu'oïl  l'exposât  aux  yeux  du  peuple ,  de 
Crainte*  qu'un  fi  déplorable  ob^t  ne  cau« 
iât quelque  sédition  i  de  quel'amitiéqu'o» 
•voî(  pour  lui-] 


j 


r. 


âffcz*  Cependant  Ottobono  prit  nôtie  ga-* 
ère  >  &  nous  lalilk  à  Albengue  ^  pouf  at- 
}er  avec  plus  de  diUgence  à  Marfeille  i 
Baptifte  Verrin  6c  les  ècu%  amis  noul^ 
abandonnèrent  aufli  :  &  s'étaiTtjettédaiî^ 
Monobi©  ,  Je  St^naft  àyàat  éiu  un  Duc,  r^ 
lôltic  dé  ittÉàùet  ïstbdkkytii  qu'il  âtvok 
donnée  à  tous  les  con^re^.  Et  poiar  cet 
leffet  il  cojnfiï^ua  téus  les  biens  du  Coin^, 
$èchLtz  fés  deu»  flores-  jÉebeÙes  à  la  Re-* 
îqué  >  &  eft  iïiif e  ei!tVo^a  Paiiia  jpôut 
luakîer  à  Qiïohojfc  <fc  reiidre  Monfô*- 
h,  ci  il  s'élit  Ibrti^.  Mais  Gir<A^rÈe 
qtti  de  &n  naturel  étoit  Impétueinx  ^  lui 
fépondk  comme  slleàt  voulu  augmenter 
les  ibupçons  qu'on  avoir  de  lui  ^  qu'il  te- 
noie  cette  place  au  nom  d'un  Prince  plus 
l^ufâant  ^rle  Senac  ^  roulant  parler  en 
-cette  occafîon  du  Roi  de  France  ^  à  qui 
rilluftre  famille  des  Comtes  de  Lavagne^ 
atoû)ours*étéfojft  aflFeûionnée,  Cette  ré- 
ponfe  aigrit  les  chofês  d'une  telle  forte, 
qu'en  peu  de  jours  Montobîo  fut  affîegé 
par  Auguftin  Spmola  à  qui  on  donna  cec 
emploi  X  âc  tellement  preiré  que  Baptîffe 
Verrin  coo(cilla  à  Girolamc  de  Ce  rendife 
i  dî/ctetion  ^  ce  qu'il  fit  à  l'heure  même» 
Mais  en  peu  de  jowrs  Baptifte  Verrin  eût 
iiijet  Je  fc  repentir  de  fts  mauvais  coil- 
leik  Aftdré  Doria  ro^am  que  le  Scxan^ 


>^ 


inclinoit  à  la  clémence ,  y  fut  en  per/bn^ 
ne  3  &  parla  avec  tant  de  force ,  qu'il  fit 
çha^nger  l'ordr^^  &  porter  les  cho/ès  à  la 
dernière  violence,  en  les  feifant-  mourir 
ContJ^^  le  fcntinaçnt  pijblicc  Voila  Mada- 
me >  quelle  a  été  la  déploraible,  fbrtuae 
jdu  Comte  :  pour  nous  autres,  Iots  que 
flous  eûmes  pris  un  VaifTeau  à  Albengue, 
&  que  nous  étant  mid  en  mef-,  nous  vou^ 
iumes  prendre  laro^ite.de  Alarfeille ,  nor 
^e  navigation  ne  fut  ,f)as  pl^s  heureufe 
£eçt€  féconde  fois  qyç  1»  prjemiere,;  cat 
a  peine  qous  furfies^  éloignez  :da  port  ^ 
que  la  tempête  recon^m^ça   avec  une 
^telle  violence.,  que  pendant  Cix  jours  Sç 
Sjx  nuits  ,  nous  fumes  toujours  ^ans  la 
croyance  de  f^ire  naufrage.  Enfinjlje  nçal* 
m^  ayant  fuccedé^  ài*<>rage  /  nous  comf 
•jnençâmes  de  fjéçoyyrirja  terre.:  mai» 
nous  fumes  bien  furpris,Jors  que  nôtre 
!^Pilotef  nous  alHira  ,    que    ce  que  nous 
Voyons  étoit  la  Vîlie  de  Maroc.  Notre 
■  Vailfeau  étoit  C  brisé, que aoqsrefolûmes 
.  d'y  aborder  ;  &  ce  deifein  étant  cxe.eute  , 
Je  Roy  de  M^rociious  rdçut  aunjè  mame- 
.xetrcs-ravorabJe. 

Pour  ce  qui  nous  y  eft  arrive  .&-ce  qui 
^ nous  à  conduits  à  Conftantinople ,  je  pen- 
.  fe  qu'il  fera  à  propos  de  remçttrece  f  i^çîc 


fïtcôc  Sophronie  ^  y  ont  plus  de  part  que 
moy.  ^  ce  fera  s*il  yous  plaît  de  leur  bou«» 
che ,  que  yjojis  apprendrez  la  fuite  de  nôr 
tre  fortune.  Ellô  eft  fans  doute  bien  dé* 
plorable«  dit  Ifabelle  ;  iS^  )e  yptis  puis  afTuî» 
rer ,  que  je  n'ay  point  fenti  en  mon  coeur ^ 
ce  mouvement  que  Ton  dit  être  fi  ordi^i 
naire  à  tout  le  monde  :  &  qui  fait  que  ton 
cft  ^n  quelque  feçon  coniolé  de  Ces  pro- 
pres malheur$  ,  jqûand.  on  voit  d'autres 
înfortunez  i  au  contraire  y  fen  ai  fènti 
augmenter  ma  douleur.  Vous  êtes  affez 
genereufe  pour  cela  lui  dit  Sophroni|  i 
mais  ne  plaignez  pas  tant  le  Comte  ^  que 
vous  ne  referviez  quelques  foupîrs  pour 
ma  fœur ,  que  nous  avons  perdue  ,  auffi- 
bien  que  lui  ^  par  le  regret  qu'elle  eut  de 
ia  mort.  La  PrincefTe  redoubla  Ces  plain- 
tes ,  qui  n'euflent  pas  fini  fi  -  tôt ,  fi  un 
Capigibaflî  ne  lui  rut  venu    dire  ,  qu'il 
étoit  tems  de  retourner  au  vieux  Serrail , 
dont  les  portes  fe  fermoient  de  fort  bon- 
ne heure.  Ifabelle  feleva  en  rougifiant, 
&  n'ofànt  néanmoins  faire  aucune  refiC* 
tance  ^  elle  fe  fepara  de  Ces  chères  amies, 
avec  bien  du  dçplaifir  :  leur  promettant 
iTe  les  revenir  voir  le  jour  fuivant.  Elle 
voulut  neantmoins  auparavant ,  condjaira 
ces  trois  belljes  peribnries  4  leur  apparte- 
ment ,  car  elles  n'avoient  point  vouldi 


4f4      X'iLtcrsTRE  Basva/  ^ 

#yoir  de  chambres  séparées.  Et  après  leuf 
IMToir  d^endu  cette  civilité  malgré  elles ^ 
&  après  que  Doria  ^  Hosr^ce^  Se  Alphon- 
fe,  reurent  conduite  avec.  Emilie  dans 
£)n  Cbarioe^  eUe  rictouirxia  iiu  vieu^ic  Sçtr 
f  aii 


f  ÏN. 


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